‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 2)Chapitre 88 sur 121 · RÈGLEMENT GÉNÉRAL DES EXPLOITATIONS · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT GÉNÉRAL DES EXPLOITATIONS

Nous supposerons d’abord que nous avons affaire à un taillils composé régulier et complet, riche en essences d'élite et en réserves de franc-pied. Ce taillis est soumis à une révolution de 24 ans; nous voulons le transformer en une futaie pleine exploitable dans une révolution de 444 ans, partagée en six périodes. Le tableau des affectations a été dressé conformément aux prescriptions des règles d’assiette; il s’agit de régler les exploitations par période. Je vais exposer les différents systèmes que l’on a suivis pour cela, et je dirai ensuite quel est à mon sens le meilleur. Ces systèmes n'empruntent pas seulement leur originalité : aux circonstances de la végétation; ils l’empruntent aussi à la rapidité plus ou moins grande que l'on est disposé à imprimer à la conversion : On peut se proposer de convertir immédiatement toute la forêts on peut estimer au contraire qu'il est préférable de ne la convertir que graduellement. Dans ces deux cas, il y a bien des degrés de promptitude possibles; nous aurons à apprécier quels sont Îles plus avantageux. Enfin, que l’on veuille convertir immédiatement ou graduellement, la transformation peut se faire avec ou sans révolution préparatoire, et

nous la discuterons dans l’une et l’autre hypothèse. Mais la supposition que nous fesons maintenant d’un taillis composé régulier et complet, se réalise exceptionnellement. Nos taillis sont en général irréguliers et incomplets et leur conversion est alors assujettie à des règles très-variables. Nous en ferons l’objet d’un paragraphe spécial.

S 1er.

Règlement général des exploitations d’un taillis composé régulier et complet. à convertir, lorsque la révolution est préparatoire et la conversion immédiate.

Puisqu’on veut que la conversion soit immédiate et générale, il faut arrêter les coupes de taillis sur toute l'étendue de la forêt et, par ce fait seul, on peut dire que la forêt est convertie ; mais il s’agit d’y créer ce qu’on appelle des classes d'âge et c’est là le difficile: d’abord, parce que les taillis de la première affectation, en supposant même que ce soient les plus âgés, ne sont pas en général susceptibles de porter des semences fertiles; ensuite, parce que les taillis de la dernière, en supposant que ce soient les plus jeunes, ne sauraient fournir une aussi longue carrière que des brins de semence. Deux questions se présentent donc : la première, étant de savoir pendant combien de temps on devra laisser sur pied les taillis de la première affectation, pour les amener à un état tel qu'ils soient à même de se régénérer naturelle-

f ment par les semences ; la seconde, étant de savoir

pendant combien de temps on pourra laisser sur pied les taillis de la dernière affectation, sans qu’on ait à craindre leur dépérissement.

De la solution donnée à la première de ces questions, dépend la durée de la révolution préparatoire. De la solution donnée à la seconde, dépend la durée de la révolution principale. Cette dernière révolution sera d'autant plus longue, elle se rapprochera d’autant plus de la révolution normale, que la révolution préparatoire sera plus courte; et la répartition des peuplements, là plus favorable au raccourcissement de la révolution préparatoire et à l'allongement de la révolution principale, serait naturellement celle qui aurait classé les taillis les plus âgés dans la première affectation, tandis que les plus jeunes appartiendraient à la dernière.

L'état des rejets, l’état des souches, le nombre et l’état des réserves, la nature des essences, l’âge auquel elles portent semences, telles sont les circonstances à apprécier, afin de résoudre l’une ou l’autre des questions que je viens d’énoncer ; seulement, les rejets auront moins d'influence sur la solution de la première question que sur celle de la seconde, et cela se conçoit aisément, puisque dans la première affectation on a besoin de vieux bois, tandis que dans la dernière on ne saurait en avoir de trop jeunes.

Si on se croyait dans l'obligation de laisser croître les taillis jusqu'à l’âge de cinquante ans, afin que leur action, s’ajoutant à celle des réserves, pûüt assurer

le réensemencement naturel, il en résulterait cette conséquence forcée que, pendant un laps de temps égal à la différence entre l’âge de 50 ans et l’âge actuel des taillis, la forêt ne serait parcourue que par des coupes d’éclaircie, de régularisation si l’on veut, ou, pour me servir du terme consacré, par des coupes préparatoires dans lesquelles on s’appliquerait à ménager, tout en évitant d'interrompre Île massif : dans la première affectation, les vieux arbres; dans la dernière, les jeunes; dans les affectations intermédiaires, les sujets d’âge moyen.

La différence entre l’âge de 50 ans et l’âge actuel des massifs étant, par exemple, de 30 ans, la durée de la révolution préparatoire serait donc de 30 ans. On diviserait cette révolution en autant de parties aliquotes qu'il y aurait d'unités dans le quotient du chiffre de ladite révolution par celui de la périodicité des coupes préparatoires, et chacune des affectations normales serait partagée en autant de coupes qu'il y aurait d'années dans une des subdivisions de la révolution; ou bien, si l’on jugeait avantageux de ne pas multiplier ainsi les coupes à faire chaque année, on grouperait les affectations deux par deux ou trois par trois. Chaque groupe ne formerait qu'une série qui comprendrait naturellement autant de coupes qu'il y aurait d’années dans une des subdivisions précitées, à moins qu'on ne rendit ces coupes biennales, ce qui pourrait encore se faire pour des raisons d'économie ou de simplification de service. Au reste, l'établissement du règle-

ment général des exploitations, pendant la révolution préparatoire, rentrerait exactement dans le cas prévu à la page 851.

Après la révolution préparatoire, la forêt dont le sous-bois le plus âgé aura 50 ans et sera surmonté de nombreuses réserves, et dont le sous-bois le plus jeune, âgé de 80 ans, contiendra sans doute beaucoup de brins de semence, la forêt ne se distinguera pas des autres futaies irrégulières. On en réglera l’exploitation comme on le fait pour ces dernières, en lui appliquant une révolution principale d'autant plus longue que les jeunes massifs, ou plutôt que les massifs de la dernière affectation, pourront durer plus longtemps. Si cette révolution ne s’écarte pas trop de celle que l’on aurait adoptée comme normale, on la regardera comme définitive. Si elle s’en écarte trop, on prendra les dispositions nécessaires pour que les affectations normales ne puissent jamais être perdues de vue.

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