‹ Études sur l'aménagement des forêtsChapitre 13 sur 71 · POINTS A EXAMINER · texte numérisé non relu

POINTS A EXAMINER

Après avoir étudié une forêt dans son ensemble, eu égard seulement aux grandes divisions ou cantons dont elle se compose, il est nécessaire de l'étudier dans ses détails et de décrire, pour chaque division ou canton, toutes les parties caractérisées par Tune des particularités qui sont de nature à influer sur le traitement applicable à un massif.

Ces particularités sont :

V L'âge des bois. — Il est évident que c'est presque toujours la circonstance déterminante dans la fixation de Tépoque à laquelle un massif doit être régénéré.

2** La nature des esseiices. — Des bouleaux ne sauraient être exploités au même âge que des chênes ou des hêtres. Des résineux ne peuvent pas être soumis aux mêmes traitements que des bois feuillus.

3* Vétat de la végétation. — Cet état permet de reculer plus ou moins le moment de la régénération.

4 La qualité du sol. — Selon que le sol sera substantiel ou maigre, profond ou sans profondeur, perméable ou imperméable, un massif pourra être conduit jusqu'à un âge plus ou moins avancé, et* sera plus ou moins susceptible de se régénérer et de se perpétuer par les souches.

5' Uexposition et la situation. — A l'exposition du nord, la végétation et les dangers qui la menacent sont tout autres qu'à celle du midi. L'exposition doit donc être prise en considération dans le choix du traitement; la situation et surtout l'altitude doivent l'être également, car elles n'exercent pas moins d'influence sur la croissance des bois.

Chacune des circonstances que je viens d'énumérer doit être soigneusement examinée, lorsqu'on veut régler d'une manière rationnelle le traitement d'une forêt.

Pour assurer cet examen, voici comme on procède.

ARTICLE II

ou PARCELLAIRE

On commence par diviser chaque canton en autant de parties qu'il y existe de peuplements différents par l'âge; cela fait, si ces parties en renferment ellesmêmes de dissemblables sous le rapport des essences, de l'état de la végétation, de la nature du sol, de l'exposition ou de la situation, on les subdivise en autant de parcelles qu'il y a d'essences,

d'états de végétation, de qualités de sol, d'expositions et de situations particulières.

Telle est l'opération connue sous le nom de j»arcellaire. C'est une des plus importantes de l'amena* gement, comme nous le verrons plus tard, et comme il est facile d'ailleurs de le comprendre dès à présent.

Le parcellaire esl^ en effet, indispensable pour qu'on puisse circonscrire les coupes, dresser le plan d'exploitation, parce que seul il permet de rapprocher, de grouper les peuplements qu'il convient de régénérer à la même époque et par le même mode.

La parcellaire ne saurait donc être fait avec trop d'attention, et son élément, la parcelle, peut se définir, d'après les explications que je viens de donner: une portion de forêt homogène , quant à l'âge j à l'essence et aux conditions de végétation, et, par conséquent, dont toutes les parties constituantes sont susceptibles d'être soumises au même traitement.

Cette définition, que je n'invente pas, que j'emprunte à la tradition, est fort claire et me dispenserait d'entrer dans de nouvelles explications, si les diversités d'état que présente une forêt étaientjamais bien tranchées, bien évidentes ; si l'homogénéité parfaite, quant au peuplement, ne se renfermait pas presque toujours, dans des limites extrêmement étroites. Malheureusement nos forêts sont, en général, fort irrégulières ; et si on voulait y séparer les unes des autres, en prenant et en appliquant à la lettre la définition de la parcelle, toutes les parties dissemblables par un des caractères que j'ai signalés, on

arriverait à y former presque autant de parcelles qu'il y aurait d'arbres, ce qui enlèverait évidemment au parcellaire toute utilité.

il faut ici chercher une règle qui empêche que le parcellaire ne dégénère en une opération trop minutieuse ; or, cette règle est indiquée par le but que Ton veut attemdre : Quel est ce but? — : Nous le savons déjà : c'est la connaissance et la réunion de tous les peuplements susceptibles d'être régénérés à la même époque et par le même mode. Mais la culture nous enseigne qu'il y a, pour l'exploitation des bois, deux méthodes principales : la méthode du jardinage, qui consiste à prendre chaque année ça et là, sans s'astreindre à aucune limite de contenance, les arbres les plus âgés ; la méthode des coupes régulières et de proche en proche, dont une des exigences est, au contraire, la concentration de la coupe annuelle dans une circonscription aussi étroite que possible. Nous n'avons pas à nous occuper de la première de ces méthodes, car elle est inconciliable avec l'aménagement pris dans son acception scientifique; et si nous interrogeons la portée de la seconde, nous reconnaîtrons que, puisqu'elle exige que chaque année l'exploitation soit concentrée dans une certaine circonscription, la contenance lapins petite que l'on puisse donner à une parcelle est la contenance au-dessous de laquelle l'étendue d'une coupe ne saurait descendre sans inconvénients palpables; étendue variable, du reste, suivant les localités, selon Je propriétaire.

Quelle que soit, par conséquent, l'irrégularité

AMÉNAGEMENT DES FORÊTij. 4

d'un peuplement, on doit considérer comme l'élément irréductible du parcellaire, une portion de ce peuplement égale au moins en étendue à la plus petite coupe annuelle possible; y ajouter le peuplement environnant, pour le confondre dans la môme parcelle, s'il participe de la même irrégularité; le séparer, dans le cas contraire, pour en faire une parcelle distincte, si son étendue est d'ailleurs assez grande *.

Nous tirerons une autre conséquence du même principe : c'est que, dans le tracé des lignes séparalives de parcelles, il n'est pas nécessaire de s'astreindre à suivre tous les contours, toutes les sinuosités indiquées par les changements d'état du peuplement, et qu'il est même convenable de redresser ces lignes toutes les fois qu'il s'agit de ne transporter, d'une parcelle dans la parcelle voisine, que des portions peu étendues.

Quant à la limite supérieure pour la contenance des parcelles, il n'y en a rigoureusement pas ; en sorte que, si une forêt était, par exemple, située en plaine, composée de bois de même âge ou régulièrement entremêlés, tout à fait homogène, enfin, quant aux conditions de peuplement, de sol, de climat, de

1. Od m'a fait remarquer qu'au moment où on procède au parcellaire, on ne connaît pas encore retendue de la coupe annuelle. Cela est vrai puisqu'on ne connaît pas la possibilité, mais on sait déjà quelle est l'importance qu'il convient de donner à une coupe, pour qu'elle puisse se vendre avantageusement et dans des conditions qui en favorisent la régénération. Au reste, je conviens que, dans les futaies surtout, il est impossible de prévoir exactement quelle sera l'étendue de la coupe annuelle, mais il s'agit ici d'une approximation. (Note de la 2» édition.)

situation, son parcellaire deviendrait inutile, la marche des coupes pouvant indifféremment avoir lieu dans un sens ou dans un autre.

Ainsi, voilà qui est bien convenu : Quelles que soient les diversités d'état qui existent dans une forêt, il n'y a pas à en tenir compte lorsque leur expression superficielle, s'il est permis d'employer ces termes, descend au-dessous d'une certaine limite. Voyons maintenant s'il ne convient pas de laisser, en outre, quelque latitude aux aménagisles, en ce qui concerne l'appréciation des dissemblances ellesmêmes, suivant qu'elles sont relatives à l'âge ou aux essences, à la végétation ou au sol, à la situation ou à l'exposition.

Dissemblances relatives à Vâge. — Puisque l'âge est la circonstance qui sert de base, dans la plupart des cas, pour fixer l'époque de la régénération d'un massif, la différence d'âge doit être prise, avant tout, en considération, dans la formation des parcelles. C'est d'ailleurs celle qui attire la première les regards et qui est la plus évidente ; mais s'arrêtera-ton devant une différence d'un an? — Le simple bon sens répond que non : d'abord, parce que cette différence serait fort difficile à reconnaître; ensuite, parce que ce n'est point un aussi petit écart entre les âges, qui pourrait en motiver un entre les époques d'exploitation; enfin, parce que dans les futaies, la régénératiqn ne pouvant, en général, avoir lieu sur une place donnée qu'en plusieurs fois, il en résulte nécessairement que, sur cette même place, il y aura entremêlés des bois qui ne sauraient être aussi exacte-

menl âgés les uns que les autres. 11 faut s'arrêter, dans le parcellaire, aux différences qui frappent Toeil, et non à celles qui ne pourraient être constatées que par le comptage des couches concentriques. Voilà la règle, et par conséquent, dans les futaies, on considère comme étant de même âge des bois entre lesquels il n'y a pas un écart de plus de 12 à 15 ans. On adopte, dans les taillis, des limites moins larges. En effet, les différences d'âge y sont ordinairement bien plus apparentes; non seulement parce que la croissance des rejets de souches est, quand ils sont jeunes, plus rapide que celle des brins de semis, mais parce qu'il y a nécessairement plus d'homogénéité dans les peuplements dont la régénération remonte à la même époque, leur exploitation ayant lieu, comme on sait, à blanc étoc.

Dissemblances relatives aux essences. — Après l'âge vient l'essence, dans l'examen des particularités qui peuvent motiver la formation d'une parcelle. Ici, il ne saurait s'élever des doutes, et toutes les fois qu'un massif renfermera, sur une étendue plus grande que celle qu'il conviendrait de donner à une coupe annuelle, un peuplement dont l'essence dominante différera, au point de vue de la longévité surtout, de celle des bois environnants, on fera de ce peuplement une parcelle distincte.

Dissemblances relatives à tétat de la végétation. — On agira de même qu'il est dit ci-dessus, pour l'état de la végétation, toutes les fois qu'à âge égal, les essences étant les mêmes, cet état sera manifestement assez mauvais, sur une étendue au moins

égale à celle d'une coupe, pour que l'on soit obligé d'avancer l'époque de la régénération, d'un nombre d'années plus grand, que l'écart reconnu admissible entre les âges des sujets appartenant à la même parcelle.

Dissemblances relatives à la situation et à Pexposi-tio7i, — Si le partage de la forêt en cantons a été fait conformément aux principes que j'ai émis, le climat, dans son acception générale, n'exercera aucune influence sur la formation des parcelles. L'exposition ne saurait en avoir beaucoup — quoiqu'elle soit au nombre des principales causes des accidents météoriques qui affectent une contrée — attendu qu'il en aura été tenu compte indirectement dans la subdivision des parcelles, eu égard aux dîtïéfences de la végétation. Mais la situation peut rendre plus ou moins facile l'exploitation et la vidange. Elle motiverait par conséquent la subdivision d'une parcelle, dont les parties seraient placées dans des conditions sensiblement ditTérentes, sous ce double rapport.

Dissemblances relatives au sol. — Le sol ne vient qu'en dernier lieu, dans la série des circonstances que l'on doit apprécier, quand on effectue le parcellaire d'une forêt. Cela s'explique par la difficulté d'en constater la qualité absolue et par le signe d'après lequel on juge le plus communément de sa qualité relative : ce signe est l'état de la végétation. Presque toujours, le parcellaire, modifié d'abord d'après les essences dominantes, puis d'après l'état de la végétation, n'aura pas besoin de l'être par

suite des différences de qualité que pourrait présenter le terrain. Toutefois, puisque la mauvaise qualité du sol n'est pas la seule circonstance, qui soit de nature à entraver la croissance des végétaux, il pourrait arriver que des parties de terrain, profondes et substantielles, eussent été comprises dans une même parcelle, avec des parties maigres et sans profondeur, parce que les premières seraient couvertes d'un peuplement mal venant. Dans ces cas, certainement très rares, et dont on constaterait Texistence au moyen de quelques sondages, il faudrait évidemment faire des parcelles distinctes avec les bons et les mauvais terrains.

Le parcellaire est en définitive, comme on peut en juger par ce qui précède, une opération moins compliquée qu'elle ne parait Têtre au premierabord. Lorsqu'il est terminé, on exécute le levé des parcelles qu'on rapporte ensuite sur le plan de la forêt, et on procède, à l'aide de ce plan, h l'examen ainsi qu'à la description détaillés du peuplement et des conditions dans lesquelles il se trouve.

ARTICLE III

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