LA DIVISION D’UNE FORÊT EN SÉRIES
S acer,
Diversité des modes d'exploitation,
Le mode d'exploitation adopté pour certaines parcelles de la forêt à aménager, peut ne pas être applicable à d’autres; or, de mêine qu'il n’est pas absolument défendu de comprendre dans une seule série d'exploitation, des parcelles exploitables à des äses difiérents ; de même il est permis, à la rigueur, d'y comprendre des parcelles dont les modes de traitement ne seraient pas semblables, lorsque ces modes sont d’ailleurs réguliers ; mais il est évident qu'on ne doit s’y résoudre qu'en cas de nécessité bien démontrée, car la diversité des modes d’exploi-
tation est difficilement conciliable avec les règles sur l'assiette des coupes et l'établissement du rapport soutenu.
Lorsque des différences dans les modes de traitement des parcelles qui composent une forêt sont inévitables, il est donc désirable qu'on puisse obvier aux inconvénients de tous genres qu'elles seraient susceptibles d’entrainer, au moyen de la constitution d'autant de séries qu'il y a de modes particuliers.
La division d'une forêt en séries devient absolument nécessaire quand cette forêt renferme des bois exploitables, les uns en futaie régulière, les autres en futaie jardinée. On ne conçoit, en effet, aucun moyen de concilier les exigences de l’aménagement avec celles qui sont inhérentes à la dernière de ces méthodes.
Diversité des âges d’exploitabilité.
Des considérations analogues à celles que je viens d'exposer, à propos du mode d'exploitation, sont applicables à une forêt composée de parcelles dont l'exploitabilité ne serait pas la même.
CA
Morcellement des classes d’àge.
Lorsqu'une forêt est très-vaste d’une part, et que
de l’autre, les parcelles comprises dans une même classe d'âge nv sont pas toules attenantes les unes aux autres, on pourrait se trouver dans l'obligation de scinder une ou plusieurs affectations, afin d'éviter de couper des bois à un âge trop éloigné de celur de leur exploitabihté, si lon n'avait pas reeours à la division de la forêt en séries.
Dans Ja forêt F, la classe desbo:s de 4 à 20 ans comprend des massifs situés, les uns à l'extrémité nord-est de la forêt, les autres à l'extrémité sud-ouest. Si l’on ne voulait établir qu'une série d'exploitation dans cette forêt, la dernière affectation se composerait de deux partfes fort éloignées l’une de l'autre. Or, quoiqu'un morcellement de ce genre soit quelquefois admissible, il ne l’est cependant jamais sans inconvénients, et il est bon de l'éviter autant que possible. Au cas particulier, le partage de la forêt en deux séries distinctes l’èverait l'embarras.
Les séries donnent donc les moyens de masser les affectations et rendent, par conséquent, plus facile l’ap plication des règles sur l'assiette des coupes.
Exigences du rapport soutenu.
Une autre difficulté, et des plus graves, que les séries permettent de surmonter, dans la formation du plan d'exploitation, é’est celle qui résulte, pour
l'établissement du rapport soutenu, des différences qu’on rencontre dans les conditions de la végétation.
Nous savons que pour assurer le rapport soutenu lorsque ees difiérences. tendent à le compromettre, on a imaginé de rendre les contenance: des affectations mversement proportionnelles à leur puissance productive ; mais nous savons aussi que cette opération est fort embarrassante et fort incertaine, à cause de l'insuffisance des données nécessaires pour la fixation des coefficients de production.
Il est donc très-désirable que l’on puisse se dispenser de recourir à ces coeflicients et à ces contenances proportionnelles. Or lesséries sont de nature à leur enlever tout objet el par conséquent toute utilité. Que l’on admette la possibilité de: former autant de séries qu'il y aurait de différences dans les conditions de végétation relatives au sol, à l'exposition, aux essences, etc., etc., et le produit de chaque aflectation devenant directement proportionnel à la contenance, le rapport soutenu sera assuré par l'égalité des contenances,. |
C'est surtout à ce point de vue que la division d’une forêt en séries est recommandable.
En effet, où sont les chances d'erreur dans la fixation des coefficients de production?
Elles ne sont pas dans la constatation de ce fait qu'il y a des différences dans les conditions de la végétation; elles sont dans l'appréciation, dans la détermination des effets que ces différences sont susceplibles de produire ; or, pour ke partage de la forêt en
séries, cette appréciation, cette détermination exacte est sans utilité ; on forme par exemple une série avec les peuplements exposés au sud, une autre série avec les peuplements exposés au nord, parce qu'il est incontestable que lexposition exerce une grande influence sur la végétation et en conséquence sur la production, et cela suffit. Il n’est pas nécessaire d’ailleurs de préciser cette influence, d'en calculer le résultat matériel.
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Application, contrôle et rectification de l’aménagement,
Les erreurs d’assiette sont plus à craindre et plus graves dans une grande affectation que dans une petite. Les outre-passes de possibilité sont plus faciles à constater pour la seconde que pour la première. On pourrait marcher plusieurs années dans une affectation de 1000 hectares par exemple, sans soupconner qu'on y prend plus de bois que n’en comporte la possibilité réelle, tandis que si l'affectation n'a qu'une soixantaine d'hectares et que les coupes y soient exagérées, un œil tant soit peu exercé ne tardera pas à le reconnaitre.
La rectification de l'aménagement est enfin plus prompte dans une forêt, lorsqu'elle contient plusieurs séries que lorsqu'elle n’en contient qu’une; car il se peut, dans le premier cas, que cette rectification n'aflecte qu'une série, et n'entraine par conséquent
le remaniement de l'aménagement que pour une portion de la forêt; tandis que, dans le second, c’est pour la forêt tout entière que l'aménagement est à remanier. Il en est des séries comme des arches d’un pont: un vice de construction, lorsqu'il y a plusieurs arches, peut n'occasionner la reconstruction que d’une partie du pont, tandis que lorsqu'il n’y a qu'une arche, on est souvent forcé de refaire le pont en entier.
On voit par ces exemples que la division d’une forêt en séries est propre à assurer l’application, le contrôle de l'aménagement, et à en simplifier la rectification.
Nous n'avons envisagé jusqu'ici que les circonstances qui concernent ou les conditions de la végétation, ou l’ordre intérieur de la forêt; mais 1l peuts’en présenter d’autres parmi lesquelles il y en a quelques-unes qui méritent d’être signalées.
Diminution des frais de transport des bois.
Le transport des produits pourrait être singulièrement contrarié par la constitution de la forêt en une seule série. Ainsi supposons que l’on ait à aménager une forêt comme celle de Fontainebleau, dont la contenance est de 16 à 17,000 hectares, ce qui implique que, pour la traverser, il faut parcourir, en
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moyenne, 42,000 mètres, 1l ne sera certainement pas indifférent d'avoir une seule série d'exploitation, ou d’en avoir plusieurs; car, dans un cas, les produits principaux ne seront offerts à la consommation que sur un seul point, tandis que dans l’autre, ils le seront sur plusieurs.
J'admets que ces produits se partagent par porüons égales entre les populations environnantes, la distance moyenne à parcourir pour qu'ils arrivent au consommateur devra se compter, si l’on n’a qu’une série, à partir du point central de la forêt, et s'il y en a plusieurs, à partir du point central de chaque série, c'est-à-dire d'un point plus rapproché du consommateur, de toule la distance existant entre le centre de la forêt et le centre de chaque série.
La division d'une forêt en plusieurs séries permet donc de réaliser une économie sur les frais de transport des produits.
Égalisation du prix de revient des bois aux lieux de consommation.
La division d’une forêt en séries a en outre pour effet, avantage non moins appréciable que le précédent, de rendre, en multipliant les centres de production et en les rapprochant des lieux de consommation, le prix du bois moins variable.
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Besoins de la consommation en bois de diverses espèces,
La formation des séries permet encore d'éviter des intermittences dans la production des bois de diverses espèces.
Lorsque l’industrie réclame des bois d’une nature particulière, il vaut infiniment mieux les lui donner chaque année, par petites portions, que périodiquement, à de longsintervalles, par grandes quantités. Qu'elle ait besoin par exemple de bois propres à la fabrication des sabots, si l'on n'avait pas soin de former une série d'exploitation avec les essences propres à cet usage, il pourrait s’écouler plusieurs années sans qu'on eût occasion d'en exploiter, et Je volume considérable qu’on en couperait, de temps en temps, ne réparerait pas le préjudice causé par les années de privation, tant aux ouvriers qu'aux consommateurs.
Droits d'usage.
La division d’une forêt en séries devient enfin une nécessité, lorsque des droits d'usage portent sur une portion déterminée de cette forêt ou réclament des produits spéciaux, et cette nécessité est assez
évidente par elle-même pour que je puisse me dispenser de la justifier.
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