‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 3)Chapitre 22 sur 92 · DU PARCELLAIRE · texte numérisé non relu

DU PARCELLAIRE

On commence par diviser chaque canton en autant de parties qu'il y existe de peuplements différents par l'âge; cela fait, si ces parties renferment des parties dissemblables sous le rapport des essences, de l'état de la végétation, de la nature du sol, de l'expo-

Il6 ' AMÉNAGEMENT D£S FORÊTS.

sition OU de la situation, on les subdivise en autant de parcelles qu'il y a d'essences, d'états de végétation, de qualités de sol, d'expositions et de situations particulières.

Telle est (^opération connue sous le nom de parcellaire. C'est une des plus iniporlantes de l'aménagement, comme nous le verrons plus tard^ et comme il est facile d'ailleurs de le comprendre dès à présent.

Le parcellaire est en effet indispensable pour qu'on puisse circonscrire les coupes, dresser le plan d'exploitation ; parce que seul il permet de rapprocher, de grouper les peuplements qu'il convient de régénérer à la même époque et par le même mode.

Le parcellaire ne saurait donc être fait avec trop d'attention, et son élément, la. parcellcj peut se définir, d'après les explications que je viens de donner : une portion de forêt homogène, quant à l'âge, à T essence et aux conditions de végétation, et par conséquent, dont toutes les parties constituantes sont susceptibles d'être soumises au même traitement.

Cette définition, que je n'invente pas, que j'emprunte à la tradition, est fort claire et me dispenserait d'entrer dans de nouvelles explications, si les diversités d'état que présente unejorêt, étaient jamais bien tranchées, bien évidentes; si l'homogénéité parfaite dans un peuplement ne se renfermait pas, pres- ,que toujours, dans des limites extrêmement étroites. Malheureusement nos forêts sont, en général, fort irrégulières; et si on voulait y séparer les unes des autres, en prenant et en appliquant à la lettre la défi-

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nition de la parcelle, toutes les parties dissemblables par un des caractères que j'ai signalés, on arriverait à y former presque autsi^nt de parcelles qu'il y aurait^ d'arbres, ce qui enlèverait évidemment au parcellaire ' toute utilité.

Il faut ici chercher une règle qui empêche que le parcellaire ne dégénère en une opération trop minutieuse; or, celte règle est indiquée par le but que l'on veut atteindre. Quel est ce but? — Nous le savons déjà, c'est la connaissance et la réunion de tous les peuplements susceptibles d'être régénérés à la même époque et par le même mode; mais la culture nous enseigne qu'il y a, pour l'exploitation des bois, deux méthodes principales : la méthode du jardinage, qui consiste à prendre chaque année çà et là, sans s'astreindre à aucune limite de contenance, les arbres les plus âgés; la méthode des coupes régulières et de proche en proche, dont une des exigences est, au contraire, la concentration de la coupe annuelle dans une circonscription aussi étroite que possible. Nous n'avons pas à nous occuper de la première de ces méthodes, car elle est inconciliable avec l'aménagement pris dans son acception scientifique ; et si nous interrogeons la portée de la seconde, nous reconnaîtrons que puisqu'elle exige que chaque année l'exploitation soit concentrée dans^ une certaine circonscription, la contenance la plus petite que l'on puisse donner à une parcelle, est celle au-dessous de laquelle l'étendue d'une coupe annuelle ne saurait descendre sans inconvénients palpables, étendue

variable, du reste , suivant les localités, selon le propriétaire.

Quelle que soit, par conséquent, l'irrégularité d'un peuplement, on doit considérer comme l'élément • irréductible du parcellaire une portion de ce peu- • plement, égale au moins en étendue à une coupe annuelle ; y ajouter le peuplement environnant, pour le confondre 'dans la même parcelle, s'il participe de la même irrégularité ; le séparer dans le cas contraire, pour en faire une parcelle distincte, si son étendue est d'ailleurs assez grande ^

Nous tirerons une autre conséquence du même principe : c'est que dans le tracé des lignes séparatives des parcelles, il n'est pas nécessaire de s'astreindre à suivre tous les contours, toutes les sinuosités indiquées par les changements d'état du peuplement, et qu'il faut, au contraire, redresser ces lignes toutes les fois qu'il s'agit de ne transporter, d'une parcelle dans la parcelle voisine , que des portions peu étendues.

Quant à la limite supérieure pour la contenance dQS parcelles, il n'y en a rigoureusement pas; en

i. On m'a fait remarquer qu'au moment où on procède au parcellaire, on ne connaît pas encore l'étendue de la coupe annuelle. Cela est vrai puisqu'on ne connaît pas la possibilité, mais on sait déjà quelle est l'importance qu'il convient de donner à une coupe pour qu'elle puisse se vendre avantaigeusement et dans des conditions qui en favorisent la régénération. Au reste, je conviens que dans les futaies surtout il est impossible de prévoir exactement quelle sera l'étendue de la coupe annuelle, mais il s*agit ici d'une approximation. (Note de la S* édition.)

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sorte que, si une forêt était, par exemple, située en plaine, composée de bois de même âge ou régulière* ment entremêlés, tout à fait homogène, enfin, quant aux conditions de peuplement, de sol, de climat, de situation , son parcellaire deviendrait inutile , la marche des coupes pouvant indifféremment avoir lieu dans un sens ou dans l'autre.

Ainsi, voilà qui est bien convenu : Quelles que soient les diversités d'état qui existent dans une forêt, il n'y a pas à en tenir compte, lorsque leur expression superficielle, s'il est permis d'employer ces termes, descend au-dessous d'une certaine limite. Voyons maintenant s'il ne convient pas de laisser, en outre, quelque latitude aux aménagistes, en ce qui concerne l'appréciation des dissemblances ellesmêmes, suivant qu'elles sont relatives à l'âge ou aux essences, à la végétation ou au sol, à la situation ou à l'exposition.

Dissemblances relatives à l'âge. — Puisque l'âge est la circonstance qui sert de base, dans la plupart des cas, pour fixer l'époque de la régénération d'un massif, la différence d'âge doit être prise, avant tout, en considération dans la formation des parcelles. C'est d'ailleurs celle qui attire la première les regards, et qui est la plus évidente; mais s'arrêtera -t- on devant une différence d'un an? — Le simple t>on sens répond que non : d'abord, parce que cette différence serait fort difficile à reconnaîtra ; ensuite, parce que ce n'est point un aussi petit écart entre les âges qui pourrait en motiver un entre les époques^

d'exploitation ; enfin, parce que dans les futaies, la régénération ne pouvant, en général, avoir lieu sur une place donnée qu'en plusieurs fois, il en résulte nécessairement que sur cette même place il y aura entremêlés des bois qui ne sauraient être aussi exactement âgés les uns que lés autres. Il faut s'arrêter, dans le parcellaire, aux différences qui frappent l'oeil, et non à celles qui ne pourraient être constatées que par le comptage des couches concentriques. Voilà la règle, et par conséquent, dans les futaies on considère comme étant de même âge des bois entre les âges desquels il n'y a pas un écart de plus de 12 â 15 ans. On adopte, dans les taillis, des limites moins larges, attendu que les différences d'âge y sont ordinairement plus apparentes; nonseulement parce que la croissance des rejets de souches est, quand ils sont jeunes, plus rapide que celle des brins de semis, mais parce qu'il y a nécessairement plus d'homogénéité dans les peuplements dont la régénération remonte à la même époque, leur exploitation ayant lieu, comme on sait à blanc étoc.

Dissemblances relatives aux essences. — Après l'âge, vient l'essence dans l'examen des particularités qui peuvent motiver la formation d'une parcelle. Ici, il ne saurait s'élever des doutes, et toutes les fois qu'un massif renfermera, sur une étendue plus grande que celle qu'il conviendrait de donner à une coupe annuelle, un peuplement dont l'essence dominante dillj^rera, au point de vue de l'exploitabilité

surtout, de celle des bois environnants, on fera de ce peuplement une parcelle distincte.

Dissemblances relatives à l'état de la végétation.

— On agira de même qu'il est dit ci-dessus, pour l'état de la végétation, toutes les fois. qu'à âge égal, les essences étant les mêmes, cet état sera manifestement assez mauvais, sur une étendue au moins égale à celle d'une coupe, pour que l'on soit obligé d'avancer l'époque de la régénération, d'un nombre d'années plus grand que celui que l'on peut admettre entre les âges des sujets appartenant à la même parcelle.

Dissemblances relatives à la situation et à l'exposition, — Si le partage de la forêt en cantons a été fait conformément aux principes que j'ai émis, le climat, dans son acception générale, n'exercera aucune influence sur la formation des parcelles ; l'exposition ne saurait non plus en avoir beaucoup

— quoiqu'elle soit au nombre des principales causes des accidents météoriques qui affectent une contrée

— attendu qu'il en aura été tenu compte indirectement daiis la subdivision des parcelles, eu égard aux différences de la végétation; mais la situation, en rendant plus ou moins facile l'exploitation et la vidange, a, sous ce double rapport, une action particulière qui motiverait la subdivision d'une parcelle, si elle devait placer des parties de cette parcelle dans des conditions sensiblement différentes.

Dissemblances relatives au sol. — Le sol ne vient qu'en dernier lieu dans la série des circonstances

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que l'on doit apprécier, quand on effectue le parcellaire d'une forêt; cela s'explique par la difficulté d'en constater la qualité absolue, et par le signe d'après lequel on juge le plus communément de sa qualité relative. Ce signe est l'état de la végétation. Presque toujours, le parcellaire, modifié d'abord d'après' la nature des essences, puis d'après l'état de la végétation, n'aura pas besoin de l'être par suite des différences de qualité que pourrait présenter le terrain. Toutefois, puisque la mauvaise qualité du sol n'est pas la seule circonstance qui soit susceptible d'entraver la croissance des végétaux, il pourrait arriver que des parties de terrain, profondes et substantielles, eussent été comprises dans la même parcelle que des parties maigres et sans profondeur, parce que les premières seraient couvertes d'un peuplement mal venant. Dans ces cas, certainement très-rares, et dont on constaterait l'existence au moyen de quelques sondages, il faudrait évidemment faire des parcelles distinctes des bons et des mauvais terrains.

Le parcellaire est en définitive, comme on peiit en juger par ce qui précède, une opération moins compliquée qu'elle ne paraît au premier abord. Lorsqu'il est terminé, on exécute le levé des parcelles qu'on rapporte ensuite sur le plan de la forêt, et on procède, à l'aide de ce plan, à Texamen et à la description détaillés du peuplement et des conditions dans lesquelles il se trouve.

ARTICLE III

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