CHAPITRE SECOND
ARTICLE PREMIER
OBSBRTÂTKmS fuimiNAIMB.
Toutes les réformes que compoiie raménagement d'une forêt, ont pour but l'amélioi^tion de cette forêt» et en conséquence, la formation du plan d'exploitation lui-même devrait rigoureusement et logiquement être rangée parmi les améliorations et être traitée dans la même étude» L'aménagement ne coiliprendrait alors que deux parties principales : l'une pour la statistique f l'autre pour les améliorations. J'ai cru devoir cependant consacrer une étude spéciale au plan d'erploitatiotii parce que cet objet était susceptible de longs développements et qu'en outre, il se distingue des autres améliorations, en ce sens qu'il tend surtout à modifier, non pas les choses elles-mêmes, mais la ma-
nière de les utiliser ; tandis que les améliorations proprement dites portent principalement, et souvent exclusivement, sur les choses et sur les modifications qu'il serait utile d'y apporter.
En parcourant successivement tous les articles de la statistique, on reconnaîtra facilement quels sont les points sur lesquels des améliorations seraient opportunes.
S'il résultait par exemple du cahier descriptif de la statistique, que les limites sont en mauvais état, on proposerait de les réparer, et on ferait connaître la dépense que ce travail nécessiterait.
S'il était constaté que le gibier fait beaucoup de tort à la forêt ou aux cultures environnantes, on indiquerait les mesures à prendre pour y remédier.
Si le débit des bois exigeait l'établissement de nouvelles scieries, la réparation des anciennes, on dresserait le devis de ces travaux.
Je ne saurais prévoir ici toutes les imperfections, toutes les lacunes qui pourraient exister dans une forêt, et qui devraient fistire l'objet de propositions spéciales tendant à les réparer. Je -me bornerai à donner quelques courtes explications sur les travaux dont l'utilité est la plus grande et l'opportunité la plus fréquente. Ces travaux sont relatifs au sol , au peuplement, aux moyens de vidange, à la conservation et à l'entretien de la forêt.
DES A|IÊLIOBATIO!<S. 3&9
ARTICLE n.
▲MiLIORÀTIONS BBLATIVBS AU SOL.
Dans ragriculture proprement dite, on améliore le sol par divers moyens et principalement par les amendements et les engrais artificiels. En sylviculture, les amendements et les engrais doivent être le résultat de la culture elle-même; c est Fhumus qui les constitue. Les expériences très-peu nombreuses d'ailleurs, qui ont été exécutées pour démontrer les avantages de l'introduction dans les forêts, de substances minérales particulières, ne paraissent concluantes ni au point de vue cultural ni au point de vue économique (1). On a essayé aussi de constater le bon effet des irrigations sur les bois, et on a obtenu de magnifiques résultats comme rapidité d'accroissement; mais on ne connaît pas l'influence de ces irrigations sur la qualité des arbres, et on n'a pas non plus établi la balance entre le profit et les frais de ce moyen artificiel d'amélioration qui, dans tous les cas, ne saurait être praticable que très-exceptionnellement.
{{) Il faudrait les multiplier. M. Chevandier a publié sur ce sujet, sur l'effet des irrigations, et d'autres points importants d'économie forestière, des mémoires intéressants que mes lecteurs connaissent sans doute«
Je pense donc qu'en ce qui concerne le sol, l'amélioration la plus recommandable est en définitive l'assainissement. Tout le monde ^it que dans les terrains trop humides, les arbres sont d'une qualité trèsinférieure, que les graines pourrissent et qu'en conséquence le repeuplement naturel ne se fait pas.
Dans les propositions qu'ils auront à présenter à ce sujet, les agents aménagistes indiqueront les cantons ou parcelles où des fossés d'assainissement seraient nécessaires, les dimensions et la direction qu'il conviendrait de donner à ces fossés, et enfin les dépenses approximatives qu entratnerait leur exécution.
ARTICLE IIL
AMIÉLIORATIONS RELATIVES AU PEUPt^ËMENT»
Les agents chargés de Taménagement sortent de leurs attributions lorsqu'ils s'avisent de donner des instructions sur la manière de procéder aux semis et aux plantations. Leur tâche se borne à indiquer les parcelles et les époques où les repeuplements artificiels doivent être effectués et les frais auxquels ils donneront lieu.
11 semblerait naturel, au premier abord, de prescrire le repeuplement immédiat îles vida^ £xistanis àam la forêt. Toutefois, une semblable prescription pourrait entrdner de graves inconvénient?^ d'abord a cause des dépeAse3 qu'elle œcstmnuetBiit, «t ensuite k cimse des conditions défavorables dans lesquelles serait fait le Te-
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peuplement des vides compris dans les affectations intermédiaires.
C'est donc seulement dans les affectations des périodes extrêmes qu'il est toujours opportun d'effectuer immédiatement le reboisement des vides. Pour la première affectation, cette opportunité est évidente. Pour ladernière, elle n'est pas moins sensible, puisque cette affectation ne contient que de jeunes peuplements avec lesquels ceux qu'on aura créés ne tarderont pas à s'harmonier.
Quant aux affectations des périodes intermédiaires, le reboisement des vides qu'elles renferment est loin d'être aussi urgent, et souvent même il peut êtns impraticable immédiatement à cause du couvert des arbnes voisins. Cependant s'il y existait de grands espaces dénudés, il conviendrait de chercher à les utiliser en y implantant des essences susceptihles d'être exploitées à 1 époque où l'affectation dont elles feraient partie arriverait en tour d'exploitation.
Les améoagistes pèseront ces considérations et feront connaître en conséquencet par rang d'urgence, la si^ tuation, l'étendue «t les frais probables des repeuplements artificiels à faire dans le cours de la première période.
Mais s'il est néoessaire de cré^ des peuplements aj* ' tificiels dans une forêt, il est également nécessaire d'y créer des péfnnières, a moins que les années de semence n'y soient fréquentes et les semis faciles, ce qui est exceptionnel pour les bois durs.
Les aménagistes auront donc à désigner les endroits où ces pépinières devront être établies, la contenance qu'on leur donnera et les frais qu'elles occasionneront.
ARTICLE IV
AMIÊLIORÂTIONS RELATIVES AUX YOIES DE VIDANGE.
La tendance de Thomme sur cette terre est d'agrandir incessamment son empire sur la matière. Un économiste a dit avec raison que l'industrie c'était le développement de l'homme, l'émission de sa pensée. En effet, un produit industriel quelconque n'est pas autre chose que l'expression matérielle, la matérialisation, qu'on nous pardonne ce néologisme, de cette pensée.
Mais pour approprier ainsi les choses à ses besoins» il faut ou aller à elles, ou les faire venir à soi. Le premier cas se présente dans l'enfance des sociétés. L'homme va planter sa tente sur les points qui lui offrent le plus de ressources. Ces ressources épuisées, il va se fixer sur un autre point. Tant qu'il est condamné à cette vie errante, il progresse peu. Les Arabes nomades en fournissent la preuve ; mais dès qu'au moyen des voies de transport il est parvenu à déplacer les choses, son développement marche rapidement, et le beau idéal serait réalisé si, par des procédés quelconques, il pouvait grouper autour de son habitation tous les matériaux pro-
DES AMÉLtORATIONS. 353
près à satisfaire ses besoins/ ses goûts^ ses désirs. Malheureusement, il est bien éloigné de ce beau idéal, surtout pour ce qui concerne les bois. Non-seulement nous avons encore en France des forêts que Ton ne peut pas exploiter, mais dans celles que l'on exploite, l'absence ou l'imperfection des voies de vidange oblige de carboniser ou de façonner sur place une grande partie des produits, afin de réduire autant que possible leur volume et leur poids. Or, la carbonisation est une manière encore barbare d'utiliser le combustible ligneux, et le façonnage en forêt fait courir au fabricant le risque de ne pas donner au bois la forme qui conviendrait le mieux au consommateur.
Sur les chemins vicinaux ou d'exploitation, les frais de traction par voiture peuvent être évalués, en moyenne, à 7 fr. 50 c. par mètre cube de bois, pour une distance de 20 kilomètres. Il en résulte que si le mètre cube est estimé dans la coupe 40 fr. pour le bois de service et 10 fr. pour le bois de chauffage (à raison de 2 stères de 5 fr. chacun par mètre cube), le montant des frais dont il s'agit est à la valeur du mètre cube de bois de service dans la proportion de 18 pour 100, et à celle du mètre cube de bois de chauffage dans la proportion de 75 pour 100.
Dans certaines forêts de l'Isère, le stère de bois qui, à raison des difficultés des transports, vaut sur pied 1 fr. seulement, se vend à Grenoble au prix de 1 5 fr. Dans les forêts de Coumefroide et de Piecaussel (Aude], le stère qui vaut fr. 50 c. sur pied,
se vend 22 fr. aux porls de Quillan et de Beleslat* Ces faits, que j'emprunte au rapport sur le reboisement des montagnes, adressé le 17 mai 1845 au ministre des finances par M. Legrand, directeur général des forets, montrent assez le mauvais état dans lequel se trouvent nos voies de vidange. Au surplus, ne sait-on pas que la plus grande partie des bois de construction que nous recevons de l'étranger, et nous eh recevons chaque année pour plus de 60 millions, se consomme dans le Doubs, le Jura, le Haut et le Bas- Rhin, c'est-à-dire dans nos départements les plus boisés. On estime que les frais de transport entrent en moyenne pour moitié dans le prix du bois rendu au centre de consommation, et comme on a calculé, d'autre part, que ce prix s'élevait, par année, à la somme de 500 millions, il en résulte que le transport des bois, dans notre pays, occasionne une dépense annuelle de 250 millions. On voit par là combien la société est intéressée à l'amélioration des moyens d'exportation des produits forestiers. Quand on a élevé une statue à Jean Rouvet, l'inventeur du flottage sur la Cure (Yonne, 1549), on a reconnu et récompensé un des plus grands services qu'un citoyen pût rendre à son pays.
En définitive, les voies de transport font évidemment défaut aux bois, et pourtant ils en ont un plus grand besoin que les autres produits ; d'abord, parce qu'ils sont plus éloignés des populations ; ensuite, parce que les forêts ne sont pas susceptibles de se grouper comme
les cultures arables autour des habitations. Et s*il est vrai qu*à raison du morcellement des héritages, une grande partie des productions de la terre est consommée par les cultivateurs eux-mêmes, il n'en est pas de même pour les bois, dont la moindre part au contraire reste au propriétaire ou au régisseur.
De toutes les voies qui peuvent servir au transport des bois, celle qu'il conviendrait surtout d'améliorer, c'est le cours d'eau. Un cheval traîne péniblement 1000 kilogrammes sur une bonne route. D'après M. Michel Chevalier, un homme en tire aisément 150,000 sur un canal. Cet exemple suffît pour prouver l'immense utilité qu'aurait l'appropriation de nos cours d'eau au transport des bois et les regrets que doit inspirer notre négligence à cet égard.
La France ne possède que 11,000 kilomètres de cours d'eau navigables, et sur les canaux, le transport des bois est entravé par l'étroitesse des biefs d'une part et l'énormité des tarifs de l'autre. Quant aux cours d'eau flottables, qui pour la vidange sont d'une si grande ressource, c'est à peine si on en compte 3000 kilomètres. Cette situation est assurément bien misérable, et, avouons-le, inexcusable, dans un pays qui, sous le rapport hydrographique, a été si admirablement doté.
Le perfectionnement des moyens de vidange est donc une des améliorations auxquelles les agents chargés de faire l'aménagement d'une forêt, doivent accorder le plus d'attention.
Après avoir exposé rinsuffisance de ces moyens, ils indiqueront toutes les mesures qu'il y aurait à prendre pour y remédier.
Ces mesures consisteront pour les routes et chemins : 1*^ dans la rectification ou la réparation des voies existantes; 2** dans la création dévoies nouvelles, s'il y alieu.
Dans l'un comme dans l'autre cas, il faudra rédiger un avant-projet des travaux à faire; fixer la direction et les principaux points de passage des voies nouvelles; indiquer la largeur et la pente qu'il conviendra de leur donner; justifier leur utilité et pour cela montrer qu'elles seront susceptibles de satisfaire à toutes les exigences de la vidange; établir leur degré d'urgence, d'après la marche des exploitations; dresser enfin un devis approximatif de la dépense que les travaux nécessiteront.
En ajoutant l'intérêt du capital employé à l'exécution de ces travaux, aux frais annuels que leur entretien réclamera, et en retranchant cette somme de celle représentant l'économie que les travaux permettront de réaliser sur le coût du transport, on aura la mesure exacte des avantages que l'Etat en retirera.
Je dis l'État, car s'il s'agissait d'un autre propriétaire, le bénéfice que les chemins seraient susceptibles de lui rapporter, ne se calculerait pas de la même façon. Ce qu'un particulier poursuit en effet exclusivement quand il ouvre un chemin pour la vidange de ses coupes, c'est l'augmentation du prix de ses bois sur place. Il spécule donc sur cette considération qu'à
raison de la diminution des frais d'extraction, les adjudicataires lui donneront un prix plus élevé de sa chose ; mais la diminution des frais de transport, qui est le résultat nécessaire de la création d'un chemin, ne tourne pas toujours seulement au bénéfice du propriétaire ; il y en a une part plus ou moins grande dont profite le consommateur, quand elle a pour effet de rendre le bois moins cher ; or, cette part qui ne constitue pas un avantage pour le particulier, en constitue au contraire un pour rÉtat ; car son intérêt ne se sépare pas de celui du consommateur.
Si Ton a le choix entre plusieurs voies et qu'on veuille comparer leurs avantages respectifs, on se rappellera que le prix de Tusage d*une voie dépend de trois éléments : 1*" les frais de construction de la voie; 2** les frais d'entretien ; 3* les frais de traction ou le prix de la force motrice.
L'effort pour tirer 1000 kilos est de 18 kilos 50 sur une bonne route, tandis que sur un chemin de fer il est de 5 kilos 34 seulement ; mais la construction d'une bonne route coûte à peine 20,000 fr. par kilomètre, tandis qu'un chemin de fer coûte 4 à 500,000 fr. pour la même distance.
358 DES AMÊLIORATIOINS.
ARTICLE V
AMÉLIOEATIONS RELATIVES A LA SURVEILLANCE ET A L'ENTRSTIEN*
Surveillance. Le service des forêts relatif à la surveillance laisse en général beaucoup à désirer, moins peut-être à cause de Tinsuffisance du personnel ^ que par suite de la mauvaise organisation des triages. Dans certaines localités ils sont trop étendus; dans d'autres ils ne le sont pas assez. Dans les forêts domaniales, la contenance de chaque triage est en moyenne de 500 hectares. C'est une règle qui paraît adoptée par Tadministration et qu'on applique sans tenir assez de compte, peut-être, des difficultés plus ou moins grandes de la surveillance. Il est cependant évident que les bois situés sur la rive d'une forêt sont plus exposés aux délits et plus difficiles à garder, que ceux situés au centre et dont on ne peut par conséquent sortir qu'en traversant les autres.
L'étude de l'organisation des triages rentre en conséquence dans les attributions des aménagistes» Ds proposeront aussi, s'il y a lieu, une augmentation du personnel, désigneront l'emplacement le plus convenable pour les maisons forestières qu'il pourrait être nécessaire de construire, les grosses réparations que réclameraient celles existantes, et feront connaître le chiffre approximatif de la dépense.
Entretien. Il ne suffit pas de construire des routes, il faut les entretenir, sous peine de perdre tous les fruits d'une dépense considérable. Il résulte des expériences faites par M. Morin, directeur du Conservatoire des arts et métiers, que si on représente par 1 la résistance présentée à une charrette par une bonne route empierrée, cette résistance devient égale à 4,35 pour une route empierrée, mais très-dégradée. M. Séguret a prouvé d'un autre côté dans les Annales forestières, que sur un bon chemin, le bois de chauffage peut parcourir en moyenne 32 lieues, sans que sa valeur soit absorbée par les frais de transport, tandis que sur un mauvais chemin, il ne peut pas en parcourir plus de 5.
Le meilleur moyen, le plus efficace et le moins coûteux, de tenir les chemins en bon état, c'est de réparer immédiatement les moindres dégradations qui s'y produisent. Pour cela, il faut des cantonniers. On en indiquera le nombre et on fera connaître aussi les frais qu'ils occasionneront.
Les routes et chemins ne sont pas les seules choses qui demandent à être entretenues avec soin. Les fossés, les pépinières et les plantations réclament de leur côté des travaux, pour ainsi dire incessants, et il serait certainement fort utile d'avoir pour y procéder, des employés spéciaux. Dans tous les cas, ces travaux sont susceptibles d'entraîner chaque année des frais dont les aménagistes apprécieront le montant.
ARTICLE VL