LE SAINT-EMPIRE ROMAIN
Presque tout a été dit du Saint-Empire romain de nation germanique, lorsque Voltaire a écrit qu'il n'était plus ni saint, ni empire, ni romain, depuis qu'il comptait un si grand nombre de protestants, qu'il n'avait plus de puissance effective et qu'il avait perdu l'Italie. Il n'était même pas germanique, car les Slaves de Bohême en faisaient partie, et un prince qui devait son titre royal aux Slaves de Prusse, un roi d'Angleterre comme
possesseur du Hanovre, d'autres e'trangers encore, y avaient voix délibérative et v exerçaient souvent une action prépondérante. C'est cependant du Saint-Empire que rAllemagne contemporaine a hérité son semblant d'organisation fédérative.
On peut dire que, depuis Charlemagne jusqu'à nos jours, l'AlIema^^ne n'a point cessé de former une fédération, tantôt plus lâche, tantôt plus resserrée, mais une fédération qui l'a accoutumée, et à une certaine autonomie locale, et aux lenteurs inhérentes à ce régime et à son impuissance relative. La forte administration de Charlemagne ne tarda pas à se désagréger après la mort du grand empereur, par l'incapacité et l'ambition désordonnée de ses successeurs. Dès le dixième siècle, la personne de l'Empereur est le seul lien commun entre les diverses parties de l'Empire : lien fragile, car la couronne est élective, et chaque élection, bien que se faisant le plus souvent en faveur de la même famille, laisse après elle un danger permanent d'instabilité. Ce lien même se distend chaque jour davantage : pour s'étendre en France, en Italie, avec le concours de ses vassaux, l'Empereur ne cesse d'accroître les privilèges, et partant la puissance et l'indépendance de ceux-ci. Au quatorzième siècle, le titre impérial n'est déjà plus
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qu'ini a titit' iiii ' " ; ri^mpcreur est rcduit à «une espèce de presidencr d'honneur dans la répuhlique des anciens Feudataires et sujets de l'Empire » .
Cependant, considère' du dehors, le spectacle demeure imposant : on vit encore, à la veille de la Révolution française, dans l'apparat compliqué d'un pouvoir qui, depuis longtemps, a cessé d'exister. L'Empereur, un Habshourfj, confère des titres, donne Tinvestiture, convoque la diète, ratifie et expédie ses recez. La diète, qui comprend des ecclésiastiques, des princes et des villes libres, siège en trois collèges. Le premier, celui des huit électeurs, s'est peu à peu détaché de la masse ; formant une puissante oligarchie, il a maintenant monopolisé l'élection impériale. Le second, celui des princes, divisé en banc ecclésiastique et banc laïque, compte cent voix ; six sont des voix curiales ou collectives, certains petits seigneurs ayant été cotés trop bas pour avoir chacun un vote distinct ; là, par le jeu des héritages et des cessions volontaires ou forcées, quelques grandes maisons ayant plusieurs possessions princières ou comtales ont réuni plusieurs voix; d'autres n'ont entrée que
' Himly, Histoire de la formation territoriale des Etals de l'Europe centrale, I, 239.
pour une partie des territoires qu'elles détiennent, pour ceux qui sont compris dans TEmpire. Dans le troisième collège, celui des villes libres, deux bancs, rhénan et souabe, avec cinquante et un membres. Chaque banc vote séparément, soit cinq chambres à consulter ; il faut mettre deux collèges d'accord pour qu'une résolution devienne définitive. Puis, en dehors de la diète, n'y avant point de représentants, la noblesse immédiate, qui relève de l'Empereur seul, sur qui l'Empereur a seul autorité, sorte de propriété indivise qu'il est censé administrer au nom de la collectivité impériale.
Yoilà le décor, qui ne manque point d'une certaine grandeur. Mais dans la coulisse, que voit-on? Entre tous ces acteurs, importants ou minuscules, à qui de si beaux rôles ont été distribués, point de cohésion, point d'unité d'action. Ils n'ont d'autre obligation que de fournir des contingents à l'Empereur, lorsque la diète a décidé la guerre d'Empire; toute leur habileté s'exerce à empêcher cette décision, puis à s'y soustraire lorsqu'elle a été rendue, pour se livrer plus librement à leurs querelles privées ou à leurs entreprises extérieures. Ils tiennent des traités de Westphalie une absolue souveraineté sur leurs territoires respectifs, le
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droit <!(' s iillier à leur j;iii>e ;iu\ puissances (Hran- {jères ; rinttM venlion de rt-traii^jcr dans leurs difFéreiids iiilerieiirs est li'(jalisée depuis «ju'en IGiS la Franco a été faite « protectrice de la liberté (jermanique ». Ils n'ont i)oint individuellement le lihernm j;e/o des nobles polonais; mais les protestants Font collectivement contre les délibérations éventuelles de la diète en matière confessionnelle. La diète, livrée aux intri^j^ues politiques et aux compétitions reli(;ieuses, n'est plus qu'une conférence diplomatique où chacun suit ses fantaisies ou ses intérêts particuliers ; des partis s'y sont constitués, clientèle cupide et moljile, gravitant autour de quelques dynasties puissantes, de quelques princes remuants. L'autorité iiiipériale est nulle. Il n'y a pointde politique allemande au regard de l'extérieur. 11 n"v a pas de paix à l'intérieur, pas le moindre symptôme de vie nationale. Chaque parcelle du territoire forme à elle seule un monde; c'est le désordre organisé, l'émiettement et la stérilité. A peine si, dans cette lamentable comédie, on discerne les éléments du drame qui se jouera bientôt : l'Autriche et la Prusse, à trois reprises, en 17 iO, en 1756, en 1785, ont croisé le fer ; les États movens ou petits de l'Allemagne se sont unis, qui aux Habsbourg, qui
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aux Hobenzollern, selon le profit du jour ; il n'est pas encore question de se disputer l'Empire, mais ces luttes contiennent le germe des re'volutions intestines du dix-neuviéme siècle ; de'sormais, il n'y aura plus seulement en x\llemagne, en face des partisans de l'Autriche, ceux de la France, de la Suéde ou de l'Angleterre : « C'est l'œuvre de Frédéric 11 d'avoir, entre ces deux tendances néfastes à accepter secrètement ou ouvertement la domination étrangère, pris une troisième direction, adopté une politique qui était une politique prussienne et rien d'autre ; l'avenir de l'Allemagne en dépendait \ »
Mais si l'Empereur et le roi de Prusse posaient déjà le problème de l'avenir, le peuple allemand demeurait passif; pour mieux dire, il n'y avait point encore de peuple allemand. C'étaient les délégués des princes, non ceux des peuples, qui siégeaient à la diète ; entre les princes se nouaient les conventions, se concluaient les trocs ; du peuple, il n'était point question. L'Allemagne, si
' Treitschke, Deutsche Geschiclite im neunzehnten Jahrhundcrt, I, 52. Svbel, Be(jriïndun(j des deutschen Beiches durc/i Wil/ielm I, I, 22, fait d'ailleurs remarquer avec raison que la pensée de donner au peuple allemand une constitution meilleure était totalement étrangère à Frédéric II : il songeait exclusivement aux intérêts prussiens.
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Ton peut (lomuT vc nom à l'appareil superficiel du Saint-llinpire, n'avait point de manifestations sensibles pour le paysan ni pour le citadin : de l'Kmpereur, on n'entendait parler que lorsqu'il fallait lever un contingent; aussitôt la paix rétablie, chacun retombait sous le joug^ exclusif de son seigneur, prince ou comte, abbé ou bourgeois des villes libres; de relations commerciales, il n'y en avait pas, dans un pays morcelé entre trois cent vingt lignes de douanes; on commençait à peine à posséder un dialecte commun. Qui donc eût pensé au peuple allemand? Avait-il lui-même conscience de sa propre existence?
Un mouvement s'était produit, cependant, qui allait bientôt arracher ce peuple à ses limbes : la grande activité littéraire du dix-septième siècle et surtout celle du dix-huitième avaient fondé l'unité de la pensée allemande ; il y avait dès lors, depuis Lessing jusqu'à Kant, à Gœthe et à Schiller, une langue, une philosophie, une littérature qui avaient pris leur place dans le monde ; au-dessus des douaniers, des principicules et des rois, un génie germanique s'était révélé à l'Allemagne et à l'Europe. La première assise de la nationalité allemande était posée.
Est-ce à dire que ces grands esprits eussent
pressenti l'Allemagne contemporaine? Avaient-ils répandu la bonne parole pour exciter le peuple à sortir de sa torpeur et à jeter ses langes? Ce fut tout Topposé : étouffés dans Tatmosphére pesante des petites cours, où les entretenait la faveur des princes, avides d'air, d'espace et de lumière, ils franchirent d'un seul bond les limites qui semblaient les retenir prisonniers; l'humanité seule leur parut assez vaste pour leurs conceptions; ils ne s'arrêtèrent pas à la patrie, dont rien autour d'eux ne pouvait leur donner la notion; ils furent humanitaires, cosmopolites; ils révèrent au profit de la pensée allemande la domination universelle, à laquelle les Empereurs avaient naguère aspiré pour eux-mêmes. S'ils préparèrent l'unité politique de l'Allemagne, ce ne fut point par leurs maximes ou leur exemple; c'est indirectement, en donnant au pays un patrimoine commun à défendre, un être moral à faire vivre; en l'initiant à sa puissance intellectuelle, ils lui firent désirer et chercher la puissance matérielle.
Mais, pour opérer cette transformation définitive, pour faire jaillir Tàme politique de l'Allemagne, il ne suffisait ni de critiquer la raison pure, ni de spéculer sur l'esthétique; il fallait une génération nouvelle qui retomberait de la philosophie
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dans la ii-aliU'; il fallait les (liants [)atrioti(|n(;> et l'ocole liistoriqnr; il fallail nin' commotion violente. l'Ile vint (le l'iance.
LA CniSF, IIKVOLUTIONNAIRK ET LA CONFEDERATION DE 1815.
On sait le |)rotli(;ieux effet que produisit en Allema[;ne la Dtîclaration des droits de 1789, Taccueil enthousiaste que rencontra d'abord auprès des Humboldt, des Gentz et des Klopstock cet évangile de la liberttî des peuples et de l'éjjabté des hommes. Les aspirations confuses des populations avaient trouvt^ une formule que l'on crovait éternelle. On pensait tenir pour jamais la solution de tous les doutes , la satisfaction de tous les besoins, la réalisation de tous les rêves. Le caractère universel et humain de la Déclaration, qui faisait précisément sa faiblesse au point de vue français, accroissait, jusqu'à la rendre foudroyante, si force de propa^jation. Jésus-Christ avait renouvelé la morale individuelle en préchant Famour; il
semblait que la Constituante eût cre'e' la morale sociale en proclamant le droit.
Mais aussi quelle surprise , quelle douleur et quelle lage , lorsque la Re'volution française, de'viant de son premier projjramme, pressée par le dan/^er, entraînée par la logique des faits, se mit à son tour à conquérir des territoires pour se protéger elle-même, à assujettir des peuples sous couleur de les soustraire à la tvrannie ! Quelles haines surtout, lorsque, Ja Révolution sauve, Napoléon, dans son intempérance , prétendit disposer des États européens comme d'un jeu de cartes que Ton mêle à sa guise dans des combinaisons variées et éphémères! En quelques années, la foi que Ton avait emljrassée s'évanouit, ne laissant après elle que fureur d'avoir été trompés. L'Europe, soulevée au nom de la liberté nationale, vengea contre la France militaire et conquérante ses intérêts blessés et ses espérances déçues '.
\Xulle part peut-être il n'est plus aisé de suivre les progrès de ces sentiments qu'en Allemagne ; nulle part on ne peut mieux fixer le terme des remaniements que le pays pouvait subir, le moment exact où les bornes furent dépassées, où le gou-
' ^ oir Albert Sorel, L'Europe et la Révolution française, t. I, Les mœurs politiques et la tradition, liv. III.
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venieineiit napuluonicMi , alïainc'' d Onimpotcnce, ébranla de ses propres mains son crédit el son autorité.
Le célèbre recez de ISOli , qui sécularisait presque toutes les principautés ecclésiasti(|ues et médiatisait ])resque toutes les villes libres, ne souleva point le patriotisme allemand, car il n'attei- (jnait aucun organe essentiel. Depuis la (guerre de Trente ans, on était accoutumé à de semblables trafics : quelques princes disparaissaient ici, d'autres s'agrandissaient par là, toutes les petites dynasties locales étaient plus ou moins compromises, mais rien de bien neuf en ce commerce, rien à quoi Ton ne dût s'attendre; les plus gros personnages politiques de l'Allemagne y trouvant leur profit, la diète avait opéré elle-même la répartition des dépouilles, à l'instigation de Napoléon. L'Allemagne, à tout prendre, n'avait point à se plaindre : si jamais elle voulait réunir ses débris épars en un seul faisceau, la tâcbe lui serait d'autant plus aisée que le nombre des princes souverains se trouverait diminué. Sans doute, l'organisation de l'Empire et celle de la diète étaient bouleversées : le collège des électeurs était porté à dix membres, celui des princes à cent trente et un, dont soixante-quatre voix aux mains des électeurs;
celui des villes tombait à six; partout les protestants domineraient désormais. Mais qu'importaient la diète et TEmpereur? ^ul ne croyait plus à la durée du Saint-Empire; chacun le savait pourri de vétusté, affecté d' « insuffisance complète » , comme le déclarèrent plus tard les signataires de la Confédération du Rhin; la nouvelle diète n'eut jamais l'occasion de siéger; des 180-i, François II, qui avait pris goût au titre impérial, s'arrogeait ce titre en Autriche, en prévision du temps prochain où il le perdrait en Allemagne; en 1806, aucun effort ne fut nécessaire pour obtenir son abdication. Le Saint-Empire avait vécu.
Déjà cependant le péril apparaît à cette date ; déjà une première faute est commise, dont sortira l'Allemagne nouvelle. Après la paix de Presbourg, le Saint-Empire est divisé en trois : d'un côté, l'Autriche; de l'autre, la Prusse; entre les deux, la Confédération du Rhin (12 juillet 1806), qui embrasse l'Allemagne du Midi; de nouvelles médiatisations v ont réduit à seize le nombre des parties prenantes; la dignité rovale a été concédée à la Bavière et au Wurtemberg; chacun est absolument souverain chez soi. Jusqu'ici encore, tout est supportable : l'Autriche se résigne , s'estime même allégée d'un lourd fardeau ; la Prusse est
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affraiR-liic de tous liens ()l>Ii.';atoircs avec les autres États allemands, lihre au conliaiK' (rattlier dans son sillajje les princes du Nord; la Confédération ne conij)te que des satisfaits. Mais, et c'est là qu'est Terreur, au lieu d'abandonner ces trois (jroupes à eux-mêmes, de les laisser rivaliser et (guerroyer à leur {jré, Napoléon a voulu que l'un d'eux fût à sa discrétion : il s'est proclamé « protecteur » de la Confédération du Rhin, comme Louis XIV l'était jadis de la liberté (germanique; il oblijje la Confédération à lui amener des continjjents, lorsque de nouvelles guerres éclateront en Europe.
Cette fois, c'est vraiment trop : Louis XIV n'avait point derrière lui la Constituante et la Déclaration des droits; après 1780, l'intrusion de la France e.«5t odieuse ; l'Allemagne commence à frémir. Elle frémit, mais ne saisit pas encore jusqu'oii la conduira Napoléon I"; ou, si elle le saisit, elle ne se connaît point de centre de ralliement. Napoléon lui montre où elle va en livrant la bataille d'Iéna. Napoléon lui donne un centre en pensant anéantir la Prusse. Il y a dorénavant en Allemagne un apôtre implacable de l'idée nationale, autour duquel viendront s'agréger, lorsque la fortune trahira la France, tous les courtisans du succès, tous les mécontents et tous les patriotes,
tous ceux qui ont recueilli les enseignements de la Révolution. En vain ]Sapole'on pense-t-il contenir et l'Autriche et la Prusse en leur imposant Talliance française; en vain porte-t-il à trente-sept le nombre des confe'dërés du Rliin : on subit son alliance et sa Confe'dération en attendant mieux, c'est-à-dire jusqu'au jour où Ton pourra constituer une Allemagne.
Comment la constituer? De 1807 à 1814, avant et pendant la guerre de l'Indépendance, ce ne sont que projets, contre-projets, négociations et compétitions, espoirs ardents et désillusions profondes, parmi lesquels se distinguent trois préoccupations dominantes : comment organiser le nouvel Empire? que fera-t-on de l'Autriche? que sera lEmpire?
Dans sa lutte contre la Révolution, l'Allemagne avait recueilli deux leçons de la France : elle avait reconnu la puissance que donne à un gouvernement quelconque l'explosion du sentiment national, et de quel secours lui est l'idée de liberté répandue dans les masses. Après l'écrasement de la Prusse à léna, Stein, ses lieutenants et ses successeurs , appelés à relever la monarchie prussienne, n'avaient point hésité à attribuer ses déboires et ses ruines à l'isolement du souverain et de l'administration, à l'impossibilité où se trouvait
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le j;<)in t'rnt'iiicnt (le s\i|)j)uy('r sur le jx'iipic, laule (Tavoir des moyens ré{juli<'rs j)Our se tenir avee lui en contact direct et intime. Leur premier désir fut de créer une représentation populaire : Stein accomplit cette réfoime dans les villes; il la préparait pour l'État, où il voulait ciéer une diète centrale, lorscpfil fut obligé de résijjner ses pouvoirs. Quelques années plus tard, en 1813, consulté sur la réorganisation de TAllema^jne, Stein recommanda une solution analo(]ue : les deux premiers collègues de la diète seraient restaurés; on y ferait siéjjer les électeurs d'une part, de l'autre les délé- (jués des princes, désormais libres de voter suivant leur conscience, au lieu d'obéir aux instructions de leurs souverains; puis, à côté, une troisième assemblée comprendrait des représentants du peuple qui venait de reconquérir si vaillamment son indépendance nationale, des délégués de chacun des parlements locaux que l'on devait instituer dans les États confédérés. L'idée parut trop radicale : les souverains, sortis d'émoi, raffermis sur leurs trônes, oublièrent les promesses libérales qu'ils avaient faites à leurs sujets pour les appeler à la guerre ; ils s'effrayèrent d'avoir affaire à un véritable parlement. Le projet de Stein fut écarté: un demi-siècle devait s'écouler avant qu'il fût réalisé.
Une autre question paraissait plus pressante, el Tétait en effet : quel serait le sort de TAutriche? Stein, qui était un conservateur, malgré Taudace de ses réformes, et son successeur au ministère prussien, Hardenberg, le chef de l'école centralisatrice, étaient d'accord pour accroître la part de la Prusse dans lEmpire : n'osant encore prétendre pour elle à l'hégémonie complète, ils travaillaient à lui donner la prépondérance dans le ^ord, tandis que FAutriche l'aurait dans le Sud; on aurait ainsi une sorte de dualisme. Mais, tandis qu'Harden- Lerg, soutenu par tous les hommes d'Etat prussiens, s'en tenait là, Stein, plus respectueux du passé et plus Allemand, proposait de rétablir l'Empire électif et de le donner à l'Autriche. Quant à la cour de Vienne, elle sentait le péril dhabiter la même maison que la Prusse, depuis que cette puissance avait passé au premier rang ; Metternich redoutait, pour son souverain, le poids de Tantique couronne impériale; il craignait que l'Empire ne fût quelque jour conféré à la Prusse; il préférait enfin qu'il n'v eût plus d'Allemagne, et qu'on laissât subsister des Etats allemands , distincts les uns des autres, avec lesquels il traiterait séparément, si bon lui semblait : ne pouvant tout avoir, il voulait tout diviser.
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lU'sliiit If hoisiciîK* point : (|ii('ll('s allriliiitious (loniu'iait-oii à ri\in[)ire, on, à (It'Faiit de lui, aux diverst's contcdérations qui pourraient en tenir lieu? La réponse de TAutriclie était simple ; il n'y aura point d'attributions, |)uisqu'il n'y aura point d'F.mpire ni de confédérations. Les États moyens, fort amouieux de leur liberté, préconisaient le retour à l'ancien état de choses, c'est-à-dire des attributions juirement nominales. La Prusse, au contraire, réclamait pour FEmpire la pleine autorité sur les affaires étran(jères , l'armée et les douanes.
On discuta lon(juement, de cour à cour d'abord, puis à Chaumont, puis à Vienne ; on rompit, puis on reprit l'entretien ; on intrigua et se démena en tous sens, l'Autriche manœuvrant avec les petits Etats pour faire échec à la Prusse, celle-ci parlant haut et ferme pour finir par céder. Nul ne savait comment sortir de ce conflit d'intérêts et d'appétits, lorsque le retour de Tile d'Elbe précipita les choses. Le 8 juin 1815 fut sig[né l'acle qui fondait la Confédération germanique : la nécessité où l'on était de se presser servit de prétexte aux souverains pour trahir et leurs promesses et les espérances d'union et de liberté formées par les populations. Point d'assemblée populaire dans la
nouvelle Confédération ; point d'influence particulière concédée à la Prusse; plus de titre impérial; point d'extension sérieuse de la compétence fédérale ; on s'efforça même d'empêcher cette extension pour l'avenir en instituant une sorte de liheruin veto en faveur de chacun des princes allemands : toutes les revisions du pacte fédéral devraient se faire à l'unanimité; quant aux questions ordinaires dont la diète était saisie, le plus petit des gouvernements allemands n'avait qu'à né(^liger de donner des instructions à son représentant pour retarder indéfiniment une décision quelconque.
La Confédération comprenait trente-neuf Etats souverains, dont quatre possédaient des territoires au dehors ' ; chacun se gouvernait lihrement, sauf obligation d'avoir des institutions constitutionnelles et de déférer aux décisions de la diète en matière de « sécurité intérieure ou extérieure » . La diète, placée sous la présidence perpétuelle de l'Autriche et la vice-présidence de la Prusse, se composait exclusivement de délégués des princes. Elle pouvait déclarer la guerre, conclure la paix, organiser
' L'Autriche (Honffrie), la Prusse (provinces de Prusse et de Posen) ; le Danemark entrait dans la Confédération pour le Schleswig-Holstein, le royaume des Pays-Bas pour le Luxembourg.
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rarinoe, taire les lois et re(jleinenls nécessaires à ra|)|)licalion du pacte fédéral, régler les contestations d'État à Etat. Elle procédait de deux manières : pour les affaires courantes, en assemblée restreinte ou par curies, où les onze plus grands Étals avaient seuls des voix viriles, tandis que les vingt-huit autres étaient répartis en six groupes ou curies ayant chacun une voix; les affaires constitutionnelles, les questions de guerre et de paix étaient réservées à rassemblée plénière (Plénum) ^ où chaque État avait au moins une voix, les quatorze principaux en ayant quatre, trois ou deux, soit au total soixante-dix votes, dont quarante-cinq appartenaient aux plus puissants'. Pour couronner l'ieuvre, et sans doute en vue de mieux s'inspirer du passé, le pacte du 8 juin 1815 fut inséré dans l'Acte final du congrès de Vienne : c'était le mettre sous la garantie des puissances, et exposer l'Allemagne à les voir intervenir dans ses affaires intérieures, ce qui ne manqua pas d'arriver après 1848.
' Les sept Etats les plus considérables, représentant les cinq sixièmes de la population fcdérale, n'avaient que 27 voix.