‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 4)Chapitre 4 sur 112 · PRÉFACE. - XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. - XIII

années, ils en ont détruit plus de 400,000 hec-

tares. — On n’a qu'à considérer les oppositions passionnées dont l'administration publique doit triompher, afin de sauver de la ruine les forêts des communes, pour reconnaître combien ces deuxcatégories de propriétaires sont inhabiles à gérer convenablement leurs terrains boisés; et | puisqu'on ne peut plus songer à imposer une tutelle aux particuliers au sujet de ces terrains, qu’on évite au moins de porter atteinte à celle que l'État exerce, et que seul il peut exercer utilement, sur les terrains similaires des communes.

Au surplus, ce n’est point, quoi qu'on prétende, la centralisation, c'est-à-dire la concentration entre les mains de l'administration | générale du pays, d'un nombre exagéré d’at-

tibutions, qui par elle-même a été un embarras pour nos affaires ; c’est la délégation d’une trop grande partie de ces attributions aux préfets. et c'est surtout l'usage que le pouvoir exécutif a fait de son autorité dans un but politique. … Les préfets étaient devenus des espèces de proconsuls : la tutelle des communes est encore presque entièrement entre leurs mains; leur

action s'étend sur tous les services publics sans :

exception; elle embrasse, on peut le dire, tout : le domaine de l'administration, en sorte que les garanties qu'on avait cherché à se procurer contre les abus de l'autorité supérieure par la division de cette autorité entre plusieurs ministres indépendants et responsables, on les a compromises en reconstituant dans la personne du préfet l’unité de pouvoir qu'avait brisée l’organisation des ministères. Il y a à une anomalie d'autant plus choquante que l’allégement des attributions ministérielles, dans l'intérêt d’une plus prompte expédition des affaires, pouvait être facilement obtenu sans que l’on réunît sur la tête du préfet celles de ces attributions dont les ministres demandaient à être déchargés. Chaque . ministre n’a-t-il pas en effet pour le représenter dans les départements, les chefs de service des administrations qui dépendent de lui‘?

Quant à l'usage que le pouvoir exécutif a.

fait de son autorité dans un but politique, je

4. Au lieu d’obvier à l’omnipotence des préfets, en restituant à chacune des branches du pouvoir exécutif les attributions qui devraient lui appartenir, on a cru devoir transporter une partie de ces attributions aux conseils généraux, dont on a fait ainsi des corps administratifs. Je crains bien que le remède ne soit pire que le mal et qu’il n’ait affaibli l’État, sans profit pour la liberté individuelle et au grand détriment de l'intérêt public.

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me borne à rappeler que le gouvernement impérial avait considéré cet usage comme légitime, ét que ce fait seul était de nature à soulever les plus vives protestations. La politique, la politique intérieure, telle a été la cause principale des plaintes dont le pouvoir central a été l'objet. Elle à fait autant de mal à nos forêts que la fiscalité, et il me semble que c'est à elle que nous devons ces ardents désirs de décentralisation qui se manifestent de tous les côtés; mais la politique ; si l'administration devait en avoir une à elle, ne se prêterait pas à la décentralisation ; ce serait même, de toutes les branches de l'action gouvernementale, la moins susceptible d'être fractionnée. Qu'on ne cherche pas, en conséquence, dans la décentralisation un moyen de s'y soustraire; il y a mieux à faire que cela : il y a à l’exclure complétement du domaine de Padministration. Aussi bien, dans un pays libre, le ‘gouvernement :ne saurait suivre une autre politique que celle qui lui est indiquée par l'opinion générale sincèrement consultée.

Oui, il faut soustraire complétement à l’influence de la politique les services administratifs: Peut-être leur rendra-t-on de cette manière

la considération qu'ils méritent, ce qui serait | b

un inestimable bienfait et pour eux et pour le pays tout entier. En effet, le respect du fonctionnaire est une des conditions les plus essentielles de l’ordre social, et ce n’est pas la moindre de nos plaies, que ce respect n'existe plus. Les agents forestiers notamment ont à en souffrir; car c’est principalement par la persuasion, par la force morale, qu’ils peuvent accomplir leur mission. Je demanderai donc la permission de présenter à ce sujet encore, quelques observations. Elles ne seront pas hors de propos dans la préface d’un livre qui est destiné surtout à des fonctionnaires. ami

Il est de mode aujourd'hui, il est de bon goût de chercher à discréditer les fonctionnaires publics, et de présenter leur carrière comme une des moins honorables que puisse embrasser un homme de quelque valeur.-On les met au dernier degré de l'échelle sociale. On les accable de dédains. On les regarde comme un vil troupeau qui a fait litière de toute indépendance, de toute personnalité, de toute initiative. On tient pour beaucoup plus dignes d'estime qu'eux, les individus qui conservent leur liberté d'action et ne comptent ‘que sur eux-mêmes pour se procurer les

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