DESCRIPTION SPÉCIALE
Tout n’est pas fini lorsque les parcelles ont été délimitées, levées et rapportées ; il reste à les décrire; à en donner une idée aussi complète que possible; car c’est cette description qui décidera de la place qu ’elles occuperont dans le plan d’exploitation, de l’époque à laquelle elles devront être régénérées, et, en un mot, de la destination qu'on leur donnera. to
Après avoir indiqué la contenance d’une parcelle, on fera donc connaître les essences qu'elle renferme, leur âge, leur état de végétation et de consistance, la durée probable du temps pendant lequel elles pourraient rester sur pied sans dépérir. On dira quelle est la nature de la base minéralogique, quelle est la composition de la terre végétale, son élément dominant, sa profondeur, l’état de sa superficie. On
- dira aussi à quelle altitude approximative la parcelle est située, quelle est son exposition, quels sont les accidents météoriques qu’elle pourrait avoir à redouter, quelle est la voie de vidange par laquelle s'exportent ses produits. Un examen attentif, minutieux, réfléchi, est nécessaire pour que cette description soit de nature à reproduire dans l'esprit du lecteur l’image fidèle des lieux. J’essayerais vainement de donner des règles pour assurer un pareil résultat.
La manière dont il faut s’y prendre pour apprécier un peuplement, l'aptitude à dégager l’état moyen de ce peuplement de l’espèce de confusion que pro-duisent au premier aspect les variétés d'âge, d’essences, de forme et de consistance qui frappent les yeux, sont des choses que l’on n’enseigne guère. Ce sont presque des dons naturels. Il y a des gens qui ne savent pas voir un peuplement; qui sont par conséquent incapables de le décrire ; soit que la dernière impression efface chez eux toutes les autres, en sorte que, s’ils aperçoivent, en achevant la reconnaissance, un bouquet de chênes ou de bouleaux, par exemple, ils croient n’avoir vu que des chênes ou des bouleaux ; soit que les nuances qui passent sous leurs yeux ne se fondent pas dans leur esprit, qui fait alors de vains efforts pour les retenir ; soit qu’ils ne puissent résumer leurs diverses observations. Ces gens-là ne seront jamais de bons aménagistes. Il y a entre le coup d'œil du forestier et celui du paÿsagiste une analogie frappante qui me permettra de compléter ma pensée. Tous ceux qui se sont occupés de dessiner d’après nature ont dû, à leur début, éprouver quelque.embarras à grouper tous les détails. qui se présentaient à leur regard ; à distinguer ce qui était du premier, du deuxième ou du troisième plan ; à masser, pour nous servir de l'expression technique, le feuillage d’un arbre; mais, au bout de quelque temps, les uns y sont parvenus ; les autres, au contraire, n’ont jamais pu saisir, dégager les rapports existants entre les parties d'un groupe, et
en représenter la physionomie générale. Il en est de, même des forestiers ; il y en a parfois qui ne savent pas lier leurs impressions-et leurs idées, les | classer, voir les choses dans leur ensemble, dans leur caractères principaux. Ceux-là sont inhabiles à faire une bonne description ; ils se donneront beaucoup de peine pour fixer dans leur mémoire chaque détail, chaque particularité, au fur et à mesure qu’elle * se présentera devant eux, et ne pourront tirer aucun profit de leur examen, quand il s’agira de dresser le
“plan d'exploitation.
ARTICLE 1V