‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 2)Chapitre 46 sur 121 · Voir la note page · texte numérisé non relu

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qui lui à donné naissance. L'arbre qu'on coupe par le pied, et qui repousse, ne produit pas des êtres nouveaux, il Continue de vivre. Après un certain nombre d'exploitations, sa vie s’éteignant, il ne donnera plus de rejets. Celui qui se régénère par la semence peut, au contraire, se régénérer ainsi éternellement. La futaie a donc sur le taillis un avantage considérable au point de vue de la perpétuation de l'espèce.

D'un autre côté, quelque favorables que soient les conditions de régénération dans lesquelles un massif se trouve placé, cette régénération n’en est pas moins une crise très-chanceuse dont il importe de retarder autant que possible le retour. Une futaie, dans laquelle elle ne se présentera qu'une fois par siècle, sera bien préférable, à ce nouveau point de vue, à un taillis.

Enfin, c'est dans leur jeunesse que les bois sont le plus exposés à être envahis par les essences secondaires et les morts-bois. Dans les taillis, les dangers de cet envahissement sont beaucoup plus redoutables que dans les futaies ; non-seulement par le motif que je viens d'indiquer, c'est-à-dire à cause de la fréquence plus grande des époques de régénération; mais aussi parce que, quelque complet que soit un taillis à l’époque de son exploitabilité, 1l présente de nombreux vides aussitôt après son exploitation.

h° Influence du mode d'exploitation sur la eroissance.

Pour qu'un massif végète dans les conditions les

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plus favorables, il faut que les sujets dont il se compose soient espacés régulièrement et de manière à participer également aux influences de l'atmosphère. Il est possible de réaliser ces conditions dans un massif de futaie formé de brins de semence. Cela n’est pas possible dans un taillis où les rejets sont disposés nécessairement par groupes, et en constituent autant qu'il y a de souches dans le peuplement: ces groupes plus ou moins distants les uns des autres, suivant que la durée de la révolution est plus ou moins longue, s’étalent inévitablement, au début de leur croissance, pour remplir les vides qui les séparent : trop serrés sur certains points, trop espacés sur d'autres, tels sont les inconvénients inévitables que présentent les massifs crus sur souches. — Leur croissance en souffre et la qualité du bois s'en ressent.

Sous le rapport cultural, le mode d’exploitation en taillis est donc un mauvais mode, et s’il n’y avait que les convenances culturales à consulter en syiviculture, il faudrait le rejeter sans hésitation; mais ce mode, quelque vicieux qu'il soit, est encore, à force de soins coûteux, conciliable avec les strictes exigences de la conservation des massifs, et s’il se recommandait par des motifs économiques, il pourrait être permis de l’adopter.

Du taillis simple et de la futaie au point de vue économique.

Les considérations économiques applicables à l'exploitation des bois sont tirées, nous l’avons vu, soit de la quantité des produits, soit de leur utilité, soit de leur valeur absolue, soit de leur valeur relative. |

Comme quantité, c'est une vérité traditionnelle que les taillis ne donnent pas ce que donnent les futaies. Toutefois, des expériences très-concluantes manquent à cet égard. La reproduction par rejets modifie profondément les phases de la végétation : elle rend celle-ci beaucoup plus active dans la jeunesse, à ce point qu'un rejet de vingt ans, par exemple, toutes conditions égales d’ailleurs, est de moitié au moins plus volumineux qu'un brin du même âge. Une conséquence de ces modifications, c’est que l’époque du plus grandaccroissement moyen se présente beaucoup plus tôt dans les taillis que dans les futaies. Un taillis est-il susceptible d’un accroissement moyen plus considérable qu’une futaie placée dans les mêmes conditions de végétation ? — Telle est la question que l’on n’a pas résolue rigoureusement, qu'il faudrait résoudre, et sur laquelle pourtant il ne s’est jamais élevé le moindre doute : c'est que jusqu’à présent le maximum de la production, par hectare, que l’on a constaté dans les taillis, ne

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dépasse pas six stères, tandis que dans les futaies il s’est élevé jusqu'à douze et quinze stères.

Comme utilité, la supériorité de la futaie ne se discute pas; nous avons vu en effet que sauf de rares exceptions, l'utilité des bois est généralement proportionnelle aux dimensions qu'ils présentent, attendu que plus ces dimensions sont fortes, plus grand est le nombre des usages divers auxquels ils peuvent servir. Ajoutons que dans les futaies, les produits accessoires, tels par exemple que ceux qu'on retire du panage, de la glandée, du pâturage, sont plus nombreux et plus importants que dans les taillis.

Comme valeur absolue, le produit du taillis étant probablement moins considérable et certainement moins utile, doit nécessairement être beaucoup moins précieux que celui de la futaie.

Comme valeur relative, au contraire, le rapport entre le revenu et le capital superficiel étant d’autant moins grand que la révolution est plus longue, il est évident que le taillis peut fournir un produit plus avantageux que la futaie, puisqu'il comporte une révolution beaucoup plus courte.

Conclusion des deux paragraphes précédents.

Ainsi, parmi les considérations culturales et économiques que l’on doit interroger, quand il s’agit

d'arrêter le mode d'exploitation applicable à une forêt, il n'y en a qu'une, celle de la rente, qui puisse faire préférer le taillis à la futaie. #

Je vais examiner maintenant jusqu'à quel point la réserve, dans les taillis, d’un nombre plus ou moins grand de baliveaux, est de nature à modifier cette conclusion; je vais examiner quelle est l'influence de ces baliveaux, tant sous le rapport cultural que sous le rapport économique.

Des réserves dans les taillis.

Pour tous ceux qui ne jugent des choses qu’au cabinet, le taillis sous futaie est un mode d’exploitation fort ingénieux et très-avantageux, parce qu'il paraît susceptible de se plier à toutes les convenances de l’exploitabilité. Si on recherche, par exemple, la rente la plus élevée, on la réalisera au moyen du sous-bois ; tandis qu’on pourra, au moyen des futaies exploitables à des âges différents, rechercher et réaliser tantôt les produits les plus utiles, tantôt les plus considérables, élever ici des essences d’une grande longévité et à côté des espèces de courte durée. Voilà ce que disent les gens superficiels : mais ceux qui ont étudié les choses de près ne sont pas du même avis, et voici ce qu'ils pensent des baliveaux sur taillis :

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La première condition, la condition essentielle afin que les arbres forestiers se portent bien, c’est qu'ils soient en massif, surtout dans leur jeunesse. Dès qu'on isole ces arbres, on les place dans un état anormal dont ils souffrent beaucoup, à moins qu'on ne leur donne des soins particuliers et très-coûteux. Mais si l'isolement est défavorable aux arbres, en principe général, et lorsqu'il est permanent, il leur devient bien plus dommageable encore lorsqu'il est intermittent. Isoler un arbre, c’est comme si on le transportait d’un climat dans un autre. En tout état de cause, ce changement ne peut que lui être nuisible ; il le sera d'autant plus qu’il s'effectuera à un âge moins avancé.

En fait, les baliveaux qu’on réserve dans les taillis, privés subitement de l’appui de leurs semblables, sont souvent inhabiles à se supporter. Ils tombent au moindre vent; c’est le premier danger qui les menace. Ensuite, quand ces baliveaux sont, du pied à la tête, exposés à l'influence de la lumière, ils se couvrent de bourgeons, lesquels absorbent une partie de la séve au préjudice de la cime qui se dessèche en tout ou en partie. Enfin, cette écorce, qui jusqu'alors avait pris son développement à lombre, a une consistance lâche ; mise brusquement à découvert, elle est facilement endommagée, soit par la gelée, soit par le soleil, ce qui occasionne ainsi des vices intérieurs qui rendent les arbres plus ou moins impropres à une destination industrielle.

Voilà pour ce qui regarde les baliveaux eux-

mêmes; pour ce qui est de leur influence sur Île taillis, le raisonnement et l'expérience prouvent qu'ils sont loin de compenser les inconvénients qu’on vient de leur reconnaitre.

Buffon à observé que la gelée faisait beaucoup de tort aux taillis surmontés de nombreuses réserves. Il à constaté que, toutes circonstances égales d’ailleurs, un taillis privé de réserves en avait distancé un autre qui ne l’était pas, de cinq ans sur douze, par suite de la gelée qui avait endommagé ce dermer.

Un fait plus facile à expliquer, c’est qu’en entravant l’effet de la lumière, les baliveaux, quand ils sont trop nombreux ou trop gros, nuisent nécessairement au développement du tallis ; le vide se fait donc peu à peu autour de leur tronc, et quand on les abat, ils occasionnent de grands vides qu'il faut repeupler artificiellement.

On pourrait croire que par les semences qu'ils fournissent, les baliveaux contribuent au moins à la régénération du taillis. Il n’en est rien, et cela se comprend : les jeunes plants produits par leurs semences, exposés à toutes les intempéries, s'ils naissent au moment de l'exploitation, perdus dans l'obscurité dans le cas contraire, sont exposés à mourir soit par l’excès, soit par l’insuffisance de la lumière. C'est à cette dernière cause qu’il faut attribuer la disparition des chênes dans nos taillis sous futaie ; disparition constatée dans tous les pays sans exception.

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D’après ce que nous venons de voir de l'influence des réserves sous le rapport cultural, il est permis d'affirmer qu'il ne peut pas y avoir une grande différence entre le rendement des taillis composés et celui des taillis simples, lorsqu'on ne considère que la quantité de matière produite annuellement; mais les taillis composés fournissent sans contredit des produits plus utiles et par conséquent plus précieux, que les taillis simples, et, sous ce rapport, ils offrent un avantage, ils ont un mérite qui n’est point à dédaigner. On estime que dans un taillis soumis au balivage normal, la futaie entre environ pour un tiers ou un quart dans le produit total de l’exploitation, et que la moitié de cette futaie est propre à l’industrie. Ces chiffres, que je crois plutôt au-dessus qu'au-desous de la vérité, montrent en même temps que l'introduction des réserves dans les taillis est bien loin de racheter le désavantage que j'ai essayé de mettre en évidence, lorsque j’ai comparé ce mode d'exploitation à celui de la futaie : car, dans une futaie bien conduite, la part du produit, afférente au bois d'œuvre, peut s'élever aux trois quarts et quelquefois aux quatre cinquièmes.

ARRICHENT,

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