‹ Études sur l'aménagement des forêts (volume 5)Chapitre 47 sur 61 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La science de raménagement serait une science difficile à comprendre, si Ton voulait approfondir dans tous leurs détails, au fur et à mesure qu'elles se présentent, les différentes questions dont elle réclame l'examen.

Je me suis appliqué, dans ces études, à dégager les principes fondamentaux, des objets secondaires qui auraient pu en compliquer la démonstration, et en rendre Tintelligence laborieuse. J'ai réduit ces principes à leur plus simple expression, dans la pensée que c'était le meilleur moyen pour faire saisir au lecteur les rapports qui les lient. Mon but était surtout de mettre en relief l'enchaînement logique des opérations que j'avais à exposer; de montrer comment elles se

commandent successivement Tune l'autre; et je crois que si j'avais atteint ce but, j'aurais répondu à tout ce que l'on peut exiger d'un travail qui est plutôt un programme qu'un traité sur la matière.

Ces observations préliminaires expliquent pourquoi j'ai fait imprimer Tétude sur les séries après les autres.

C'est que la formation des séries, malgré son importance dans la pratique, est au ppint de vue de la théorie, un de ces objets secondaires, qu'il n'est pas indispensable de connaître pour comprendre le mécanisme de l'aménagement.

On entend par série une partie de forêt considérée comme un tout séparé, indépendant, destiné à être soumis à un plan spécial d'exploitation/ et à fournir par conséquent des produits annuels.

La division d'une forêt en séries est une opération presque toujours désirable, quelquefois nécessaire ; mais qui, dans certains cas, peut présenter des inconvénients.

ARTICLE PREMIER

CIRCONSTANCES QUI SONT CONTRAIRES A LA DIVISION I>*UNB FORÊT EN SERIES.

Impossibilité de former des séries compactes^ indépendantes Tune de Tautre.

La division d'une forêt en séries présenterait des inconvénients, si les diverses classes d'âge de cette forêt étaient distribuées de façon qu'on ne pût, sans déroger aux règles, aux principes qui doivent présider à la formation des affectations, y constituer des séries compactes, faciles à distinguer les unes des autres.

Supposons, par exemple, une forêt composée de la manière suivante :

La classe des bois exploitables comprend cinq parcelles a, 6, c, d, e, dont les trois premières a, 6, c, contiguës, et situées à l'extrémité nord de la forêt, sont séparées des deux dernières d, e, également contiguës, et situées à l'extrémité sud, par des parcelles appartenant à d'autres classes d'âge.

Si l'on voulait établir deux séries dans cette forêt, il faudrait, dans le cas où les deux parcelles d et « ne seraient pas assez grandes pour compléter la première affectation de Tune de ces séries, y ajouter une partie

i^U DES SÉRIES.

des parcelles a, &, c. Chaque série ne formerait pas une masse compacte. On serait exposé à confondre les exploitations de Tune avec celles de l'autre ; la régularité des- opérations et Tefficacité de la surveillance seraient compromises; et ce, sans aucune compensation.

Étendue trop petite de la forêt.

La division d'une forêt en séries présenterait des inconvénients, si rétendue de cette forêt n'était pas assez grande, pour que celle de chaque série comportât une coupe annuelle qui pût se concilier avec Tintérêt de la reproduction, celui de la surveillance et Téconomie des exploitations.

Ainsi, pour ce qui concerne la reproduction, il est clair qu'une coupe d'une contenance donnée, soit dans les taillis, soit dans les futaies, aurait moins à soufifrir du couvert des arbres voisins, que deux ou plusieurs coupes séparées, contenant ensemble le même nombre d'hectares ; puisque ce couvert s'étendrait sur une surface relativement moins grande dans la première que dans les autres.

Quant à la surveillance, la multiplicité des exploitations en augmente naturellement les difficultés.

Enfin, au point de vue économique, si la mise en vente de coupes trop considérables, a l'inconvénient

de restreindre le nombre des adjudicataires qui peuvent y prétendre, il est, d'un autre coté, à remarquer que l'exploitation d'une coupe donne lieu à des frais généraux, indépendants de la quantité de bois à abattre, et qu'il importe beaucoup , tant dans l'intérêt du trésor que dans celui des adjudicataires, de ne pas multiplier ces frais sans nécessité.

Exigences de Fassiette et de la vidange des coupes.

La division d'une forêt en séries présente des inconvénients lorsqu'elle est inconciliable avec l'application des règles sur l'assiette et la vidange des coupes.

Si on ne pouvait, par exemple, d'après la position respective des classes d'âge, composer deux séries qu'en les superposant sur une rampe escarpée, qui ne permettrait pas d'établir des moyens spéciaux de vidange pour la série supérieure, on manquerait évidemment de l'une des conditions nécessaires pour une utile distribution en séries.

ARTICLE IL

circonstances qui rendent ayàntagecsb ou necessaire la ditision d'une forêt en Séries.

Diversité des modes d'exploitation.

Le mode d'exploitation adopté pour certaines parcelles de la forêt à aménager, peut ne pas être applicable à d'autres ; or, de même qu'il n est pas absolument défendu de comprendre dans une seule série d'exploitation, des parcelles exploitables à des âges différents ; de même il est permis, à la rigueur, d'y comprendre des parcelles dont les modes de traitement ne seraient pas semblables, lorsque ces modes sont d'ailleurs réguliers ; mais il est évident qu'on né doit s'y résoudre qu'en cas de nécessité bien démontrée ; car la diversité des modes d'exploitation est difficilement conciliable avec les règles sur Tassiette des coupes et l'établissement du rapport soutenu.

Lorsque des différences dans les modes de traitement des parcelles qui composent une forêt, sont inévitables, il est donc désirable qu'on puisse obvier aux inconvénients de tous genres qu'elles seraient susceptibles d'en-

traîner, au moyen de la constitution d'autant de séries qu*il y à de modes particuliers.

La division d'une forêt en séries devient absolument nécessaire, quand cette forêt renferme des bois exploitables, les uns en futaie régulière, les autres en futaie jardinée. On ne conçoit, en effet, aucun moyen de concilier les exigences de l'aménagement avec celtes qui sont inhérentes à la dernière de ces méthodes.

Diyersité des âges d'exploitabilité.

Des considérations analogues à celles que je viens d'exposer, à propos du mode d'exploitation, sont applicables à une forêt composée de parcelles dont Texploitabilité ne serait pas la même.

Morcellement des classes d'âge.

Lorsqu'une forêt est très-vaste d'une part, et que de l'autre, les parcelles comprises dans une même classe d*âge, n'y sont pas toutes attenantes les unes aux autres, on pourrait se trouver dans l'obligation de scinder une ou plusieurs affectations, afin d'éviter de couper des bois à un âge trop éloigné de celui de leiu* exploitabi-

lité, si Ton n'avait pas recours à la division de la forêt en séries.

Dans la forêt F, la classe des bois de 1 à 20 ans comprend des massifs situés, les uns à Textrémité nordest de la forêt, les autres à Textrémité sud-ouest. Si Ton ne voulait établir qu'une série d'exploitation dans cette forêt, la dernière affectation se composerait de deux parties fort éloignées Tune de l'autre. Or, quoiqu'un morcellement de ce genre soit quelquefois admissible, il ne Test cependant jamais sans inconvé^ nients, et il est bon de l'éviter autant que possible. Au cas particulier, le partage de la forêt en deux séries distinctes y remédierait probablement*

Les séries donnent donc les moyens de masser les affectations, et rendent par conséquent plus facile l'application des rè^es sur Tassiette des cmipes.

Exigences du rapport soutenu.

Une autre difficulté, et des plus graves, dans la formation du plaa d'exploitation, que les séries permettent de surmonter, c'est celle qui résulte pour l'établisse* ment du rapport soutenu, ^s différences qu'on rencontre «dans les omditions de la végétation.

Nous savons que pour assurer le rapport soutenu lorsque ces différences tendent à le compromettre, on

a ifliaginé de rendre les contennnees des affectations inversement proportion neWf s à leur puissance producrtiye ; mais nous savons aussi que cette opération est fort embarrassante et fort incertaine, à cause dje Tinsuffisance des données nécessaires pour la fixation des coefficients de production.

L est donc très-désirable que Ton puisse se dispenser de recourir à ces contenances proportionnelles et à ces coefficients. Or, les séries sont de nature à leur enlever tout objet et par conséquent toute utilité. Que Ton admette ia possibilité de former autant de séries qu'il y aurait de différences dans les conditions de végétation relatives au sol, à f exposition^ a»^ essences, etc., ete., et le produit de chaque affectation 4leveBânt directement proportionnel à la coatenaii&ce, le rapport soutenu sera assuré par i' égalité 4es eeptenances.

Cest «prtout à ce |>oint de vue que la division d'un^ forêt en séries est neeommandaUe.

En effet, où sont les ehanees d'erreur idans la détermination des coefficients de production ?

Elles ne semt pas dans le jugetxieait que Vou porte sur les différences ^qui existent dans les oooditions de la végétotion ; elles sont dans Tapprépiation, dai^s la mesure des effets que ces différeaees «ont; susceptibles de produire ; or, pour le parta^ de k torèi en s^ies, cette appréciation, oette mesune exacte est sans utilité ; on (orme par exemple une séiie avec les peupleç^eoits exposés au sud, lune autre série avec les peuple^kent^ exposés au nord, parce qu '-il est incontestable que Tex-

position exerce une grande influence sur la végétation et en conséquence sur la production, et cela suffit. 11 n'est pas nécessaire d'ailleurs de préciser cette influence, d'en calculer le résultat matériel.

Application, contrôle et rectification de raménagemenf .

Les erreurs d'assiette sont plus à craindre et plus graves dans une grande afîectation que dans une petite. Les outre-passes de possibilité sont plus faciles à constater pour la seconde que pour la première. On pourrait marcher plusieurs années dans une affectation de 1000 hectares par exemple , sans soupçonner qu'on y prend plus de bois que n'en comporte la possibilité réelle, tandis que si l'affectation n'a qu'une soixantaine d'hectares et que les coupes y soient exagérées, un œil tant soit peu exercé ne tardera pas à le reconnaître.

La rectification de l'aménagement est. enfin plus prompte dans une forêt, lorsqu'elle contient plusieurs séries que lorsqu'elle n'en contient qu'une ; car il se peut, dans le premier cas, que cette rectification n'affecte qu'une série, et n'entraîne par conséquent le remaniement de l'aménagement que pour une portion de la forêt ; tandis que dans le second, c'est pour la forêt tout entière que l'aménagement est à remanier. Il en est des séries comme des arches d'un pont: un vice de

DES SËRIbS. 3^1

construction, lorsqu'il y a plusieurs arches, peut n'occasionner la reconstruction que d'une partie du pont, tandis que lorsqu'il n'y en a qu'une, on est souvenl forcé de refaire le pont en entier.

On voit , par ces exemples , que la division d'une forêt en séries est propre à assurer l'application, le contrôle de l'aménagement, et à en simplifier la rectification.

Nous n'avons envisagé jusqu'ici que les circonstances qui concernent ou les conditions de la végétation, ou l'ordre intérieur de la forêt; mais il peut s'en présenter d'autres parmi lesquelles il y en a quelques-unes qui méritent d'être signalées.

Diminution des frais de transport des bois.

Le transport des produits pourrait être singulièrement contrarié par la constitution de la forêt en une seule série. Ainsi, supposons que l'on ait à aménager une forêt comme celle de Fontainebleau, dont la contenance est de 16 à 17,000 hectares, ce qui implique que pour la traverser, il faut parcourir, en moyenne, 12,000 mètres, il ne sera certainement pas indifférent d'avoir une seule série d'exploitation, ou d'en avoir plusieurs ; car, dans un cas, les produits principaux ne seront offerts à la consommation que sur un

seul i]lQint, taàdis que daiis TaUtre^ ils le seront sur plusieurs.

J'admets que ces produits se partagent par portions égales entre les populations environnantesi la distance moyenne à parcourir pour qu'ils arrivent au consommateur^ defvra se compter, si Ton n'a qu'une série, à partir du point central de la forêt, et s'il y en a plu* sieurs, à partir du point central de chaque série^ c'està-dire d'un point plus rapproché du consommateur, de toute la distance existant entre le centre de la forêt et le centre de chaque série.

La division d'une forêt en plusieurs séries permet donc de réaliser une économie sur les frais de transport des produits.

Égalisation du prix de revient des bois aux lieux de consommation.

La division d'une forêt en séries a en outre, pour effet, avantage non moins appréciable que le précédent, de rendre, en multipliant les centres de production, et en les rapprochant des lieux de consommation , le prix du bois moins variable.

besoins de la consommation en bois de diverses espèces.

Là formàtiôiï dés séries p^ràèt enôwe d^ètltèir dès îttterrtiittericeè danî la |)i*ôductiofi dès boiii dé divefnéi espèces.

Lorsque Tindustrie réclame des bois d'une nature particulière, il vaut infiniment mieux les lui donner chaque année, par petites portions, que périodiquement, à de longs intervalles, par grandes quantités. Qu'elle ait besoin par exemple de bois propres à la fabrication des sabots, si Ton n'avait pas soin de former une série d'exploitation avec les essences propres à cet usage, il pourrait s'écouler plusieurs années sans qu'on eût occasion d'en exploiter, et le volume considérable qu'on en couperait, de temps en temps, ne réparerait pas le préjudice causé par les années de privation, tant aux ouvriers qu'aux consommateurs.

Droits d'usage.

La division d'une forêt en séries devient enfin une nécessité lorsque des droits d'usage portent sur une portion déterminée de cette forêt ou réclament des produits spéciaux, et celte nécessité est assez évidente par elle-même pour que je puisse me dispenser de la justifier.

ARTICLE UL

Tableau des séries.

La série intervient en définitive comme agent simplificateur dans les travaux d'aménagement, et le partage d'une forêt en séries est une opération fondamentale dont dépend en grande partie le succès de ces travaux; aussi, ne saurait-on y procéder avec trop de maturité.

Lorsque les séries sont arrêtées, on en fixe les limites sur le terrain et sur le plan , et on en dresse le tableau conformément au modèle ci-joint.

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DES IMÊLIORATIONS. 3^7

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