‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 3)Chapitre 23 sur 92 · DESCRIPTION SPÉCIALE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION SPÉCIALE

Tout n'est pas fini lorsque les parcelles ont été délimitées, levées et rapportées ; il reste à les décrire, à en donner une idée aussi complète que possible ; car c'est cette description qui décidera de la place qu'elles occuperont dans le plan d'exploitation , de l'époque à laquelle elles devront être régénérées, çt, en un mot, de la destination qu'on leur donnera.

Après avoir indiqué la contenance d'une parcelle, on fera donc connaître les essences qu'elle renferme, leur âge, leur état de végétation et de consistance, la durée probable du temps pendant lequel elles pourraient rester sur pied sans dépérir. On dira quelle est la nature de la base minéralogique, quelle est la composition de l^, terre végétale, son élément dominant, sa profondeur, l'état de sa superficie. On dira aussi à quelle, altitude approximative la parcelle est située, quelle est son exposition, quels sont les accidents météoriques qu'elle pourrait avoir à redouter, quelle est la voie de vidange par laquelle s'exportent ses produits. Un examen attentif, minutieux, réfléchi, est nécessaire pour que cette description soit de nature à reproduire dans l'esprit du lecteur l'image fidèle des lieux. J'essayerais vainement de donner des règles pour assurer un pareil résultat.

5/i - AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.

La manière dont il faut s'y prendre pour apprécier un peuplement, l'aptitude à dégager l'état moyen de ce peuplement de l'espèce de confusion que produisent, au premier aspect les variétés d'âge, d'essences, de forme et de consistance qui frappent les yeux, sont des choses que l'on n'enseigne guère. Ce sont presque des dons naturels. 11 y a des gens qui ne savent pas voir un- peuplement ; qui sont par conséquent incapables de le décrire ; soit que la dernière impression efface chez eux toutes les autres, en sorte que, s'ils aperçoivent, en achevant la reconnaissance, un bouquet de chênes ou de bouleaux, par exemple, ils croient n'avoir vu que des chênes ou des bouleaux ; soit que les nuances qui passent sous leurs yeux ne se fondent pas dans lew esprit, qui fait alors de vains efforts pour les retenir ; soit qu'ils ne puissent résumer leurs diverses observations. Ces gens-là ne seront jamais de bons aménagistes. Il y a entre le coup d'œil du forestier et celui du paysagiste une analogie frappante qui me permettra de compléter ma pensée. Tous ceux qui se sont occupés de dessiner d'après nature ont dû, à leur début, éprouver quelque embarras à grouper tous les détails qui se présentaient à leur regard; à distinguer ce qui était du premier, du deuxième ou du troisième plan ; à masser, pour nous servir de l'expression technique, le feuillage d'un arbre; mais, au bout de quelque temps, les uns y sont parvenus ; les autres, au contraire, n'ont jamais pu saisir, dégager les rapports existants entre les parties d'un groupe, et

en représenter la physionomie générale. Il en est de même des forestiers ; il y en a parfois qui ne savent pas lier leurs impressions et leurs idées, les classer, voir les choses dans leur ensemble, dans leur caractères principaux. Ceux-là sont inhabiles à faire une bonne description ; ils se donneront beaucoup de peine pour fixer dans leur mémoire chaque détail, chaque particularité, au fur et à mesure qu'elle se présentera devant eux, et ne pourront tirer aucun profit de leur examen, quand il s'agira de dresser le plan d'exploitation.

ARTICLE IV

BÉSDHé.

La reconnaissance spéciale de la forêt exige qu'on en fasse d'abord le parcellaire.

Cette opération consiste à subdiviser chacun des cantons qu'elle comprend, en autant de portions distinctes et séparées qu'il y a de différences bien tranchées dans la composition et les conditions de végétation du peuplement.

Cette subdivision, subordonnée d'abord à Tâge <les bois, à la nature des essences et à l'état de la végétation, est modifiée ensuite, s'il y a lieu, conformément aux dissemblances relatives au sol, à la situation, à l'exposition.

Il est impossible de fixer d'une manière précise

56 AMÉNAGEMENT DES FOBÊTS.

la limite minima au-dessous de laquelle la contenance d'une parcelle ne doit pas descendre; seulement il faut éviter, si la parcelle est couverte de bois, de lui donner une contenance plus petite que celle que devrait avoir une coupe annuelle.

Quand le parcellaire est terminé, on a soin de faire arpenter, lever et rapporter sur un plan toutes les parcelles qu'il a eu pour résultat d'établir. On donne à ces parcelles des signes distinctifs ; on les désigne, par exemple, par des lettres afin de les reconnaître facilement, mais, comme on le verra plus tard, cette désignation n'est que provisoire.

Enfin, on procède à la reconnaissance détaillée de chaque parcelle, reconnaissance qu'on ne saurait faire en même temps que le parcellaire, attendu qu'on a besoin, pour ne pas se tromper dans l'appréciation d'un peuplement, d'en connaître avant tout la contenance, et que ce renseignement n'existe pas encore au moment où le parcellaire s'effectue.

Un cahier spécial, dans lequel sopt transcrits les résultats de cette reconnaissance , forme ce qu'on est convenu d'appeler le cahier de la description spéciale.

ARTICLE V

OBSERVATIONS SUR LES PRINCIPES CI-DESSUS DéVELOPPÉS.

Les idées exposées dans les articles précédents, relativement au parcellaire, ne seront probablement

DE LA STATISTIQUF. ô7

pas du goût de tout le monde : on les attaquera peut- * être dans le fond et dans la forme.

Si on consulte les traditions, on y trouvera, en effet, des principes qui diffèrent essentiellement des miens, quoique cependant ils tendent au même but. Au lieu de prendre, comme je le fais, pour élément fondamental du parcellaire, une portion de forêt homogène quant à Tâge, aux essences, aux conditions de végétation ; au lieu de subordonner la formation des parcelles aux différences d'état des peuplements qui constituent la forêt, on prend pour élément fondamental du parcellaire une portion de forêt circonscrite par des limites naturelles, et on subordonne en conséquence la formation des parcelles à des circonstances indépendantes de Tétat du peuplement. 11 est vrai qu'on trie ensuite, dans chacune des grandes divisions circonscrites par des limites naturelles, les peuplements homogènes pour en faire des subdivisions ; mais ces subdivisions, condamnées d'avance à se fondre dans les divisions dont elles font partie, ne sont appelées à exercer individuellement aucune influence sur la formation du plan d'exploitation.

Tel est le point sur lequel ma manière de voir est surtout en désaccord avec certains errements. 11 est capital , et je ne peux me dispenser de m'y arrêter.

Si on ne formait les subdivisions dont je viens de parler que pour faciliter l'opération du parcellaire, je ne protesterais pas. On suivrait en réalité la

marche que j'ai conseillée; mais quand orî forme une division avec l'idée préconçue et arrêtée de faire subir la même destinée à la totalité des peuplements qu'elle contient, on met, pour me servir d'une comparaison triviale, la charrue avant les* bœufs; et on s'expose évidemment k violer tous les principes de la culture et de l'exploitabilité , en rangeant sous la même loi, en assujettissant au même traitement, en régénérant à la même époque, des parties de forêt qui pourront avoir des exigences bien opposées.

Quel est l'objet principal de l'aménagement? — C'est de fixer l'époque et l'ordre des coupes annuelles; or cet ordre et cette époque ne dépendent pas uniquement de la position respective des divers peuplements dont une forêt se compose ; ils dépendent en outre, et quelquefois principalement, de l'âge des boisi de la longévité probable des essences, et, par conséquent, je ne saurais admettre qu'on ne tienne compte que de la première de ces circonstanciés.

Il y a là, au moins en théorie, une erreur; je dis en théorie, parce que dans la pratique on se préoccupe, tout en faisant le parcellaire, de la marche des coupes, et qu'il y a des cas où il est possible de prévoir que les exigences des règles d'assiette feront exploiter à la même époque, à cause de leur situation respective, des peuplements très-dissemblables d'ailleurs par l'âge ou d'autres caractères.

Ce sont précisément ces exigences des règles

d'assiette et la certitude où Ton est souvent, et en montagne particulièrement, qu'elles prévaudront, lors du règlement des coupes, sur les autres motifs, qui ont conduit certains agents* à regarder comme devant être soumise à la même loi, et devant former l'élément fondamental du parcellaire, une portion de forêts circonscrite par des limites naturelles; mais il est clair d'abord que . de tels principes, en admettant qu'ils fussent toujours justifiés dans les pays de montagnes, ne sauraient l'être dans les plaines , et il est non moins clair ensuite que , si dans la pratique il est permis à des agents trèsexercés de tenir compte, dans leur manière de procéder au parcellaire, des exigpnces des règles d'assiette, il n'en est pas de même en théorie, où l'on doit classer les idées et les-opérations par rang d'importance, les développer et les exposer successivement et sans confusion, dans un ordre tel qu'on puisse bien en -suivre la filiation.

ARTICLE V!

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