‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 4)Chapitre 15 sur 112 · F LA · texte numérisé non relu

F LA

L'aménagement est un travail qui consiste à régler l'exploitation d’une forêt, de façon qu’elle fournisse un rapport annuel aussi soutenu et aussi avantageux que possible *.

* L'homme a des besoins incessants, dont les principaux, ceux qui intéressent son existence matérielle, réclament impérieusement une satisfaction immédiate. Pour y subvenir, il lui faut des objets de consommation constamment disponibles ; de là sa tendance à obtenir des agents de production qui sont à sa portée, une continuité de rendement.

Cette tendance est surtout manifeste dans les

1. J'ai cru devoir maintenir cette définition, quoiqu’elle diffère de celle que donne le cours de culture. D’après ce cours, Faménagement consiste à régler l'exploitation d’une forêt dans le plus grand intérêt du propriétaire et de la consommation. Or, la condition du rapport annuel n’est pas comprise dans cette définition, et elle est pourtant, selon moi, caractéristique de l’aménagement..

sociétés primitives : on y vit, au jour le jour, du produit de la pêche, de la chasse, elc., etc. Au milieu des ressources qui l’environnent, l’homme n’y apprécie guère que celles-là, parce que ce sont presque les seules dont l'exploitation puisse se concilier avec le renouvellement journalier de ses besoins. Le sol, défriché et ensemencé, lui fournirait sans doute, au bout de l’an, dix fois plus de matière alimentaire que ne lui en procurent: la chasse et la pêche. Peu lui importe ; il ne saurait rester un: an sans manger. Mais quand, à force de persévérance, il est parvenu à réaliser quelques économies sur les menus profits de son travail, et qu'il s’est mis de cette façon à même de soutenir son existence pendant le temps nécessaire à la culture du sol, alors il a fait un grand pas dans la voie du progrès. A partir de ce moment, il lui est permis d'utiliser. d’autres ressources, et de concilier avec des besoins qui se renouvellent, pour ainsi dire, à chaque instant, des cultures dont les produits ne sont réalisables que périodiquement, à des intervalles plus ou moins longs. LENS S

L’épargne, c’est-à-dire la mise en réserve d’une certaine quantité de produits, qui permettent d’attendre, voilà donc le moyen nécessaire auquel les hommes ont dû recourir pour approprier à la satisfaction de leurs besoins, les productions intermittentes; voilà le progrès qui explique la valeur

. que l’on attribue, dans les sociétés civilisées, à des agents, à des capitaux dont les produits ne seront disponibles que dans un avenir plus ou moins éloigné. Toutefois, ce progrès n’est pas susceptible de déplacer le pivot autour duquel gravite la production, ni de modifier la condition qui sert de régulateur à cette dernière, qui la dirige après l'avoir provoquée. Les besoins de l’homme n'en restent pas moins incessants, et, par une conséquence forcée, les productions réglées de la manière la plus avan-

: tageuse à ses intérêts, sont celles qui présentent le

| plus de continuité. |

+ L'épargne, lorsqu'elle est sous la forme d'objets

de consommation, a, d’ailleurs, deux inconvénients

graves :

D'abord, elle ne se conserve pas longtemps.

Le froment, par exemple, ne tarde pas à se détériorer dans un grenier. Le bois subit le même sort, quand il est exploité depuis un certain nombre d'années. Une récolte de blé ou de bois qui n'aurait lieu que tous les vingt ans, ne vaudrait done pas, en supposant qu’elle fût vingt fois plus considérable, celle qu’on pourrait faire chaque année.

L'autre inconvénient des produits accumulés par épargne, c’est de solliciter l’imprévoyance, le gaspillage, et d'entraîner, pour le moins, une consommation excessive.

Les raisons précédentes sont suffisantes pour

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