‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 4)Chapitre 3 sur 112 · APT · texte numérisé non relu

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que la dotation accordée à l'administration des forêts, pour les travaux dont elle est chargée, au lieu d’avoir à souffrir des cruels événements

que nous venons de traverser, va, au contraire,

sortir des limites trop étroites, dans lesquelles

on l’a enfermée jusqu'à présent, et que les

louables efforts faits par cette administration,

-pour donner plus d'intensité à la production du

sol forestier,seront encouragés davantage. Parmi ces efforts, les plus remarquables, quoique les moins remarqués, sont ceux qui se rapportent à la conversion des taillis en futaies pleines. 1Is honoreront éternellement les forestiers de notre époque et, avant tous, l'illustre fondateur de Fécole forestiêre, M. Lorentz, car c’est à lui sans contredit que revient l'initiative de cette

grande opération. Mais il ne suffit pas de l'avoir

entreprise; il faut maintenant se résigner fran-

“ehement à des privations temporaires si on veut

qu'elle soit efficace, et j'ai peur que, sous ce rapport, l'administration supérieure ne soit pas disposée à faire preuve de tout le désintéressement nécessaire. Il y a là un danger grave que reconnaîtront, je l'espère, ceux qui se donneront la peine de lire et de méditer la troisième étude de mon livre : si, de tous les travaux d’aména-

fiv PRÉFACE.

gement, celui qui consiste dans la conversion d'un taillis en futaie est le plus avantageux pour l'avenir, quand il est fait dans de certaines con-

ditions, il peut devenir, par contre, un des:

plus fâcheux par ses conséquences, lorsqu'on lui marchande les sacrifices sur lesquels repose son succès. LH . L'aménagement, quand il a pour objet de convertir un taillis en futaie, ne saurait s’accomplir sans entraîner une diminution temporaire, presque immédiate, dans la production de Ja forêt ; et plus cette diminution est forte, plus rapide est la transformation. Tout cela se comprend si l'on considère qu’au fond et en définitive, la conversion d’un taillis en futaie con-

siste à transformer un massif composé d’un |

petit nombre de coupes (30 à 40) en un massif composé d’un grand nombre de coupes (100 et au delà). Cependant l'administration supérieure, tout en reconnaissant l'utilité de ces sortgs d'aménagements, hésite à les faire sanctionner! dès qu'ils accusent une diminution de revenu, et ilest facile de deviner que si cette préoceu-pation de la réduction temporaire des produits empêche les agents forestiers de réaliser dans la gestion (les forêts domaniales toutes les amélio-

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rations désirables, elle arrive à paralyser leur

. action et leur bonne volonté, relativement aux

forêts qui appartiennent aux communes; car les communes sont naturellement bien moins disposées que l'État à sacrifier le présent à l'avenir. À HI)

On constate donc encore, au sujet des conversions, la même diversité de vues et de tendances que l'on a signalée tant de fois déjà; et notamment à propos de l’aliénation des forêts, entre l'administration forestière et le ministre dont élle relève, diversité de vues et de tendances qui est d'ailleurs facile à comprendre : la mission dont le ministre des finances est chargé, et qui vise surtout à maintenir entre les dépenses et les recettes de l'État un équilibre sans lequel la marche des services publics serait infailliblement compromise , est certes très-respectable; malheureusement, elle est en contradiction avec les travaux dont l’effet utile n’est pas susceptible de se produire immédiatement, et elle donne à l'esprit une circonspection et des habitudes de parcimonie qui sont tout à fait l'opposé

de la hardiesse et de la libéralité dont il faudrait

être pourvu, pour aborder et résoudre d’une manière satisfaisante les questions relatives au

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développement indéfini des richesses morales et matérielles de la nation. :

Les hommes qui, comme les forestiers, sont habitués à préparer des fruits dont ils ne jouiront pas; les hommes qui aiment à planter pour leurs petits neveux, sont naturellement enclins à grever le présent au profit de l'avenir. Que l’on modère ce penchant, je le comprends ; mais il ne faut pas l’annihiler, car après tout il est l’honneur des individus et le devoir des peuples. Le ministre des finances le supprimerait pourtant complétement si cela ne dépendait que de lui, et pour résumer la situation en deux mots : je dirai que le ministre des finances songe aux générations futures pour leur demander de l’argent, tandis que les forestiers au contraire cherchent les moyens de leur en procurer.

Comment le ministère des finances et l’administration forestière pourraient-ils donc s'accorder? ils ne s'accorderont jamais et on leur rendrait grand service à tous les deux en prononçant leur séparation. Tous les hommes compétents insistent sur l'utilité, sur l'urgence de cette mesure. Pourquoi leur voix n'est-elle pas écoutée? Peut-être regarde-t-on le service forestier comme un détail de peu d'importance, au

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PRÉFACE. vit

milieu des questions politiques et administratives qui agitent aujourd'hui les esprits. On se trompe si l’on a cette pensée : une aüministration qui gère un domaine auquel, suivant l'expression d’un grand ministre, « les sociétés demandent des éléments de proteêtion, de sûreté

et de gloire », ne saurait être un détail de peu

d'importance, et la réforme que l'on sollicite pour l'administration forestière, n’est point une

‘ de ces améliorations secondaires qui peuvent

être ajournées sans inconvénient. Elle se lie évidemment à des intérêts d'un ordre trèsélevé, et il serait d'autant plus opportun de la réaliser que nos forêts, dont l’étendue a été diminuée d'au moins trois cent cinquante mille hectares par la dernière guerre, sont menacées maintenant par les projets de décentralisation administrative qui font tant de bruit depuis quelque temps, qui ont reçu un commencement d'exécution, et qui ne peuvent que favoriser la tendance de l'individu à s'approprier la chose publique. ;

Cette tendance est d'ailleurs le signe distinctif de toutes les civilisations avancées. A l'origine des sociétés, l'homme ne possède d’autres moyens d'action que ceux qu'il tient de ses

facultés natives. Ces facultés natives font toute sa force, tout son pouvoir, tout son capital; il vit au jour le jour, n'économise pas et ne jouit exclusivement que du fruit de son travail. En dehors de lui et des objets qui servent à sa consommation, rien ne lui appartient en propre; tout est commun et reste commun à la peuplade ou à la tribu, tant que les choses restent ellesmêmes telles que la nature les a faites. Mais, dès que l'homme à mis son empreinte sur un objet; dès qu'il y a ajouté une valeur productive si minime qu'elle soit, l’indivision, la communauté des biens commence à lui peser, et il cherche dans l'appropriation un moyen d’augmenter sa puissance personnelle, en s’assimilant, en s’incorporant en quelque sorte des forces permanentes étrangères à son essence.

Alors les sociétés progressent rapidement. Cependant elles finiräient tôt ou tard'par se désagréger si, à côté de cette tendance de plus en plus forte de l'individu à s’accroître aux : dépens. de la communauté, il ne s’établissait pas un pouvoir central, un pouvoir collectif dominant tous les autres, et assez puissant pour soustraire au morcellement les biens qui, étant utiles, nécessaires à tous, ne sauraient être

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abandonnés aux hasards de la. destinée individuelle. C’est là ee qui justifie, ce qui légitime ce qu’on appelle la centralisation. Je n'ai point à expliquer ici comment peut se constituer ce pouvoir central et supérieur au milieu des personnalités qui sembleraient en être la négation. Je constate seulement qu’il est indispensable et qu'il ne saurait être anéanti, sans que la société fût transformée aussitôt en une agglomération d'individus qui, dépourvus de toute solidarité, de tout lien, seraient exposés à se disperser à tout instant: Or, parmi les biens communs qui forment comme le ciment du corps social, il n'en est pas de plus précieux que les forêts; on ne doit rien négliger de ce qui peut contribuer à les sauvegarder, et voilà pourquoi il serait nécessaire, d’abord, de les affranchir de l'autorité fiscale, attendu qu'au lieu de les défendre contre les convoitises de l'individu, elle est plutôt disposée à les leur livrer.

Je pense que pour les forêts domaniales, la suppression de cette autorité fiscale qui les a exclusivement gouvernées jusqu'à présent, suffirait à garantir leur conservation. Quant aux forêts communales, il leur faudrait une autre

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sauvegarde et je ne la vois que dans les mesures qui donneraient plus d'efficacité à la tutelle exercée par l’État sur ces forêts. Si, comme tant de gens le désirent, les forêts communales étaient remises à la libre disposition des conseils municipaux, c'en serait fait d'elles :

comment voudrait-on en effet que les conseils municipaux pussent les protéger longtemps contre l'individualisme, puisque le gouvernement central, avec toute l'autorité dont il est investi, n’y réussit pas toujours?

J'émets là des idées qui sont contraires à ce mouvement vers la décentralisation dont je parlais tantôt; mais ce mouvement s’est déjà traduit par une loi; il constitue un très-sérieux danger pour la conservation du peu de forêts qui nous restent; je ne saurais me dispenser de m'y arrêter un moment.

Quel est le but que poursuivent ceux qui.

ont mis en avant ce mot de décentralisation? ils veulent, disent-ils, reconstituer l'autonomie des communes et celle des départements. Sur ce point les hommes des partis les plus opposés se donnent la main. L'autonomie est la panacée qui remédiera à tous les maux de l'humanité. Examinons ce que vaut ce grand mot-là :

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On entend par autonomie le droit de se gouverner par ses propres lois. Être autonome, c'est se faire sa règle à soi-même; c’est être indépendant, vivre de sa propre intelligence, de sa propre force, sans secours étranger. Mais, s'il en est ainsi, il est évident que l'autonomie de l'individu, celle de la commune, celle du département et celle de l’État ne sauraient coexister. Formez-en une et les autres disparaissent ; d'où il suît qu'aucun des éléments qui composent la société, ne saurait prétendre à une indépendance absolue, pour peu qu'il reconnaisse: l’utilité de conserver les autres : toute la question est de savoir dans quelle proportion il convient que l'autorité se partage entre eux. ; É

Remarquons d'ailleurs que ces différents pouvoirs superposés se sont tous constitués aux dépens de la liberté individuelle; qu'ils n’ont pas de vertu propre; qu'ils n'existent que pour le bien de chacun, et qu'ils deviennent usurpateurs, dès qu'ils retiennent dans leur ensemble plus d'autorité qu'il ne leur en faudrait pour suppléer à l'insuffisance de l'individu abandonné à son initiative, ou dès que l'un d’eux en

garde une portion qui pourrait être plus utile-

ment exercée par celui qui est immédiatement au-dessous. “HE @ | Cette usurpation existe-t-elle ? La somme d'autorité dont jouissent ensemble la commune, le département et l'État, est-elle excessive, ou bien un de ces éléments est-il trop puissant par rapport à l’autre ? Voilà les questions que soulèvent ces réclamations qui se produisent de tous les côtés, au nom de l'autonomie et de la décentralisation. Il ne s’agit pas d'organiser les choses de sorte que chaque commune, chaque département soit, dans toute l'acception du mot, autonome, car cela serait impossible ; äk s’agit de régler leurs attributions respectives, | d'une manière conforme à leur intelligence et aux moyens d'action que comporterait leur initiative.

+ Ainsi posé, le problème est facile à résoudre en ce qui concerne le pouvoir qu'on peut laisser aux communes, relativement à la gestion des forêts qu’elles possèdent. En effet, sous ce rapport, l'intelligence et les moyens d'action des particuliers et des communes sont connus. On n’a qu'à voir ce que les particuliers ont fait de leurs bois et la rapidité avec laquelle ils en opèrernit le défrichement. — Dans les 50 dernières

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