XVI PRÉFACE
un inestimable bienfait et pour eux et pour le pays tout entier. En effet, lé respect du fonctionnaire est une des conditions les plus essentielles de Tordre social, et ce n'est pas la moindre de nos plaies, que ce respect n'existe plus. Les agents forestiers notamment ont à en souflFrir ; car c'est principalement par la persuasion, par la force morale, qu'ils peuvent accomplir leur mission. Je demanderai dope la permission de présenter à ce sujet encore, quelques observations. Elles ne seront pas hors de propos dans la préface d'un livre qui est destiné surtout à des fonctionnaires.
Il est de mode aujourd'hui, il est de bon goût de chercher à discréditer les fonctionnaires publics, et de présenter leur carrière comme une des moins honorables que puisse embrasser un homme de quelque valeur. On les met au dernier degré de l'échelle sociale. On les accable de dédains. On les regarde comme un vil troupeau qui a fait litière de toute indépendance, de toute personnalité, de toute initiative. On tient pour beaucoup plus dignes d'estime qu'eux, les individus qui conservent leur liberté d'action et ne comptent que sur eux-mêmes pour se procurer les
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moyens d'existence, la fortune et la célébrité.
Ces préjugés, qui tendent à se répandre de plus en plus, ne sont pas les moins remarquables parmi ceux qu'ont engendrés la décadence des mœurs et la perversion des idées. Ils s'attaquent à Ja principale base de toute société, et s'ils pouvaient jamais prévaloir et éloigner des fonctions publiques les hommes intelligents, instruits, honnêtes et soucieux de leur dignité personnelle, l'état social serait atteint dans sa vitalité.
Qu'il y ait en France trop de fonctionnaires; qu'il y en ait beaucoup qui ne remplissent pas leur tâche d'une manière convenable ; qu'on ait fait trop souvent de l'administration le refuge des gens incapables de subvenir par leurs propres forces à leurs besoins; qu'on ait usé du budget de l'État, pour avoir des créatures, tout cela n'est que trop vrai ; mais on ne doit pas conliamner une institution par les abus auxquels elle fournit des prétextes, et la fonction publique quand elle est bien remplie, n'en est pas moins la première de toutes les fonctions sociales, la plus enviable pour tous ceux qui tiennent à faire ici-bas un bon emploi de leurs facultés, La raison en est claire : c'est la première et la plus
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enviable de toutes les fonctions sociale^, parce qu*il n*y en a aucune autre, je ne dis pas qui soit, je dis qui puissç être, aussi dégagée que celle-là de tout égoïsme. 11 n'est pas indispensable pour devenir un grand industriel, un grand commerçant, un célèbre avocat, un fameux médecin, un financier cent fois millionaire, d'aimer ses semblables et son pays et de songer à leur être utile , tandis que , si petit , si humble que soit un fontionnaire public, c'est dans les services qu'il rend à ses concitoyens qu'il puise sa raison d'être, et il ne fait rien qui ne se rapporte au*x autres. Tous les sophismes du monde n'empêcheront pas cette préoccupation nécessaire de l'intérêt collectif, d'être le caractère évident des attributions du fonctionnaire, et cela suffit pour imprimer à ces attributions un cachet particulier de distinction. Sans doute, il n'est pas défendu aux fonctionnaires publics d'avoir de l'ambition personnelle, de désirer un poste plus élevé, mieux rétribué; mais cette ambition ne peut être satisfaite que ' si le bien public l'est en même temps ou plutôt au préalable, tandis qu'en dehors de l'administration, les services que l'on rend à la société ne sont que la conséquence le. plus souvent