‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 3)Chapitre 44 sur 92 · PRINCIPES FONDAMENTAUX · texte numérisé non relu

PRINCIPES FONDAMENTAUX

Quand on a complété la statistique de la forêt à aménager; quand on a terminé la description spéciale des parcelles dont elle se compose ; quand on a choisi le mode d'exploitation et fixé l'âge d'exploitabilité qu'on estime être applicables à ces parcelles, on possède les éléments nécessaires pour arrêter la durée de la révolution, la quotité et la marche des coupes annuelles.

Les documents relatifs à ces divers objets forment ce qu'on appelle le plan d'exploitation.

J'ai dit que le mot Révolution s'appliquait au temps nécessaire pour qu'une série de coupes de régénération pût revenir au point de départ et se renouveler dans les mêmes conditions. C'est là le vrai sens du mot et par conséquent , si on voulait

nu AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.

s'exprimer correctement, on devrait n'employer ce mot que pour l'exploitation des forêts normales , car c'est dans les forêts normales seulement que les coupes de régénération peuvent se renouveler périodiquement dans les mêmes conditions. Mais cependant, par suite de la pauvreté de notre langue, on a abusé du mot Révolution comme de beaucoup d'au- «très, et on l'a employé indifféremment pour les forêts qui sont susceptibles d'un aménagement définitif et * pour celles qui ne le sont point, de sorte qu'il ne se lie pas toujours à l'idée d'une rotation régulière xie coupes d'une nature déterminée.

Il en est ainsi, par exemple, lorsqu'on se sert du mot Révolution pour exprimer le temps pendant lequel une forêt devra être parcourue par des coupes préparatoires à la futaie. Il est évident que ces coupes préparatoires ne sont pas destinées à se renouveler indéfiniment; que souvent même, on n'attend pas qu'elles aient parcouru toute l'étendue de la forêt, pour entreprendre les coupes de régénération. Le mot Révolution ne leur convient donc pas grammaticalement. L'usage l'a pourtant admis et consacré et je ne prétends pas le proscrire. Seulement , pour prévenir toute confusion, je prendrai les précautions suivantes :

J'appellerai Révolution principale normale le temps nécessaire pour l'exploitation, pour la régénération totale d'une forêt, lorsque ce temps correspondra à l'exploitabilité des essences ; Révolution prin^ cipale transitoire celle qui bien que s'appliquant aux

coupes de régénération, ne différera de la précédente que parce qu'elle devra exceptionnellement être plus courte ou plus longue que ne le comporterait l'exploitabilité des essences.

Mais puisqu'il est fort embarrassant de déterminer l'âge d'exploitabilité d'une forêt, même lorsque cette forêt est dans un état que l'on peut croire stable au point de vue de la consistance et de la végétation des peuplements qui la composent, le problème devient bien plus difficile k résoudre quand elle est évidemment destinée , sous ce double rapport, à éprouver des changements; de sorte qu'à l'incertitude des circonstances économiques s'ajoute celle des circonstances physiques. Telle exploitabilité excellente aujourd'hui, susceptible par conséquent d'être considérée comme normale, pourra ne plus l'être dans un siècle. Aussi sera-t-il raisonnable d'adopter comme normale ou définitive toute révolution principale qui n'imposera pas des sacrifices probablement trop grands d'accroissement et d'utilité.

J'appellerai Révolution préparatoire, bien que ce soient les coupes et non la révolution qui préparent, le temps pendant lequel une forêt devra être parcourue par des coupes qui auront pour but d'y rendre possible le début des coupes de régénération. Oh s'est quelquefois servi, dans ces dernières années, pour exprimer ce temps, des mots -période d'attente. Or la période avait toujours été prise jusqu'alors dans une acception restreinte. C'était et c'est encore une partie de la révolution qui ne saurait se dérouler en

dehors d'elle; il y aurait des inconvénients à lui donner une autre signification.

La révolution préparatoire, telle que je la comprends, remplacera dans certains cas, la révolution transitoire telle qu'elle est définie par MM. Lorentz et Parade.

L'établissement du plan d'exploitation repose sur plusieurs principes essentiels et qui consistent :

!<» A faire arriver autant que possible chaque parcelle en tour de régénération , à l'époque correspondante à son âge d'exploitabilité et, en tour d'exploitation intermédiaire, à l'époque indiquée par l'état du peuplement;

2^ A prescrire pour les exploitations successives des parcelles, un ordre qui soit conforme aux règles sur l'assiette des coupes;

3** A former pour la répartition des produits, dans le cours de la révolution, un règlement qui, tout en se conciliant avec les exigences de la culture, soit de nature à assurer le rapport annuel soutenu.

L'application de chacun de ces principes est soumise à des conditions particulières plus ou moins importantes, plus ou moins impérieuses, et souvent opposées.

Cette opposition est une des plus grandes difi&cultés que l'on rencontre dans l'établissement du plan d'exploitation.

Cet établissement varie suivant les modes d'exploitation ; nous l'étudierons d'abord, dans le cas le

moins compliqué, c'est-à-dire en admettant que la forêt à aménager doive être exploitée en taillis simple; nous verrons ensuite quelles modifications il faut y apporter, quand il Vagit de former une forêt régulière, exploitée d'après la méthode du rêensemencement naturel et des éclaircies périodiques.

Quant aux taillis composés , comme ils ne diffèrent des taillis simples que par l'importance de la réserve, et comme d'ailleurs cette importance est subordonnée à des circonstances culturales très-variables, je ne crois pas nécessaire de faire de leur aménagement l'objet d'une étude particulière \

4. Le lepteur qui aurait besoin d'être mieur fixé sur la question de l'aménagement des taillis composés, consultera avec fruit le livre de M. Nanquelte, pages 297 et suivantes. (Note de la 2« édition.)

Page 1