XVIII PRÉFACE
- \ enviable de toutes les fonctions sociales, parce
qu'il n’y en a aucune autre, je ne dis pas qui soit, je dis qui puisse être, aussi dégagée que celle-là de tout égoisme. Il n’est pas indispensable pour devenir un grand industriel, un grand commerçant, un célèbre avocat, un fameux médecin, un financier cent fois millionaire, d'aimer ses semblables et son pays et de songer à leur être utile, tandis que, si petit, si humble que soit un fontionnaire public, c’est dans les services qu’il rend à ses concitoyens qu'il puisé sa raison d’être, et il ne fait rien qui ne se rapporte aux autres. Tous les sophismes du monde n'empêcheront pas cette préoccupation nécessaire de l'intérêt collectif, d'être le caractère évident des attributions du fonctionnaire, et cela suffit pour imprimer à ces attributions un cachet particulier de distinction. Sans doute, il n'est pas défendu aux fonctionnaires publics d’avoir de l'ambition personnelle, de désirer un poste plus élevé, mieux rétribué; mais cette ambition ne peut être satisfaite que si le bien public l’est en même temps ou plutôt au préalable, tandis qu’en dehors de l’administration, les services que l’on rend à la société ne sont que la conséquence le plus souvent
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PRÉFACE. xié :
inconsciente et involontaire de ceux que l'on se rend à soi-même. é Mais le fonctionnaire aliène dit-on son libre arbitre. Ah! il y aurait beaucoup à dire l-dessus, et il serait facile de prouver qu’il n'y à pas de carrière qui ne comporte pour celui qui y est entré, un assujetissement plus ou moins grand. Je me borne à faire observer que dans celle de l'administration publique on est subordonné à la loi, au règlement écrit, tandis que dans presque toutes les autres, on est soumis à quelqu'un, ce qui rend l’obéissance bien plus pénible pour les âmes fières. Quand on n’est l’esclave que de la loi, on a le droit de porter haut la tête; or, le fonctionnaire public peut se donner d’autres maîtres, mais sa mission ne lui impose que celui-là, et c’est le seul même qu'il doive reconnaître, s’il veut la remplir dignement. Le fonctionnaire il est vrai n’est pas riche en général, et n’a aucun moyen de le devenir; raison de plus pour l’honorer. Je n'ai certamement aucun mépris pour l'homr:e qui dépense brillamment une immense fortune acquise par d’heureuses spéculations ; pourtant, je le mets bien au-dessous d’un simple garde forestier qui, après s'être occupé toute la
journée de la parcelle du domaine public dont on lui à confié la gestion, n'a pour réparer ses forces, qu'une soupe aux pommes de terre.
Jusqu'au dernier: jour de sa carrière, il fera le même. métier et suivra le même régime; il le sait et son zèle cependant ne se. démentira pas un instant. Est-il rien de plus touchant et de plus estimable? Haussez les épaules, heureux de la terre; toujours est-il qu'auprès de ce pauvre fontionnaire, vous ne tirez pas. à .conséquence. Quand vous partirez de ce monde, vous n'y laisserez que des traces éphémères, rien de vous ne vous survivra. Le garde forestier. dont je parlais tout à l'heure, en prenant soin de la chose publique, attache au contraire sa personnalité à des travaux qui perpétueront. sa mémoire. Ainsi, l’homme qui est chargé d’une fonction publique n’est pas seulement. plus recommandable que les autres, parce qu'il représente de son vivant l'intérêt général, parce que la satisfaction de cet intérêt est le mobile de toutes ses actions; mais aussi, parce que sa prévoyance va au delà de sa vie temporaire, et prend autant de soins des générations futures que des générations présentes. IL est en un mot l'indispensable et le principal soutien de
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ne SCA à ÉD Mode de 2
l'état social. Au surplus, je le demande à tous
les esprits sincères et impartiaux : Que serait devenue la société française, au milieu des révolutions politiques qui l'ont agitée, si elle n'avait pas eu cette administration intelligente, honnête et dévouée que l’on attaque avec tam de légèreté ? s
Si la France a ‘supporté les plus terribles épréuves sans y sombrer, il n’est que juste de reconnaître qu'elle le doit en grande partie à ses fonctionnaires publics. Au lendemain de la dernière révolution, lorsque le pays envahi était en quelque sorte décapité, lorsque le com merce.et l'industrie étaient arrêtés, le crédit
ébranlé, tous les intérêts privés épouvantés,
quelle a été la conduite des fonctionnaires? Les jeunes ont pris les armes pour concourir à une
défense .désespérée, et les. forestiers, sous ce :
rapport, se sont signalés entre tous ‘. Les autres:ont continué leurs fonctions avec un redoublement de zèle; privés du jour au lendemain, pour ainsi dire, de toute direction, ils y ont suppléé par les inspirations qu'ils ont
1. Sept jeunes agents ont trouvé dbe mort glorieuse dans cette
cruelle guerré. Ce sont MM. Robert, Bramand-Boucheron , Josserand, Pison, Guérin, Moisant et Marier de Boïs d'hyver.
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