PAR RAPPORT AU CAPITAL
Considérations générales sur la valeur et le profit des capitaux^ et spécialement des fonds de bois.
Nous n'avons examiné, jusqu'à présent, l'exploitabilité forestière qu'au point de vue de la quantité, de l'utilité, et de la valeur absolue des produits. La quantité et l'utilité des choses intéressent presque exclusivement le consommateur ; leur vateur touche surtout le producteur; mais ce qui lui importe principalement, c'est le rapport qui existe entre cette valeur et le capital dont elle émane ; aussi, les spéculateurs qui ont à faire emploi, d'un capital pécuniaire, cherchent-ils à l'affecter à l'entreprise qui leur promet le bénéfice le plus grand, c'est-à-dire un profit qui soit, par rapport au capital, le plus élevé possible. Cette préoccupation légitime se rencontre chez le propriétaire de bois, et l'on conçoit qu'on ne
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puisse y satisfaire qu'en recourant à une exploitabilité bien différente de celles que nous avons étudiées précédemment.
On a souvent défini Texploitabilité dont il s'agit : V exploitabilité relative à la rente la plus élevée*
J'adopterai aussi cette définition, quoiqu'elle ne soit peut-être pas irréprochable.
Ce qui caractérise Texploitabilité qui va faire l'objet de notre examen, c'est doïic l'intervention de la valeur capitale parmi les éléments à prendre en considération, quand on veut déterminer l'âgç auquel il convient d'abattre des bois. Nous* ne nous sommes encore occupé que du produit, sans songer à l'agent de production et au prix qu'on y attache dans les transactions commerciales; or, cet agent a, comme les autres capitaux, une valeur commerciale, et il ne saurait dès lors être négligé par le spéculateur qui se propose de fixer, pour l'exploitation d'un bois, l'époque la plus favorable à ses intérêts.
Je dis que les capitaux ont une valeur commerciale. Pour l'intelligence de ce que j'aurai à exposer relativement aux fonds de bois, il est nécessaire de rappeler comment se constitue et fonctionne cette valeur.
On désigne sous le nom de capitçLux toutes les choses, tous les objets qui servent ou qui contribuent à la production ; ce sont donc en général des instruments de travail ; leur valeur repose sur les services productifs qu'ils sont susceptibles de rendre; elle s'établit, dans le commerce, en multipliant le prix
net de ces services par un facteur convenu. Ce facteur varie suivant des circonstances nombreuses dont les principales sont la sécurité du placement et l'abondance des capitaux disponibles; mais il ne monte guère au-dessus de ftO, tandis qu'il peut descendre beaucoup plus bas.
Les fonds de terre participent de la nature des capitaux, et dans le langage ordinaire, on s'accorde à les ranger dans IsC même catégorie.
Qu'est-ce que le profit net? — C'est l'excédant du produit pécuniaire sur les frais de production *, d'où i\ résulte que les capitaux dont les services productifs seraient juste suffisants pour couvrir les frais de production, n'auraient aucune valeur commerciale, ce qui, soit dit en passant, ne les empêcherait pas d'être souvent fort utiles. Ainsi, qu'on suppose un fonds de terre dont le produit suffirait à peine à l'entretien du cultivateur et de ses instruments de travail, il est clair que, commercialement, ce fonds sera sans valeur; mais dès qu'il y a un profit net quelconque, la vale.ur. capitale surgit, et pour l'apprécier, pour la déterminer, il n'y a qu'à multiplier ce profit par le facteur exprimant la relation convenue dont je viens de parler, la relation consentie entre le profit net et le prix de l'agent qui sert à le produire. Pour une terre arable, le profit net sera multiplié par 40; pour un bois, par 33; pour un capital
4 . Il est bien entendu que dans ces frais est compris le bénéûce de l'entrepreneur, quand il y a un entrepreneur.
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employé h l'armement d'un navire, par 15, etc.
Ce profit net qui sert à l'évaluation des capitaux, indique en même temps ce qu'ils coûtent à l'industriel qui ne demande que la faculté d'en user, et il porte alors le nom générique d'intérêt (comprenant le loyer, le fermage, etc.). On suppose en effet que ce profit liet est la conséquence nécessaire de l'ititervention du capital, qu'il lui est, en quelque sorte, inhérent, et qu'il est dû, dès lors, au propriétaire, soit que celui-ci emploie lui-même son capital, soit qu'il le fasse fructifier par d'autres mains. Il se pourrait certainement que l'emprunteur ne trouvât point dans les services du capital qu'on lui aurait prêté, cet excédant qui constitue le revenu du propriétaire. Cela ne prouverait rien contre ce que j'ai avancé à propos des rapports qui existent entre les profits nets et les capitaux. Cela prouverait seulement que le capital dont il s'agit aurait été surévalué ou mal exploité.
D'après ces considérations, la valeur d'un capital ne tiendrait pas à celle de ses parties intégrantes; elle serait intangible, extrinsèque,, elle se lierait au revenu; elle diminuerait et progresserait avec lui.
Il est cependant connu de tout le monde que la valeur commerciale d'une forêt, n'est pas toujours avec le revenu net qu'on en retire, dans le rapport adopté pour les placements de l'espèce, et qu'elle dépasse quelquefois le chiffre que l'on obtient par la capitalisation de son revenu au taux desdits placements.
D'où cela provient-il ? Comment concilier ce fait incontestable avec la proposition précédente?
Essayons de répondre à ces questions :
Parce que le revenu net sert de fondement au prix que Ton attache à un capital, ce n'est pas nécessairement une raison pour que le revenu étant nul, les objets qui constiluént le capital soient frappés de non-valeur ; ils ne le seraient que dans l'hypothèse où ils ^ne pourraient être soustraits à la destination qu'on leur avait donnée, pour être affectés à un autre emploi. Voici des pierres, du fer, du bois avec lesquels on a construit une maison : si cette maison ne se louait à aucun prix, elle perdrait toute valeur comme capital-maison, capital immobilier; niais les •matériaux dont elle se compose, séparés les uns des autres, rentreraient dans la catégorie des produits, reprendraient ainsi une partie de leur valeur primitive, et pourraient, sous une autre forme, fonctionner comme capital.
VeutTon encore uh exemple ? — Il nous est fourni par un bateau que l'on aurait transporté dans l'intérieur des terres. Sur le bord de la mer, ce bateau constituait un capital précieux; dans les conditions où on l'a placé, il a perdu comme capital-bateau toute valeur, et, cependant, il est probable qu'on en tirera quelque profit en le dépeçant.
Les choses qui fonctionnent comme capital, peuvent donc avoir et ont en effet, presque toujours, une valeur propre, indépendante de celle qu'elles empruntent à leur fonction ; mais la première est
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ordinairement beaucoup plus petite que la seconde, et , par conséquent , elle ne saurait exercer aucune influence sur le prix qu*on attache à ces choses dans les transactions commerciales.
Les bois seuls peut-être font exception h cette règle.
Si le fonds de bois était fixe, immut^-ble, il est certain que son prix vénal se réglerait invariablement comme celui des autres capitaux et particulièrement des fonds de terre, d'après son revenu net ; mais le fonds de bois peut, dans une très-grande mesure, être transformé : de fixe, il peut devenir circulant; d'immeuble il peut devenir meuble, et ces propriétés qu'il possède à un degré exceptionnel, lui donnent une valeur intrinsèque, pour ainsi dire, indépendante du revenu qu'on en retire, et qui est susceptible de s'élever, au point de dépasser le chiffre que l'on obtiendrait, en capitalisant ce revenu au taux des placements en bois. Comment s'établit cette valeur? — C'est bien simple ; d'après l'usage que l'on ferait de la portion du capital que l'on aurait mobilisée. On sait, par exemple, que l'intérêt des capitaux qui se prêtent; dans le commerce aux mêmes conditions de solidité que celles des placements en bois, est de â pour 100. Eh bien! si le revenu net d'une forêt descendait au-dessous du profit qu'on retirerait de cette forêt, en transformant sa superficie en argent, il y aurait, à faire cettç transformation , un avantage aisément apprêt ciable. ^
9h AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.
Le point que j'essaye d'éclairer est véritablement la clef de la théorie de l'exploitabilité relative à la rente la plus élevée. Qu'on me permette donc d'insister, et de montrer en quoi la formation du capital-forêt diffère de celle des autres capitaux et notamment des fonds de terre.
Le propriétaire d'une terre arable dépense ordinairement, soit pour ses besoins, soit pour ses plaisirs, le revenu net qu'il en retire. Supposons, cependant, que m position de fortune et ses goûts lui donnent la possibilité et lui inspirent le désir de le faire valoir; supposons aussi qu'à raison de la solidité du placement, il soit disposé à se contenter de l'intérêt qui correspond au taux des placements en fonds de terre. Pour parvenir à ses fins, il peut faire l'une des deux opérations suivantes : ou bien augmenter par une nouvelle acquisition l'étendue de ses propriétés, ou bien améliorer celles qu'il possède déjà. II choisira probablement ce dernier moyen, parce qu'il est plus commode que l'autre, si en employant son revenu à des améliorations, il prévoit qu'il augmentera son fermage d'une quantité égale à l'intérêt de ce revenu ; et il continuera, chaque année, le même emploi, jusqu'au moment où l'augmentation du profit net cessera de compenser la perte d'intérêt, du revenu.^
A partir de ce moment, il cherchera pour ses épargnes une autre destination; il s'en servira, par exemple, pour augmenter l'étendue de ses biensfonds.
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Le propriétaire d'une,forêt ne doit pas agir différemment; pour lui, l'accroissement d'une année, c'est le revenu ; il ne consentira à l'immobiliser, à l'incorporer aut capital, que dans le cas où l'accroissement de l'année suivante lui offrira un dédommagement.
Jusque-là, les deux capitaux, fonds de terre et fonds de bois, donnent lieu à des spéculations identiques; mais ce qui distingue le fonds de bois de la terre arable, c'est que, dans celle-ci, le revenu incorporé au capital ne se retrouverait plus, si une aug-r mentation proportionnelle du revenu net ne se produisait pas ^ ; tandis que, pour le fonds de bois , il se conserve et se retrouve, lors même que son immobilisation ne procure pas les avantages qu'on en attendait. Le propriétaire d'une forêt ne perd dans ce cas que l'intérêt de son revenu; seulement, il arrive que le rapport du revenu au capital engagé dans cette forêt, descend au-dessous du taux des placements qui sont dans les conditions de solidité que ledit propriétaire recherche ; et dès lors il convient à ce dernier de distraire de son capital engagé toute la portion qu'il considère comme inerte, comme dor- \ mante, en ce sens qu'elle ne produit pas un revenu équivalant à l'intérêt qu'elle comporte.
4. J'ose affirmer qu'il n'est pas un champ en France qui vaille ce qu'il a coûté, qui puisse s'échanger contre autant de travail qu'il en a exigé pour être mis à l'état de productivité où il se trouve.
(BASTiATi Harmonie^ économiques,)
Ces considérations générales prouvent que la valeur efîective, réalisable, d'un fonds boisé peut dépasser la somme qu'on obtiendrait, en capitalisant le revenu net de ce fonds boisé au taux des placements; eHes prouvent que le rapport entre ce revenu et cette valeur peut être moins grand que celui admis entre les profits et les capitaux de l'eispèce. Il existe, par conséquent, des fonds boisés dont il est permis de dire qu'ils ne rapportent que 2, que 1 pour 100. En existe-t-il qui rapportent plus de 3 pour 100, en supposant que 3 pour 100 soit* le taux ordinaire des placements en fonds boisés? — Non, car si en s'appuyant sur le bénéfice qu'il y aurait à soustraire une partie d'un fonds boisé à sa destination naturelle, on parvient, dans certaines circonstances, à faire accepter ce fonds boisé pour une valeur plus grande que celle qui résulterait de la capitalisation de son- revenu net, on rirait évidemment au nez de Tacquéreur qui se fonderait sur Tinconvénient pécuniaire qu'entraînerait ce changement de destination, pour payer un fonds boisé au-dessous de sa valeur capitale.
En résumé, la valeur commerciale d'un fonds boisé peut se régler d'après un taux inférieur au taux de placement .des capitaux de cette nature ; elle ne j)eut pas se régler à un taux supérieur; et ce que je veux, en exposant la théorie de l'exploitabilité relative à la rente la plus élevée, c'est indiquer les moyens de faire fonctionner la propriété forestière, d'après le taux de placement qu'on accorde aux capitaux qui
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présentent les mêmes conditions de solidité et les mêmes avantages qu'elle.
Entrons maintenant en matière :
J'examinerai successivement Texploitabilité relative à la rente la plus élevée, dans son application à un arbre isolé, à un massif non aménagé, et à un massif aménagé. "
De l'exploit'abîlité relative à la rente la plus élevée, dana son application à un arbre isolé.
Il y a deux suppositions à faire, savoir : 1* celle où cet arbre occuperait un terrain vague, incultQ„ qui lui offrirait gratuitement l'espace que réclamerait son développement; 2* celle où il serait, au contraire, situé dans un champ sur lequel il ne pourrait pas s'étaler, sans diminuer proportionnellefnept rétendue des cultures environnantes.
Première hypothèse. — L'^-rbre a atteint l'âge où
il commence à avoir une valeur échangeable ; — il a
quinze ans; doit-on le couper ou le laisser sur pied?
— Dès que l'on pose cette question, Ton admet,.,—
chose essentielle, — que les conditions d'aisance du
propriétaire lui permettent d'épargner au moins une