AMÉLIORATIONS RELATIVES AUX VOIES DE VIDANGE
La tendance de l'homme sur cette terre est d’aorandir incessamment son empire sur la matière. Un économiste a dit avec raison que l’industrie, c'était le développement de l’homme, l'émission de sa pensée. En effet, un produit industriel quelconque n’est pas autre chose que l’expression matérielle, la matérialisation, qu'on nous pardonne ce ncologisme, de cette pensée. |
Mais pour approprier ainsi les choses à ses besoins, il faut ou aller à elles, ou lés faire venir à soi. Le premier cas se présente dans l'enfance des sociétés. L'homme va planter sa tente sur les points qui lui offrent le plus de ressources. Ces ressources épuisées, il va se fixer sur un autre point. Tant qu’il est condamné à cette vie errante, 1l progresse peu. Les Arabes nomades en fournissent la preuve; mais dès qu'au moyen des voies de transport, il est parvenu à déplacer les choses, son développement marche rapidement, et le beau idéal serait réalisé si, par des procédés quelconques, il pouvait grouper autour de son habitation. tous les matériaux propres à satisfaire
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ses besoins, ses goûts, ses désirs. Malheureusement, il est bien éloigné de ce beau idéal, surtout pour ce qui concerne les bois. Non-seulement nous avons encore en France des forêts que l’on ne peut pas exploiter, mais dans celles que l'on exploite, l'absence ou l’imperfection des voies de vidange oblige de carboniser ou de faconner sur place une grande partie des produits, afin de réduire autant que possible leur volume et leur poids *. Or, la carbonisation est une manière encore barbare d'utiliser le combustible ligneux, et le faconnage en forêt fait courir au fabricant le risque de ne pas donner au bois la forme qui conviendrait le mieux au consommateur.
Sur les chemins vicinaux ou d'exploitation, ies frais de traction par voiture peuvent être évalués, en moyenne, à 7 fr. 50 c. par mètre cube de bois, pour une distance de 20 kilomètres. Il en résulte que si le mètre cube est estimé dans la coupe A0 fr. pour le bois de service et 10 fr. pour le bois de chauffage (à raison de 2 stères de 5 fr. chacun par mètre cube), le montant des frais dont il s’agit est à la valeur du mètre cube de bois de service dans la proportion de 18 pour 100, et à celle du mètre cube de bois de chauffage dans la proportion de 75 pour 100, de
{. La plus grande partie des bois de construction que nous recevons de l'étranger, et nous en recevons chaque année pour près de 200 millions de francs, se consomment dans le Doubs, le Jura, le Haut et le Bas-Riin, c’est-à-dire dans les départements les plus boisés. (Note de la 2° Cdition.)
sorte que quand le lieu de consommation est à 30 kilomètres de la forêt, 1l n y à plus aucun profit à y transporter le bois de chauffage.
On estime que les frais de transport entrent en moyenne pour moitié dans le prix du bois rendu au centre de consommation, et comme on a calculé, d'autre part, que ce prix, s'élevait par année, à la somme de 500 millions, il en résulte que le transport des bois, dans notre pays, occasionne une dépense annuelle de 250 millions. On voit par là combien la société est intéressée à l’amélioration des moyens d'exportation des, produits forestiers. Quand on a élevé une statue à Jean Rouvet, l'inventeur du flottage sur la Cure (Yonne, 15/49), on a reconnu et récompensé un des plus grands services qu’un citoyen pût rendre à son pays.
En définitive, les voies de transport font évidemment défaut aux bois, et pourtant ils en ont un plus grand besoin que les autres produits ; d'abord, parce qu'ils sont plus éloignés des populations ; ensuite, parce que les forêts ne sont pas susceptibles de se srouper comme les cultures arables autour des habitations. Et s’il est vrai qu'à raison du morcellement des héritages, une grande partie des productions de la terre est consommée par les cultivateurs euxmêmes, il n’en est pas de même pour les bois, dont la moindre part au contraire reste au propriétaire ou au régisseur.
De toutes les voies qui peuvent servir au transport des bois, celle qu’il conviendrait surtout d'amé-
liorer, c’est le cours d’eau. Un cheval traîne péniblement 1,000 kKilogrammes sur une bonne route. D'après M. Michel Chevalier, un homme en tire aisément 150,000 sur un canal. Cet exemple suffit pour prouver l'immense utilité qu’aurait l’appropriation de nos cours d’eau au transport des bois et pour justifier les regrets que doit inspirer notre négligence à cet égard.
La France ne possède que 11,000 kilomètres de cours d’eau navigables, et sur les canaux, le transport des bois est entravé par l’étroitesse des biefs, d’une part, et l’énormité des tarifs, de l’autre. Quant aux cours d’eau flottables, qui RUE la vidange sont d'une si grande ressource, c'est à peine si on en compte 3,000 kilomètres. Cette situation est assurément bien misérable, et, avouons-le, inexcusable, dans un pays qui, sous le rapport hydrographique, a été si admirablement doté.
Le perfectionnement des moyens de Fone est donc une des améliorations auxquelles les agents chargés de faire l'aménagement d’une forêt, doivent accorder le plus d'attention.
Après avoir exposé l'insuffisance de ces moyens, ils indiqueront toutes les mesures quil y aurait à prendre pour y remédier.
Ces mesures consisteront pour les routes et chemins : 1° dans la rectification ou la réparation des voies existantes ; 2° dans la création de voies nouvelles, s'il y a lieu.
Dans l’un comme dans l’autre cas, il faudra ré-
diger un avant-projet des travaux à faire; fixer la direction et les principaux points de passage des voies nouvelles ; indiquer la largeur et la pente qu’il conviendra de leur donner; justifier leur utilité et pour cela montrer qu'elles seront susceptibles de satisfaire à toutes les exigences de la vidange; établir leur.degré d'urgence, d'après la marche des exploitations; dresser enfin un devis approximatif de la dépense que les travaux nécessiteront.
= En ajoutant l'intérêt du capital employé à l’exéculion de ces travaux, aux frais annuels que leur entretien réclamera, et en retranchant cette somme de celle représentant l’économie que les travaux permettront de réaliser sur le coût du transport, on aura la mesure exacte des avantages que l’État en retirera.
Je dis l’État, car s’il s'agissait d’un aûtre propriétaire, le bénéfice que les chemins seraient susceptibles de lui rapporter, ne se calculerait pas de la même facon. Ce qu’un particulier poursuit en effet exclusivement quand il ouvre un chemin pour la vidange de ses coupes, c’est l'augmentation du prix de ses bois sur place. Il spécule donc sur celte considération qu’à raison de la diminution des frais d'extraction, les adjudicataires lui donneront un prix plus élevé de sa chose; mais la diminution des frais de transport, qui est le résultat nécessaire de la création d’un chemin, ne tourne pas toujours seulement au bénéfice du propriétaire; 1l y en à une part plus où moins grande dont profite le consommateur,
quand elle a pour effet de rendre le bois moins cher; or, cette part, qui ne constitue pas un avantage pour le particulier, en constitue au contraire un pour l'État; car son intérêt ne se sépare pas de celui. du consommateur.
Si l’on a le choix entre plusieurs voies et qu’on veuille comparer leurs avantages respectifs, on se rappellera que le prix de l’usage d’une voie dépend de trois éléments : 1° les frais de construction de la . voie ; 2 les frais d'entretien ; 3° les frais de traction | ou le prix de la force motrice.
L’effort pour tirer 1000 kilos est de 18 kilos 50 sur une bonne route, tandis que sur un chemin de fer il est de 5 kilos 34 seulement; mais la construction d’une bonne route coûte à peine 20,000 fr. par kilomètre, tandis qu'un chemin de fer coûte 4 à 000,000 fr. pour la même distance.
ARTICLE V