‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 5)Chapitre 31 sur 61 · CLASSEMENT DES PARCELLES SUIVANT L*AGE D'EXPLOITABILITÉ · texte numérisé non relu

CLASSEMENT DES PARCELLES SUIVANT L*AGE D'EXPLOITABILITÉ

Cette considération de l'âge d'exploitabilité est celle qui se présente la première à l'esprit, quand on veut procéder au classement des parcelles dans le tableau d'exploitation.

Rien de plus facile que de s'y conformer, lorsque l'âge d'exploitabilité est le même pour toutes les parcelles de la forêt, et qu'aucune raison ne s'oppose à ce que les peuplements que renferment ces parcelles, puissent rester sur pied jusqu'à l'époque correspondant à cet âge.

Mais, l'âge d'exploitabilité étant le même pour toutes les parcelles, il arrive souvent que, par suite, soit d'une exploitation vicieuse, soit d'un abroutisse-

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ment, d'une gelée ou de toute autre cause accidentelle, le peuplement d'une ou plusieurs d'entre elles exige une exploitation anticipée. Les faits de ce genre sont consignés dans le cahier de la description spéciale ; on doit y avoir égard, et pour cela, on classe les parcelles dans les colonnes du tableau qui correspondent, non à l'âge normal d'exploitabilité, mais à l'âge où elles devront être réellement exploitées, à raison de l'état accidentellement mauvais de la végé^ tation.

Ces exceptions à la règle générale ne sont, d'ailleurs, justiJSées que lorsque les circonstances qui les motivent, affectent des portions importantes du peuplement, constituent un des caractères généraux d'une ou plusieurs parcelles. C'est d'après ces caractères généraux que Ton établit le règlement d'exploitation, sauf à satisfaire aux exigences particulières que pourraient avoir certaines fractions de parcelles, par des expédients que je ferai connaître plus tard.

Lorsque l'âge d'exploitabilité n'est pas le même pour toutes les parcelles, on adopte pour base du règlement d'exploitation, l'âge d'exploitabilité le plus reculé, et l'on partage en conséquence le tableau de classement en autant de colonnes qu'il y a d'années dans cet âge. On colloque ensuite les différentes parcelles dans ces colonnes, de manière que chacune d'elles arrive périodiquement en tour d'exploitation à rage qui lui convient; mais, pour cela, il faut que l'âge d'exploitabilité le plus reculé soit un multiple

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des autres, et, alors, on fait figurer chaque parcelle dans le tableau autant de fois qu'il y a d'unités dans le quotient de cet âge d'exploitabilité par le sien. Une parcelle en châtaigniers qui serait, par exemple, exploitable à 10 ans, figurerait deux fois dans le tableau d'exploitation d'une forêt dont la rérolution serait fixée à 20 ans.

Lorsque certaines parcelles ont un âge d'exploitabilité qui n'est pas renfermé un nombre exact de foij dans la révolution adoptée, elles ne peuvent être com* prises dans le même aménagement, à moins qu'on ne se résigne à les couper avant ou après leur âge d'exploitabilité, ou qu'on ne les destine à une transformation qui les ferait rentrer dans les conditions désirables. Si un peuplement, exploitable à 15 ans, appartenait, par exemple, à une forêt dont le surplus serait exploitable à 20, on pourrait classer ce peuplement dans le tableau d'exploitation de manière à le faire arriver, en tour d'exploitation, dans la première révolution, à l'époque correspondante à son âge d'exploitabilité de 15 ans; seulement, pour le mainterwr dans Taménagement sans être forcé ^e modifier à chaque révolution le plan d'exploitation, il faudrait, à partir au moins de la deuxième, ou porter à 20 ans son âge d'exploitation, ou le réduire à 10, ou substituer à l'essence dont il se compose , une essence dont l'âge d'exploitabilité serait conciliable avec celui des autres parcelles.

La divisibilité de l'âge d'exploitabilité le plus reculé

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par les autres, est donc la seule condition rigoureusement indispensable pour que Ton puisse comprendre dans le même aménagement, des parcelles dont Texploitabilité différerait ; mais on verra que cette différence est souvent un obstacle à l'application des règles d'assiette et rend, dans tous les cas, l'établissement du rapport soutenu d'autant plus difficile, que les parcelles exploitables à l'âge le plus reculé sont moins nombreuses par rapport aux autres. Aussi dans la pratique, adopte-t-on, pour base du classement, l'âge d'exploitabilité qui convient à la majorité des parcelles, et laisse-t-on en dehors de l'aménagement, tous les peuplements exploitables à un âge plus avancé, lorsqu'on croit devoir se conformer à leur âge d'exploitabilité.

Quant aux parcelles exploitables à une époque plus rapprochée, leur classement se fait comme je l'ai indiqué.

Une fois le classement des parcelles établi d'après les considérations précédentes , il faut voir s'il est en harmonie avec les règles sur l'assiette des coupes.

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ARTICLE III

CLASSEMENT DES PARCELLES CONFORMEMENT AUX RÈGLES D'ASSIETTE DES COUPES.

Les parcelles de la forêt que nous avons à aménager, se trouvent dans des conditions de végétation tout à fait identiques; les essences dont elles se composent, la consistance qu'elles présentent, le sol sur lequel elles reposent, les circonstances climatériques auxquelles elles sont soumises, sont les mêmes. Elles ne diffèrent que par la contenance et par Tàge; mais on remarque ,qu*en additionnant les contenances des parcelles de même âge, on obtient, pour chacun des âges que présente la suite des nombres de 1 à 20, le même total.

Cet état de choses, que je suppose constaté par le tableau d'exploitatidn dont j'ai donné plus haut le modèle, est-il suffisant pour constituer un état normal?

Non, car s'il remplit deux des conditions auxquelles j'ai dit que le plan d'exploitation devait satisfaire, il n'est pas prouvé qu'il remplisse la troisième; s'il s'accorde parfaitement avec le principe qui veut que les peuplements arrivent en tour d'exploitation à l'époque correspondante à l'âge d'exploitabililé ; s'il s'accorde aussi bien avec celui qui demande que les exploitations soient distribuées dans le cours de la révolution, de manière à procurer chaque année un produit soutenu ;

rien ne démontre qu'il se concilie avec les règles sur Fassiette des coupes, règles que voici (1) :

I "* Dans une même série d'exploitation, les coupes doivent être assises de manière à se succéder de proche en proche, et recevoir la forme la plus régulière possible.

2** Elles doivent être disposées de manière que les bois d'une coupe en exploitation ne soient pas dans le cas d'être transportés à travers d'autres coupes précédemment exploitées.

S*' Dans toute forêt ou série d'exploitation, les coupes doivent être assises de manière que celles qui sont à exploiter au commencement de la révolution se trouvent placées du côté du nord ou de l'est, et les dernières du coté du sud ou de l'ouest.

4** En montagne, il faut couper d'abord les parties inférieures, et conserver les supérieures pour les dernières exploitations.

5"" Dans tous les cas, les coupes en montagne, autant que les localités le permettront, devront être longues et étroites et présenter leur moindre largeur aux vents dangereux.

II faut donc que notre plan d'exploitation ne contrarie pas l'application de ces règles; or, en l'examinant de près, on reconnaît qu'il s'y oppose sur plusieurs points : ainsi, une parcelle qui n'a que 5 ans, est contiguë

(l) J'emprunte ces règles aa Cours de culture de MM. Lorentz et Parade.

182 DU PLAN d'exploitation.

à une autre âgée de 15 ans et qui, si l'on ne modifiait pas le classement, devrait être exploitée 10 ans plus tard. Une troisième parcelle se trouve en pente immédiatement au-dessus d'une quatrième qui est moins âgée. Les parcelles les plus âgées sont situées précisément du côté du sud d'où viennent les vents les plus violents. Enfin, aucune des coupes n'offre, sous le rapport de la forme, la régularité désirable...

Que faire en présence d'une pareille situation?

Si on maintient Tordre des coupes fondé sur l'âge d'exploitabilité, il en résultera des inconvénients ; si on le modifie pour le conformer aux prescriptions des règles d'assiette, ces inconvénients disparaîtront^ mais ils seront remplacés par d'autres. Quel que soit le parti que Ton prenne, il faut d'avance se résigner à des sacrifices. Seulement, ces sacrifices peuvent être plus ou moins considérables, et c'est à les diminuer que l'on doit tendre naturellement. Je ne saurais indiquer le moyen infaillible d'arriver, sous ce rapport, au but le plus désirable. La nature des choses ne le comporte pas. Je ne peux qu'exposer les principes généraux qui me paraissent propres à éclairer le jugement de l'opérateur et à l'empêcher de faire fausse route.

Les principales circonstances qui influent sur Fimportance de l'application des règles d'assiette sont : la configuration du sol et le mode d'exploitation.

C'est en montagne que l'assiette des coupes réclame une attention toute particulière, parce que les accidents météoriques y sont plus nombreux et plus violents que

BU PLAN D'EXPLOITATIOII. 1B3

dans la plaine, et que, d'ailleurs, la déclivité et Ve»' carpeinent du sol augmentent naturellement le$ di(- 6cultés de la surveillance, de rexploitatîon et de la vidange.

Mais c'est dans les futaies que la dérogation aux règles d'assiette est surtout dommageable. Dans les taillis, et dans les taillis simples notamment, les deux premières règles sont, en général, les seules qu'il soit véritablemeat utile d'observer ; en effet, les vents, dont les trois autres ont pour objet d'atténuer la violence, ne sont guère à redouter pour le gous-bois qui croît à l'état serré jusqu'au moment de son abatage ; qui ne s'élève jamais beaucoup, et qui est toujours assez flexible pour plier, sans se rompre ou se déraciner, ^us leffort de la tempête.

Quant aux réserves, comme elles sont clair-plaotées et qu'elles dominent le massif, la disposition des coupes ne saurait avoir, jsur leur £onjservation^ une influence appréciid)le.

Quels que soient^ au reste, les motifs qui rendent Tapiplication de telle ou telle règle, utite et menace néicessaire, il n'est pas indispensable, pour que cette applicsUion atteigne le but désirable, qu'elle assujettisse i la même Ui toutes les coupes à faire durant la révolution. U y a, dans le nombre des 'Cou|iies dont on veut déterminer l'assiette, une limite au delà de laquelle las avantages de certaines règles disparaissent complé* tement« Ainsi, Im^squ'il s'agira d'appliquer la première r^le« qui demande ^ue les coupes sioient assises de

184 DU PLAN d'exploitation.

manière à se succéder de proche en proche, on pourra souvent, sans renoncer à aucun des avantages d'une semblable disposition, partager la révolution en riodes, et ne réaliser Tordre régulier que pour 1^ coupes de chacune de ces périodes, envisagée sépa^ rément.

Les règles d'assiette ne s'accordent pas toujours entre elles. Il arrive même fréquemment que l'application de l'une met obstacle à l'application de l'autre. Cette opposition est la difficulté à laquelle il faut remédier d'abord, en choisissaixt entre les deux règles qui se contrarient, celle qui emprunte à la configuration du sol, à la nature du climat, à l'état du peuplement, la plus grande importance.

Il y a une règle, la deuxième, qui est indépendante de l'ordre des exploitations, en ce sens que, quel que soit cet ordre, elle peut être observée au moyen de travaux d'art plus ou moins coûteux. Il faudrait que ces travaux fussent bien considérables pour qu'on s'abstînt de les faire en présence des inconvénients qui résulteraient de l'inobservation même partielle des règles d'assiette. L'intérêt du capital que lesdits travaux nécessiteraient, comparé à la perte que subirait la production annuelle, si on laissait les choses dans le statu quo, servira de guide dans les appréciations de cette nature.

C'est à l'aide de ces principes que l'on se fixera sur Tordre dans lequel il serait à souhaiter que les parcelles de la forêt à aménager se succédassent, et sur

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les changements qu'il y aurait lieu d'introduire en conséquence dans le classement de ces parcelles.

Comparons maintenant les inconvénients qui résulteraient de la non-observation des règles d'assiette, à ceux que leur application entraînerait. "*

Le plan d'exploitation ayant été établi d'après l'âge d'exploitabilité des différentes parties qui constituent la forêt, on ne saurait le modifier, d'une manière quelconque, sans reculer ou avancer, pour un ou plusieurs massifs» l'époque de l'exploitation, et, par conséquent, sans porter atteinte au produit le plus avantageux, sans amoindrir le revenu que la forêt eût été susceptible de procurer dans un temps donné.

Tel est le seul inconvénient qu'entraînerait la modification du classement fondé sur l'âge d'exploitabilité.

Quelle est sa gravité? Est-elle plus grande quand on dépasse l'âge d'exploitabilité que lorsqu'on le devance?

On comprend que ces questions ne comportent pas une solution rigoureusement exacte. Il serait téméraire d'y répondre d'une manière absolue, soit dans un sens, soit dans l'autre.

t, poser en principe qu'il est

presque toujours^^M^s désavantageux de laisser les

siir pied, que de les couper trop

premier cas, on ne perd guère que

r, tandis que, dans le second, on est ex-

î, à la fois, et sur la quantité et sur la

a vu, d'ailleurs, dans la théorie de Tex-

186 DU PLAS d'exploitation.

ploitabilité, que le retard apporté à rexploitation d'un bois se traduit par une accumulation de produits; si cette accumulation est fâcheuse, parce qu'elle ne rend pas l'intérêt qu'on aurait pu retirer de ces produits en les réalisant et en en plaçant le prix, elle Test moins toutefois que ne le serait une exploitation prématurée par laquelle on compromettrait, en même temps, son capital et son revenu.

Yoilà un premier principe ; en Toici un second :

La perte causée par une exploitation prématurée ou tardive, est en raison de la différence qui existe entre l'âge d'exploiiabilité et Vâge correspondant à l'époque de cette exploitation ; d'où il suit que c'est dans les bois qui sont soumis à de longues révolutions, que les dit ficultés de l'espèce ont le plus de gravité*

Hais, quelle que soit la perte que puissent occaâonner les modifications dont je viens de prévoir Foppor^ tunité, il faut considérer qu'elle est subordonnée à des circonstances transitoires, destinées à disparaître, ordinairement, après la première révolution, c estràdire après le temps nécessaire pour l'établissement de l'état normal.

Les pertes qui résulteraient de la non-application des règles d'assiette tiendraient, au contraire, à des dreonstances permanentes, et se reproduiraient à chaque révélation. Pour qu'il en fût autrement, il devrait s'opérer, dans la configuration du sol, dans le elimat et dans les autres conditions de la végétation, des changements évidemment impossibles.

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Si, par exemple, Ton n'asseyait pas les coupes de proche en proche, en ayant soin de leur donner la forme la plus conrenable, on se condamnerait, pour toujours, à aggraver les difficultés de la surveillance, et les dommages inévitables causés par le couvert des arbres voisins, par T exploitation et la vidange des produits.

Si on ne les disposait pas de manière à ne pdnt être obligé de transporter les bois d'une coupe en exploitation, à travers d'autres coupes récemment exploitées, chaque année verrait se renouveler et s'augmen* ter les dégâts ruineux occasionnés par le charroi des produits, etc.

C'est là un caractère, la permanence des causes de perte, qui est de nature à peser d'un grand poids dans la balance des inconvénients qu'entraînent, d'une part, la dérogation aux règles d'assiette, et, de l'autre, l'exploitation soit avant, soit après 1 âge d exploitabilité.

Ayant à choisir entre une perte de produits, accidentelle et temporaire, et un dommage susceptible de se renouveler indéfiniment, le choix ne saurait être douteux, et le simple bon sens veut qu'on prenne les dispositions nécessaires pour faire disparaître la cause du dommage, sauf à ménager la transition de l'état actuel à l'état désirable, de façon à répartir, sur un plus grand nombre d'années, la perte de produits inhérente à une exploitation tardive ou prématurée.

On y arrivera, en ne modifiant qu'en partie la marche des coupes pour les premières révolutions.

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Exemple. Il s'agit d'un bois partagé en vingt coupes, situé en pente rapide, dont les exploitations ont toujours été faites, jusqu'à présent, de bas en haut, et dans lequel, cependant, l'impossibilité de construire des chemins de vidange, met l'adjudicataire dans la nécessité de transporter les bois de la coupe en exploitation, au travers d'autres coupes précédemment exploitées.

Le maintien d'un pareil état de choses est inadmissible. Il faut renverser Tordre des coupes; mais on ne peut songer à effectuer ce changement sans transition, puisque de la coupe exploitable on tomberait dans les bois d'un an. On prendra donc les dispositions suivantes :

Pendant la première révolution, les cinq premières coupes seront assises dans les bois âgés actuellement de 16 à 20 ans; les cinq autres, dans les bois de 11 à 15 ans; les cinq suivantes, dans les bois de 6 à 10 ans, et les cinq dernières, dans les bois de 1 à 5 ans.

Un an après la première révolution, les cinq coupes situées à la partie supérieure de la pente, auront, en commençant par la plus élevée, de 5 ans à 1 an ; les cinq autres coupes auront de 10 à 6 ans ; les cinq suivantes, de 15 à 11 ans, et les cinq plus basses, de 20 à 16 ans.

Pendant la deuxième révolution , on commencera les exploitations par la coupe âgée de 15 ans, et on les continuera en descendant successivement jusqu'à la coupe inférieure, qui, alors, aura 25 ans; puis, on se:

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perlera à la partie supérieure où Ton trouvera des bois de 15 ans, et on descendra successivement jusqu'au milieu de la pente, où l'on terminera l'exploitation par des bois de 25 ans.

A partir de la troisième révolution, Tordre définitif sera suivi, et, à partir de la quatrième, chaque coupe sera eiploitée à l'époque correspondant précisément à son âge d*exploitabilité. Le maximum de la différence entre cet âge et celui où aura lieu l'exploitation, sera de 5 ans, tantôt en plus, tantôt en moins, pendant trois révolutions. Cela n'a rien d'exorbitant.

J'ai supposé un cas extrême, et par conséquent trèsrare. La formation du plan d* exploitation des taillis n'exige pas ordinairement ces ménagements et ces précautions, dont je viens de donner des exemples. Toutes les fois que cette formation n'impose que des transpositions de parcelles d'une faible étendue ou le redressement des contours des coupes, les avantages qu'on réaliserait, en appliquante l'opération les mesures transitoires indiquées précédemment, ne vaudraient pas ceux que procurerait l'établissement immédiat de l'état définitif.

Voilà pourquoi on se borne le plus souvent, dans les aménagements de taillis, à partager la forêt en coupes parfaitement régulières, qu'on exploite ensuite, de proche en proche, conformément aux règles d'assiette, en s'efforçant, il est vrai, autant que possible, de ne pas trop s'éloigner de l'âge d'exploitabilité, mais en considérant toutefois comme secondaires, les diffi-

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cultes que rencontrerait l'accomplissement de cette dernière condition.

Dans tous les cas« et quand bien même on croirait devoir adopter un plan d'exploitation provisoire, il n'en faudrait pas moins, arrêter le plan définitif, le plan normal, et c'est même la première opération à laquelle il conviendrait de procéder. Ce plan n'en serait pas moins appliqué sur le terrain, et le plan provisoire ne figurerait que sur le papier, sous la forme d'un état d'assiette motivé.

C'est dans cet état d'assiette que l'on pourrait comprendre les exploitations anormales, que réclameraient des portions de parcelles, qui se distingueraient du surplus par des caractères particuliers bien tranchés. Ainsi, qu'il y eût, par exemple, au milieu d'une parcelle de bois très-jeune, un bouquet de bois très-vieux, on prescrirait de régénérer ce bouquet le plus tôt possible, afin qu'il pût être de nouveau exploité, au moment où la parcelle, à laquelle il appartient, arriverait en tour d'exploitation.

Ces exploitations anormales, ces dérogations aux prescriptions du plan définitif doivent, encore une fois, être évitées autant que possible, et ne sont admissibles qu'en cas d'absolue nécessité .

On connaît maintenant la plupart des obstacles qui peuvent s'opposer à l'observation des règles d'assiette, et l'on voit qu'il n'y en a pas d'insurmontables. Cependant il en est un dont je n'ai pas parlé et qui le serait : c'est celui qui consisterait dans

•DO fLAn d'exploitation. 191

Texistence, au milieu d*un bois exploitable à un certain âge, d'une parcelle dont Texploitabilité serait différente et qui devrait, en conséquence, arriver en tour d'exploitation, deux ou plusieurs fois dans le cours de la même révolution. I! est certain que cette parcelle ne pourrait être placée dans les conditions désirables de végétation , de vidange et de surveillance. Aussi, est-ce là un motif de plus pour que Ton ne mêle pas, dans le même aménagement, des bois exploitables à des âges différents.

Je l'ai déjà dit et je le dis encore en finissant, car je crois que cela est de la plus grande importance : l'application des deux premières règles d'assiette est de rigueur. J'insiste sur ce principe, parce qu'on semble le méconnaître généralement.

Les dommages causés par le couvert des bois voisins; ceux qui résultent de l'inefficacité de la surveillance rendue plus difficile ; les frais qu'occasionne le réarpentage des coupes ou la recherche de lignes séparatives sinueuses; les dégâts même occasionnés par la vidange ; tous ces inconvénients ne paraissent pas bien graves quand on les considère séparément; ils passent inaperçus, et, cependant, ils se traduisent fi* nalement par une diminution, beaucoup plus forte qu'on ne croit, du produit net.

C'est surtout en matière d'exploitation forestière quHl n'y hfQsde petites économies.

192 DU PLAN d'exploitation.

ARTICLE IV

CLASSEMENT DES PAACELLES CONFORMEMENT AUX EXIGENCES DU RAPPORT APTNUEL SOUTENU.

Conditions nécessaires pour que le rapport annuel soutenu puisse être réalisé.

Pour que Ton puisse retirer d'une forêt un rapport annuel et soutenu, il faut, de toute nécessité, deux choses :

1* Que les âges des différentes parcelles dont cette forêt se compose, soient gradués de manière qu'il y ait possibilité de livrer, chaque année, à l'exploitation, une portion du peuplement, sans s'imposer de trop grands sacrifices sur Taccroissement;

2** Que chacune de ces portions soit susceptible de fournir, à Tépoque fixée pour son exploitation, le même produit et occupe, en conséquence, une étendue inversement proportionnelle à sa puissance productive comparée à un terme commun.

Établissons d*abord dans quels cas et à quelles conditions le rapport annuel est possible : nous chercherons ensuite les moyens de rendre soutenu ce rapport annuel.

Pour rinlelligence des principes relatifs, soit à l'âge

DU PLAN d'exploitation. 193

d'exploilabilité , soit à Tassiette des coupes, il n'était pas indispensable de supposer, comme nous Tavons fait dans les chapitres précédents, que la gradation des âges était parfaitement régulière et ne présentait pas de lacune. Ces principes trouvent en effet leur raison d'être, dès que Ton admet qu'il existe, dans une forêt, des massifs dont les âges diffèrent et qui demandent, par conséquent, à ne pas être exploités à la même époque.

La réalisation du rapport annuel exige, au contraire, qu'il y ait dans les âges une gradation, sinon parfaitement régulière et complète, telle, du moins, que ses défectuosités s'arrêtent à de certaines limites.

Quelles sont ces limites ?

Nous continuerons à nous maintenir dans l'hypothèse que Tâge d'exploitabilité de la majorité des parcelles est de 20 ans.

Nous classons ces parcelles dans les diverses colonnes du plan d'exploitation, et nous ne trouvons rien à porter dans les dix premières colonnes, ce qui montre que la forêt ne renferme pas de bois âgés de plus de 10 ans.

Si Ton voulait, dans cet état de choses, réaliser immédiatement le rapport annuel, il faudrait se résigner à exploiter des bois de 10 ans^ et à perdre, en conséquence, le bénéfice de l'accroissement des 10 dernières années. Ce sacrifice serait considérable, et il est d'autant moins admissible que l'on consente à le faire, que des bois de 10 ans n'ont , d'ordinaire , qu'une très-

19ii DU PLAN d'exploitation.

faible valeur vénale. On attendra, pour commencer les exploitations, que l'on ait des peuplements plus âgés.

Donc, une première condition pour qu'une forêt soit immédiatement productive d'un rapport annuel , c'est qu'elle renferme des bois exploitables ou assez près de rêtre, pour que l'on puisse en effectuer l'exploitation, sans subir une trop grande perte d'accroissement.

Au lieu de ne renfermer que des bois au-dessous de 10 ans, la forêt n'en renferme que de 15 à 20 ans.

Il est clair que si Ton ne voulait consentir à aucune perte sur l'accroissement, l'aménagement ne serait pas plus possible dans ce cas que dans le précédent, puisque après 5 ans, il n'y aurait plus de bois à exploiter ; la forêt se trouverait transformée en un jeune taillis de 1 an à 5 ans ; les coupes devraient être forcément interrompues.

Admettons que l'on tienne beaucoup à établir immédiatement le rapport annuel. Pour cela, il sera nécessaire de n'exploiter qu'en 20 ans le peuplement existant, et, dès lors, de laisser sur pied pendant encore 20 ans, des bois qui en ont déjà 15. Ces bois auraient, à l'époque de leur abatage, 35 ans, soit 15 ans de trop. Il est probable qu'un âge aussi reculé ne saurait convenir ni à l'intérêt bien entendu du propriétaire, ni aux exigences de la reproduc* tion.

Donc, une deuxième condition pour qu'tme forêt soit productive d'un rapport annuel, c'est qu'outre des bob exploitables ou sur le point de l'être, elle en con-

tienne d'assez jeunes pour que Ton puisse, sans de trop grands inconvénients, les laisser sur pied jusqu'à la fin de la révolution.

La forêt renferme des bois de 2 ans, de 20 ans, et de quelques autres âges intermédiaires ; mais les bois de 3 à 12 ans manquent complètement. Pour assurer la continuité des produits, il faudrait remplir ces lacunes et remplacer les bois de 3 à 12 ans, absents, avec une partie de ceux de 2 ans et une partie de ceux de 13, et exploiter les uns 5 ans avant Tâge d'exploitabilité, les autres 5 ans après. Lorsque les vides à remplir sont trop grands, ils s'opposent à l'obtention immédiate du rapport annuel.

Donc, une troisième condition pour qu'une forêt soit productive d'un rapport annuel non interrompu, c'est que la différence d'âge entre les peuplements dont les exploitations doivent se suivre, soit telle qu'en la partageant en deux, on ait un nombre d'années qui ne dépasse pas le maximum de l'écart que Ton est disposé à tolérer entre l'âge d'exploitabilité, et l'âge correspondant à l'époque de l'exploitation.

Telles sont les conditions auxquelles le rapport annuel est subordonné, lorsque la révolution définitive est immédiatement applicable.

Si Ton était forcé d'adopter une révolution transitoire, il faudrait, en outre, que cette révolution fût assez longue pour que les parties de la forêt qui auraient été régénérées à son début, pussent être de nouveau exploitées à son expiration.

En résumé, le défaut de gradation dans les âges d'une forêt, peut être tel qu'il empêche absolument Tannualité du rapport; il peut être tel que cette annualité ne soit possible qu'au moyen d'une révolution transitoire. Il peut enfin ne pas être assez grand pour s'opposer à ce qu'elle se concilie avec la révolution définitive.

Nous avons vu que l'application des règles d'assiette avait souvent pour résultat de faire modifier le tableau d'exploitation, ce qui entraînait la nécessité d'avancer ou de rétarder Tabatage des peuplements dont le classement était changé. La réalisation du rapport annuel expose aux mêmes inconvénients.

Nous avons vu que, dans le classement suivant les règles d'assiette, pour diminuer, autant que possible, la perte d'accroissement occasionnée par la non-exploitation à l'âge d'exploitabilité, on pouvait être réduit à adopter un état d'assiette, c'est-à-dire, un plan provisoire d'exploitation. C'est un expédient auquel on a recours quelquefois pour réaliser le rapport annuel, quand la révolution est définitive, et qu'il faut nécessairement employer, quand elle est transitoire.

11 résulte de ce qui précède :

Que lorsque le tableau d'exploitation, dressé, tout d'abord, d'après l'âge d'exploitabilité, a été ensuite successivement modifié, une première fois pour qu'il se concilie avec les règles d'assiette, et, une seconde fois, pour qu'il présente une succession, non interrompue, de coupes annuelles, on peut avoir à assurer

le rapport soutenu dans les circonstances suivantes : 1" Révolution définitive; marche des coupes, normale.

2* Révolution définitive; marche des coupes, provisoire.

3* Révolution transitoire; marche des coupes, provisoire.

Da rapport soutenu dans l'hypothèse d'une révolution définitive et d*une marche des coupes, normale.

Le classement des parcelles dans le tableau d'exploitation est terminé. Chacune des colonnes de ce tableau présente» au total, une égale contenance ; le rapport annuel est assuré ; le rapport soutenu ne le serait que si les conditions de végétation étaient les mêmes pour toutes les coupes ; or, elles sont, au contraire, trèsvariables. Gomment s'y prendra-t-on pour y remédier ?

On a imaginé, à cet effet, plusieurs moyens que je vais passer en revue ; je dirai ensuite dans quelle mesure leur emploi me paraît devoir être renfermé.

1. Des moyens de remédier à V inégalité des condtiions de la végétation.

V On calcule le produit, par hectare, que donnera chaque parcelle au moment où elle arrivera en tour

198 DU PLAN d'exploitation.

d'exploitation, et on le compare au produit moyen par hectare de la forêt. On obtient, ainsi, pour chaque parcelle, un rapport qui exprime de combien sa puis* sance productive est supérieure ou inférieure à la puissance productive moyenne, et qui indique, en même temps, ce qu'il serait nécessaire d'enlever ou d'ajouter à un hectare de cette parcelle, pour en ob*tenir un produit égal à celui de l'hectare pris pour terme de comparaison.

Le chiffre qui exprime le rapport par hectare entre le produit d'une parcelle quelconque et le produit moyen, est donc un coefficient par lequel il suffit de multiplier la contenance réelle de cette parcelle, pour connaître à quel nombre d'hectares d'une puissance productive moyenne équivaut cette contenance réelle. Ce nombre est substitué dans le tableau de classe* ment à la contenance réelle. On modifie en conséquence les totaux des colonnes, et s'ils sont inégaux, on y remédie en transportant, de proche en proche, et CMiformément aux principes exposés précédemment, l'excédant des colonnes trop riches, dans celles. qui ne le sont point assez. Ces transferts en entraînent nécessairement d'autres lorsqu'on veut opérer rigoureusement ; car ils ont pour résultat d'avancer ou de retarder Tépoque de l'exploitation des parcelles déclassées. On tient compte de cette circonstance, et, par des tâtonnements, par des remaniements successifs, on parvient à rendre les contenances des coupes, inversement proportionnelles à leur puissance productive.

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Exemple : Le produit moyen par hectare x est représenté par l'unité. On trouve que calculé pour l'époque de son exploitation, le produit de la parcelle A sera de 50 pour 100 plus fort que le précédent. Il est donc représenté par le chiffre 1,50. On multiplie la contenance de la parcelle, qui est de 8 hectares, par 1,50; on obtient 12 hectares. On substitue ces 12 hectares aux 8 hectares portés dans le tableau de classement. Après avoir opéré de cette manière pour les autres parcelles, on constate que la colonne, dans laquelle figure la parcelle A, est trop riche et qu'il faut transporter une portion de cette parcelle dans la colonne voisine. Cest ce que Ton fait, mais ce transfert modifie nécessairement la puissance productive, par hectare, de la portion déclassée, puisque cette dernière ne sera pas exploitée à l'époque que Ton avait fixée primitivement. On tient compte de cette circonstance, en réduisant ou en augmentant proportionnellement la contenance fictive de ladite portion, etc., etc.

La principale difficulté dans l'application de ce procédé, porte sur l'évaluation du volume que les parcelles présenteront, quand arrivera le moment de les exploiter. Pour faire cette évaluation, il n'y a que deux moyens : calculer, d'après l'accroissement passé, l'accroissement futur, et ajouter l'un à l'autre ; ou bien, adopter comme devant être le volume qu'acquerra cette parcelle, celui d'un peuplement qui serait placé dans de semblables conditions de végé-

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tation, et qui aurait Tâge fixé pour son exploitation.

Le calcul de Taccroissement, d'après la marche antérieure de la végétation y est impossible dans les taillis, par beaucoup de motifs qu'il est inutile de développer ici, et, entre autres, parce que leur accroissement annuel suit ordinairement, jusqu'à l'époque de leur abatage, une progression qui ne permet pas de préjuger, avec quelque chance de succès, le volume qu'ils acquerront par celui qu'ils ont acquis.

Cest donc par la comparaison avec des massifs situés dans les mêmes conditions de végétation que l'on peut espérer de parvenir au but de ses recherches. Cette opération est plus ou moins difiicile, suivant l'état des lieux et les caractères plus ou moins variés des parcelles que Ton envisage. Les exploitations effectuées dans la forêt même dont on règle l'aménagement, suppléent quelquefois aux termes de comparaison que la localité n'offre pas. S'il existait des données expérimentales sur l'accroissement annuel des différentes essences, suivant les sols, les climats et les modes d'exploitation, il suffirait de recourir à ces données pour obtenir les renseignements désirables. Malheureusement elles n'existent pas,

2* Le second moyen qui a été conseillé, pour rendre le rapport soutenu, consiste dans l'appréciation directe des éléments mêmes de la végétation, c'est-àdire, des circonstances qui sont de nature à exeréer une influence sur la production. On fait, pour ces éléments, les mêmes calculs que pour les produits présu-

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mes des parcelles , et on obtient de cette manière les coefficients qui servent à fixer les contenances qu'il faut donner à chaque coupe, pour en retirer le même produit.

On prend par exemple, pour terme de comparaison, un massif situé dans des conditions moyennes de végétation. On exprime par Tunité l'état du peuplement et la fertilité du lieu d'habitation. On compare à cette fertilité et à cet état de peuplement, la fertilité et l'état du peuplement de chaque parcelle. On obtient ainsi, pour chaque parcelle, deux facteurs. On multiplie ces deux facteurs l'un par l'autre ; le produit exprime précisément dans quel rapport se trouve la puissance productive de la parcelle que l'on considère, avec la puissance productive du massif choisi pour terme de comparaison.

Exemple : La parcelle A renferme un peuplement dont Tétat est de un quart moins satisfaisant que celui du peuplement moyen pris pour type. Son terrain, son climat, son exposition dénotent une fertilité qui, comparée à celle du peuplement moyen précité , est moins bonne de un cinquième. Il en résulte que son coefficient de puissance productive est , pour l'état de peuplement, de 0,75, et pour la fertilité du lieu d'habitation de 0,80. En multipliant ces deux rapports l'un par l'autre, on trouve au produit 0,60. Cela signifie que six dixièmes d'hectare ou soixante ares d'un peuplement, placé dans des conditions ordinaires de végétation, équivalent, en puissance productive, à un

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hectare de la parcelle A, et que pour rendre, par conséquent, la contenance de cette parcelle inversement proportionnelle à sa puissance productive , il faut la porter sur le tableau de classemeYit pour une contenance fictive ou réduite , égale à son étendue réelle multipliée par le coefficient 0,6.

Des deux procédés que je viens d*exposcr, quel est le meilleur?

C'est ce que j'ai maintenant à apprécier.

Pour peu qu'on y réfléchisse, il est facile de reconnaître que celui dont on a parlé en dernier lieu ne constitue pas une méthode particulière; qu^envisagé d'une manière absolue et en soi, il serait même dépourvu de toute valeur pratique, et qu'il ne peut servir qu'à compléter et à contrôler les renseignements sur lesquels, par le premier procédé, on base ses appréciations»

Tous les deux reposent d'ailleurs , évidemment, sur le même principe. Le second implique, comme l'autre, que Ton connaît la production possible d'un peuplement, à un âge et dans des conditions de végétation donnés ; et lorsqu'on compare entre eux les éléments de cette végétation, un terrain à un autre terrain, un état de peuplement à un autre état de peuplement, on a nécessairement, pour éclairer cette comparaison, une idée plus ou moins nette des résultats que ces éléments seraient susceptibles de fournir à des époques détermi* nées. Sans cette idée indispensable , la comparaison n'aurait pas de conclusion possible. Un terrain n*est

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préféré i un autre, que parce que Ton présume qu'il rapportera davantage. Un état de peuplement est plus ou moins satisfaisant par des raisons analogues. Dans cette matière p comme dans toutes celles où il s'agit d'apprécier la valeur relative des agents physiques, on ne peut juger des causes que par leurs effets .

Le second procédé n'échappe donc pas à la difficulté que présente l'estimation du volume futur. Il rend, au contraire» cette difficulté plus grande en la compliquanti et il a, sous ce rapport, des exigences auxquelles il est impossible de satisfaire. Ainsi, il demande que l'on détermine l'influence particulière de chacun des éléments de la végétation sur le résultat futur plus ou moins éloigné de cette végétation ; il demande que Ton fasse, dans ce résultat, la part qui revient, soit à la fer-* tilité du lieu d'habitation, soit à l'état du peuplement. Il implique, dès lors, que l'on trouvera autant de massifs placés dans des conditions spéciales qu'il y a d'éléments divers spécifiés. Cela n est pas admissible, et cependant il faut remarquer que, dans l'exposé du procédé en question, on a partagé les éléments de la végétation en deux catégories seulement : l'une comprenant les cir* constances relatives au peuplement, l'autre celles qui concernent la fertilité du lieu d'habitation. Les difficultés ou plutôt les impossibilités pratiques de ce procédé, dans l'état actuel de nos forêts, seraif^nt bien plus manifestes, si l'on voulait former les coefficients de production en fonction de chacune de ces circonstances.

20U DU PLAN d'exploitation.

Le secotid procédé n'a pas, en définitive, de valeur propre, puisqu'il ne supplée pas au premier. Il est impraticable puisqu'il exige des appréciations que la nature des choses ne comporte pas. Son mérite est d'éclairer et d'assurer la marche de l'opérateur qui se propose de déterminer les rapports entre les puissances productives de divers peuplements. Ainsi, il l'oblige à apporter dans ses reconnaissances de la méthode et de la précision ; il lui apprend à contrôler, par des rapprochements nombreux, les résultats d'un premier examen, en vérifiant si les différences dans les productions qui seraient indiquées, soit par des exploitations antérieures, soit par des tables d'expérience, s'accordent avec celles que présenteraient les éléments de la végétation

A tous ces points de vue, l'examen attentif des circonstances qui sont de nature à exercer une influence sur la production, est d'un grand secours dans les opérations très-délicàtes auxquelles l'établissement du rapport soutenu donne lieu.

3° Indépendamment des deux moyens sur lesquels je me suis appesanti, un peu longuement peut-être, au gré de mes lecteurs, on a appliqué à l'établissement du rapport soutenu , un expédient que je dois faire connaître, ne fût-ce que pour fournir une nouvelle preuve de Timportance que certains auteurs attachent à l'égalisation des produits annuels.

On calcule, comme on le fait dans les autres méthodes, le volume de chaque coupe pour le moment de

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son exploitation ; puis on partage la révolution en un certain nombre de parties égales qui correspondent, chacune, à un même nombre de coupes ; et, enfin, au lieu de fixer sur le terrain les limites des coupes annuelles, on subordonne leur étendue au volume qu'elles présenteront quand elles arriveront en tour d'exploitation, ce qui veut dire que, chaque année, on exploite jusqu'à concurrence de la quantité obtenue, en divisant le volume total présumé d'une période par la durée de cette dernière.

Ce moyen n*est pas affranchi des incertitudes d'appréciation qu'offrent les précédents; il y ajoute au contraire des chances d'erreur; il complique l'exploitation, il en compromet la régularité, et ce, sans compensation, car de deux choses Tune : ou bien les exploitations annuelles se renfermeront précisément dans les limites qu'auraient eues les coupes, si on leur avait donné des contenances proportionnelles à leur puissance productive, ou bien, elles s'en éloigneront. Dans le premier cas, les précautions qui caractérisent le procédé en question auront été inutiles ; dans le second cas, qui est infiniment plus probable, une inévitable confusion se mettra dans l'assiette des coupes, et, pour réaliser le rapport soutenu pendant quelques années, on se condamnera à des anticipations ou à des déficit successifs qui ne tarderont pas à l'altérer profondément.

2. Des Imites dans lesquelles il parait convenable de renfermer Vemploi des coefficients de production.

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Il ne faut pas se dissimuler que dans Tétai d'irrégularité où sont généralement les forêts de notre pays, et en présence du très-petit nombre de renseignements positifs , que Ton a recueillis sur Taccroissement et la longévité des massifs, la réalisation du rapport soutenu, par la méthode des contenances réduites, est fort chanceuse. Il est donc prudent de ne l'essayer que dans des circonstances bien accusées et avec une grande circonspection.

Entrons, à ce sujet, dans quelques développements, cherchons quelques principes : nous les trouverons en nous rendant un compte exact de tous les éléments qui sont compris, comme données plus ou moins importantes, dans le problème à résoudre, problème qui consiste à déterminer la puissance productive d'une parcelle de bois.

A quoi tient cette puissance productive 1 à quelles circonstances est-elle subordonnée?

Elle est subordonnée :

1* Au temps, c'est-à-dire à Tâge qu'aura le massif quand il arrivera en tour d'exploitation ;

2*" A l'état du peuplement, c'est-à-dire à la nature des essences, à leur consistance, à leur végétation ;

3* A la qualité du sol ;

i*" Au climat, et, principalement, à la situation et à l'exposition.

Ainsi , le produit d'une parcelle, parvenue à l'âge fixé pour son exploitation, est la résultante des actions combinées de ces diverses causes.

DO PLAN d'exploitation. 207

C'est là ce qui complique la recherche des coefficients de production. C'est là ce qui rend difficile et souvent impossible le choix des peuplements indispensables pour la détermination de ces coefficients ; et le problème serait en conséquence simplifié d'autant plus, qu'il y aurait à tenir compte d'un moins grand nombre des circonstances précitées.

Or, parmi ces circonstances, les unes sont accidentelles et temporaires, tandis que les autres sont essentielles et permanentes. Les unes sont susceptibles d'un effet dont le caractère favorable ou défavorable peut être prévu avec une approximation suffisante, tandis que les autres sont susceptibles de se modifier et de ne produire aucun des résultats qu'on en attendait.

L'époque de l'exploitation, lorsqu'elle ne correspond pas à l'âge d'exploitabilité, est une circonstance temporaire; elle disparaîtra presque toujours à la deuxième révolution, mais son effet peut être prévu avec assez de certitude.

Le mauvais état de la consistance ou de la végétation, s'il résultait des vices de la culture ou d'un événement fortuit, serait encore une circonstance temporaire dont, en outre, dans la plupart des cas, Tinfluence ne saurait être préjugée ; car il arrive souvent qu'un massif dont la consistance et la végétation ne sont pas ce qu'elles devraient être, se complète et répare le temps perdu, avant d'arriver en tour d'exploitation.

Quant aux circonstances qui consistent dans la nature des essences, dans l'âge d'exploitabilité, dans la

qualité du sol, dans le climat, elles sont à la fois permanentes et susceptibles d'un effet qu'il est difficile sans doute de préciser, mais dont il est possible de prévoir avec certitude le caractère.

On déduit, de ces observations, les principes suivants :

Les contenances inversement proportionnelles à la puissance productive des parcelles, ne sont presque jamais admissibles, lorsqu'elles n'ont d'autre motif que la nécessité d'exploiter, pendant une révolution, certaines parcelles, soit avant, soit après l'âge d'exploitabilité. Elles ne le «ont pas davantage, quand la différence, dans les productions présumées, tient à un état de consistance ou de végétation dont les causes sont fortuites, indépendantes des conditions naturelles dans lesquelles est placée la forêt.

Il y a deux raisons pour que l'on ne tienne pas compte de ces circonstances :

la première, c'est qu'il est, en général, comme on vient de le faire observer, difficile de déterminer leur influence sur la production; la seconde, c'est qu'en admettant qu'on y parvînt, on se condamnerait à modifier de nouveau les contenances des coupes, après la première révolution, chose que Ton doit éviter autant que possible.

Les caractères essentiels, permanents, qui dérivent de l'exploitabilité, de la nature des essences, de la qualité du terrain et du climat, sont les seuls qu'il convienne ordinairement de prendre en considération, et encore faut-il qu'ils soient bien prononcés.

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Si dans nos 200 hectares de taillis exploitables» presque tous, à 20 ans^ nous avions des parcelles dont rage d'exploitabilité serait de 10 ans, il y aurait tout lieu de croire que ces parcelles ne fourniraient pas, par hectare, le même produit que le surplus de la forêt; il serait donc nécessaire, pour réaliser le rapport soutenu, d'augmenter proportionnellement rétendue des coupes dont elles feraient partie.

La diversité des essences, toutes les autres circonstances étant égales d'ailleurs, pourrait justifier une mesure analogue : ainsi, un taillis de châtaignier exploité à 20 ans, fournirait probablement, par hectare, un plus grand produit qu'un taillis de chêne que Ton couperait au même âge.

Voici des parcelles dont le sol est très-mauvais. L'expérience a prouvé que, dans un temps donné, la production par hectare de ce taillis est à peine égale aux trois quarts de celle du surplus de la forêt. Ce n'est certainement pas avec le maintien du mode d'exploitation en taillis, que le sol pourra jamais s'améliorer, et, dès lors, un coefficient de ferlilité est applicable à ces parcelles.

En ce qui concerne le climat, c'est surtout l'influence de l'exposition qu'il importe de ne pas négliger, lorsqu'on veut rendre les contenances des coupes inversement proportionnelles à leur puissance productive. Un taillis , situé sur une pente méridionale, sera évidemment beaucoup moins productif qu'un taillis exposé au nord.

210 DU PLAN d'exploitation.

Mais, je ne me lasserai pas de le dire, l'emploi des coefficients de production dans la fixation des contenances des coupes annuelles, ne doit avoir lieu que dans des cas exceptionnels. Il n'y faut recourir que lorsque les différences dans les conditions de la végétation sont bien tranchées , et portent sur des étendues assez considérables, pour que la compensation entre le bon et le mauvais soit impossible dans la même coupe. Il n'y faut recourir encore que lorsque rétablissement du rapport soutenu n'est pas réalisable» p» le moyen plus rationnel et plus sur de la division préalable de la forêt en séries (i).

Da rapport soutenu dans l'hypothèse d'une réToJutkm ^éfinilivo et d'une marche des coupes^ provisoire.

Dans l'article sur la formation du tableau des exploitations, conformément aux règles d'assiette, j'ai montré qu'il était convenable, pour les taillis, quelles que dussent être d'ailleurs les coupes anormales qu'exigerait, pendant plus ou moins longtemps, l'état du peuplement , d'arrêter l'ordre définitif des coupes et de rétablir sur le terrain.

Dans ce que nous venons de faire observer, relativement aux exigences du rapport soutenu, il n'y a rien qui

(l) Voir pour les séries, la qualrième étude.

DU PLAN D'KXPtOiTATlON. 211

soit de nature à détruire cette convenance. Nous avons reconnu, en effet, qu'il n'y avait pas lieu de se préoccuper de l'influence des circonstances accidentelles et temporaires sur le rendement des coupes ; or, les circonstances qui motivent l'adoption d'un plan provisoire sont nécessairement toujours accidentelles et temporaires, et, par conséquent, les contenances respectives des coupes doivent êlre fixées comme elles le seraient, si la rotation normale pouvait êlre immédiatement appliquée.

Du rapport soutenu dans l'hypothèse d*une révolution transitoire et d'une marche des coupes, provisoire.

Les circonstances qui réclament une révolution transitoire, sont accidentelles comme celles qui réclament un plan provisoire, et ne sauraient dès lors justifier une division de coupes qu'il faudrait nécessairement modifier à l'expiration de cette révolution transitoire.

Le nombre, la contenance et l'ordre des coupes seront donc, comme dans le cas précédent, fixés sur le terrain conformément aux exigences de Tétat normal.

Oh pourra toutefois, dans le plan ou plutôt l'état d'assiette provisoire qu'on dressera pour la première révolution , ajouter arbitrairement à la coupe réglementaire une contenance plus ou moins grande, selon la consistance du peuplement.

Il faut remarquer que la révolution transitoire ne

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permettant pas de renfermer les coupes à faire durant cette révolution, dans les limites normales, il n'y a pas de raison d'ordre qui demande qu'on fasse taire absolument devant elle les convenances du rapport soutenu, l'intérêt de Tégalisation des produits annuels.

ARTICLE V

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