DE L'EXPLOITABILITÉ RELATIVE AUX PRODUITS LES PLUS UTILES
L’exploitabilité relative à la production la plus utile, est celle qu'il est le plus difficile de déterminer. [l ne suffit pas, comme on pourrait le croire au
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premier abord, de transformer en marchandises, les produits des arbres d'expérience ou des places d’essai, pour juger ensuite, d'après le prix de ces marchanfdises, de leur utilité respective. Ce prix est, sans doute, un élément d'appréciation; mais on ne doit en user qu'avec réserve, sous peine de s’exposer à de grossières erreurs.
L'utilité des choses est, en effet, loin d’être toujours proportionnelle à leur valeur. Le bois de houx qui, tous les forestiers le savent bien, est une essence digne de fort peu d'intérêt, se paye sur place, dans telle forêt que je pourrais citer, jusqu’à 250 francs le mètre cube. Personne assurément ne s’avisera de prétendre qu'à un point de vue général, ce bois soit aussi utile que le chêne qu'on vend en moyenne 40 à 50 francs le mètre cube. Un même objet, qui vaut beaucoup aujourd'hui, vaudra peutêtre très-peu demain, sans que son utilité ait cependant diminué. Enfin, il y a des utilités entièrement eratuites : l’air, l’eau, les bois aussi quelquefois.
On peut n’attendre de ces derniers que de l’agrément ; s'ils en procurent, ils seront utiles; on peut en attendre une protection contre les vents, les avalanches, etc., etc. : ces bouquets de bois qui, sur les rampes escarpées de nos Alpes, ont pour destination de barrer les torrents et de les éloigner des habitations qu'ils menacent d’emporter, rendent, sans contredit, de grands services, produisent des utilités, ces utilités n'ont pas de valeur vénale, et cependant, elles sont incontestables.
Il est donc nécessaire de chercher une autre base que le prix, pour l'appréciation du maximum d’utilité des produits forestiers ; mais où la trouver ? Entre l'utilité du taillis qui sert de remise au gibier, et celle des forêts séculaires de nos hautes montagnes, dont la fonction est de garantir les contrées inférieures contre la fureur des éléments, combien n'y a-t-il pas d’autres services immatériels et souvent gratuits rendus ‘par les bois, services s'appliquant au caprice, à l'agrément, à des besoins plus ou moins impérieux? Entre l’échalas qui sert de tuteur à la vigne et le mât de hune qui résiste à l'effort de la tempête, et sous lequel s’abritent les intérêts de notre commerce et quelquefois de notre gloire, combien ne pourrait-on pas compter de destinations différentes ayant chacune des avantages spéciaux ? Où trouver un criterium, une mesure qui permette de classer tous ces services par rang d'importance ?
Pour le vigneron, l’échalas est le plus utile de tous les produits. Pour celui qui manque de combustible, le fagot est bien plus utile que le plus beau bois des îles, si celui-ci n’est bon qu'à la fabrication des meubles. Pour le propriétaire qui veut faire argent de ses produits, le bois le plus cher est le plus avantageux.
On voit toutes les raisons qui s'opposent à ce qu’on fixe des règles pour juger de l’exploitabilité relative aux produits les plus utiles. Cependant, on peut admettre en principe, qu'à un point de vue général et sauf de rares exceptions, les arbres les plus utiles sont ceux qui ont les dimensions les plus grandes
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et les propriétés mécaniques ou physiques les plus développées.
Les dimensions ont sur l’utilité d’un morceau de bois une influence bien évidente, puisque c’est d’elles que dépend le nombre des usages auxquels il est possible de l’aflecter : et 1l est clair, par exemple, qu’à volume égal, plusieurs rondins de chêne propres au chauffage seulement, seront moins utiles qu’une seule pièce de bois de la même essence, dont on tirera du bois de chauffage, du bois de travail, du bois de charpente.
Le développement des propriétés mécaniques et physiques n'a pas une moins grande influence; or, l'expérience tend à prouver que la puissance calorifique, la densité, la cohésion et l’élasticité, suivent une marche ascendante jusqu'à un âge avancé, qui ne s’écarte pas beaucoup de celui qui correspond au plus grand accroissement moyen: d’où il résulte qu’à dimensions égales, du bois de 20 ans est moins précieux que du bois de 100 ans.
Henri Cotta raconte, quelque part, que dans la Suisse saxonne, des habitations ont duré 20 ans à peine, parce qu'on ÿ avait employé de jeunes bois, tandis que des édifices construits il y a plus de 100 ans, avec des bois âgés, sont encore dans un parfait état de conservation. Ce fait est frappant; il montre à quelle perte énorme d'effet utile on s’expose par des exploitations prématurées‘.
Je faisais observer, dans l’article précédent, qu'il
l, Le laricio est le moins durable de tous les bois, quand il est
serait très-désirable que l’on s’occupât activement de la formation de tables de production indiquant, pour des conditions déterminées de végétation, la marche de l'accroissement des principales essences de notre pays. Il ne le serait pas moins que l’on établit, par des expériences consciencieuses, l'influence que l’âge, le sol, le climat et le mode d'exploitation, exercent sur les qualités de ces essences. Le chêne de la Meurthe est moins estimé pour le chauffage que celui de la Bourgogne, en sait-on la raison? Le chêne du Nord dure, dit-on, beaucoup moins que celui du Midi; on assure que les vaisseaux construits avec le premier, sont hors de service au bout de 7 ou 8 ans, en moyenne, tandis que ceux qui sont construits avec du bois de Provence, se conservent plus de 45 ans. Certes, ce sont là des assertions qui réclameraient une sérieuse vérification. Quels services l’administration ne rendrait-elle pas au commerce et à l’industrie, si elle pouvait dire : Dans cette région, le bois est propre à tel usage; il se distingue dans celle-ci par telle qualité? etc. |
Il existe bien quelques principes relativement aux influences que je voudrais que l’on étudiät, mais ils ne reposent que sur des observations fort incomplètes et rarement comparables entre elles.
Les bois de grandes dimensions ne sont pas seulement recommandables par la variété et l'importance
employé comme poteau télégraphique, parce qu’alors il est trop jeune, tandis que lorsqu'on ne l'exploite qu'à l’âge de 200 ans,
il est presque incorruptible. (Note de la 2° édition.)
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des usages auxquels ils peuvent servir; ils le sont également par les éléments de bien-être que procurent à la classe ouvrière les nombreuses manipulations auxquelles ils donnent lieu.
L’exploitabilité relative aux produits les plus utiles est, en définitive, susceptible de varier suivant une foule de circonstances que je ne me flatte même pas d’avoir énumérées, et de se présenter tantôt avant, tantôt après l’exploitabilité absolue; il faut 10 ans pour faire un cercle; il en faut 250 pour que le pin de Riga puisse faire un mât de vaisseau.
Néanmoins, cette exploitabilité correspond à un àge qui ne saurait, dans la plupart des cas, s’éloigner beaucoup de celui du plus grand accroissement moyen. F
Lorsqu'on recherche les dimensions que doivent avoir les bois pour atteindre leur maximum d'utilité, il importe de ne pas perdre de vue que l'utilité serait un vain mot, si elle ne pouvait être mise à la portée du consommateur. ;
L'état des voies de vidange est donc appelé à influer singulièrement sur le résultat de cette recherche.
Que si l’on ne considérait l’exploitabilité relative aux produits les plus utiles, que dans ses rapports avec l'intérêt du propriétaire qui ne consomme pas son bois et qui le vend, on pourrait regarder le prix de ces produits comme l’expression exacte de leur utilité; et, par suite, l’exploitabilité dont nous venons de nous occuper, se confondrait avec celle du plus grand produit pécuniaire, dont je vais parler.
ARTICLE III