‹ Études sur l'aménagement des forêtsChapitre 14 sur 71 · DESCRIPTION SPÉCIALE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION SPÉCIALE

Tout n'est pas fini lorsque les parcelles ont été délimitées, levées et rapportées; il reste à les décrire, à en donner une idée aussi complète que possible; car c'est cette description qui décidera de la place qu'elles occuperont dans le plan d'exploita-

tion, de Tépoque à laquelle elles devront être régénérées, el, en un mot, de la destination qu'on leur donnera.

Après avoir indiqué la contenance d'une parcelle, on fera donc connaître les essences qu'elle renferme, leur âge, leur état de végétation et de consistance, la durée probable du temps pendant lequel elles pourraient rester sur pied sans dépérir. On dira quelle est la nature de la base minéralogique, quelle est la composition de la terre végétale, son élément dominant, sa profondeur, Tétat de sa superficie. On dira aussi à quelle altitude approximative la parcelle est située, quelle est son exposition, quels sont les accidents météoriques qu'elle pourrait avoir à redouter, quelle est la voie de vidange par laquelle s'exportent ses produits. Un examen attentif, prolongé, réfléchi, est nécessaire pour que la description d'une parcelle en montre nettement les traits saillants, essentiels. J'essaierais vainement de poser des règles afin que cette description atteigne son but. La manière dont il faut s'y prendre pour apprécier un peuplement, l'aptitude à dégager Tétat moyen de ce peuplement, de l'espèce de confusion que produisent au premier aspect les variétés d'âge, d'essence, de forme et de consistance qui frappent les les regards; cela ne s'enseigne guère; cela est presque un don naturel. Il y a des gens qui ne savent pas voir un peuplement ; qui sont par conséquent incapables de le décrire; soit que la dernière impression efface chez eux toutes les autres, en sorte que, s'ils aperçoivent, en achevant la reconnais-

sance, un bouquet de chênes ou de bouleaux, par exemple, ils croient n'avoir vu que des chênes ou des bouleaux ; soit que les nuances qui passent sous leurs yeux s'entremêlant dans leur esprit, ils fassent de vains efforts pour les retenir; soit qu'ils ne puissent dès lors résumer leurs diverses observations. Ces gens-là ne seront jamais de bons aménagistes. Il y a entre le coup d'œil du forestier et celui du paysagiste une analogie frappante, qui me permettra de compléter ma pensée : Tous ceux qui se sont occupés de dessiner d'après nature ont dû, à leur début, éprouver quelque embarras à grouper tous les détails qui s'offraient à leur vue; à distinguer ce qui était du premier, du deuxième ou du troisième plan ; à masser, pour nous servir de l'expression technique, le feuillage d'un arbre : Au bout de quelque temps, les uns y sont parvenus; les autres, au contraire, n'ont jamais pu saisir les rapports existants entre les parties d'un groupe, et en représenter la physionomie générale. Il en est de même des forestiers. Il y en a parfois qui ne savent pas lier leurs impressions et leurs idées, les classer, voir les choses dans leur ensemble, dans leurs caractères principaux. Ceux-là sont inhabiles à faire une bonne description; ils se donneront beaucoup de peine pour fixer dans leur mémoire chaque particularité, au fur et à mesure qu'elle se présentera devant eux, et on ne pourra tirer aucun profit de leur examen, quand il s'agira de dresser le plan d'exploitation.

ARTICLE IV RÉsuiiâ

La reconnaissance spéciale de la forêt exige qu'on en fasse d'abord le parcellaire.

Celte opération consiste à subdiviser chacun des cantons qu'elle comprend, en autant de portions distinctes et séparées, qu'il y a de différences bien tranchées dans la composition et les conditions de végétation du peuplement.

Cette subdivision, subordonnée d'abord à l'âge des bois, à la nature des essences et h l'état de la végétation, est modifiée ensuite, s'il y a lieu, conformément aux dissemblances relatives au sol, à la situation, à l'exposition.

Il est impossible de fixer d'une manière précise, la limite minimum au-dessous de laquelle la contenance d'une parcelle ne doit pas descendre; seulement il faut éviter, si la parcelle est couverte de bois, de lui donner une contenance inférieure à celle que devrait avoir une coupe annuelle.

Quand le parcellaire est terminé, on a soin de faire arpenter, et rapporter sur un plan, toutes les parcelles que cette opération a eu pour résultat d'établir. On donne à ces parcelles des signes distinctifs; on les désigne par des lettres ou des numéros, afin de les reconnaître facilement; mais, comme on le verra plus tard, cette désignation n'est que provisoire.

Enfin, on procède à la reconnaissance détaillée de chaque parcelle, reconnaissance qu'on ne saurait faire en même temps que le parcellaire, attendu qu'on a besoin, pour ne pas se tromper dans Tappréciation d'un peuplement, d'en connaître avant tout la contenance, et que ce renseignement n'existe pas encore au moment oîile parcellaire s'effectue.

Un cahier spécial, dans lequel sont transcrits les résultats de cette reconnaissance, forme ce qu'on est convenu d'appeler le cahier de la description spéciale.

ARTICLE V

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