PA LT TERRIER
h INTRODUCTION. :
justifier la transformation des capitaux dont les . produits se succèdent à de longs intervalles, en capitaux dont les produits sont annuels, et si le consommateur est grandement intéressé à cette transformation, le propriétaire du capital n’est pas appelé àen retirer de moindres avantages.
C'est un fait bien connu que les branches d’industrie le plus favorablement placées, au point de vue des bénéfices qu’elles offrent à ceux qui les exploitent, sont celles qui peuvent le plus facilement se plier aux fluctuations de la demande; or, entre deux forêts dont l’une, aménagée, serait susceptible d’un rapport annuel et soutenu, tandis que l’autre, non aménagée, ne serait exploitable qu’à des intervalles relativement fort longs, il est évident que c’est la première dont la production se subordonnera le plus aisément à ces convenances dont je viens de parler, à ces mouvements de hausse ou de baisse dans la demande du consommateur. Ce qu’il faut, en effet, pour cela, c’est üne disponibilité constante de produits exploitables ou sur le point de l'être. L'aménagement peut seul la fournir.
Au reste, ce budget annuel des dépenses et des recettes, qui est entré dans les habitudes de tous les hommes, prouve surabondamment les avantages de l’annualité, quel que soit le revenu.que l’on considère. À l'expiration de l’année, chacun, l'individu comme la commune, comme l’État, chacun
arrête ses dépenses, opère ses rentrées, et il en résulte que de toutes les rentrées, celles-là sont naturellement le- plus désirables, qui correspondent à l'époque de ce bilan, sans lequel les règles de l’économie privée ou collective seraient fort difficiles à appliquer.
Le consommateur et le producteur sont donc tous les deux d'accord pour que les forêts soient exploitées sous la condition d’un rapport annuel et soutenu ; cependant ils sont bien loin de comprendre ‘la réalisation de ce rapport de la même manière, et la divergence de leurs sentiments, sur ce point, est importante à noter. ;
Le consommateur ne demande qu'une chose :
c'est que l’exploitation de toutes les forêts qui fournissent à ses besoins soit combinée de telle sorte que, chaque année; elle lui-offre les mêmes ressources. Il ne se soucie pas du règlement, auquel chacune de ces forêts, considérée séparément, pourrait être assujettie. Si l’on suppose qu’elles soient au nombre de 30, qu’elles appartiennent à des propriétaires différents, et qu'elles soient exploitables à 30 ans, le consommateur admettra volontiers qu’au- ; cune d'elles ne. soit aménagée, si d’ailleurs il y a, - = dans leurs âges, une gradation qui empêche que l'exploitation de l’une ne coïncide avec celle de -F’autre. Le rapport soutenu n’en existera pas moins, pour l’ensemble de ces forêts, et c’est là tout ce que le consommateur réclame.
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Le producteur n’envisage pas ainsi les choses ; ce qu'il veut, c’est que le rapport soutenu soit établi dans la forêt dont il est propriétaire ; ce que font ses voisins ne le touche que très-indirectement.
Le consommateur désire des produits soutenus, non-seulement en matière, mais en marchandises de telle ou telle espèce.
Le producteur ne recherche, en général, que le rendement en argent, quand ce producteur est dans la catégorie des particuliers. S'il s’agissait d’un État, d’une communauté quelconque, il en serait autrement, parce que leurs intérêts s’identifient plus complétement que ceux des particuliers avec les intérèts du consommateur. |
- Ces différences sont essentielles et soulèvent des questions'sur lesquelles il y aurait certainement encore beaucoup à dire; mais les développements dans les quels je pourrais entrer à ce sujet seraient sans utilité aujourd'hui. Je me bornerai à ajouter aux principes qui découlent des considérations précédentes, que si l'établissement du rapport soutenu est une condition que les propriétaires de bois doivent, ordinairement, chercher à réaliser, il-y a cependant, pour les particuliers, des cas où il ne leur convient pas de le faire. La petite étendue d’un bois peut être une raison pour qu’on ne l’exploite pas en plusieurs coupes successives, parce que ces coupes occasionneraient des frais généraux plus considérables que ceux qu'en-
traînerait l'exploitation en une seule fois, et ne seraient pas suffisamment compensés par les avan-
tages de l’annualité,
… En outre, les propriétaires sont quelquefois conduits, par des motifs d'économie domestique, à considérer un bois comme une caisse d'épargne, dans laquelle ils désirent accumuler, pour une certaine époque, pour le mariage d’une fille, pour l'établissement d'un garçon, etc., etc., des valeurs plus ou moins importantes. C'estencore une raison pour que ce e bois ne soit pas aménagé.
Un propriétaire peut enfin être sollicité par une hausse extraordinaire du prix des bois, ou par
la nécessité de faire, face à des engagements, à réa-
liser la superficie entière ou presque entière de la
‘forêt qui lui appartient.
Ce sont là des exceptions; elles ne sont jaune, sauf la première, admissibles pour l’État, pour une commune ou un établissement public, pour les corps
impérissables enfin, dont le devoir est de distri-
buer, aussi également que possible, aux générations successives dans lesquelles ils sont destinés à se perpétuer, les fruits et les richesses dont ils disposent. |
Mais la régularisation du rendement annuel est surtout obligatoire pour les forêts de l’État; car leurs produits forment le pain quotidien d’une multitude d'industries et ne peuvent varier, sans qu'il en
résulte de bras” perturbations et d'incaleulables souffrances. , is |
En présence des fluctuations auxquelles ce rendement est resté soumis jusqu’à ce jour, il n’y à pas d'usine employant le bois comme principal combustible, dont il soit possible d'apprécier d'une manière exacte les conditions de roulement, et une des causes principales de la situation précaire dans laquelle se trouve la métallurgie au bois et des plaintes ardentes
dont elle ne cesse d’assiéger l'administration, réside
dans la: variabilité des produits que celle-ci met en vente chaque année.
Les particuliers propriétaires de bois ne sont pas
moins intéressés que les consommateurs à ce qu'il .
soit mis un terme à cet état de choses. Aujourd'hui, l’administration peut à son gré faire la baisse ou la hausse par la quantité de bois plus ou moins considérable qu’elle jette sur le marché. Tant que cette quantité ne sera pas réglée, et elle ne le sera que par l'aménagement, les particuliers seront exposés au danger permanent d’une concurrence susceptible d’avilir, à un moment inattendu, le prix de leurs coupes. Ce danger entrave leurs opérations et déprécie leurs immeubles.
L'aménagement répond, on le voit, à l’une des exigences les plus légitimes des sociétés civilisées, quand il a pour but d’annualiser et de régulariser la production du sol forestier.
is ce résultat n’est pas le Stqu il soit pe
Le proeurer. ds ;
Depuis l'époque où une forêt est- énétaille de se. régénérer naturellement, soit par les semences, soit par les souches, elle peut donner autant de rapports soutenus différents qu’il y a d'années à courir jusqu’au moment de son dépérissement. Il suffit, en effet, pour assurer la perennité de sa production, de n’en-extraire chaque année qu’une quantité de bois
égale à son accroissement moyen; or, parmi ces
rapports soutenus, il y en a nécessairement un qui est préférable à tous les autres : c’est celui dont l’expression, soit par contenance, soit par volume, forme ce qu’on appelle la possibilité d’une forêt. L'aménagement a pour résultat de le déterminer, et cetrésultat n’est pas moins recommandable que le précédent.
.. Je viens de justifier le but de l’aménagement, je vais indiquer succinctement quelles sont les opérations à faire pour l’atteindre :
+ Quand on veut retirer d’une masse de bois un produit annuel constant et non interrompu, il faut la partager en un certain nombre de coupes annuellement et successivement exploitables, de manière
que le repeuplement de l’une quelconque -de ces . coupes puisse devenir exploitable à son tour, dans
le temps nécessaire pour régénérer les autres. Ce partage d’une forêt en coupes; la fixation de
l’ordre dans lequel lesdites coupes devront être exploitées, forment ce qu’on appelle le plan d’eæploitation. Le temps à courir afin qu’une coupe revienne une deuxième fois en tour d'exploitation, est ce qu'on nomme la révolution. ?
L'établissement du plan d'exploitation est l'opération essentielle de l'aménagement.
Cet établissement est subordonné à la nature des
produits que l’on recherche, et à l’âge auquel il convient d’abattre les arbres pour qu’ils soient réalisés. Si l’on destine une forêt à la production des cercles, on devra certainement l’exploiter à un âge beaucoup moins avancé, dans une révolution beaucoup plus courte, que si on la destine à la production de bois propre aux constructions.
L'âge qui correspond au rapport le plus avantageux, et le plus avantageux est celui qui convient le mieux au propriétaire, est ce qu'on appelle l’âge d’exploitabilité.
La détermination de cet dge d'ésploitabilité précède donc nécessairement la formation du plan d’exploitation.
Mais l’âge d’exploitabilité d’une forêt est trèsvariable, suivant la position du propriétaire, ses besoins, les conditions tant naturelles qu'économi- . ques dans lesquelles est placée la forêt, et ces :con- . ditions, il est indispensable de lés connaître.
La reconnaissance de la forêt, sa description,
l'inventaire de toutes les circonstances qui pourraient exercer une influence sur sa conservation et son rendement, sont donc les objets dont on doit s’occuper avant tout autre, lorsqu'on entreprend un aménagement. { La réunion des divers renseignements que ces objets comportent, constitue l’opération connue sous le nom de statistique.
La statistique,
La recherche de l'âge d'exploitabilité,
. La formation du plan d'exploitation, - Telles sont, en définitive, les opérations principales qu’exige un travail d'aménagement.
Il convient en outre d'y ajouter l’élude et la pro- ‘position de tous les travaux d'amélioration qui seraient propres à augmenter le rendement.
L'aménagement est un travail très-simple, en général, pour les bois de particuliers, difficile, quelquefois, pour ceux des communes, toujours trèscompliqué pour les forêts de l’État.
Dans toute société arrivée à un certain degré de civilisation, il s’est établi un mouvement commercial et industriel contre lequel un particulier ne saurait réagir; il est forcé de s’y soumettre quand il aménage ses bois. Qu'il s'agisse, par exemple, de l’écoulement à donner à leurs produits, cet écoulement est déterminé par des débouchés, par des voies qui existent déjà en vertu d’une foule de causes plus ou
moins fondées, plus ou moins légitimes, mais dont il faut bien qu'il accepte les conséquences. Il y a là une première raison, raison capitale, pour que l’aménagement des bois de particuliers soit en général un travail facile à faire; il l'est en outre, parce que ces bois sont tous assujettis à de courtes’ révolutions et à une méthode de culture d’une application commode.
L'aménagement des bois des communes est plus embarrassant : une commune n’est pas dépourvue de toute influence sur les conditions générales dans lesquelles se meut la société dont elle fait partie; elle peut, dans une certaine mesure, réagir sur elles. D'ailleurs, ce n’est pas seulement par le produit net qu’elle se laisse guider, comme le font en général les particuliers, lorsqu'elle règle l'exploitation de ses bois; elle consulte aussi l’avantage d’un produit brut plus élevé ; elle embrasse enfin plusieurs générations et doit songer à l'intérêt de l’avenir comme à celui du présent.
Ce sont tout autant de cosi dé rot calé qui augmentent l'importance et les difficultés de l'aménagement des bois communaux. Ajoutons que le domaine forestier d’une commune occupant ordinairement plus d'étendue que celui d'un particulier, est par cela même moins aisé à mettre en ordre dans un but déterminé; que les révolutions auxquelles le premier’ est soumis, sont plus longues; que le mode d’exploitation auquel il est assujetti, est plus exigeant. :
- Quant aux forêts domaniales, ce qui en complique l’aménagement, ce n’est pas seulement le nombre et la variété des intérêts qu’il doit conèilier ; c’est encore et principalement la possibilité de modifier les conditions économiques générales dans lesquelles il est appelé à fonctionner.
Les routes par lesquelles se sont exportés jusqu’à ce jour, les produits de la forêt F, ne conduisent qu’à des centres de populations agricoles. S'il n'y avait pas moyen de créer d’autres débouchés à cette forêt, il serait sans objet d'y favoriser la - production de bois de fortes dimensions ; mais on pourrait facilement la rattacher par un canal à un chantier de constructions navales; cette possibilité méritera d'entrer dans les considérations qui serviront à régler son aménagement.
Je m'en tiens à cet exemple; il n’est pas néces- saire-d’en donner d’autres pour prouver que lorsque l'État aménage ses forêts, il est tenu de se préoccuper des modifications qu'il conviendrait d’apporter, dans l'intérêt de leur exploitation, au milieu qui les entoure, et que ce devoir comporte des appréciations d’un ordre élevé, très-complexes , très-délicates. | D’après les définitions que j'ai données de l’aménagement, du but qu'il poursuit et des opérations qu'il nécessite, il est facile de voir qu’il y a entre cette science et la culture proprement dite, des dif-
férences bien tranchées; que la culture puise tous les principes qui la constituent dans les faits natu- rels qu’elle se borne à classer d'une manière rationnelle ; tandis que l’aménagement traite des moyens d’approprier ces faits aux usages de la société; que la première est une science d’observations, tandis que la seconde est une science de combinaisons.
La théorie occupe donc une place plus grande dans l’aménagement que dans la culture, et je crains que ce ne soit pour beaucoup de gens un titre de défaveur. Qu’on me permette à ce sujet quelques courtes réflexions. ds
On affecte aujourd’hui de poursuivre comme inutiles, stériles sinon dangereuses, les théories scientifiques. C’est encore un effet de la tendance matérialiste de notre époque. À en croire certaines personnes, il n’y aurait de sérieux, de réel, d’utile, que la pratique. A les entendre, le dernier des gàcheurs de plâtre, des tailleurs de pierre, des cantonniers ou des bûcherons, en saurait plus pour Ja construction des maisons, l’entretien des routes, l’amélioration et l'exploitation des bois, que les hommes qui, avant de se livrer à la pratique des arts, en ont étudié la théorie, |
Ce sont là des énormités qui ne supportent pas l'examen.
S'il est vrai que la théorie soit la raison des choses, l'explication des phénomènes de la nature et
l'énoncé des règles, des méthodes à suivre paur faire servir ces phénomènes à la satisfaction des besoins de l’humanité ; s’il est vrai que la pratique ne soit au contraire que l'application de ces règles, de ces méthodes, n’y a-t-il pas, je le demande, entre la théorie et la pratique une union nécessaire, qu'il serait tout aussi difficile de rompre que de séparer la main qui agit de l'esprit qui la dirige? Maintenant, je le reconnais, il ne suffit pas de savoir comment une opération doit se faire, pour être capable de l’exécuter. Les travaux matériels demandent une aptitude, un tact, une adresse, un tour de main dont on ne saurait contester l'utilité, et qui ne s’acquièrent que par l'expérience; mais toujours est-il que cette expérience se formerait plus difficilement, plus lentement, si elle n'était guidée que par l'instinct au lieu de l'être par le raisonne- .. Îlest vrai que la théorie ne pose guère que des principes généraux; qu’elle n’a pas de règles de conduite pour toute les exceptions, toutes les anomalies; qu’elle ne dispense personne de faire usage de son esprit d'initiative, de sa raison, de ses observations personnelles; mais toujours est-il qu’en enseignant les lois générales qui régissent les divers * ordres de faits, elle rend plus sûre la résolution des cas particuliers qu’elle ne saurait prévoir; car il n°y a pas de cas, quelque particulier qu’on le suppose,
qui soit sans aucun rapport, sans aucun lien, sans aucune analogie avec une circonstance typique.
Abandonnez la sylviculture aux simples ressources de la pratique, et vous la réduisez, comme l'ont dit MM. Lorentz et Parade dans l'introduction de leur Cours de culture, à une routine incertaine et obscure. Il ne saurait en être autrement dans un ordre de choses, où les faits mettent plus de temps à se produire que l’homme n’en met à accomplir sa destinée.
Concluons donc que si la pratique doit être considérée, en économie forestière surtout, comme un élément indispensable de succès, elle ne -saurait cependant aboutir qu’à de médiocres résultats si elle n’était éclairée par la théorie.
Concluons qu’en sylviculture comme en toute autre matière, sans le secours de la théorie, le niveau des connaissances humaines ne pourrait jamais s'élever; puisque c’est à elle qu’il appartient d’étu= dier les phénomènes, de les grouper, d’en constater les lois, et de faire profiter ainsi une génération de l'expérience de celles qui l’ont précédée.
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