FORMATION DES AFFECTATIONS
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Tableau des affectations.
Nous avons affaire à une forêt de 200 hectares, exploitable dans une révolution de cent ans. Gette révolution a été divisée en cinq périodes égales. II s’agit de partager la forêt en un même nombre d’affectations correspondantes. Nous remplironsle tableau ci-contre.
J'ai maintenu la première partie du tableau d’exploitation des taillis, partie destinée à recevoir le résumé de la description spéciale. On en comprend - l'uülité. Il est important que le tableau des affectations
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AMENAGEMENT DES FOR
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renferme les indications sommaires, qui sont de nature à justifier l’ordre adopté pour la succession des coupes; car ce tabieau est, comme je l'ai déjà dit, le document essentiel et fondamental de l'aménagement, et il doit être établi de telle sorte, qu'on puisse à la rigueur juger de son mérite, sans recourir à d'autres
éléments d'appréciation que ceux qui y sont contenus.
J'ai substitué à la seconde partie du tableau, destinée à présenter l'ordre des exploitations, cinq colonnes dont l’objet est clairement indiqué par leur en-tête. On peut regarder chacune d'elles comme un compte ouvert à l'affectation dont elle porte le numéro. Toutes les parcelles qui devront être régénérées dans la première période seront inscrites dans la première colonne, et composeront la première affectation. Toutes celles qui devront être régénérées dans la deuxième période seront inscrites dans la deuxième colonne, et composeront la deuxième affectation, etc., etc.
Mais sur quelles considérations se fondera-t-on pour décider que telle parcelle doit être régénérée dans telle ou telle période ?
On se fondera sur les considérations que nous avons fait intervenir dans la discussion du plan d’exploitation des taillis.
On fera donc le classement des parcelles dans les affectations, de manière à rendre possibles des exploitations qui satisfassent tout à la fois, dans la mesure
- que comporte la nature des choses, aux exigences de
l’exploitabilité, aux règles sur l'assiette des coupes, et au rapport annuel soutenu.
Appliquons rapidement à chacun de ces côtés de la question, les préceptes que j'ai donnés, en traitant de l’aménagement des taillis.
Formation des affectations suivant l’âge d’exploitabilité.
- Si toutes les parcelles renfermaient des peuplements susceptibles de rester sur pied jusqu’au terme fixé par la révolution, leur classement dans les affectations ne rencontrerait aucune difficulté.
La parcelle À renferme un peuplement âgé moyennement de 35 ans; elle ne sera exploitable que dans 65 ans; on la classera dans l'affectation de la quatrième période.
La parcelle B renferme un massif de vieux arbres clair-plantés, surmontant un jeune repeuplement; l'exploitation de ces vieux arbres sous forme de coupe secondaire ou définitive est urgente; on les classera dans l'affectation de la première période.
Rien de plus simple.
Mais il y a souvent des parcelles dont le peuplement n’est pas susceptible de végéter jusqu’au terme fixé par la révolution, et qu’il faut, en conséquence, exploiter avant ce terme.
Cette nécessité peut tenir à une circonstance accidentelle : il s’agit d’un peuplement qui, quoique
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jeune encore, ne jouit déjà plus d'une vigoureuse végétation, soit qu'il ait été abrouti dans sa jeunesse, soit qu'il provienne de vieilles souches, soit que des éclaircies maladroites aient ébranlé sa constitution. | S
Dans ces divers cas, l'affectation à laquelle une parcelle appartient, n’est pas indiquée par la différence existant entre l’âge normal d’exploitabilité et l’âge de cette parcelle, mais par le temps, difficile à apprécier d'ailleurs, pendant lequel le peuplement de la parcelle en ‘question pourra rester sur pied sans dépérir.
La nécessité d'exploiter une parcelle avant le terme fixé par la révolution peut dépendre d’une circonstance permanente :
Cette parcelle se compose d’une essence dont la longévité est moins grande que celle d’après laquelle a été fixée la durée de la révolution. Ici, de deux choses l’une : ou l’âge d’exploitabilité de cette essence est une parte aliquote de la révolution, ou il ne l’est pas. Dans le premier cas, on fait figurer la parcelle dans autant d'affectations différentes que son âge est renfermé de fois dans la révolution; dans le second cas, on la laisse en dehors de l’aménagement, à moins qu'on ne juge convenable d’y pratiquer une substitution d’essences, qui permette de concilier son exploitation avec celle du surplus de la forêt, et alors son classement rentre dans les conditions déjà prévues.
Nous avons à nous occuper d’une parcelle de pins
ou de bouleaux exploitables à cinquante ans et âgés aujourd'hui de vingt-cinq ans; nous la classerons dans l'affectation de la deuxième période et dans celle de la quatrième.
On pourrait prévoir des circonstances où une parcelle devrait figurer dans toutes les affectations. C'est ce qui aurait lieu s'il s'agissait de comprendre dans l’aménagement de notre forêt, exploitable à cent ans, une parcelle exploitable en taillis à l’âge de vingt ans.
Mais ce sont là des hypothèses qui ont peu d'utilité pratique, et que je fais seulement pour ne pas laisser ma démonstration incomplète.
Dans la pratique, on évite généralement de comprendre dans le même aménagement, des peuplements exploitables à des âges différents; car en compliquant le plan d'exploitation, ils deviennent en même temps une cause de confusion et de difficultés, et aucun motif sérieux ne commande de se résigner à de tels inconvénients.
Ils deviennent une cause de confusion et de dificultés; parce qu'ils s'opposent à l'application des règles d’assiette; parce qu'ils contrarient la réalisation du rapport soutenu; parce qu'ils obligent de ramener les exploitations sur un point donné, plus souvent que sur les points environnants.
Aucun motif sérieux ne commande de se résigner à de tels inconvénients. Le plus important de tous les intérêts, celui de la consommation, ne saurait par exemple y rien gagner : en effet, lorsque le con-
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sommateur sollicite un produit d’une nature particulière, ce n’est pas d'une manière intermittente, c'est d’une manière permanente; ce n'est pas tous les cinquante ans, tous les vingt ans, c’est chaque année. Si donc les parcelles de pins, de bouleaux ou de tallis, dont Je parlais tout à l'heure, étaient assez grandes pour fournir chaque année une coupe, il faudrait en former une série particulière; dans le cas contraire, il conviendrait de les régénérer en essences susceptibles de parcourir la révolution applicable à la masse, et, si cette régénération était impossible, je serais d'avis de les laisser en dehors de l'aménagement.
S De
Formation des affectations conformément aux règles d’assiette.
Cette formation doit être examinée à deux points de vue :
1° Au point de vue de la marche des coupes dans chaque affectation ;
2° Au point de vue de la position respective que les affectations doivent occuper sur le terrain.
Pour que la marche des coupes, dans chaque affectation, puisse se conformer aux règles d’assiette, il est bon que les affectations aient une forme régulière; qu'elles présentent leur moindre largeur aux vents les plus violents; qu'elles soient traversées et limitées par des chemins, mais, par-dessus
Ë ee tout, qu'elles constituent des masses distinctes et séparées.
Telles sont les dispositions que l’on doit chercher à réaliser pour assurer la marche des coupes dans chaque affectation. Je recommande surtout de ne jamais scinder une affectation, quand on n’a pas pour le faire des motifs majeurs. |
La contiguïté des parcelles qui forment une affectation, n’est pas utile seulement pour l’application des règles d’assiette; elle l’est aussi pour l’économie des exploitations, lesquelles entraînent nécessairement à leur suite des intérêts nombreux et un matériel considérable. Il est très-désirable que l’on n’occasionne pas à ces intérêts et à ce matériel des déplacements fréquents et coûteux. Or ces déplacements seraient inévitables si l’on formait, par exemple, une affectation avec des parcelles éloignées les unes des autres, et séparées par des massifs appartenant à d’autres affectations : après avoir fait des coupes d’ensemencement dans une partie de l’affectation, on pourrait être obligé de les entreprendre dans une autre, puis de revenir dans la première pour les coupes secondaires, sauf à retourner l’année suivante dans la
seconde.
Ce seraient là des inconvénients très-fâcheux, et la subdivision d’une affectation en deux ou plusieurs parties non contiguës, n’en présenterait pas d’autres, qu'ils sufliraient pour que l’on dût s'efflorcer de éviter; ainsi, il est clair qu'il n'importerait nullement, au point de vue de la régularité désirable dans
la gradation des âges, que l’affectation de la première période ou celle de la dernière fût partagée en deux parties, situées l’une au commencement et l’autre à la fin de la série : une pareille disposition ne serait défectueuse que parce qu'elle contrarierait le principe d'économie ci-dessus énoncé; ce serait une raison suffisante pour ne pas l’admettre.
Les affectations sont enfin d'autant plus propres à faciliter, à assurer l'exécution de l'aménagement, qu'elles sont plus ramassées; car la tendance naturelle des agents est, dans l’assiette des coupes, de procéder de proche en proche, et il y aurait à craindre qu'ils ne négligeassent souvent des opérations urgentes, s'ils étaient forcés pour cela de se transporter sur des points trop éloignés de ceux où auraient eu lieu leurs opérations précédentes.
On pourrait croire que l’application des règles d’assiette, au point de vue de la position respective que les affectations doivent occuper, trouvera presque toujours assez de garanties dans les dispositions arrêtées pour assurer la marche et l'assiette des coupes annuelles. 11 ne suffit pas cependant -que les règles soient observées dans l’assiette des coupes de chaque affectation, pour qu'il n’y ait rien à redouter de la non-observation de ces règles, dans l'assiette des affectations; n'oublions pas, en effet, que nos futaies sont en grande pagtie situées dans les montagnes, où les accidents météoriques sont plus fréquents et beaucoup plus redoutables que dans les plaines; qu’elles offrent, par la hauteur des arbres
qu'on y rencontre, beaucoup plus de prise que les taillis aux vents, à la neige, au givre; que la nécessité d'éclaircir les massifs que l’on veut régénérer, rend plus périlleuse encore leur situation, et que. dans de semblables conditions, la pradence exige quelquefois que les règles suivies pour l'assiette des coupes dans chaque aflectation, le soient également pour le rang, l’ordre dans lequel ces affectations arriveront en tour de régénération. Il pourrait être dangereux, par exemple, de disposer les affectations de manière que les coupes se succèdent en allant du haut en bas d’une montagne ou dans tout autre sens qui les exposerait à l’action des vents. L'expérience prouve, en effet, que l’on ne saurait prendre trop de précautions pour mettre à l'abri d’un coup de vent, les massifs à l’état de coupes secondaires ou de coupes d’ensemencement, et que la protection qu'ofirent pour cela les bois de l'affectation dont elles font partie, n’est pas toujours suffisante.
Cette considération des obstacles à opposer aux vents, est celle dont on doit le plus se préoccuper dans l’exploitation des futaies en montagne *.
1. Quant aux forêts en plaine, c’est en outre aux gelées que l’on doit songer quand on règle la marche des coupes, car elles sont souvent la principale cause de l’insuccès des repeuplements naturels ou artificiels, et cette cause motiverait une règle d’assiette non moins importante que celles indiquées par le cours de culture. Il n’y a pas un praticien qui n’ait remarqué que les coupes abritées du côté du nord et de l'est se repeuplent plus vite que celles qui sont ouvertes de ces côtes-là, et que les semis vont une végétation plus active. (Note de la 2° édition.)
J'ai exposé et discuté les raisons qui pouvaient contrarier l’application des règles d’assiette dans l'aménagement des taillis, et j'ai essayé de démontrer qu’elles n'étaient pas de nature. à. justifier la nonobservation de ces règles.
Quoique les pertes d’accroissement auxquelles on se condamne, quand on modifie le classement établi d’après l’âge d’exploitabilité, soient beaucoup plus considérables dans les futaies que dans les taillis, elles ne sauraient cependant prévaloir sur les inconvénients permanents qu'entrainerait une assiette vicieuse des coupes; car ces inconvénients sont de leur côté beaucoup plus graves dans les forêts de la première catégorie que dans les autres.
En fait, l'application des règles d’assiette, dans la formation du plan d'exploitation des futaies, n’est pas aussi embarrassante qu'on serait tenté de le croire.
Nos forêts ont été traitées, soit par la méthode à tire et aire, soit par la méthode jardinatoire : dans le premier cas, elles ont été exploitées de proche en proche ; la gradation des âges y est donc assez régulière; dans le second cas, elles présentent sur tous les points des arbres de tous les âges, formant des peuplements uniformes dans leur irrégularité, et il est par conséquent indifférent, au point de vue des convenances de l’exploitabilité, de commencer les exploitations par un bout ou par un autre. Enfin, en montagne, les coupes ont presque toujours été faites comme le veut la quatrième règle, c’est-à-dire en
commençant par les parties inférieures, et la raison en est que cette manière de procéder était la plus commode *.
Quoi qu'il en soit, toutes les fois qu’on se posera la question de savoir si une parcelle doit être rattachée à une affectation autre que celle dans laquelle son âge l'avait fait classer, on la résoudra en examinant si cette parcelle est assez étendue, pour qu'il ne soit pas nécessaire de combiner l'assiette des coupes à y faire, avec l'assiette des coupes des parcelles contiguës. Dans l’affirmative, on devra la maintenir dans la colonne où on l'avait d’abord placée ; dans la négative, on n'hésitera pas à la colloquer dans la colonne qui comprend les massifs limitrophes. |
On conçoit donc que les exigences des règles d’assiette puissent faire colloquer dans une affectation des bois plus jeunes ou plus âgés qu’il ne faudrait, si la formation de cette affectation devait être exclusivement subordonnée à l’âge d’exploitabilité; la régularisation de la forêt et les grands avantages qu'on a le droit d’en attendre pour l’avenir, le veulent ainsi.
1. Je crois devoir prémunir les agents contre une erreur trop commune dans l’application des règles d’assiette à la formation des affectations, erreur qui consiste à croire que lorsque ces règles veulent que les affectations se succèdent du nord au sud par exemple, il est nécessaire de donner le n° 4 à l'affectation située à l'extrémité nord de la forêt, et le dernier rang à l’affectation située à l'extrémité sud. Or, on peut donner le n° 4 à telle affectation qu’on voudra, pourvu que les exploitations marchent dans le sens voulu. (Note de la 2° édition.)
Il semble que ce sont là des principes auxquels il n'y a rien à objecter, et pourtant que d'étonnement ne provoquent-ils pas tous les jours! Il ‘n’est pas rare de voir des forestiers, très-estimables d’ailleurs, se récrier très-sincèrement, lorsqu'on les invite à pratiquer une coupe d’ensemencement dans une futaie qui est plus ou moins éloignée d’avoir atteint son plus grand accroissement moyen. C’est qu’ils ne comprennent pas qu'au-dessus des besoins du peuplement dans lequel la coupe a été assise, il y a ceux de la forêt envisagée dans son ensemble, et ils voudraient exploiter, ils exploitent trop souvent ce peuplement de la manière qu'ils jugent la plus convenable, en égard aux circonstances présentes, sans examiner s'ils obéissent ainsi aux prescriptions de l'aménagement.
Ces erreurs sont fréquentes ; elles proviennent soit d’un défaut de portée dans les vues, soit d’une étude incomplète de l'aménagement que l’on est chargé d'exécuter ; il y a, dans tous les cas, d’autant plus à les redouter qu'elles ont souvent leur point de départ dans un fait sainmement apprécié. Les praticiens principalement sont enclins à les commettre, parce qu'ils ont l’habitude de considérer les faits en eux-mêmes ou dans leurs conséquences immédiates et locales : ils n'apprécient que ce qui est sous leurs veux; les circonstances extérieures et médiates leur échappent.
Mais il est évident que si l’on ne consultait, pour se diriger dans le martelage d’une coupe, que l’état actuel du peuplement, on ne pourrait que per-
pétuer le désordre dans une forêt, ou l'y mettre s’il n’y était déjà. Aussi ne connais-je pas, dans le contrôle que l’administration supérieure est appelée à exercer sur la gestion de ses agents, d'objet plus important que celui qui concerne l'application des plans d'exploitation adoptés par elle.
Les agents n’ont pas toujours l'intelligence des sacrifices qu'il convient de faire à la régularisation de la marche des exploitations. Quand ils ont une coupe à effectuer, 1ls se dispensent volontiers de porter leurs regards au delà de l'enceinte de cette coupe. Îs ne sont pas, d’ailleurs, plus que les autres hommes, inaccessibles aux tentations de la critique, et ils ont bientôt dit : On veut que nous fassions une coupe d’ensemencement ici; mais c’est absurde : les bois sont encore trop éloignés d’avoir atteint l’âge d’exploitabilité; ou bien : On nous condamne à sacrifier ce beau repeuplement, en nous empêchant de le dégager du massif qui le domine ; mais cela n’a pas le sens commun, ce massif est exploitable, il faut se dépêcher de l’abattre. Et c’est par des considérations de ce genre qu’on bouleverse les aménagements, qu'on compromet l'avenir, et qu'en croyant bien faire, on ne fait pourtant qu'empirer les choses.
Revenons à notre classement.
Lorsqu'on a arrêté son opinion sur les règles d’assiette dont l’application à la forêt que l’on aménage est nécessaire; lorsqu'on s'est fixé sur les dispositions qu'elles réclament, on s’y soumet rigoureusement dans la formation des affectations, ce qui
veut dire que l’on ne s'arrête ni au désaccord existant entre l’âge d'une parcelle et le rang de la période à laquelle il y a lieu de l’afflecter, ni aux sacrifices d'accroissement qui pourraient en être la conséquence.
Mais ce n'est pas nécessairement une raison pour que l’on soit ensuite forcé de régénérer tous les bois, dans la période correspondante à l’affectation dont ils font partie. Je montrerai comment, dans la première révolution, on est amené exceptionnellement à régénérer, en même temps que l'affectation de la période dans laquelle on se trouve, des parcelles qui appartiennent à d’autres affectations.
J'admettrai, jusqu’à nouvel ordre, que cette obligation ne doive pas résulter des modifications apportées au tableau des affectations, pour le rendre conforme aux règles d’assiette, et je vais voir quelles sont celles que le rapport soutenu pourrait de son côté motiver.
Formation des affectations conformément aux exigences
du rapport soutenu.
Toutes les parcelles qui, d’après leur âge, seraient exploitables dans la même période, forment ce que l’on appelle une classe d'âge. Une forêt normale exploitable dans une révolution partagée en cinq périodes, doit donc comprendre cinq classes d'âge,
distinctes. Cette dénomination de classe d'âge,
appliquée aux bois compris dans la même affectation, mérite d’être conservée, parce qu'elle est caractéristique.
L'aménagement a pour objet de rendre l’état respectif des classes d'âge aussi satisfaisant que possible. Pour qu'une forêt se trouve sous ce rapport dans toutes les conditions désirables, il faut : 1° que les classes d'âge y soient en nombre égal à celui des périodes de la révolution; 2° que la disposition de ces classes sur le terrain ne contrarie pas l’application des règles d’assiette ; 3° qu’elles aient la même puissance productive, en ce sens qu’elles soient susceptibles de fournir, à l’époque où elles arriveront en tour d'exploitation, le même volume.
Lorsque ces conditions n'existent pas, il s’agit de les établir, et c’est précisément là le résultat que doit avoir le plan d'exploitation.
Je ne laisserai jamais échapper l’occasion de rappeler ces principes, parce qu’ils doivent former la préoccupation constante de l’aménagiste, et que lorsqu'on ne les perd pas de vue, on est certain d'arriver au but.
Quand on a classé les parcelles dans les colonnes des périodes, en se conformant aux exigences de l’exploitabilité et des règles d’assiette, il suffit de jeter un coup d'œil sur les totaux de ces colonnes pour juger si la forêt que l’on veut aménager, est ou n’est pas susceptible d’un rapport périodique; et il n’y à pas non plus de longues réflexions à faire pour reconnaître si, ce rapport périodique étant
réalisable, 1l est possible de le rendre soutenu, c’està-dire constant.
Que mes lecteurs veuillent bien ne pas oublier que dans ce moment je ne m'occupe que des aflectations ; que je les assimile à des coupes de taillis; que la période remplace l’année, et que, d'après l'hypothèse dans laquelle je me suis placé, le classement des parcelles, conformément aux règles d’assiette, na pas eu pour effet d'augmenter l'écart qui doit normalement exister entre l’âge qu'ont les bois actuellement, et celui qu’ils auront lorsque l'affectation à laquelle on les à rattachés, arrivera en tour d’exp'oitation.
Cela étant bien compris, si aucune classe d'âge ne fait défaut, on en conclura qu'il existe les éléments indispensables à une suite non interrompue d'exploitations périodiques. Dans le cas contraire, on avisera aux moyens de suppléer les classes d'âge absentes par des emprunts faits aux classes existantes, et c’est alors qu'il sera utile de se rappeler les règles que j'ai énoncées dans le chapitre relatif aux taillis.
D'après ces règles, des exploitations annuelles ne peuvent être entreprises et continuées sans interruption que lorsqu'il y a des parcelles exploitables, des parcelles assez jeunes pour atteindre, sans dépérir, le terme de la révolution, et d2s parcelles intermédiaires telles que la différence d'âge la plus grande entre deux peuplements à exploiter successivement, ne dépasse pas le double de l'écart tolérable entre
l’âge d'exploitabilité et l’âge de l'exploitation, écart qui, dans aucun cas, ne doit être assez grand luimême, pour compromettre la régénération naturelle des massifs.
A l’aide de ces règles fort simples, on parviendra sans beaucoup de peine à remplir, autant que possible, les lacunes qui s’opposeraient à la périodicité des exploitations. Si c’est l'affectation de la première période, ou, en d’autres termes, la première classe d'âge qui manque à l'appel, on pourra la remplacer par une partie de la deuxième classe d'âge et une partie de la dernière; si c’est la troisième classe d'âge, on pourra la remplacer par une partie de la deuxième et une partie de la quatrième; mais ces transpositions devront se faire de proche en proche, avec des peuplements contigus, de manière à ne pas déranger les dispositions prises conformément aux règles d’assiette, et à reculer, plutôt qu’à avancer, l'époque de l'exploitation effective des peuplements.
Ce qui manque ordinairement dans nos forêts, ce ne sont ni les bois exploitables, ni les bois des dernières périodes, ce sont les bois d'âge moyen. La substitution de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques au régime à tire et aire, substitution qui remonte à une cinquantaine d'années, est en partie la cause de cet état de choses. Dans les coupes de régénération auxquelles ils ont procédé, les agents n’ont pas toujours pris Îles mesures nécessaires pour assurer le repeuplement naturel, et ils ont laissé s’accumuler les coupes d’en-
semencement, dans l’attente d'un repeuplement que chaque nouvelle année de retard rendait plus improbable. Dans les coupes d'éclaircie, ils ont trop généralement cédé au désir de procurer des produits au Trésor, en faisant disparaitre les vieux arbres de préférence aux jeunes. On ne saurait leur en vouloir, puisque l'absence de tout plan d'exploitation ne leur permettait pas de se guider dans ces opérations , d'après la composition et la distribution des classes d'âge, et qu’en outre, parmi les sujets qui rompent la régularité d’un peuplement, les plus gros sont naturellement ceux qui attirent le plus l'attention, et dont l'enlèvement paraît à priori le plus urgent.
Le rapport soutenu serait assuré par période, si les parcelles à exploiter dans chacune d’elles, c’està-dire les affectations de ces périodes, occupant d’égales contenances, renfermaient des massifs, similaires quant aux phases probables de leur développement, et gradués quant à l’âge, de manière à n'être ni plus ni moins âgés les uns que les autres, lorsqu'ils arriveraient en tour d'exploitation.
Mais ces conditions favorables ne se rencontrent jamais, et on doit dès lors se demander s’il ne convient pas de donner aux affectations des contenances inégales, afin de corriger l'inégalité de puissance productive des parcelles qui les composent.
Les facteurs dont on se sert pour faire ces sortes de corrections ne sauraient, comme je crois l’avoir prouvé, se déduire de l’appréciation directe des élé-
ments qui concourent à la production, tels que le sol, l'exposition, le climat, l'essence, l’état plus ou moins serré, etc. Ils se déduisent des renseignements que l’on possède, sur la production effective de peuplements, placés dans les mêmes conditions de végétation que ceux de la forêt qu'on aménage.
Or j'ai fait observer, en traitant du plan d’exploitation dans les taillis, qu’en allant à la recherche de ces peuplements comparables, on se lançait dans des difficultés d'appréciation très-nombreuses, très-délicätes, presque insurmontables ; et ce, pour n’obtenir souvent qu'un très-mince avantage, et perpétuer dans les classes d'âge une fâcheuse inégalité.
J'ai donc émis l’opinion que les procédés indiqués pour rendre les contenances des affectations inversement proportionnelles à leurs facultés productives, avaient une valeur pratique fort contestable.
de maintiens cette opinion.
Mais la question est grave: on me pardonnera d'insister. Il s’agit de détruire des préjugés enracinés, des illusions généralement répandues.
Je veux prouver qu'à raison de l'incertitude des moyens d'appréciation dont on dispose, il convient d'adopter comme règle générale, pour les affectations, des contenances égales.
Je dirai ensuite dans quelles circonstances particulières et dans quelle mesure, les exceptions à cette règlé peuvent être admises.
À. Des motifs qui doivent faire adopter en général, pour les affectalions, des contenances égales. — Mon-
trons de nouveau d’abord que les méthodes prétendues différentes, par lesquelles on a cherché à déterminer les contenances inversement proportionnelles à la produchvité du lieu d'habitation, reviennent toutes à fixer par hectare le produit de chaque parcelle pour le moment de son exploitation; à comparer ce produit à un terme commun, et à faire figurer les parcelles dans le plan d'exploitation pour des contenances qui soient, avec les contenances réelles, dans un rapport inverse de celui trouvé entre la production présumée de chaque parcelle, et la production adoptée pour terme commun de comparaison.
En effet, voici en quelques mots ce qu'indiquent les auteurs qui se sont occupés de résoudre le problème dont il s’agit.
Ceux-ci veulent : 4° que l’on détermine le volume actuel de chaque parcelle ; 2° qu'on y ajoute celui dont elle sera susceptible de s’accroitre, en supposant qu’elle reste encore sur pied jusqu'au milleu de la période à laquelle elle est provisoirement affectée ; 3° que l’on porte ces volumes dans la colonne ouverte à ladite période; 4° que l’on procède ‘enfin à l'égalisation des totaux des périodes par des transferts de volumes de la colonne la plus riche dans celle qui l’est le moins, en ayant soin de tenir compte des diminutions ou des augmentations que l'accroissement pourrait subir par suite de ces transferts.
Ceux-là comparent la production présumée par hectare de chaque parcelle, au moment fixé pour son
exploitation, à une production arbitraire quelconque prise pour type et terme commun de comparaison; ils multiplient la contenance réelle de chaque parcelle par le rapport numérique qui résulte de cette comparaison; ils substituent ces contenances fictives aux contenances réelles dans les colonnes des périodes, et ils procèdent enfin à l’égalisation des totaux de ces colonnes par des transpositions qui, au lieu de porter sur des volumes, comme précédemment, portent sur des contenances.
Enfin, d’après d’autres auteurs, les éléments de la production d’une parcelle étant pris pour unité, on établit les rapports qui existent entre cette unité et la puissance des éléments de production des autres parcelles, et on fait de ces rapports le même usage que des rapports précédents.
Ces trois manières de procéder s'appuient évidemment sur la même base, et la première ne se distingue des deux autres que parce que la production à laquelle on compare toutes les autres, est la production effective moyenne au lieu d’être une production arbitraire.
Dans tous les cas, et c’est le seul point important, il s’agit de prévoir plus ou moins longtemps à l’avance le produit que donnera un peuplement lors de son exploitation. C’est là qu’est la pierre d’achoppement, qu'est la difficulté, difficulté qu’on peut dissimuler, mais qu'on ne saurait éluder, et qui reste toujours aussi grande, quel que soit le moyen dont on se serve pour la surmonter.
Ainsi, par exemple, quand, pour déterminer la production ultérieure de chaque parcelle, on calcule : 1° le volume actuel qu’elle contient ; 2° le volume dont elle s’accroîtra; on a recours à des moyens qui peuvent dissimuler, mais qui, en réalité, ne diminuent pas les difficultés inhérentes à cette détermination. Sans doute, le volume actuel est appréciable d’une manière suffisamment exacte, lorsqu'il s’agit d’un peuplement dont tous les sujets sont assez forts pour être cubés individuellement. Si ce peuplement est âgé, on peut également, sans s'exposer à de grandes erreurs, se baser sur son accroissement moyen antérieur, pour apprécier son accroissement futur; mais ce n'est pas pour les parcelles qui sont destinées à être exploitées prochainement, que la recherche du produit qu’elles donneront est embarrassante; cest pour celles qui ont encore à rester longtemps sur pied; et, plus les bois sont jeunes, plus on risque de se tromper, soit dans l'estimation du volume actuel, soit surtout dans l’appréciation de l'accroissement futur : dans l’estimation du volume actuel, par suite de l'impossibilité de procéder à un cubage individuel de tous les sujets qui composent le peuplement; dans l'appréciation de l'accroissement futur, parce que l'accroissement moyen acquis diffère d'autant plus de l'accroissement moyen à acquérir, que les bois sont plus éloignés de la phase de leur plus grand développement, et que d’ailleurs, les chances d'erreur qui accompagnent les calculs
- sur l’accroissement, augmentent nécessairement avec
le nombre d'années sur lequel portent ces calculs.
Aussi, pour les jeunes bois, est-on forcé de recourir à des tables de production ou à des peuplements exploitables et placés dans les mêmes conditions de végétation que ceux dont on s'occupe.
On n'échappe pas non plus à cette nécessité, lorsqu'au lieu de comparer les productions, on prétend arriver au même résultat en comparant les circonstances sous l'influence desquelles elles sont appelées à se réaliser. Si le lecteur veut bien se reporter aux observations que contient à ce sujet le chapitre sur les taillis, il y verra que cette prétention ne saurait être prise au sérieux que par les gens qui se payent de mots ; que substituer la cause à l'effet dans l'énoncé du problème à résoudre pour déterminer la puissance productive des parcelles, ce n’est pas simplifier la question, c’est, au contraire, la compliquer sans faire disparaitre aucune de ses difficultés; car, dans l'étude des phénomènes de la végétation, les causes ne s’apprécient que par les effets,
Voici un sol quelconque, mettez-le entre les mains d'un chimiste ; il n’y découvrira pas, quelle que soit son habileté, la quantité de matière végétale qui pourra s’y développer dans un temps donné.
Une circonstance dont on fait grand cas dans l'examen de celles qui sont de nature à exercer une influence sur la production, c’est l’état de consistance du peuplement. Eh bien! je le demande à tout homme de bonne foi, quelle conclusion peut-on tirer de l’état de consistance d’un gaulis de quinze ans,
DU PLAN D'EXPLOITATION. 267 RP SU A QU THE men Une relativement au volume qu'il présentera quand il en aura cent ? |
[! faut donc en revenir toujours à la comparaison des productions, par conséquent, aux tables d’accroissement ou, à défaut, au cubage de parties de bois placées dans les mêmes conditions que celle qu’on envisage, et l'examen des éléments de la production n’a d'autre avantage que d’assurer le bon choix des peuplements choisis pour termes de ccmparaison.
Quels que soient, en définitive, les moyens que l’on adopte pour la recherche du produit que donnera une parcelle à l’époque fixée pour son exploitation, le succès de cette recherche est fatalement subordonné à la découverte d’un peuplement exploitable, soumis aux mêmes influences que celui dont on veut ainsi prévoir la possibilité.
Or, cette découverte est extrêmement difficile, et, avouons-le, presque impossible dans l’état actuel du peuplement de nos forêts. On chercherait peut-être vainement en France un seul massif exploitable, qui pût êlre présenté comme l'expression exacte de la puissance productive normale d’un terrain. Cela n’a rien d'étonnant, quand on songe que c’est à peine depuis une quarantaine d'années qu’on y applique le procédés d’une culture rationnelle.
On sait maintenant à quoi s’en tenir sur le mérite des coefficients de production, sur l'utilité qu’on en peut retirer pour l'établissement du rapport soutenu. Le rôle quon a voulu faire jouer à ces coefficients ect, disons-le, une véritable illusion, qui
prouve une fois de plus la funeste influence que peut avoir sur le bon sens et le jugement l'habitude des solutions mathématiques.
On est trop disposé de notre temps à transformer les questions en problèmes d’algèbre ou de géométrie; il y en a qui ne sont pas susceptibles d’une solution exacte, c’est un malheur auquel il faut se résigner. La question que nous traitons en ce moment est de ce nombre.
Il ne faut pas que la forme l'emporte sur le fond ; que l'apparence soit prise pour la réalité. Ce fatras de calculs minutieux et compliqués dont on surcharge le tableau des affectations, quand on veut tenir compte de toutes les influences qui réagissent sur la végétation, ne peut avoir de mérite qu'aux yeux de gens superficiels ; 1l n’accuse en réalité que des prétentions à l’exactitude, et comme il se fonde sur des appréciations presque toujours arbitraires, on peut véritablement le comparer à un monument qui serait bâti sur le sable.
Au reste, si le rapport soutenu est une bonne chose; s’il est à désirer qu'on puisse l'obtenir pour chaque forêt, chaque série, il ne faut pas cependant s’en exagérer l'importance et oublier que, comme 1l intéresse surtout la consommation. c'est surtoul par bassin de consommation qu’il y a lieu de l'établir. Envisagées de cette manière, les atteintes qu'il pourrait éprouver sur un point, perdront beaucoup de leur gravité, si, comme il est probable, elles doivent trouver des compensations sur d’autres.
On le voit donc : la réalisation du rapport soutenu n’est pas une condition rigoureuse qui demande qu'on y sacrifie, sans motifs impérieux, la simplicité, la rapidité et la sûreté des opérations, et je conclus en conseillant, comme l'ont fait avant moi les auteurs de la Culture des bois, de donner autant que possible aux affectations des contenances égales.
2. Des motifs qui peuvent faire adopter pour les affectations, des contenances réduiles. — Il n'y à pas de règle sans exception, et, dans les pays de montagnes surtout, il existe quelquefois, entre les circonstances qui influent sur la végétation, des différences tellement tranchées, qu'on ne saurait les négliger. | |
Jusqu'à quel point est-il permis d’en tenir compte ?
Ces différences peuvent être temporaires. Elles le sont lorsqu'elles portent sur l’âge, la consistance, l'essence même, s’il entre dans les prévisions qu’elle devra être remplacée. Dans aucun de ces cas, je ne les crois de nature à justifier une inégalité de contenances dans les affectations. Je l'ai dit pour les taillis, je le répète pour les futaies. Voici pourquoi :
Supposons que l’on soit parvenu à se fixer sur le rendement futur de chaque parcelle, à raison de toutes les circonstances, quelles qu’elles soient, dont ce rendement dépend. Supposons que, par suite des différences de puissance productive qui existent entre ces parcelles, on ait jugé convenable, dans l'intérêt
. du rapport soutenu, de transférer la parcelle B, dont
le coefficient est de 0,8, de la troisième période dans la deuxiène. Voilà une parcelle qui, par le fait de cette transposition dans une période qui avancera l’époque de son exploitation, mérite qu’on lui donne un autre coclficient de production ; car celui qui lui a été appliqué étant fonction de toutes les circonstances dont le rendement désend, l’est dès, lors, de l’âge d’exploitabilité, ou mieux, du temps pendant lequel ladite parcelle avait été destinée à rester sur pied. En conséquence, si on l’a fait figurer pour X hectares, dans la troisième période, on devra la faire figurer pour X’, en la colloquant dans la deuxième, et la soumettre dès lors à un nouveau remaniement.
D'un autre côté, la régularisation de la forêt implique la fixation de l’étendue respective des affectations, c'est-à-dire des classes d'âge; et l’on conçoit que cette fixation ne saurait être définitive, si on la subordonnait à des influences essentiellement temporaires. Ces influences n’existant plus, il deviendrait nécessaire de modifier les affectations et de retarder, par suite, l’époque à laquelle leurs limites cesseraient d’être provisoires.
La production subirait enfin des atteintes inévitables, si, pour la rendre soutenue, on augmentait par de nouvelles transpositions, l'écart occasionné déjà par l'application des règles d’assiette, entre l’âge de l’exploitabilité et celui de l'exploitation.
Donc, en admettant que l’on parvint, chose presque impossible, à recueillir des données exactes
sur le rendement probable de chaque parcelle, lors de son exploitation, on ne pourrait les utiliser pour la réalisation du rapport soutenu immédiat, sans se condamner à des tâätonnements, à des remaniements sans fin, et dans tous les cas, à une diminution de production, c’est-à-dire à des résultats contradictoires avec le bat que l’on se propose lorsque l’on aménage une forêt.
Cependant, dira-t-on, s’il se trouvait des affectations qui coatinssent la moitié de leur étendue en vides, et qui fussent productives, par suite, d’un rapport moitié moindre, n’y aurait-il pas lieu de leur donner une étendue un peu plus grande ? — Non, parce qu'après que ces vides auraient été repeuplés, il faudrait de nouveau changer la contenance des affectations, sous peine de retomber dans les inconvénients qu'on avait voulu éviter. Tout ce que l’on pourrait faire, serait de décider qu’exceptionnellement à la règle générale, pendant la première révolution, certaines parcelles ne seront pas régénérées dans les périodes correspondantes; mais cet expédient implique l'adoption d’un plan provisoire, et j'ai annoncé que l'étude de ce plan serait l'objet d’un chapitre spécial.
J'insiste donc sur ce principe : les affectations ne doivent jamais être modifiées, par suite des différences accidentelles, et par conséquent temporaires, qui porteraient sur l’âge, la consistance et même parfois l'essence des peuplements.
Mais, dans les conditions dela végétation, 1l yen a
qui peuvent être considérées, comme immuables ; ce sont, par exemple, celles qui tiennent au climat, à l’exposition, à la nature des essences, à la qualité du sol, et ces conditions sont quelquefois tellement différentes d’une parcelle à une autre, que l’on nesaurait vraiment être autorisé à passer outre. Il est certain qu’une affectation située sur une rampe exposée au midi, ne rapportera pas, toutes les autres conditions étant égales d’ailleurs , autant que celle qui occupera un versant septentrional; et qu'un massif reposant sur un sol substantiel, frais et profond, rapportera plus que celui qui croîtra sur un terrain maigre, sec et sans profondeur.
On sait qu'il est de principe de composer, autant que possible, les affectations, de manière que les bonnes parties compensent les mauvaises. On sait aussi qu'au moyen de la division d’une forêt en-séries, on parvient souvent à éviter les embarras qu'occasionnent, dans la formation des affectations, les différences de fertilité des parcelles. Néanmoins, on doit prévoir des cas où ces moyens seraient insuffisants pour corriger les grands écarts que présenteraient les rendements probables des affectations.
Dans ces cas-là, mais dans ces cas-là seulement, on pourrait donner aux affectations, des contenances inversement proportionnelles à leur puissance productive, en s’aidant, pour établir ce rapport entre les puissances productives, de tous les éléments d'appréciation que fourniraient les tables d'expérience, les observations directes, la tradition surtout.
DU PEAN D'EXPLOITATION. 273
Pour ne point se tromper trop grossièrement dans une opération de ce genre, il faut menté et très-circonspect.
C’est surtout lorsque les différences dans les conditions de végétation, portent sur la qualité des terrains, que les erreurs sont à craindre. Il n’en est pas des sols forestiers, ne l’oublions pas, comme des sols agricoles. Ceux-ci sont bien connus; les relations qui existent entre leur nature et le produit qu'ils peuvent donner, sont bien établies ; on peut assurer que telle terre ne produira que du seigle, et qu'elle en produira en moyenne tant d'hectolitres. Pour les forêts il n'y à guère de mauvais sols, en ce sens que dans presque tous, les bois peuvent prospérer ; tel lerrain qui, dénudé et desséché , ne parait propre à rien, est cependant absolument semblable, sauf l'humus et la fraîcheur, à celui qui porte une magnifique futaie.
On ne saurait donc être trop prudent lorsqu'on recherche l'influence que peut avoir la qualité du sol sur la production forestière Quant à l'influence de l'essence, du climat, de l'exposition, elle est moins douteuse.
Ces réflexions faites, je n’ai qu’un mot à ajouter sur l'emploi des coefficients de production. Lorsque ces coefficients sont fixés, on multiplie la contenance réelle de chaque parcelle par le coeflicient y relatif, et on porte le résultat de cette multiplication sur le tableau des affectations, qui est modifié en conséquence conformément au modèle suivant.
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DÜ PLAN D'EXPLOITATION. 275
On procède à l’égalisation des totaux des contenances fictives, par des transferts, en se conformant aux préceptes que j'ai donnés, et on obtient ainsi, pour les affectations, des contenances réelles inversement proportionnelles à leur puissance productive.
ARTECLE II.