QU: ELLE COMPORTE "AU POINT DE VUE DE L ’AMÉNAGEMENT
La statistique est, à un point de vue général, l'inventaire, dans un ordre méthodique, de tous les faits qui concernent les besoins de la société et le
développement de ses richesses.
Elle n'est pas seulement utile ; elle est indispen-
sable au progrès de la civilisation.
Vous êtes à la tête du gouvernement ; vous vou-
lez doter votre pays d’un réseau de voies de commu. nication ; pour tracer ce réseau de la manière la plus convenable, il faut connaître les exigences de la consommation. Ces exigences, la statistique vous permettra d’en apprécier l’étendue.
Tous les travaux de l’homme, petits ou grands, toutes ses spéculations, quelle qu'en soit l’impor- tance, s’appuient nécessairement sur la statistique.
L'industrie forestière n’est point affranchie de cette obligation. Elle y est même astreinte plus étroitement que toute autre, sous peine de manquer le but qu’elle doit se proposer d'atteindre. Je vais en citer quelques preuves : |
L'administration dispose d’une certaine somme pour des améliorations, pour des travaux de route, par exemple. En réunissant les demandes de crédit, faites à ce sujet par les chefs de service, on arrive à un chiffre de dépense qui dépasse considérablement les ressources disponibles. Il est danc nécessaire de rejeter quelques-unes de ces demandes, de n’en accueillir d’autres qu’en partie, d’aller enfin au plus pressé. L'administration serait dans l'impossibilité de procéder avec discernement à cette délicate besogne, si elle n'était éclairée sur les localités où la construction des’ voies de vidange est la plus urgente ; mais en jetant les yeux sur les données de la statistique, elle voit que dans telle localité, le coût du transport s'élève à la moitié du prix vénal des bois; que dans telle autre, au contraire, il ne s'élève qu’au tiers. C’est par conséquent dans la
première qu'il est pressant d'améliorer ou de créer des chemins, et c'est là qu'elle porte ses moyens d'action. Le manque de renseignements statistiques l'exposerait évidemment à dépenser ses ressources Fe dans les régions is en auraient le sn grand besoin.
: Depuis longtemps déjà, on donne chaque année à nadesisioiretion 7 à 800,000 francs pour être affectés à des repeuplements artificiels. C’est une forte somme qui ; bien employée, doit amener de beaux résultats; mais il ne faut pas croire que pour l'utiliser il suffise d'acheter des graines quelconques, et de les jeter au hâsard dans les premiers vides qui se présenteront. Suivant. la position qu'elles occupent, les forêts réclament des essences particulières. Si elles sont situées, par exemple, non loin des fleuves qui aboutissent dans le voisinage de nos arsenaux maritimes, il est désirable qu'on y propage les espèces propres aux constructions navales; si elles sont situées près des routes qui conduisent à de grands centres .de population, il convient d'y élever des arbres propres à la menuiserie, à l’ébénisterie, aux constructions civiles, etc., etc.; enfin, il est nécessaire, avant tout, que les essences soient appropriées au climat et au sol. Dans ces cas-ci comme dans le précédent, la statistique est un guide indispensable pour ne pas se fourvoyer.
… Ilrésulte deces considérations préliminaires qu’une statistique générale, embrassant tous les éléments qui se rattachent au développement et à l'emploi des
richésses forestières de la société, est un répertoire essentiel à défaut duquel la gestion de ces richesses ne saurait être réglée d’une manière rationnelle.
Il est à remarquer d’ailleurs qu’une forêtne forme pas un objet qu’il soit permis de considérer isolément; qu’elle est solidaire de foutes celles qui se trouvent dans le même pays,-ou qui sont destinées à alimenter les mêmes centres de consommation ; que lorsqu’on aménage une forêt des Vosges, il y a lieu de se préoccuper des conséquences de cet aménagement pour les forêts de la Lorraine, et vice versd.
En résumé, l'exploitation des forêts est subordonnée à des conditions générales d'économie agricole, industrielle et commerciale, que les aménagistes doivent connaître, et ces conditions , il 3 ae à la statistique de les définir.
Mais quand on a réuni, et je suppose qu’on l'ait fait en France, les notions générales et fondamentales dont je viens de parler, il reste à mettre l’exploitation de chaque forêt, prise à part , envisagée séparément, en harmonie avec les circonstances spéciales , naturelles ou économiques, au milieu desquelles elle se trouve placée, qui la touchent directement, et c’est par rapport à ces circonstances spéciales que j’entends le mot placé en tête de ce chapitre et que je vais essayer d'indiquer toutes les études qu’il comporte.
Les auteurs qui ont traité de l'aménagement des forêts ont signalé les différents points sur lesquels il convient de porter son attention, pour que l’on puisse
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> apprécier, en connaissance de cause, les améliorations et les réformes dont le traitement d'une forêt est susceptible. Ces points sont au nombre de trente et * un dans l'ouvrage de M. Salomon, ancien directeur de l’école forestière de Nancy. Les voici dans EP que cet auteur a suivi : | - 4° Nom du bois ou de la forêt; 2° origine; 3° position géographique ; 4° orientement; 5° situation et exposition ; 6° climat; 7° vents; 8° étendue; 9° nature du sol; 40° essences et nature du bois; 14° places vides et clairières; 42° consistance actuelle de la forêt ; 13° maladies, insectes; 14° surveillance et délits; 15° minéraux et carrières ; 46° chasse et bêtes fauves ; 17° routes et chemins; 18° limites ; 19° fossés; 20° bornes; 21° rivières, canaux, ruisseaux; 22° pêche; 23° maisons ; 24° enclaves ; 25° pâturage ; 26° droits d'usage; 27° établissements et lieux de consommation; 28° distanc®s approximatives; 29° produits moyens des dix dernières années; 30° débit des bois et marchandises usitées ; 34° prix courant de ces marchandises.
+ Gette nomenclature comprend à peu près tout ce qu'il est essentiel de connaître quand on veut aménager une forêt. Son principal défaut, selon moi, c'est que les matières n’y sont pas classées d’une façon méthodique qui soit propre à les fixer dans la mémoire.
Les divers objets qui sont de nature à exercer une influence sur l aménagement d’une forêt peuvent se partager en cinq groupes bien caractérisés, et rela-
tifs : le premier, à la forêt considérée dans les éléments qui la constituent ou qu’elle contient; le deuxième, à sa conservation et à son entretien; le troisième, aux dépenses qu’elle occasionne; le quatrième, à son exploitation et à ses produits; le cinquième, aux débouchés dont elle jouit.
Si nous adoptons cette classification, nous rangerons : Est
Dans le premier groupe, le nom, l’origine, la position géographique et administrative, les limites, les tenants, la contenance générale, la contenance du sol boisé ou susceptible de le devenir, les enclaves, les vides et clairières, les lacs, étangs ou marais, les cours d’eau naturels ou artificiels, navigables ou flottables , les rigoles et les fossés d'assainissement, les routes et chemins, et autres moyens de vidange, les maisons forestières, les scieries, les constructions diverses, la configuration et*la nature du sol, les mines et carrières, le climat, le peuplement, les pépinières, le règne animal‘;
Dans le deuxième, les dommages auxquels la forêt est exposée de la part des animaux et insectes, du feu, des météores, des délits ; la surveillance, l’entretien des voies de transport;
Dans le troisième, le prix des travaux dans la loca-
ité, les dépenses afférentes à l’exploitation, à la sur-
1. On remarquera sans doute que ce groupe contient un trèsgrand nombre d'objets et que sa subdivision serait fort désirable. J'ai cherché une base pour cette subdivision, sans réussir à en trouver une claire, logique, rationnelle. (Note de la 2° édition.)
veillance, à la réparation des voies de transport, à l'entretien des maisons, scieries, etc., etc., des pépinières , des plantations, des fossés d'assainissement, des limites, etc., etc.;
Dans le quatrième, l'exposé de l'aménagement en vigueur, le débit et le prix des bois, les produits en nature, les produits en argent, les produits accessoires, les produits immatériels ou indirects;
Dans le cinquième, enfin, les droits d'usage, les servitudes d'intérêt public, les lieux de consommation, le prix des bois aux lieux de consommation, la différence entre ce prix et celui des bois en forêt.
Il est nécessaire d'étudier tous ces points avec le plus grand soin, de les bien définir. Ce travail est certainement un de ceux qui, dans l'aménagement d’une forêt, exigent le plus d’esprit d'observation, de netteté dans le coup d'œil, de tact, de jugement et de sagacité. Il est destiné à former la base de l’édifice qu’on se propose de construire, ou plutôt l’arsenal dans lequel on devra puiser tous les matériaux nécessaires. A l’aide d’une bonne statistique, on peut, sans aller sur le terrain, régler la marche des exploitations.
Parmi les articles compris dans la statistique, il y en a beaucoup qu’il suffit de traiter d’une manière générale ; il y en a quelques-uns, au contraire, qui doivent être l’objet d’un examen très-détaillé. Pour éviter la confusion que cet examen occasionnerait, si on en consignait les résultats au milieu des généralités, il est d'usage d’en faire la matière d’un docu-
ment spécial. La statistique comprend donc deux sortes de renseignements : les renseignements généraux, les renseignements spéciaux.
.Occupons-nous d’abord des renseignements généraux. Je vais passer en revue tous les points énumérés ci-dessus; j'en trouverai un grand nombre qu'il aura suffi d’énoncer pour faire comprendre les recherches qu'ils réclament ; mais il y en a sur lesquels j'aurai à donner des explications.