‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 2)Chapitre 89 sur 121 · C2 [RU · texte numérisé non relu

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Règlement général des exploitations d’un taillis composé complet et régulier à convertir, lorsqu'il n’y a pas de révolution préparatoire, et que la conversion est immédiate.

La méthode de transformation exposée dans l’article précédent, est celle que l’on a longtemps suivie à l'exclusion de toute autre. C’est la plus simple, et

je le dirai dès à présent, la plus rationnelle, la plus recommandable au point de vue cultural ; puisque c’est celle qui permet le mieux d'utiliser les ressources du peuplement pour la régénération naturelle; mais elle se signale, au point de vue économique, par deux inconvénients majeurs : d'abord, elle a pour effet d’altérer profondément le rapport soutenu. Par le fait de la conversion immédiate, les coupes de taillis étant remplacées par de simples nettoiements ou éclaircies et des extractions prudentes de vieux arbres, il est clair que les produits annuels sont trèsfortement diminués. Ensuite, elle retarde le début de la première révolution principale, et elle rend presque impossible l’adoption, pour cette première révolution, d’une durée égale à celle de la révolution normale.

Le premier de ces inconvénients, l’altération profonde du rapport soutenu, a été longtemps le principal motif qui s’est opposé à la transformation de nos taillis sous futaie en futaies pleines, et aujourd'hui encore cette altération est l’objet d'une préoccupation très-vive. Aussi a-t-on cherché et cherche-t-on à l’atténuer, voudrait-on même empêcher qu'elle ne se produisit, chose pratiquement irréalisable et même théoriquement inadmissible. Quels que soient les expé -

dients auxquels on ait recours, quelle que soit la lenteur que l’on apporte dans l'opération, on ne saurait passer d’une certaine révolution à une révolution plus longue, sans se condamner à une diminution temporaire de revenu; cette diminution pourra être très-faible et de

courte durée; elle n’en surviendra pas moins. Dans l'hypothèse la plus favorable, celle où la contenance de ia coupe annuelle serait réduite d’une quantité assez petite, pour que l’on perdit moins sur l'étendue que l’on ne gagnerait sur l'accroissement, la diminution du revenu, renfermée dans les plus étroites limites imaginables, porterait encore sur un an, et latransformation, pour être complète, exigerait plusieurs siècles, en supposant qu'elle ne fût pas contrariée par les exi : gences de la végétation. On poursuit donc vraiment une chimère, quand on prétend transformer les taillis en futaie, sans abaisser la production temporairement. Cette diminution sera d’autant moins sensible que le temps consacré à la transformation sera plus long ; mais comme ce temps ne peut pas être infini, la diminution ne saurait Jamais être réduite à zéro. Quoi qu'il en soit, les seuls moyens d’atténuer le sacrifice qu'entraine la substitution du mode d’exploitation en futaie à celui du taillis, consistent dans la suppression plus ou moins complète des coupes préparatoires, et dans la continuation plus ou moins longue des coupes de taillis sur certaines parties de la forêt. Nous n'avons pas à discuter en ce moment l'emploi de ce dernier moyen, puisque nous avons supposé que l’on voulait convertir immédiatement la forêt sur toute son étendue; et quant au premier moyen, la suppression des coupes préparatoires, il est évident qu'il ne saurait être appliqué qu’à la première affectation; car si la conversion de toute la forêt peut avoir lieu immédiatement, la régéné-

ration ne peut assurément en être que graduelle. La suppression des coupes préparatoires, dans le cas d’une conversion immédiate générale, équivaut donc à la suppression de la révolution préparatoire. On entreprend sans délai les coupes de régénération. On soumet la forêt sans transition à une révolution principale, et, comme on allonge la distance possible entre l’époque de la régénération de la première affectation et l’époque de la régénération de la dernière, d'un temps égal à la durée de la révolution préparatoire, on est moins gêné pour adopter une révolution principale qui soit en harmonie avec l’exploitabilité des essences. En outre, et c’est le but principal que l’on à en vue, en coupant à blanc étoc les peuplements de la première affectation, au lieu de se borner à les éclaircir, on se procure une augmentation de produits; mais tous ces avantages sont quelquefois achetés chèrement par les difficultés que la suppression de la révolution préparatoire entraîne pour la régénération naturelle, difficultés d'autant plus grandes que les taillis de la première affectation sont plus jeunes. Si, même avec une révolution préparatoire, il est désirable que les taillis les plus vieux soient colloqués dans la première affectation, à plus forte raison est-ce à souhaiter quand. on renonce aux coupes préparatoires. Autrement, on rend non-seulement, comme je viens de le dire, la régénération beaucoup plus pénible et par conséquent plus coûteuse, mais on se condamne encore à des pertes d’accroissement. Je n’insiste pas en ce

moment sur ces deux points, parce que j'aurai à les traiter in extenso plus tard. Je me borne à ajouter que la suppression de la révolution préparatoire ne me paraît tolérable, à la rigueur, que lorsque les taillis de la première affectation sont assez âgés pour contribuer à la régénération, sinon par leurs semences, au moins par leur abri.

Cette suppression étant admise d’ailleurs, le règlement général des exploitations ne soulève aucune question qui n'ait déjà été prévue et résolue.

Règlement général des exploitations d’un taillis composé complet et régulier à convertir, lorsqu'il n’y a pas de révolution préparatoire, et que la conversion est graduelle.

J. — Exposé des méthodes applicables. — La suppression de la révolution préparatoire atténue donc la diminution de produits inhérente à la conversion, et permet d'adopter, pour la révolution principale, une durée qui se rapproche davantage de la durée normale. Toutefois son effet, surtout sous le premier rapport, n’a point paru assez sensible, et l’on s’est demandé si l’on ne pourrait point recourir à des moyens plus énergiques, soit pour augmenter les produits pendant la transformation, soit pour rendre possible l’adoption immédiate d’une révolution principale normale? La réponse était facile : On

avait supprimé les coupes préparatoires pour la première affectation, 1l ny avait qu'à les supprimer aussi pour les autres.

Si on les supprime effectivement, alors il y a nécessité de continuer les coupes de taillis dans toutes les affectations, sauf la première. La conversion n’est plus immédiate sur toute l'étendue de la forêt; elle est graduelle, et rien ne s'oppose à ce que l’on adopte la révolution principale normale. Pendant qu’on régénère la première affectation dans le cours de la période normale correspondante, on continue le taillis dans les autres affectations jusqu'à ce que leur tour de régénération en futaie soit arrivé. Quant aux produits, si on ne les considère que dans leur ensemble, non pas pour une affectation plutôt que pour l’autre, non pas par année, mais par période, ils seront nécessairement un peu plus forts dans la première période qu'ils ne l’auront été auparavant dans le même espace de temps; car, sur toute l’étendue de la première affectation, au lieu de se borner à receper les taillis sous la réserve d’un nombre d'arbres plus ou moins grand, on aura tout à couper. La diminution de la production périodique ne se manifestera qu'à partir de la deuxième période, parce qu'alors, däns la première affectation, à la place des anciennes coupes de taillis, il n°y aura à faire que des éclaircies; et cette diminution ira en augmentant, de période en période, pendant la première révolution, jusqu’à ce que les bois précédemment régénérés soient assez âgés pour que l’on en

obtienne, par de simples éclaircies, autant de produits qu'on en obtenait des coupes de taillis.

Ces résultats se comprennent facilemeni. Je vais cependant les mettre mieux en évidence, et montrer comment on peut les assurer par le roulement général des exploitations, quand on se résigne d’ailleurs à sacrifier les règles d’assiette, et qu'on ne tient pas à avoir pendant la période une suite non interrompue, tout à la fois, et pour les coupes de régénération et pour celles de taillis.

En effet, quelle que soit la composition des affectations normales; dès que le nombre des coupes du taillis à convertir est divisible par le nombre de ces affectations, — et il n'y à pas d’empêchement à ce qu’il le soit, — toutes les hypothèses de distribution des coupes de différents âges entre les affectations, peuvent se ramener à trois types auxquels je donnerai des chiffres pour qu'ils soient plus saisissants et, pour cela, je supposerai que le nombre des coupes de taillis est de 36 ainsi que le nombre des années de la période, et celui des affectations de 4. Chaque affectation contiendra dès lors 9 coupes et il se pourra :

1° Que les 9 coupes les plus âgées soient dans la première affectation, les coupes de 19 à 27 ans dans la deuxième, et les coupes les moins âgées dans la dernière ; |

2° Que cet ordre étant renversé, les 9 coupes les moins âgées soient dans la première affectation, et les 9 coupes les plus âgées dans la dernière ;

3° Que dans chaque affectation, il y ait des coupes dont les âges ne se suivent pas régulièrement.

Dans le premier cas, l'augmentation des produits aura lieu au commencement de la première période dans la première affectation, dont les neuf coupes seront exploitées à blanc étoc et régénérées. Après ces neuf coupes, les produits annuels, qui seront fournis par les autres affectations, reviendront au chiffre où ils étaient auparavant, pour se maintenir ainsi pendant 27 ans, c'est-à-dire jusqu'à la deuxième période. À cette époque, il n y aura que des éclaircies à faire, pendant 9 ans, dans les coupes régénérées de la première affectation dont les bois les plus vieux n'auront que 36 ans et, par conséquent, la production baissera plus qu'elle n’aura haussé au début de la première période; puis, on entreprendra la régénération des coupes âgées de 28 à 36 ans de la deuxième affectation et, pendant 9 ans, les produits se relèveront de nouveau. A partir de la dix-huitième année de la deuxième période, et jusqu'à la première année de la troisième, les produits fournis par les coupes de taillis dans la troisième et la quatrième affectation seront ce qu'ils étaient avant le commencement de la conversion; mais désormais il n’y aura que des éclaircies à pratiquer dans les deux premières affectations et il s’ensuivra une forte baisse dans les produits, baïsse qui, en moyenne, sera plus prononcée que la précédente, à moins que les éclaircies à faire dans la première affectation ne soient aussi productives que

l'étaient les coupes de taillis, chose improbable. Cette baisse ne cessera que lorsqu'on pourra entreprendre la régénération des coupes de la troisième affectalion, c’est-à-dire à la dix-huitième année de la période correspondante. Après avoir régénéré ces coupes, et pendant les dernières années de la période, on coupera les taillis devenus exploitables de la quatrième affectation ; après quoi, il n’y aura plus de coupes de taillis à faire, mais simplement des éclaircies, jusqu'à la vingt-huitième année de la dernière période, et il est possible que parmi ces éclaircies il y en at, celles de la première affectation par exemple, qui fourniront autant de produits qu’en fournissaient les coupes de taillis ; de sorte que, pendant la dernière période, les produits pourront ne pas être moins élevés qu'ils l’auront été pendant la période précédente. À la fin de la quatrième période, les coupes de la quatrième affectation seront régénérées, la transformation sera complète et la hausse croissante des produits se manifestera de plus en plus. |

Dans le deuxième cas, la première affectation n'étant régénérée qu’à la fin de la période correspondante, c’est à la fin de cette période qu'a lieu Paugmentation des produits, et la baisse ne survient qu'à la fin de la deuxième période, au lieu de se faire sentir au commencement.

Dans le troisième cas, les variations dans les produits ne suivent plus aucune marche régulière : selon la disposition des peuplements; d’après leur

âge, la hausse peut avoir lieu, soit au commencement, soit à la fin, soit au milieu d’une période ; mais la baisse n’en est pas moins inévitable; et, comme dans les deux autres cas, elle l'emporte de plus en plus sur la hausse, jusqu’à ce que les éclaircies soient devenues aussi productives que l’étaient les coupes de taillis. Voilà la loi qui domine toutes les autres.

Lorsque la bonne formation des affectations normales se concilie avec la collocation des taillis les plus vieux dans la première affectation, des plus jeunes dans la dernière, de ceux d'âge moyen dans les intermédiaires, on ne doit pas hésiter à adopter, pour la marche des coupes, le règlement général que j'ai exposé premièrement. Outre l'avantage de retarder l’époque de la baisse des produits, il a celui, beaucoup plus sérieux, de permettre que la durée de la période ne soit pas égale à la révolution des taillis, Sans qu'il en résulte une perte d’accroissement. Aiïn<;, les taillis devant être coupés à 36 ans, rien ne S'opposerait, pourvu toutefois que le nombre des voupes de laillis fût toujours divisible par celui des affectations où ces coupes devraient être assises, rien ne s’opposerait à ce que la période, dans le règlement ‘sénéral provisoire, fût fixée, comme dans le règlement définitif, à 24 ans ou à tout autre chiffre qui s’accorderait mieux avec les exigences de la régénération ‘en futaie. C’est là ce qui est impossible quand les coupes sont distribuées entre les affectations comme on l’a indiqué dans les deux derniers cas. [E

est obligatoire alors, si l’on veut tout à la fois ne couper les taillis qu'à l’âge d’exploitabilité, et régénérer chaque affectation en futaie dans la période correspondante, que la durée de cette période soit au moins aussi longue que l’ancienne révolution du taillis. Il est visible, par exemple, que si cette durée était de 2} ans seulement, tandis que la révolution du taillis serait de 36 ans, la première affectation ne pourrait, tout entière, être régénérée dans la première période, que si elle contenait au début de la conversion des taillis âgés de plus de 12 ans.

Un autre défaut des modèles de règlements qui précèdent, et ce défaut existe pour le premier modèle . comme pour les autres, c’est la brusquerie dans les mouvements de hausse et de baisse, brusquerie qui devient très-accentuée quand on considère à part les produits de chaque affectation, et que l’on sépare ceux des coupes de régénération de ceux des coupes de taillis. On a eu recours à diverses combinaisons pour y obvier. La meilleure est sans contredit celle qui consiste à disposer les peuplements dans les affectations, de manière que chacune forme une série complète de coupes de taillis se suivant de proche en proche et d'âges gradués, depuis l’âge d'un an jusqu’à l’âge d’exploitabilité du taillis. Mais cela ne se peut guère que lorsqu'on a autant de séries de taillis à convertir que d’affectations de futaie à constituer. Toutefois, quand la chose est faisable, ja marche des coupes, soit de régénération, soit de taillis, est parfaitement régulière : Pendant qu’on

régénère par coupes successives, non interrompues et égalementproductives, la première affectation, on continue les coupes de taillis dans les autres; et, durant toute la première période, on a une augmentation de produits équivalente, chaque année, à la différence entre le rendement d'une coupe de taillis et celui d’une coupe à blanc étoc.

L'amoindrissement des produits commence au début de la deuxième période et se traduit, chaque année, par la différence entre le rendement d'une coupe de taillis et celui d’une coupe d’éclaircie ; mais l'augmentation, pendant la première période, et l’'amoindrissement, pendant la dernière, se répartissant également entre toutes les années de chaque période, on évite ces alternatives brusques de hausse et de baisse qu’entraînent les autres modes de transformation, et c’est un grand avantage. Malheureusement, on ne peut non plus se le procurer qu'à la condition d'adopter pour la période une durée égale à celle de la révolution du taillis, ce qui est regrettable, attendu que la durée des périodes ne doit, en bonne règle, être subordonnée qu'aux exigences de la régénération en futaie. D'ailleurs, je le répète, la possibilité de composer les affectations de telle sorte, que chacune d'elles forme une série de coupes de taillis, se présente très-rarement. Dans la plupart des cas, la gradation régulière dans les mouvements de la production ne peut être obtenue que lorsqu'on se résigne à des sacrifices d’accroissement, c’est-à-dire à ne pas couper le taillis à l’âge auquel on l'avait

coupé jusqu'alors ; et ce qu’on gagne au point de vue du rapport soutenu, on le perd et au delà au point de vue de la quantité des produits.

Ainsi, quoi que l’on fasse, la conversion, même graduelle, d’un taillis sous futaie en futaie pleine, amène une diminution de produits, à partir de la deuxième période de la révolution principale. Cette diminution peut être régularisée ou retardée, rejetée du commencement de la période, au milieu ou à la fin. On ne saurait dans aucun cas l’éviter, à moins qu'en même temps que l’on convertit la première affectation en futaie, on ne transforme les autres en taillis simples en y exploitant les vieilles réserves. On comprend que par ce moyen, dont je montrerai plus tard tout le danger, on arrive à combler dans une large mesure, le déficit causé dans les produits par la substitution des coupes de nettoiement et d'éclaireie aux coupes de taillis. On comprend que l’on puisse même, par labatage de ces vieilles réserves, rendre encore plus forte l'augmentation de produits qui est la suite, dans la première période de la révolution principale, de la substitution des coupes de régénération à celles de taillis composé ; et là est tout le secret de ces merveilleux projets de transformation sur lesquels on s’est appuyé, pour soutenir que la conversion des taillis composés en futaie peut avoir lieu, sans occasionner temporairement une baisse dans la production de la forêt. Cependant, qu’on ne s’y trompe pas : même quand on a recours à lexploïtation des vieux arbres, la baisse des produits n'est

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que retardée, et l’on ne se procure plus de rendement dans les premières périodes que sous peine d'en avoir moins dans les dernières.

En tout cas, et qu'on adopte l’un ou l’autre des modes de transformation ci-dessus décrits, le règlement général des exploitations par période se dresse toujours conformément au cadre donné p. 318 et 819 pour la marche provisoire des coupes, la révolution principale étant définitive ; il y a place dans ce cadre pour toutes les coupes à faire de iqmelque nature qu'elles soient.

Il, — Observations sur les méthodes de conversion erposées dans l’article précédent. — Les dispositions qui ont été imaginées, pour éviter les inconvénients de l’ancienne méthode de transformation des taillis composés en futaies pleines, se caractérisent toutes par ces trois circonstances : suppression des coupes préparatoires; continuation des coupes de taillis dans les différentes affectations jusqu’à l'époque où elles arri- veront en tour de régénération en futaie; extraction des vieilles réserves. Nous en connaïssons la valeur économique, no1s allons en apprécier le mérite cultural :

Suppression des coupes préparatoires. La suppression des coupes préparatoires a pour effet d'amoindrir, jusqu'à les annihiler quelquefois, les chances du repeuplement naturel. Elle est donc contraire à l’un des principes fondamentaux de la culture forestière. [1 est extrêmement important d’ailleurs, surtout lorsque ceite culture se pratique sur de vastes

étendues et réclame une nombreuse administration, que l’homme ne se charge pas à la légère des opérations que la nature peut faire elle-même. Les soins minutieux, les travaux de tout genre, que comporte la gestion des forêts, seront toujours assez multipliés pour qu'on ne les augmente pas sans nécessité absolue. Or, pour transformer un taillls composé en futaie pleine, 1l n’est pas nécessaire de recourir aux repeuplements artificiels. Étant donné un taillis simple de chêne et de hêtre, âgé de 25 à 30 ans, il est certain qu'en le laissant croître jusqu’à l’âge où il pourra donner des semences fertiles, jusqu’à 70 ans par exemple, on le mettra dans de bonnes conditions pour le repeuplement naturel; tandis que si on le coupe aujourd'hui, on ne pourra se dispenser de repeupler le sol artificiellement. Cette obligation du repeuplement artificiel s’appliquera sans doute, toutes proportions gardées, à une moins grande étendue, si au lieu d’avoir affaire à un taillis simple, on a affaire à un taillils composé; mais il est facile de se rendre compte de l’économie que les réserves, par leurs semences, permettront de réaliser dans les repeuplements à faire de main d'homme : nous n'avons pour cela qu'à ouvrir le cours de culture de MM. Lorentz et Parade à l’article concernant le balivage normal : nous ÿ verrons que le couvert des réserves, au moment de la coupe du taillis, peut comprendre 1/3 de l'aire de la coupe. Dans les circonstances les plus favorables, les travaux de repeuplement qu'entrainerait la suppression des coupes

préparatoires, s’étendraient donc encore aux 2/3 de la surface d’une coupe. Quand on peut éviter des travaux aussi considérables, on doit le faire ; d'autant qu'il n’y aurait rien d'étonnant à ce qu’un brin de semence provenant d’un semis artificiel, fût moins vivace qu'un brin provenant d’un semis naturel. N'y a-t-1il pas dans le travail de la nature, une force mystérieuse que la science de l’homme n’a point pénétrée et ne saurait mettre dans ses œuvres ? Quant à moi, Je penche, je l'avoue, pour l’affirmative, et, de même que toutes ces précocités artificielles si merveilleuses obtenues pour la viande, pour les fruits, ne fournissent pas des aliments aussi substantiels que ceux quon retire des productions qui ne sont pas forcées et dont la marche reste conforme aux lois de la nature; de même, j'incline à le penser, un plant, élevé en pépinière, ne vaut pas celui qui est venu spontanément en plein bois, et des graines, semées dans une autre localité que celle où elles ont été récoltées, ne sauraient produire des sujets aussi robustes que ceux qui proviennent-de graines récoltées et semées dans la même région. En outre, quelle que soit la préparation que l’homme donne au terrain, quelle que soit l’abondance avec laquelle il y jette les semences, cette préparation ne vaut pas l’humus, et cette abondance n’est que de la parcimonie à côté de la prodigalité de la providence.

La suppression des coupes préparatoires tendant en un mot à substituer l’homme à la nature, dans un travail qu’elle fait mieux que lui, n'est donc pas

une bonne chose; ces coupes d’ailleurs sont trèsutiles :

.4° Afin que le sol, souvent appauvri par un mode d'exploitation qui empêche l’humus de s’y accumuler, ait le temps de se refaire ;

2° Parce qu'il est de la plus grande importance pour Îles repeuplements, soit naturels, soit artificiels,

de n’exploiter les taillis qu'ils sont destinés à remplacer, qu'à l’âge où l’on n’a plus à craindre leur reproduction par la souche ; cette reproduction est en effet, aucun forestier praticien ne l’ignore, une des entraves qui nuisent le plus aux jeunes plants et dont il est le plus difficile de les débarrasser ; |

9° Parce que, dans le cas même où on se décide par des motifs quelconques à renoncer au repeuplement naturel, il est économique, pour le repeuplement artificiel, de se procurer un abri, abri qui ne peut être assuré suffisamment que par des sujets dont la tête est bien formée.

Ces observations ne soulèvent aucune objection pour l’affectationqui ne doit plus être coupée en taillis, qui contient ordinarement les bois les plus vieux, et dans laquelle il n’est plus temps, il n'est plus possible de songer à améliorer le peuplement en brins de franc-pied par de fréquents nettoiements et des plantations faites après la coupe ; mais pour les autres affectations elles paraîtront, je le prévois, moins fondées. On fera sans doute remarquer que, si l’on prend soin de dégager tous les brins de sem2nce qui se révéleront après la coupe du taillis, et de faire quelques

plantations, on se procurera les moyens, à la coupe suivante, de constituer la jeune réserve avec des sujets de franc-pied et par conséquent d'avenir; et que, si l’on porte en outre cette réserve à 150 baliveaux et même au delà, il ne faudra pas plus de deux révolutions de taillis pour réunir les éléments d’une régénération naturelle complète. À cela je répondrai que les coupes dites de taillis, dans lesquelles on conserve autant de baliveaux, ne sont en réalité que des coupes préparatoires, sous une forme particulière, et qu'on a tort de leur donner une qualification qui n'est plus justifiée, qui est même tout à fait démentie par le balivage serré dont elles sont l’objet, puisque ce balivage à pour conséquence inévitable de nuire de plus en plus au développement des rejets de souche. Je suis d’ailleurs persuadé qu’on se fait illusion, si l’on croit qu'il est facile, par des nettoiements répétés, de dégager les brins de semence qui apparaissent souvent en abondance, J'en conviens, immédiatement après l’abatage des taillis. Ce dégagement n’est point aussi commode qu’on le pense, car il faut y revenir fréquemment et quelquefois tous les ans. Enfin, si les taillis composés présentent l'inconvénient de ne pouvoir former que des futaies irrégubières dans lesquelles, au milieu de jeunes massifs sur souche, homogènes par places, sont disséminés des arbres d’âges et de grosseurs très-différentes, je ne m'explique pas que l’on veuille gratuitement aggraver cet inconvénient, en meltant dans les jeunes bois les inégalités qui sont dans les vieux,

et en ajoutant ainsi d'autres étages à ceux qui existent déjà. Il me semble que de tels procédés s’écartent des principes de la culture, soit en ce qui concerne le taillis, soit en ce qui concerne la futaie, et que, fâcheux pour la production dutaillis, ils le sont également pour la formation de la futaie.

Continuation des coupes de taillis. — S'il est vrai, comme tous les auteurs s'accordent à le dire, que le mode d'exploitation en taillis soit compromettant pour la conservation de la qualité du sol et pour celle des essences les plus précieuses, surtout pour le chêne, toute combinaison tendant à ajourner la suppression des coupes faites d’après ce mode, doit être considérée comme fort regrettable ; mais si l’on renonce à cet ajournement, ilest clair qu’on rend d'abord la transformation très-longue, puisqu'on n'arrivera à la compléter qu'après plusieurs révolutions transitoires de futaie; et qu'on se condamne ensuite à une diminution immédiate et très-sensible dans la production annuelle. La continuation des coupes de taillis, en maintenant jeunes certaines affectations, tandis qu'on régénère ou qu’on prépare les autres, avance évidemment l’époque de la constitution définitive des classes d'âge, et pare en même temps à une diminution trop brusque des produits.

On peut donc admettre cet expédient, pourvu que d’ailleurs le sol soit bon et le taillis vivace ; mais, même alors, il convient d’en user avec modération, et d'y renoncer dès que le peuplement, qu'il aura servi à rajeunir, paraîtra susceptible de rester

sur pied jusqu'au moment où viendra son tour de régénération en futaie. En outre, bien que cette continuation des coupes de taillis ait surtout pour but d'éviter une trop forte baisse dans la production, ce nest point une raison pour que le taillis soit exploité avant l’âge où il fournit tout à la fois et les meilleurs produits et le plus de ressources pour un balivage satisfaisant; de sorte que si les plus vieux peuplements avaient été classés dans les affectations qu'il ne serait point nécessaire de rajeunir, il vaudrait mieux interrompre les coupes de taillis au début de la transformation, que d’abattre des bois trop jeunes. Enfin, ce que j'ai dit plus haut, à propos des coupes de taillis dans lesquelles on a proposé de forcer le balivage au delà des limites indiquées par les exigences de la reproduction des souches, est encore applicable ici. Les coupes ainsi faites ne sont plus des coupes de taillis : ce sont des coupes d'amélioration ou des coupes préparatoires; tandis que les méthodes de transformation que nous étudions en ce moment, sont basées sur la continuation des coupes de taillis traditionnelles et dans lesquelles, par conséquent, le taillis ne doit pas être sacrifié complétement à la futaie. | Extraction des vieilles réserves. — Assurément, c’est une règle très-raisonnable en théorie que celle qui autorise à enlever les vieux arbres dans les affectations, conservées temporairement en taillis, toutes les fois qu'ils paraîtraient hors d’état de rester sur pied, sans dépérir, jusqu’à l’époque où

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ces affectations arriveront en-tour de régénération en futaie; mais cette règle est pleine de dangers : D'abord, il ne faut point se dissimuler que tant qu’un peuplement continue à être traité en taillis, sa conversion reste douteuse, et que ce n'est point parce qu'elle figure sur le papier quon doit la regarder comme assurée. Les flots et les destins sont changeants ; les plans d'exploitation le sont aussi, et il est prudent de prévoir le cas où la conversion, bien qu'ordonnée par un décret, ne serait point exéculée ; or, dans ce cas, si l’on avait dépouillé cette affectation de toutes les vieilles réserves ; au lieu d’un tailis composé susceptible de fournir des produits à l’industrie, on n'aurait plus qu'un taillis simple. Ensuite, on doit se rappeler que c'est surtout en utilisant les semences qui tombent en abondance des vieux arbres, qu'on peut maintenir les taillis dans un bon état de consistance et de vitalité. Je pense donc qu'il convient de ménager beaucoup ces vieux arbres, tout en reconnaissant qu’on peut en extraire d'autant plus que l'affectation, dont ils font partie, est moins près d'être régénérée en futaie.

Règlement général des exploitations d’un taillis composé régulier ct complit à conver.ir, lorsqu'on adopte une révolution préparatoire et que la conversion est graduelle.

S1 les observalions contenues dans le paragraphe précédent sont justes, il en découle qu'on doit poser comme principes fondamentaux de la transformation d’un taillis sous futaie complet et régulier, en futae pleine :

1° La préparation des peuplements pendant assez longtemps, pour que le taillis puisse concourir au réensemencement naturel, et soit hors d'état de rejeter abondamment par la souche ;

2° La limitation de l’ancien mode d'exploitation en taillis, aux peuplements qui ne seraient pas susceptibles de rester sur pied, sans dépérir, jusqu à l’époque fixée pour leur régénération en futaie dans la révolution principale, et qu’on ne pourrait avant cette époque remplacer par des brins de semence, sans occasionner de trop fortes pertes d’accroissement ; ;

9° L'exploitation du taillis à un âge qui ne soit pas inférieur à celui qui avait été adopté Jusqu'alors, et qui permette dans tous les cas de trouver dans, cetaillis les éléments d’un balivage satisfaisant ;

h° Le maintien de la futaie sur taillis dans un

état normal, c'est-à-dire dans un état de richesse aussi grand que le comportent les exigences de la reproduction et de la végétation du sous-bois.

Le premier de ces principes implique l’adoption d'une révolution préparatoire dont la durée sera d'autant plus longue, que l’âge des bois dans les affectations à régénérer les premières, sera moins avancé : il n’est pas indispensable, mais il peut-être utile, comme mesure d'ordre, que cette révolution soit un multiple de la période de la révolution principale.

En ce qui concerne le deuxième principe, il semblerait au premier abord que s'il y a une affectation que l’on puisse à coup sûr, sans s’écarter de ce principe, continuer d'exploiter en taillis. c'est bien la dernière; cependant, en y réfléchissant, on voit quil y à un moyen de la rajeunir qui est préférable : c’est de la régénérer en futaie en même temps que la première affectation, et après l'avoir préparée comme elle pendant la révolution préparatoire. À l’époque où la dernière aflectation arrivera de nouveau en tour de régénération, c’est-àdire à la fin de la première révolution principale, elle n'aura pas encore atteint, il est vrai, l’âge correspondant à la durée de cette révolution ; mais 1l est présumable que, malgré la perte qui s’ensuivra, les produits seront encore plus considérables que ceux qu'on obtiendrait des coupes de taillis. Ainsi je suis d'avis que ces coupes de taillis doivent être arrêtées dans la première et dans la dernière affectation d’abord:

ensuite, dans la deuxième, et j'irai même jusqu’à proposer d'y renoncer aussi dans la troisième, attendu qu’il est sage de ne pas marchander les sacrifices en vue d’un très-grand bien.

Pour se conformer au troisième principe, sans se mettre dans la nécessité d'interrompre les coupes de taillis dès le début de la transformation, il faut que la troisième affectation en contienne d’exploitables, et je n’y vois pas d'inconvénient, lorsque cela peut se faire sans contrarier les règles d’assiette.

Quant au quatrième principe, il est toujours applicable, quelles que soient les combinaisons adoptées, et je me borne à dire que la conservation des . vieilles réserves est d'autant plus utile dans une affectation, que celle-ci est plus près de son tour de régénération.

L'application de ces quatre principes étant ainsi précisée, la formation du règlement général d’exploitation, soit pendant la révolution préparatoire, soit pendant la première révolution principale, n’exige plus aucun éclaircissement et je prie encore le lecteur de se reporter pour le cadre à prendre aux pages 218 et 323.

La méthode que je recommande * est donc une transaction entre l’ancien système qui arrêtait immédiatement les coupes de taillis sur toute [étendue de

4. Ce système est exposé avec beaucoup de clarté dans un article des Annales forestières (tome IT), article qui est le point de départ de toutes les conceptions qui ont été basées depuis sur la continuation des coupes de taillis. £

la forêt et le nouveau système également radical, en sens contraire, qui ne les arrête que successivement, lorsque les peuplements arrivent en tour de régénération dans la révolution principale ; mais elle se rapproche beaucoup plus du premier que du second, puisqu'elle tend, comme le premier, à utiliser autant que possible les peuplements existants, pour la régénération naturelle, tandis que le second système fai

peu de cas des ressources qu'on en pourrait tirer sous ce rapport ‘.

Il est incontestable qu'au point de vue cultural, la substitution des repeuplements artificiels aux repeuplements naturels est regrettable. Les exigences du rapport soutenu et l'avantage d’une création plus rapide des classes d'âge qui constituent une forêt normale, ne la justifieraient pas suffisamment à mes veux; et d’ailleurs, puisque la méthode mixte de transformation que nous avons examinée en dernier, tient compte dans la mesure du possible, et de ces exigences, et de cet avantage, 1l ne saurait y avoir d'hésitation à l’adopter. Comme celles qui ont été décrites auparavant, cette dernière méthode repose sur la supposition que le taillis composé à convertir, contient non-seulement de nombreuses réserves, mais encore un sous-bois vivace, riche en essences de bonne qualité, complet, susceptible de coopérer tôt

4. M. Puton, professeur à l'École forestière de Nancy, a fort bien expliqué et justifié cette méthode, qu'il appelle la méthode mixte dans son livre sur l'aménagement des forêts. (Rothschild, éditeur )

ou tard, dans une forte proportion, à la régénération de-la forêt par les semences. C’est cette dernière circonstance qui motive surtout les coupes préparatoires et la cessation la plus prompte possible des coupes de taillis. Lorsqu'elle fait défaut, les coupes préparatoires n'ont plus autant de raison d’être, et ce n'est plus dans le même but que l’on supprime les coupes de taillis. Or, tous nos taillis sous futaie ne se trouvent pas dans des conditions satisfaisantes au double point de vue de la consistance de la réserve et de celle du sous-bois. L'application des combinaisons dont J'ai décrit le mécanisme rencontre donc souvent des exceplions. Je vais en examiner quelques-unes : |

Rè;lement général des exploitations lorsque les taillis à convertir sont irréguliers et incomplets.

J’appelle irréguliers les taillis composés qui s’éloionent de l’état normal, soit parce que les réserves en chêne et en hêtres de toute catégorie, n’y sont point également réparties, soit parce que le sous-bois y est principalement formé d'essences secondaires. Ces taillis peuvent être complets ou incomplets : complets, quand ils ne présentent ni vides, ni clairières, ni peuplements ruinés; incomplets, quand ils en présentent.

Supposons que l’on ait à convertir un taillis com-

posé complet, mais dans lequel 1l y à les anomalies suivantes : |

Les réserves en essences d'élite, assez nombreuses dans quelques parcelles, sont rares dans les autres. Le taillis dont le charme et les bois blancs forment les essences presque exclusives, surtout dans les coupes les plus âgées, sont garnies dans les jeunes, et en assez grande quantité, de brins de hêtre et de chène qu'on pourrait encore sauver, en les dégageant des rejets qui les dominent. Le sol est d’ailleurs partout de bonne qualité. ;

En présence de cette situation, c'est surtout d’après l’âge et le nombre des réserves que contiennent les parcelles que l’on se sera guidé, toute satisfaction ayant été d'ailleurs donnée aux règles d’assiette, pour composer les affectations, et, par conséquent, on aura mis dans la première affectation les parties les plus riches en vieux arbres. Les jeunes coupes où il y a beaucoup de brins de hêtre et de chêne auront été placées autant que possible dans la dernière, et les autres coupes formeront les affectations intermédiaires.

Les affectations étant ainsi constituées, on adoptera une révolution préparatoire Juste assez longue pour qu'à son expiration l’on puisse, avec les taillis de charme et de bois blancs de la première affectation, faire de bonnes coupes d’abri; et tandis qu’on se bornera jusque-là à exécuter dans cette affectation des coupes préparatoires, on s’efforcera de dégager, au moyen de nettoiements fréquents, les brins de

chêne et de hêtre de la dernière, et on continuera de couper en taillis les autres affectations en commencant par la deuxième. [l n’y aurait en effet aucun avantage pour la régénération naturelle à soumettre immédiatement les affectations intermédiaires à des coupes préparatoires, puisque l’on n'attend rien pour le repeuplement, des semences que pourraient donner les taillis qui les composent ; on aura le temps de préparer la deuxième affectation pendant qu'on régénérera la première.

Si les réserves étaient partout nombreuses, mais âgées, les autres conditions restant les mêmes, on ne mettrait encore en préparation que la première aflectation; mais il faudrait repéter les nettoiements dans les autres et surtout dans les dernières très-fréquemment, et y conserver tous les brins d’essences d'élite, dût-on entraver la reproduction des rejets, compromettre par conséquent la conservation du taillis, et se condamner à raccourcir la durée de la première révolution principale; l'essentiel serait d'utiliser les réserves avant leur complet dépérissement : ces réserves ne seraient abattues que lorsquelles menaceraient de tomber de vétusté, ou lorsqu elles surmonteraient de jeunes semis.

Si, au lieu d'un taillis exclusivement composé d’essences secondaires, on avait un taillis dans lequel ces essences seraient entremêlées de bois précieux dominants par place ; alors il conviendrait, pendant qu’on préparerait la première affectation et qu’on dégagerait les jeunes brins dans la dernière, de préparer

aussi la deuxième, et peut-être même la troisième, ce qui n’empêcherait pas quand on y rencontrerait des taches de bois blancs à l’état pur, de receper à blanc étoc ces bois blancs, toutes les fois qu'il ne pourraient rester sur pied jusqu'à l’époque où l’affectation dont ils feraient partie arriverait en tour de régénération. Ce recepage, qui ne serait qu'un pis aller, n’autcriserait pas à dire qu'il faut continuer le taillis dans ces affectations-là.

Supposons maintenant que l’on ait à convertir un taillis sous futaie irrégulier et incomplet en ce sens, qu'indépendamment de la mauvaise qualité des essences sur beaucoup de points, il présente des lacunes, des vides, des peuplements sans avenir. fei, de nombreuses mais vieilles réserves recouvrent des cépées de bois blancs clair-plantées ; là, le taillis est assez serré et riche en bois durs, mais les souches sont usées, et les réserves font défaut; enfin, sur la plus erande étendue il n'y a que des vides, des clairières et des broussailles sur un sol appauvri.

On voit tout de suite que la transformation d’une telle forêt n’exige pas de révolution préparatoire : 1l faut se servir sans délai des vieux arbres pour la régénération naturelle, se préoccuper d'utiliser les taillis de bois durs dans le même but, et donner le plus tôt possible au sol des parties ruinées, un couvert qui lui rende la fertilité qu’il a perdue. On assignera en conséquence le-n° 4 à l'affectation la plus riche en réserves, et on y prescrira immédiatement des coupes de régéneration avec enlèvement des bois

blancs par extraction de souches. Les taillis de bois durs placés dans la deuxième et, s’il y a lieu, la troisième affectation, seront améliorés pendant la première période, par les moyens qu’on jugera les plus convenables; les vides, les clairières, les broussailles, rejetés dans les dernières affectations, seront les uns repeuplés, les autres complétées ou régénérées avec des essences peu exigeantes et choisies en vue plutôt d'améliorer le terrain que de se procurer des produits. Les coupes de taillis arrêtées partout, seront remplacées par des recepages qui marcheront d’autant plus vite, que les moyens d'action dont on disposera pour les repeuplements artificiels, seront plus énergiques ; car les rapailles elles-mêmes ne devront être coupées, que lorsqu'on sera en mesure de les remplacer par un couvert plus utile.

Je pourrais faire beaucoup d’autres hypothèses qui motiveralent aussi des exceptions aux règles que j'ai posées, mais je ne le crois pas nécessaire. J'en ai dit assez pour montrer que dans la transformation d'un taillis irrégulier et incomplet en futaie pleine, les dispositions à prendre dépendent surtout du nombre, de l’âge, de l'état et de la répartition des réserves; que le sous-bois à généralement peu d'influence à ce sujet, et que son exploitation doit être subordonnée complétement aux exigences de l’amélioration du sol et à celle de la propagation des essences d'élite. On voit donc que le succès de l'opération repose beaucoup moins sur l’habileté des agents aménagistes, que sur celle des agents d'exécution.

En résumé, dans les conversions des taillis composés, comme dans les aménagements des futaies irrégulières en futaies pleines, le but que l’on se propose étant de créer les classe d'âge indispensables, pour que l’on puisse retirer d’une forêt le rapport annuel le plus avantageux, il importe tout d'abord, dans un cas comme dans l’autre, d’assigner à ces classes d'âge la place qu'elles occuperont plus tard; puis, les affectations étant déterminées, on doit chercher à régler leur exploitation de manière à accélérer autant que faire se pourra la régénération de la première affectation, et à accumuler dans les autres affectations, pour l’époque à laquelle elles arriveront en tour d'exploitation principale, le plus d'éléments possible de régénération naturelle.

Qu'on s'occupe en outre à retirer d'ici là le plus grand produit de ces affectations, rien de plus légitime, pourvu que le résultat essentiel à poursuivre ne soit pas compromis, et c'est dans cette condition que réside la difficulté de la transformation.

Les procédés de culture à appliquer aux affectations, en attendant que leur tour de régénération en futaie soit arrivé, sont uniformes dans les forêts régulières : il n y a que des nettoiements ou des éclaircies à faire. Dans les taillis composés en conversion, surtout lorsque ces taillis sont irréguliers, ces procédés sont variables et multiples : suivant les circonstances, on peut avoir à faire une coupe de tallis, uu recepage, une substitution d'essence, un nettoiement, une éclaircie, une coupe préparatoire, une

simple extraction de vieux arbres. Mais cette différence entre le traitement d’une forêt régulière et celui d'un taillis sous futaie en conversion, quelles que soient la consistance et la composition de ce dernier, ne change rien aux dispositions essentielles du plan d'exploitation et à la forme des tableaux qui le résument. Ces tableaux, dont on a vu lesmodèles pages 318 et 823, peuvent servir à tous les cas. Toutes les fois qu'une affectation devra être exploitée systématiquement en taillis pendant une ou plusieurs périodes, on la fera figurer, sur le tableau général, dans la colonne des coupes de taillis. Toutes les fois au contraire qu'elle ne devra être exploitée en taillis qu'exceptionnellement et incomplétement; que ce mode ne sera qu'un pis aller, un expédient auquel il serait possible et désirable qu’on ne füt point obligé de recourir, on ne fera pas de distinction entre elle et les parcelles qui devront être améliorées, et on l’inscrira dans la colonne des coupes d'amélioration, afin d’éviler de lui donner une destination qui pourrait être démentie par les circonstances. On se bornera à indiquer dans la colonne d'observations le traitement dont 1l y à probabilité qu'elle devra être l’objet. Rien de plus simple, n'est-ce pas? mais cependant pour qu’il n'y eût aucune confusion dans le tableau des exploitaons et que le roulement des coupes de diverses natures s’y reconnût, s’y distinguàât clairement, il faudrait que la durée de la rotation pour, chaque catégorie de coupes, fût une partie aliquote de la période. Or il est difficile que cette condition puisse

être réalisée pour toutes les coupes, et qu’une rotation ne soit pas à cheval sur deux périodes. L'important est que cette irrégularité n'existe pas pour les coupes les plus essentielles et surtout pour celles de taillis. Nous avons déjà reconnu qe lorsque, cas trèsrare d’ailleurs, il était possible et 1l convenait de former une série de coupes de taillis par affectation, on ne pouvait guère se dispenser de donner à la période une durée au moins égale à la révolution du taillis. Lorsqu'on ne cherche point à former une série de coupes de taillis par affectation, l'utilité d’avoir une correspondance complète entre la durée de la période et la périodicité des coupes de taillis est moindre; mais il convient alors, sous peine de n'’éviter une confusion que pour tomber dans une autre, d’exploiter les coupes de taillis à un âge qui soit divisible par le nombre des affectations dans lesquelles ces coupes seront assises. Dans tous les cas, on se rappellera que la durée de la période normale ne doit être subordonnée qu'aux exigences de la régénération en futaie qui en sont la raison d’être, et qu’il y aurait de grands inconvénients à ce qu'on s’écartät de cette règle sans modération; de sorte que si le taillis devait êlre coupé à 96 ans, tandis que la période, eu égard aux exigences de la régénération, ne devrait embrasser que 30 ans, il serait tout à fait irrationnel, pour satisfaire à de pures et temporaires convenances de forme, de porter la période à 86 ans.

Ces principes trouvent leur application quand on dresse le tableau des exploitations à faire pendant la

révolution principale. En ce qui concerne le tableau des exploitations pendant la révolution préparatoire, les mêmes difficultés ne se rencontrent pas, puisqu'il n y à à faire que des coupes par contenance et que la périodicité de ces coupes est la seule circonstance qu'il y ait à considérer, quand il y a lieu de partager la révolution en un certain nombre de subdivisions.

ARC LEMINS

RÈGLEMENT SPÉCIAL DES EXPLOITATIONS PENDANT LA PREMIÈRE PÉRIODE, QUELLE QUE SOIT LA MÉTHODE ADOPTÉE POUR LA TRANSFORMATION.

Si le règlement général des exploitations par période est plus ou moins compliqué et exige des explications particulières, suivant l’état des peuplements et la rapidité que l’on veut imprimer à la conversion, il n’en est pas de même du règlement spécial qu'il est nécessaire de dresser pour les coupes à faire dans le cours de la première période, soit de la révolution préparatoire, soit de la révolution principale quand il n’y a pas de révolution préparatoire.

Le règlement pour les coupes de régénération doit être basé sur le volume, toutes les fois que le matériel existant dans l'affectation à régénérer, esl susceptible d’être cubé avec une exactitude suffisante ; parce qu'alors il n’y a aucune diflérence à établir

entre la forêt à transformer et une futaie irrégulière quelconque à aménager. [l est au contraire basé sur la contenance, lorsque ledit matériel se compose de rejets ou de brins de très-faibles dimensions dont on ne pourrait faire le cubage avec une suffisante exacütude, sans y consacrer beaucoup de temps et des soins minutieux. Dans ce dernier cas, d'ailleurs, la régénération devant avoir lieu en grande partie artificiellement, il est possible d'imprimer à cette régénération, sans la compromettre, une marche régulière de proche en proche; mais dans aucune circonstance, on ne doit combiner la possibilité par volume avec celle par contenance, car elles sont véritablement inconciliables. Si donc on adopte la possibilité par volume, alors il n’y a pas de distinction à faire entre les coupes de régénération : elles prennent chacune, chaque année, une part plus ou moins forte de la possibilité, suivant l'état des peuplements. Si au contraire on adopte la possibilité par contenance; comme elle n'est évidemment applicable qu'aux coupes d’ensemencement, les bois qui restent après ces coupes doivent être considérés comme étant en dehors de la possibilité, et c’est aux agents locaux qu'il appartient d’en proposer l'extraction, sans s’astreindre à aucune règle prévue d'avance, là où le besom s'en fait sentir. On comprend bien, en effet, que l’on ne pourrait prescrire de revenir à des. époques fixes, par forme de coupes secondaires ou de coupes définitives, sur les coupes d’'ensemencement précédemment faites, sans s’exposer à entraver |

la régénération ou le développement des jeunes plants; car on ne saurait prévoir à quelle époque et sur quelle étendue le repeuplement s'effectuera dans une coupe donnée. Tout ce qu'on peut faire utilement, c’est d'ordonner aux agents d'exécution de proposer le repeuplement artificiel de tout ou partie d’une parcelle si, un certain nombre d'années après la coupe d’ensemencement, elle n'était pas repeuplée.

Je connais des aménagements dans lesquels la possibilité, pour l’ensemble des coupes de régénération, ayant été fixée par volume, on à cru pouvoir néanmoins régler les coupes d'ensemencement par contenance. Ce système reposait sur l'hypothèse que le volume de la coupe d’ensemencement, ainsi délimitée, ne s’élèverait jamais au-dessus du chiffre de la possibilité. Or cette hypothèse gratuite ne s’est pas toujours vérifiée et les agents d’exécution se sont trouvés dès lors dans l’alternative : ou de dépasser le chiffre de la possibilité, ou de donner à la coupe d’ensemencement une étendue moins grande que celle qui avait été fixée. En outre, il s’est présenté souvent des cas où il était plus urgent de faire une coupe secondaire ou définitive qu’une nouvelle coupe d'ensemencement, et cependant il y avait obligation de procéder à celle-ci pour obéir aux prescriptions de l’aménagement. Il faut donc, on le voit, adopter l’une ou l’autre des deux possibilités; mais ne pas chercher à les faire marcher ensemble, car on n'y réussirait pas.

Quant aux coupes soit de taillis, soit d'éclaircie de nettoiement ou de recépage, soit préparatoires, à faire dans les autres affectations que celle qu’on régénère, elles sont toujours basées sur la contenance; cela ne fait pas question.

Nous avons reconnu, quand nous nous sommes occupés du règlement spécial des exploitations à faire dans la première période de la révolution applicable aux forêts à régulariser, qu'il pouvait être utile de dresser deux tableaux : l’un pour les coupes par volume, l’autre pour les coupes par contenance. S'il s’agit des conversions, ces deux tableaux sont encore plus utiles, parce que les procédés de culture qu'impliquent les conversions, sont plus variés. Ces tableaux ne présentent du reste que le développement des indications du tableau général qui se rapportent à la première rotation de la révolution préparatoire ou à la première période de la révolution principale quand il n°’v a pas de révolution préparatoire, et on en retrouvera les modèles aux pages 322 et 3923 de ce volume.

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