Voir pagiVi ."1 o.\. suivantes
sur le terrain, au moyen de laies sommières et soparalives, de fossés, de bornes et de numéros indicateurs.
Le plan d'exploitation se trouverait parfaitement on harmonie avec les principes que nous avons posés dans le premier chapitre de cette étude : la production maximum serait assurée, puisque chaque parcelle arriverait en tour d'exploitation à Tépoque correspondante à son âge d'exploitabilité; les règles sur Tassiette des coupes seraient observées, d'après la supposition que nous avons faite; et le rapport soutenu serait réalisé, puisque les conditions de végétation étant les mêmes pour toutes les parcelles, chaque coupe donnerait, à surface égale, un produit égal; enfin, la méthode d'exploitation du taillis simple consistant à couper, à blanc étoc, les peuplements destinés à être régénérés, il enrésulte que l'on peut préciser l'année et l'emplacement où chaque coupe devra être effectuée, et que les prescriptions du plan d'exploitation, à ce sujet, se concilient avec les exigences de la culture.
Ce plan ne serait cependant pas complet, si l'on n'y ajoutait, comme annexe, les indications nécessaires, relativement aux coupes d'amélioration (nettoiements) que l'état du peuplement pourrait réclamer.
Les nettoiements dans les taillis n'ont, en général, aucune importance, au point de vue de leur rendement en matière ou en argent ; ils en ont une plus ou moins grande, quelquefois nulle, au point de vue cultural; il n'était donc pas nécessaire
J80 AMENAGEMENT DES EOHÉTS.
de les faire figurer dans le tableau d'exploitation qu'ils auraient compliqué sans utilité.
L'aménagement d'une forêt, placée dans les conditions favorables que nous avons admises, serait, comme on le voit, bien facile à faire; mais ces conditions sont, on peut le dire, imaginaires : Nos forêts offrent, presque toutes, une grande irrégularité de peuplement qui tient, en partie, à la nature même des choses, et qui éloigne plus ou moins ces forêts de celle que nous avons prise pour type : tantôt, c'est l'âge d'exploitabilitéqui n'est pas le même pour tous les massifs, qu'on voudrait comprendre dans le même aménagement; tantôt, c'est la gradation des âges qui est insuffisante ou qui ne s'accorde pas avec les règles d'assiette des coupes; ou bien, c'est la puissance productive du sol qui est inégale... et ces circonstances fâcheuses font, du règlement d'exploitation, une opération quelquefois très délicate et très ardue.
Examinons successivement les principaux embarras qui peuvent se produire, et cherchons les moyens de les surmonter.
Ces embarras sont presque toujours complexes et contradictoires, en ce sens qu'il est rarement possible de remédier à un inconvénient, sans en faire naître un autre.
La question est donc de savoir, entre deux maux, choisir le moindre.
ARTICLE II
CLASSEMENT DES PAUCSLLE9 SUIVANT l'aQE D*EXPL0ITABIMTK
Cette considération de Tàge d'exploitabilité est celle qui se présente la première à l'esprit, quand on veut procéder au classement des parcelles dans le tableau d'exploitation.
Rien de plus facile que de s'y conformer, lorsque l'âge d'exploitabililé est le même pour toutes les parcelles de la forêt, et qu'aucune raison ne s'oppose «i ce que les peuplements, que renferment ces parcelles, puissent rester sur pied jusqu'à l'époque correspondante à cet âge.
Mais Tâge d'exploitabilité étant le même pour toutes les parcelles, il arrive souvent que, par suite, soit d'une exploitation vicieuse, soit d'un abroutissement, d'une gelée ou de toute autre cause accidentelle, le peuplement d'une ou plusieurs d'entre elles exige une exploitation anticipée. Les faits de ce genre sont consignés dans le cahier de la description spéciale; on doit y avoir égard, et, pour cela, on classe les parcelles dans les colonnes du tableau qui correspondent, non à l'âge normal d'exploitabilité, mais à l'âge où elles devront être réellement exploitées, par suite de l'état accidentellement mauvais de la végétation.
Lorsque l'âge d'exploitabilité n'est pas le même pour toutes les parcelles, on adopte néanmoins toujours, pour base du règlement d'exploitation, l'âge
182 AMKNAGKMENT DKS FOlUJS.
d>xpIoitabilité le plus reculé, et Ton partage en conséquence le tableau de classement, en autant de colonnes qu'il y a d'années dans cet âge. On colloque ensuite les différentes parcelles dans ces colonnes, de manière que chacune d'elles arrive périodiquement en tour d'exploitation à l'âge qui lui convient; mais, pour cela, il faut que l'âge d'exploitabililé le plus reculé soit un multiple des autres, et, alors, on fait figurer chaque parcelle dans le tableau, autant de fois qu'il y a d'unités dans je quotient de cet âge d'exploitabilité par le sien. Une parcelle en châtaigniers qui serait, par exemple, exploitable à 10 ans, figurerait deux fois dans le tableau d'exploitation d'une forêt, dont la révolution serait fixée à 20 ans. Lorsque certaines parcelles ont un âge d'exploitabilité, qui n'est pas renfermé un nombre exact de fois dans la révolution adoptée, elles ne peuvent être comprises dans le même aménagement, à moins qu'on ne se résigne à les couper avant ou après leur âge d'exploitabilité, ou qu'on ne les destine à une transformation qui les ferait rentrer dans les conditions désirables. Si un peuplement, exploitable à 15 ans, appartenait, par exemple, h une forêt dont le surplus serait exploitable h 20, on pourrait classer ce peuplement dans le tableau d'exploitation de manière à le faire arriver en tour d'exploitation, dans la première révolution, à l'époque correspondante à son âge d'exploitabilité de 15 ans; seulement, pour le maintenir dans l'aménagement sans être forcé de modifier à chaque révolution le plan d'exploitation, il faudrait, à partir au moins de la
l)i: PLAN' D'KXPLUITAÏION. 183
deuxième, ou porler à 20 ans son âge d'exploitation, ou le réduire à 10, ou substituer à Tessence formant le peuplement, une essence dont Tâge d'exploitabilîlé serait conciliable avec celui des autres parcelles.
La divisibilité de Tâge d'ex;ploitabilité le plus reculé par les autres, est donc la seule condition rigoureusement indispensable, pour que Ton puisse comprendre, dans le même aménagement, des parcelles dont Texploilabilité différerait; mais on verra que cette différence est souvent un obstacle h Tapplication des règles d'assiette et rend, dans tous les cas, l'établissement du rapport soutenu d'autant plus difficile, que les parcelles exploitables à l'âge le plus reculé, sont moins nombreuses par rapport aux autres. Aussi, dans la pratique, adopte -t-on, pour base du classement, l'âge d'exploitabili té qui convient h la majorité des parcelles, et laisse-t-on en dehors de l'aménagement tous les peuplements exploitables h un âge plus avancé, lorsqu'on croit devoir se conformer à leur âge d'exploitabilité.
Quant aux parcelles exploitables à une époque plus rapprochée, leur classement se fait comme je Tai indiqué.
Une fois le classement des parcelles établi d'après les considérations précédentes, il faut voir s'il est en harmonie avec les règles sur l'assiette des coupes.
«85 AMENAliKMKNT DES FOHCTS.
ARTICLE III
classement dks parcelles conformément kv\ rkoliîs d'a»8Iettk des coupes
Les parcelles de la forêl que nous avons h aménager, se trouvent dans des conditions de végétation tout à fait identiques; les essences dont elles sont peuplées, laconsistance qu'elles présentent, le sol sur lequel elle reposent, les influences climatologiques auxquelles elles sont soumises, sont les mêmes. Elles ne différent que par la contenance et par l'âge; mais on remarque qu'en additionnant les contenances des parcelles de même âge, on obtient, pour chacun des âges que présente la suite des nombres de i à 20, le même total.
Cet état de choses, que je suppose constaté par le tableau d'exploitation, dont j'ai donné plus haut le modèle, est-il suffisant pour constituer un état normal?
Non, car s'il remplit deux des conditions auxquelles j'ai dit que le plan d'exploitation devait satisfaire, il n'est pas prouvé qu'il remplisse la troisième ; s'il s'accorde parfaitement avec le principe qui veut que les peuplements arrivent en tour d'exploitation à l'époque correspondante à l'âge d'exploilabilité; s'il s'accorde aussi bien avec celui qui demande que les exploitations soient distribuées, dans le cours de la révolution, de manière à procurer chaque année un produit soutenu ; rien ne démontre qu'il se concilie
DU PLAN D'KXPLOITATION. 18;i
avec les règles sur T assiette des coupes, o^ègles que voici * :
1** Dans une même série d'exploitation, les coupes doivent être assises de manière à se succéder de proche en proche, et recevoir la forme la plus régulière possible.
T Elles doivent être disposées de manière que les bois d'une coupe en exploitation, ne soient pas dans le cas d'être transportés à travers d'autres coupes précédemment exploitées.
3° Dans toute forêt ou série d'exploitation, les coupes doivent être assises, de manière que celles qui sont à exploiter au commencement de la révolution, se trouvent placées du côté du nord ou de l'est, et les dernières, du côté du sud ou de l'ouest.
4*" En montagne, il faut couper d'abord les parties inférieures, et conserver les supérieures pour les dernières exploitations.
5** Dans tous les cas, les coupes en montagne, autant que les localités le permettront, devront être longues et étroites, et présenter leur moindre largeur aux vents dangereux.
Il faut donc que notre plan d'exploitation ne contrarie pas l'application de ces règles ; or, en l'examinant de près, on reconnaît qu'il s'y oppose sur plusieurs points : ainsi, une parcelle qui n'aque 5 ans, est contiguë à une autre âgée de 15 ans et qui, si l'on ne modifiait pas le classement, devrait être exploitée 10 ans plus tard. Une troisième parcelle se
\. J'emprunte ces règles au Cours de culture de MM. Loreulz et Parade.
186 amkna(;'':miî:nt d'^s FOiurrs.
trouve, en penle, immédiatement au-dessus d'une quatrième qui est moins âgée. Les parcelles les plus âgées sont situées précisément du côté du sud, d'où viennent les vents les plus violents. Enfin, aucune des coupes n'offre, sous le rapport de la forme, la régularité convenable...
Que faire en présence d'une pareille situation?
Si on maintient Tordre des coupes fondé sur Tàge d'exploilabilité, il en résultera des inconvénients; si on le modifie pour le conformer aux prescriptions des règles d'assiette, ces inconvénients disparaîtront, mais ils seront remplacés par d'autres. Quel que soit le parti que Ton prenne, il faut d'avance se résigner à des sacrifices. Seulement, ces sacrifices peuvent être plus ou moins considérables, et c'est à les diminuer que Ton doit tendre naturellement. Je ne saurais indiquer le moyen infaillible d'arriver, sous ce rapport, à la meilleure solution. La nature des choses ne le comporte pas. Je ne peux qu'exposer les principes généraux qui me paraissent propres à éclairer le jugement de l'opérateur, et àTempêcher de faire fausse route.
Les principales circonstances qui influent sur l'importance de l'application des règles d'assiette, sont : la configuration du sol et le mode d'exploitation.
C'est en montagne que l'assiette des coupes réclame une attention toute particulière, parce que les accidents météoriques y sont plus nombreux et plus violents que dans la plaine, et que, d'ailleurs, ta déclivité du sol augmente naturellement les
Di: PLAN D'EXPLOITATION. 187
dilTicultés de la surveillance, de rexploilalion el do la vidange.
Mais c*esl dans les futaies que la dérogation aux règles d'assiette est surtout dommageable. Dans les laillis, el dans les taillis simples notamment, les deux premières règles sont, en général, les seules qu'il soit véritablement utile d'observer; en effet les vents, dont les trois autres ont pour objet d'atténuer l'action, ne sont guère à redouter pour le sousbois, qui croit à l'étal serré jusqu'au moment de son abatage; qui ne s'élève jamais beaucoup et qui est toujours assez flexible pour plier, sans se rompre ou se déraciner, sous TefTorlde la tempête.
Quels que soient, au reste, les motifs qui rendent l'application de telle ou telle règle, utile et même nécessaire, il n'est pas indispensable, pour que cette application atteigne le but désirable, qu'elle assujettisse à la même loi toutes les coupes h faire durant la révolution. Il y a, dans le nombre des coupes dont on veut déterminer l'assiette, une limite au delà de laquelle les avantages de certaines règles disparaissent complètement. Ainsi, lorsqu'il s'agira d'appliquer la première règle, qui demande que les coupes soient assises de manière à se succéder de proche en proche, on pourra souvent, sans renoncer à aucun des avantages d'une semblable disposition, partager la révolution en périodes *, et ne réaliser l'ordre régulier que pour les coupes de chacune do ces périodes, envisagée séparément.
4. On sait que la période est une partie aliqiiote de la révolution.
1H8 AMENAGKMKNT l)!::S FORKTS.
Les règles d'assielte neVaccordenl pas toujours entre elles. Il arrive même fréquemment que Tapplication de Tune met obstacle à l'application de Tautre. Celte opposition est la difficulté à laquelle il faut remédier d'abord, en choisissant, entre les deux règles qui se contrarient, celle qui emprunte à la configuration du sol, à la nature du climat, à Télal (lu peuplement, la plus grande importance .
Ily a une règle, la deuxième, qui est indépendante de Tordre des exploitations, en ce sens que, quel que soit cet ordre, elle peut être observée au moyen de Iravaux d'art plus ou moins coûteux. Il faudrait que ces Iravaux fussent bien considérables pour qu'on s'abstînt de les faire, en présence des inconvénients qui résulteraient de Tinobservation môme partielle des règles d'assiette. L'intérêt du capital dont lesdits travaux nécessiteraient l'emploi, comparé à la perte que subirait la production annuelle, si on laissait les choses dans le sfatu çiiOj servira de guide dans les appréciations de cette nature.
C'est à l'aide de ces principes, que Ton se fixera sur l'ordre dans lequel il serait à souhaiter que les parcelles de la forêt à aménager se succédassent, et sur les changements qu'il y aurait lieu d'introduire, en conséquence, dans le classement de ces parcelles.
Comparons maintenant les inconvénients qui résulteraient de la non- observation des règles d'assietle, à ceux que leur application entraînerait.
Le plan d'exploitation ayant été établi, d'après
Tâge d'exploilabilité des différentes parties qui constituent la forêt, on ne saurait le modifier, d'une manière quelconque, sans reculer ou avancer, pour un ou plusieurs massifs, Tépoque de l'exploitation, et, par conséquent, sans porter atteinte au produit le plus avantageux, sans amoindrir le revenu que la forêt procurerait dans u^ temps donné, si on renonçait au rapport soutenu.
Tel est le seul inconvénient qu'entraînerait la modification du classement fondé sur Tâge d'exploilabilité.
Quelle est sa gravité ? Est-elle plus grande quand on dépasse l'âge d'exploitabilité que lorsqu'on le devance?
On comprend que ces questions ne comportent pas une solution rigoureusement exacte. Il sérail téméraire d'y répondre d'une manière absolue, soit dans un sens, soit dans l'autre.
On peut dire, cependant, qu'il est presque toujours moins désavantageux de laisser les bois trop longtemps sur pied, que de les couper trop tôt; car, dans le premier cas, on ne perd que sur la quantité, tandis que, dans le second, on est exposé à perdre, à la fois, et sur la quantité et sur la qualité. On a vu, d'ailleurs, dans la théorie de l'exploitabilité, que si le retard apporté à l'exploitation d'un bois est regrettable, parce que, au delà de l'âge d'exploilabilité, ce bois ne s'accroît plus, chaque année, d'une quantité équivalente à l'intérêt que Ton pourrait retirer de son prix, une exploitation prématurée serait bien plus regretlablo
190 AMEISAGEMKNT DES FORKTS.
encore, puisqu'elle porterait atteinte, en même temps au capital et surtout au revenu.
Voilà un premier principe ; en voici un second :
Le préjudice causé par une exploitation prématurée ou tardive, est en raison de la différence qui existe entre râged'exploitabililé et Tâge correspondant H Tépoque de cette exploitation ; d'oà il suit que c'est dans les bois qui sont soumis à de longues révolutions, que les difiicultés de l'espèce peuvent avoir le plus de gravité.
Mais quelle que soit la perte que puissent occasionner les modifications dont je viens de prévoir l'opportunité, il faut considérer qu'elle est subordonnée à des circonstances transitoires, destinées à disparaître ordinairement après laprenotière révolution, c'est-à-dire après le temps nécessaire pour l'établissement de Tétat normal.
Les pertes qui résulteraient de la non-application des règles d'assiette tiendraient, au contraire, à des circonstances permanentes, et se reproduiraient à chaque révolution. Pour qu'il en fût autrement, il devrait s'opérer dans la configuration du sol, dans le climat et dans les autres conditions de la végélalion, des changements évidemment impossibles.
Si, par exemple, l'on n'asseyait pas les coupes de proche en proche, en ayant soin de leur donner la forme la plus convenable, on se condamnerait, pour toujours, à aggraver les difficultés de la surveillance et les dommages inévitables causés par le couvert des arbres voisins, par l'ojcploilation et la vidange des produits.
Si Ton ne s'arrangeait pas de manière à ne point être obligé de transporter les bois d'une coupe en exploitation, à travers d'autres coupes récemment exploitées, chaque année verrait se renouveler el s'augmenter les dégâts fâcheux occasionnés par le charroi des produits, etc.
C'est là un caractère, la permanence des causes de pertes, qui est de nature à peser d'un grand poids dans labalance des inconvénients qu'entraînent d'une part, la dérogation aux règles d'assietle, et, de l'autre, l'exploitation soit avant, soit après l'âge d'exploitabilité.
Ayant à choisir entre une perte de produits, accidentelle et temporaire, et un dommage susceptible de se renouveler tndéfîniment, le choix ne saurait être douteux, et le simple bon sens veut qu'on prenne les dispositions nécessaires, pour faire disparaître la cause du dommage, sauf à ménager la transition de l'état actuel à l'état désirable, de façon à répartir, sur un plus grand nombre d'années, la perle de produits inhérente h une exploitation tardive ou prématurée.
On y arrivera, en ne modifiant qu'en partie la marche des coupes pour les premières révolutions.
Exemple : Il s'agit d'un bois partagé en vingt coupes, situé en pente rapide, dont les exploitations ont toujours été faites, jusqu'à présent, de haut en bas, quoique la violence des vents y soit fort à craindre.
Le maintien d'un pareil état de choses est inadmissible. Il faul renverser Tordre des coupes; mais
on ne peut songer à effectuer ce changement sans transition, puisque de la coupe exploitable on lomberait dans les bois d'un an. On prendra donc les dispositions suivantes :
Pendant la première révolution, les cinq premières coupes seront assises dans les bois âgés actuellement de 16 à 20 ans, en commençant par ceux de 16; les cinq autres, dans les bois âgés actuellement de H à 15 ans, en commençant par ceux de 11 ; les 5 suivantes, dans les bois âgés actuellement de 6 à 10 ans, en commençant par ceux de 6; et les cinq dernières, dans les bois âgés actuellement de 1 à5ans, en commençant par ceux de 1 .
Un an après la première révolution, les cinq coupes situées à la partie supérieure de la pente auront, en commençant par la plus élevée, de 16 à 20 ans ; les cinq autres coupes auront de 1 1 à 1 5 ans ; les cinq suivantes, de 6 à 10 ans, et les cinq plus basses de 1 à 5 ans.
Pendant la deuxième révolution, on commencera les exploitations par la coupe âgée de 16 ans, et on les continuera en remontant successivement jusqu'à la coupe supérieure, qui, alors, aura 25 ans; puis, on se portera à la partie inférieure oti Ton trouvera des bois de 15 ans, et on remontera successivement jusqu'au milieu de la pente, où Ton terminera Tcxploitatiou par des bois de 25 ans.
A partir de la troisième révolution, Tordre définitif sera suivi, et chaque coupe sera exploitée à l'époque correspondant précisément à son âge d'exploitabilité. Le maximum de la différence entre cet
Ï)U PLAN D'KXPLOITATION. i93
âge et celui où aura lieu rexploitation, sera de 5 ans, tantôt en plus, tantôt en moins, pendant trois révolutions. — Cela n'a rien d'exorbitant.
J'ai supposé un cas extrême et par conséquent très rare. La formation du plan d'exploitation des taillis n'exige pas ordinairement ces ménagements et ces précautions, dont je viens de donner un exemple. Toutes les fois qu'il ne s*agit à propos de cette formation, que de transposer des parcelles d'une faible étendue ou de redresser les contours des coupes, les avantages qu'on réaliserait, en appliquant les mesures transitoires indiquées précédemment, ne vaudraient pas ceux que procurerait l'établissement immédiat de l'état définitif.
Voilà pourquoi on se borne le plus souvent, dans les aménagements de taillis, à partager la forêt en coupes parfaitement régulières, qu'on exploite ensuite, de proche en proche, conformément aux règles d'assiette, en s'efforçant, il est vrai, autant que possible, de ne pas trop s'éloigner de l'âge d'exploitabilité, mais en considérant toutefois comme secondaires, les difficultés que rencontrerait l'accomplissement de cette dernière condition.
Dans tous les cas, et quand bien même on croirait devoir adopter un plan d'exploitation provisoire, il n'en faudrait pas moins arrêter le plan définitif, le plan normal ; et c'est même la première opération à laquelle il conviendrait de procéder. Ce plan n'en serait pas moins appliqué sur le terrain, et le plan provisoire ne figurerait que sur le papier, sous la forme d'un état d'assiette motivé.
i9i AMÉNAGEMENT DES FOUETS.
On connaît maintenant la plupart des obstacles qui peuvent s'opposer à Tobservation des règles d'assiette, et Ton voit qu'il n'y en a pas d'insurmontables. Cependant il en est un dont je n'ai pas parlé, et qui léserait : c'est celuiqui consisterait dans l'existence, au milieu d'un bois exploitable à un certain âge, dune parcelle dont l'exploitabilité serait différente, el qui devrait, en conséquence, arriver en tour d'exploitation deux ou plusieurs fois dans le cours de la même révolution. Il est certain que cette parcelle ne pourrait être placée dans les conditions désirables de végétation, de vidange et de surveillance. Aussi est-ce là un motif de plus pour que l'on ne mêle pas, dans le même aménagement, des bois exploitables à des âges différents.
Je l'ai déjà dit, et je le dis encore en fmissant, car je crois que cela est de la plus grande importance : l'application des deux premières règles d'assiette est de rigueur. J'insiste sur ce principe, parce qu'on semble le méconnaître généralement.
Les dommages causés par le couvert des bois voisins; ceux qui résultent de ce que la surveillance est rendue difficile ; les frais qu'occasionne la recherche des lignes séparatives sinueuses; les dégâts mêmes occasionnés par la vidange : tous ces inconvénients ne paraissent pas bien graves quand on les considère séparément; ils passent inaperçus, et, cependant, ils se traduisent finalement par une diminution, beaucoup plus forte qu'on ne croit, du produit net.
C'est surtout en matière d'exploitation forestière, qu'il n'y a pas de petites économies.
DU PLAN D'EXPLOITATIO'. 19;;
ARTICLE IV
CLA8SBMENT DES PARCELLES, CONFORMÉMENT AUX EXIGENCES DU RAPPORT ANNUEL SOUTENU
or
Conditions nécessaires, pour que le rapport annuel soutenu
puisse être réalisé.
Pour que Ton puisse retirer d'une forêt un rapport annuel et soutenu, il faut, de toute nécessité^ deux choses :
V Que les âges des différentes parcelles dont cette forêt se compose, soient gradués de manière que Ton puisse livrer chaque année à Texploilation une portion du peuplement, sans s'imposer de trop grands sacrifices sur l'accroissement ;
2"" Que chacune de ces portions soit capable de fournir, à l'époque fixée pour son exploitation, le même produit, et occupe, en conséquence, une étendue inversement proportionnelle à sa puissance productive, comparée à un terme commun.
Établissons d'abord dans quels cas el à quelles conditions le rapport annuel est possible ; nous chercherons ensuite les moyens de rendre, soutenu, ce rapport annuel.
Pour l'intelligence des principes relatifs, soit h l'âge d'exploitabilité, soit àTassiette des coupes, il n'était pas indispensable de supposer, comme nous
l'avons fait dans le chapitre précédent, que la gradation des âges fût régulière et ne présentât pas de lacune. Ces principes trouvent en effet leur raison d*êlre, dès que Ton admet qu'il existe dans une forêt des massifs dont les âges diffèrent, et qui demandent par conséquent à ne pas être exploités à la même époque.
La réalisation du rapport annuel exige, au contraire, qu'il y ait dans les âges une gradation, sinon parfaitement régulière et complète, telle du moins que ses défectuosités s'arrêtent à de certaines limites.
Quelles sont ces limites ?
Nous continuerons à nous maintenir dans Thypo- Ihèse, que l'âge d'exploitabilité de la majorité des parcelles est de 20 ans.
Nous classons ces parcelles dans les diverses colonnes du plan d'exploitation, et nous ne trouvons rien à porter dans les dix premières colonnes, ce qui montre que la forêt ne renferme pas de bois âgés de plus de 10 ans.
Si l'on voulait, en cet état de choses, réaliser immédiatement le rapport annuel, il faudrait se résigner à exploiter des bois de 10 ans, et à perdre, en conséquence, le bénéfice de l'accroissement des 10 dernières années. Ce sacrifice serait considérable, et il est d'autant moins admissible que l'on consente h le faire, que des bois de 10 ans n'ont, d'ordinaire, qu'une très faible valeur vénale. On attendra, pour commencer les exploitations, que l'on ait des peuplements plus âgés.
DU PLAN D'EXPLOITATION. i07
Donc, une première condition pour qu'une forêt soit immédiatemenl productive d'un rapport annuel, c'est qu'elle renferme des bois exploitables ou assez près de l'être, pour que Ton puisse en effectuer l'exploitation, sans subir une trop grande perte d'accroissement.
Au lieu de ne renfermer que des bois au-dessous de 10 ans, la forêt n'en renferme que de 15 à 20 ans.
Il est clair que si Ion ne voulait consentir à aucune perte sur l'accroissement, le rapport annuel ne serait pas plus réalisable dans ce cas que dans le précédent, puisque après 5 ans, il n'y aurait plus de bois à exploiter; la forêt se trouverait transformée en un jeune taillis de 1 à 5 ans ; les coupes devraient être forcément interrompues.
Admettons que l'on tienne beaucoup à établir immédiatement le rapport annuel. Pour cela, il sera nécessaire de n'exploiter qu'en 20 ans le peuplement existant, et, dès lors, de laisser sur pied pendani encore 20 ans, des bois qui en ont déjà 15. Ces bois auraient, à l'époque de leur abatage, 35 ans, soit 15 ans de trop. Il est probable qu'un âge aussi reculé ne saurait convenir ni à l'intérêt bien entendu du propriétaire, ni même, pour certaines essences, aux exigences de la reproduction.
Donc, une deuxième condition pour qu'une lorêl soit productive d'un rapport annuel, c'est que, outre des bois exploitables ou sur le point de l'être, elle en contienne d'assez jeunes pour que Ton puisse, sans de trop grands inconvénients, les laisser sur pied jusqu'à la fm de la révolution.
198 AMKNAGKMKNT DES FOUETS.
La forêt renferme des bois de 2 ans, de 20 ans, el de quelques autres âges intermédiaires ; mais les bois de 3 à 14 ans manquent complètement. Pour assurer la continuité des produits, il faudrait remplir ces lacunes et remplacer les bois -de 3 à 1 4 ans, absents, par une partie de ceux de 2 ans et une partie de ceux de 15, et exploiter les uns, 6 ans avant Fâge d'exploitabilité, les autres, 6 ans après. S'il devait en résulter une perte trop forte, il faudrait renoncer à l'obtention immédiate du rapport annuel.
Donc, une troisième condition pour qu'une forêt soit productive d'un rapport annuel non interrompu, c'est que la différence d*âge entre les peuplements dont les exploitations doivent se suivre, soit telle qu'en la partageant en deux, on ail un nombre d'années qui ne dépasse pas le maximum de l'écart que l'on est disposé à tolérer, entre l'âge d'exploitabilité et l'âge correspondant à l'époque de l'exploitation.
Telles sont les conditions auxquelles le rapport annuel est subordonné, dans une forêt à laquelle on voudrait appliquer immédiatement une révolution définitive.
Si Ton était forcé d'adopter une révolution principale transitoire, il faudrait, en outre, que cette révolution fût assez longue, pour que les parties de la forêt qui auraient été régénérées à son début, pussent être de nouveau exploitées à son expiration.
En résumé, le défaut de gradation dans les âges d'une forêt peut être tel, qu'il empêclie absolument l'annualité du rapport ; il peut être tel, que cette annualité ne soit possible qu'au moyen d'une révo-
D\] PLAN D'EXPLOITATION. m)
lulion transitoire. Il peut enfin ne pas être assez grand, pour s'opposera ce qu'elle se concilie avec la révolution définitive.
Nous avons vu que l'application des règles d'assiette avait souvent pour résultat, de faire modifier le tableau d'exploitation, ce qui entraînait la nécessité d'avancer ou de retarder Tabatage des peuplements dont le classement était changé, La réalisation du rapport annuel expose aux mêmes inconvénients.
Nous avons vu que, dans le classement suivant, les règles d'assiette, pour diminuer, autant que possible, la perte d'accroissement occasionnée par l'exploitation soit avant, soit après l'âge d'exploitabilité, on pouvait être réduit à adopter pour l'assiette des coupes, un plan provisoire d'exploitation. C'est un expédient auquel on a recours quelquefois pour réaliser le rapport annuel, quand la révolution est définitive, et qu'il faut nécessairement employer, quand elle est transitoire.
Il résulte de ce qui précède :
Que lorsque le tableau d'exploitation, dressé tout d'abord d'après l'âge d'exploilabilité, a été ensuite successivement modifié : une première fois, pour qu'il se concilie avec les règles d'assiette, et, une seconde fois, pour qu'il présente une succession non interrompue de coupes annuelles, on peut avoir à assurer le rapport soutenu dans les circonstances suivantes :
r Révolution principale définitive ; marche des coupes, normale ;
2** Révolution principale définitive ; marche des coupes, provisoire;
3** Révolution principale transitoire ; marche des coupes, provisoire.
Du rapport soutenu, dans l'hypothèse d'une révolution principale définitive et d'une marche des coupes, normale.
Le classement des parcelles dans le tableau d'exploitation, est terminé. Chacune des colonnes de ce tableau présente au total une égale contenance; le rapport annuel est assuré; le rapport soutenu ne le serait que si les conditions de végétation étaient les mêmes pour toutes les coupes ; or, elles sont, au contraire, très variables. Comment s'y prendra-t-on pour y remédier?
On a imaginé, à cet effet, plusieurs moyens que je vais passer en revue; je dirai ensuite dans quelle mesure leur emploi me parait admissible.
1 . Des moyens de remédier à r inégalité des conditions de la végétation.
r On calcule le produit, par hectare, que donnera chaque parcelle au moment où elle arrivera en tour d'exploitation, et on le compare au produit moyen, par hectare, de la forêt. On obtient ainsi, pour chaque parcelle, un rapport qui exprime de combien sa puissance productive est supérieure ou
Dl PLAN D'EXPLOITATION. 201
inférieure à la puissance productive moyenne, el qui indique, en même temps, ce qu'il serait nécessaire d'enlever ou d'ajouterà un hectare de cette parcelle, pour en obtenir un produit égal à celui de l'hectare pris pour terme de comparaison.
Le chiffre qui exprime le rapport, par hectare, entre le produit d'une parcelle quelconque et le produit moyen, est donc un coefficient par lequel il suffit de multiplier la contenance réelle de celte parcelle, pour connaître à quel nombre d'hectares, d'une puissance productive moyenne, équivaut cette contenance réelle.
Ce nombre est substitué, dans le tableau de classement, à la contenance réelle. On modifie en conséquence les totaux des colonnes, et s'ils sont inégaux, on y remédie en transportant, de proche en proche,, et conformément aux principes exposés précédemment, l'excédant des colonnes trop riches dans celles qui ne le sont point assez. Ces transferts en entraînent nécessairement d'autres, lorsqu'on veut opérer rigoureusement; car ils ont pour résultat d'avancer ou de retarder T époque de l'exploitation des parcelles déclassées. On tient compte de cette circonstance, et, par des tâtonnements, par des remaniements successifs, on parvient à rendre les contenances des coupes, inversement proportionnelles à leur puissance productive.
Exemple : Le produit moyen, par hectare, est représenté par l'unité. On trouve que, calculé pour l'époque de son exploitation, le produit, par hectare, de la parcelle A, sera de 50 pour 100, plus fort
que le précédent. Il est donc représenté par le chiffre 1, 50. On multiplie la contenance de la parcelle, qui est de 8 hectares, par 1, 50 ; on obtient \ 2 hectares. On substitue ces 12 hectares aux 8 hectares portés dans le tableau de classement. Après avoir opéré de cette manière pour les autres parcelles, on constate que la colonne dans laquelle ligure la parcelle A, est trop riche, et qu'il faut transporter une portion de cette parcelle dans la colonne voisine. C'est ce que Ton fait; mais ce transfert modifie nécessairement la puissance productive, par hectare, de la portion déclassée, puisque cette dernière ne sera pas exploitée h Tépoque que Ton avait fixée prîmitivemenf. On tient compte de celle circonstance, en réduisant ou en augmentant proportionnellement la contenance fictive de ladite portion, etc., etc.
La principale difficulté dans l'application de ce procédé, porte sur l'évaluation du volume qu'une parcelle présentera quand arrivera le moment de l'exploiter. Pour faire cette évaluation, il n'y a que deux moyens : calculer, d'après l'accroissement passé Taccroissement futur, et ajouter l'un k Taulre ; ou bien adopter comme indiquant le volume actuel de cette parcelle, celui d'un peuplement qui serait placé dans de semblables conditions de végétation, et qui aurait Tàge où elle devra être exploitée.
Le calcul de l'accroissement, d'après la marche antérieure de la végétation, est impossible dans les taillis, par beaucoup de motifs qu'il est inutile de développer ici, et, entre autres, parce que leur
DU PLA.N D'KXPLOnATION. 203
accroissement annuel suit ordinairement, jusqu'à l'époque de leur abatage, une progression qui ne permet pas de préjuger, avec quelque chance de succès, le volume qu'ils acquerront, d'après celui qu'ils ont acquis.
C'est donc par la comparaison avec des massifs situés dans les mêmes conditions de végétation, que Ton peut espérer de parvenir au but de ses recherches. Cette opération est plus ou moins difficile, suivant l'état des lieux et les caractères plus ou moins variés des parcelles que l'on envisage. Les exploitalions effectuées dans la forêt même dont on règle l'aménagement, suppléent quelquefois aux termes de comparaison que la localité n'offre pas. S'il existait des données expérimentales sur l'accroissement annuel des différentes essences, suivant les sols, les climats et les modes d'exploitation, il suffirait de recourir à ces données pour obtenir les renseignements désirables. Malheureusement, il n'en existe guère.
2" Un second moyen qui a été conseillé pour rendre le rapport, soutenu, consiste dans l'appréciation directe des éléments mêmes de la végétation, c'est-à-dire des circonstances qui sont de nature à exercer une influence sur la production. On fait, pour ces éléments, les mêmes calculs que pour les produits présumés des parcelles, et on obtient de cette manière, les chilfres qui servent à fixer les contenances qu'il faut donner à chaque coupe, pour en retirer le même produit.
Ainsi, on prend pour terme de comparaison, un massif placé dans des conditions moyennes de
végétation. On exprime par Tunité l'étal du peuplement et la fertilité du lieu d'habitation. On compare à cette fertilité et à cet état, la fertilité et l'état du peuplement tie chaque parcelle. On obtient ainsi, pour chaque parcelle, deux chiffres. On multiplie ces deux chiffres l'un par l'autre; le produit exprime précisément dans quel rapport se trouve la puissance productive de la parcelle que l'on considère, avec la puissance productive du massif choisi pour terme de comparaison.
Exemple: La parcelle A renferme un peuplement dont l'état est, de un quart, moins satisfaisant que celui d'un peuplement moyen. Son terrain, son climat, son exposition dénotent une fertilité qui, comparée à une fertilité moyenne, est moins bonne de un cinquième. Il en résulte que sa puissance productive relative est, pour l'état de peuplement de 0,75, et, pour la fertilité, de 0,80. En multipliant ces deux chiffres l'un par l'autre, on trouve au produit 0,60. Cela signifie que six dixièmes d'hectare ou soixante ares d'un massif placé dans des conditions moyennes de végétation, équivalent, en puissance productive, à un hectare de la parcelle A, et que pour rendre, par conséquent, la contenance de celte parcelle inversement proportionnelle à sa puissance productive, il faut la porter sur le tableau de classement pour une contenance fictive ou réduite, égale à son étendue réelle multipliée par le coefficient 0,6.
Des deux procédés que je viens d'exposer, quel est le meilleur ?
DU PLAN ï) KXPLOl TATIOX. '2\):\
C'est ce que j'ai mainienanl à apprécier :
Pour peu qu'on y réfléchisse, il est facile de reconnaître que celui dont on a parlé en dernier lieu, ne constitue pas une méthode qui ait un fondement particulier; qu'envisagé d'une manière absolue et en soi, il serait même dépourvu de toute valeur pratique, et qu'il ne peut servir qu'à multiplier et à contrôler les recherches auxquelles on doit se livrer, d'après le premier procédé, pour arrôler ses appréciations.
Tous les deux reposent d'ailleurs, évidemment, sur le même principe. Le second implique, comme l'autre, que l'on connaît la production possible d'un peuplement, à un âge et dans des conditions de végétation donnés; et lorsqu'on compare entre eux les éléments de cette végétation, un terrain à un autre terrain, un état de peuplement à un autre élat de peuplement, on a nécessairement, pour éclairer cette comparaison, une idée plus ou moins nette des résultats que les dits éléments seraient capables d'amener à des époques déterminées. Sans cette idée indispensable, la comparaison n'aurait pas de conclusion possible. Un terrain n'est préféré à un autre, que parce que Ton présume qu'il rapportera davantage. Un état de peuplement est plus ou moins satisfaisant par des raisons analogues. En cette matière, comme dans toutes celles où il s'agit d'apprécier la valeur relative des agents physiques, on ne peut juger des causes que par leurs effets.
Le second procédé n'échappe donc pas à la difficulté que présente l'estimation du volume futur. Il
rend, au contraire, cette difficulté plus grande en la compliquant, et il a, sous ce rapport, des exigences auxquelles il est impossible de satisfaire. Ainsi, il demande que Ton détermine Tinfluence particulière de chacun des éléments de la végétation, sur le résultat futur plus ou moins éloigné de cette végétation ; il demande que Ton fasse, dans ce résultat, la pari qui revient soit à la fertilité du lieu d'habitation, soit à Télat du peuplement. Il implique, dès lors, que Ton trouvera autant de massifs placés dans des conditions spéciales, qu'il y a d'éléments divers spécifiés. Cela n'est pas admissible, et cependant il faut remarquer que, dans le procédé en question, on a partagé les éléments de la végétation en deux catégories seulement qu'on traite comme deux unités : Tune comprenant les circonstances relatives au peuplement ; Tautre celles qui concernent la fertilité du lieu d'habitation. L'impraticabilité de ce procédé,* dans l'état actuel de nos forêts, serait bien plus manifeste, si l'on voulait former les coefficients de production, — comme on le devrait logiquement — en fonction de chacune de ces circonstances.
Le second procédé n'a pas, en définitive, de valeur propre, puisqu'il ne supplée pas au premier. Il est impraticable, puisqu'il exige des appréciations que la nature des choses ne comporte pas Son mérite est d'éclairer et d'assurer la marche de l'opérateur, qui se propose de déterminer les rapports entre les puissances productives de divers peuplements. Ainsi, il l'oblige à apporter dans ses reconnaissances de la méthode et de la précision; il lui apprend à contrô-
1er, par des rapprochements nombreux, les résultats d'un premier examen, en vérifiant si les ditîérences dans les productions qui seraient indiquées, soit par des exploitations antérieures, soit par des expériences, s'accordent avec celles que présenteraient les éléments de la végétation.
A tous ces points de vue, Texamen attentif, quelque incertain qu'il soit, de toutes les circonstances qui sont de nature à exercer une inQuence sur la production, est d'un grand secours dans les opérations trè5 délicates auxquelles l'établissement du rapport soutenu donne lieu.
3** Indépendamment des deux moyens sur lesquels je me suis appesanti, un peu longuement peut-être, au gré de mes lecteurs, on a appliqué à l'établissement du rapport soutenu, un expédient que je dois faire connaître, ne fût-ce que pour fournir une nouvelle preuve de l'importance, que certains auteurs attachent à l'égalisation des produits annuels.
On calcule, comme on le fait dans les autres méthodes, le volume de chaque coupe pour le moment de son exploitation ; puis on partage la révolution en un certain nombre de périodes égales qui correspondent, chacune, à un même nombre de coupes; et enfin, au lieu de fixer sur le terrain les limites des coupes annuelles, on subordonne leur étendue, pendant chaque période, au volume qu'elles présenteront en bloc quand elles arriveront en tour d'exploitation, ce qui veut dire que, chaque année, on exploite la quantité de bois qu'indique le quotient
208 AMENAGEMENT DES FOUbTS.
du volume total présumé d'une période, par la durée de cette dernière.
Ce moyen n'est pas affranchi des incertitudes d'appréciation qu'offrent les précédents ; il y ajoute au contraire des chances d'erreur; il complique l'exploitation, il en compromet la régularité, et ce, sans compensation, car de deux choses l'une : ou bien les exploitations annuelles se renfermeront précisément dans les limites qu'auraient eues les coupes, si on leur avait donné des contenances inversement proportionnelles à leur puissance productive, ou bien elles s'en écarteront. Dans le premier cas, les précautions qui caractérisent le procédé en question, auront été inutiles; dans le second cas, qui est infiniment plus probable, une inévitable confusion se mettra dans l'assiette des coupes, et, pour réaliser le rapport soutenu pendant quelques années, on se condamnera à des anticipations ou à des déficit successifs qui ne tarderont pas à l'altérer plus ou moins.
2. Des limites dans lesquelles il paraît convenable de renfermer l'emploi des coefficients de production.
Il ne faut pas se dissimuler que, dans l'état d'irrégularité où sont généralement les forêts de notre pays, et en présence du très petit nombre de renseignement, positifs que l'on a recueillis, sur l'accroissements et la longévité des massifs, la réalisation du rapport soutenu, par la méthode des contenances réduites, est fort chanceuse. Il est donc prudent de ne l'essayer que dans des circonstances bien accusées, et avec une grande circonspection.
DU PLAN D'EXPLOlTATIOiN. 209
Entrons, à ce sujet, dans quelques développements; cherchons quelques principes : nous les trouverons en examinant tous les éléments qui sont compris, comme données plus ou moins essentielles, dans le problème à résoudre, problème qui consiste h déterminer la puissance productive d'une parcelle de bois.
A quoi tient cette puissance productive? à quelles circonstances est-elle subordonnée?
Elle est subordonnée :
V Au temps, c'est-à-dire àl'âge qu'aura le massif, quand il arrivera en tour d'exploitation ;
2** A Tétat du peuplement, c'est-à-dire à la nature des essences, à leur consistance, à leur végétation; 3" A la qualité du sol;
V Au climat, et principalement, à la situation et h l'exposition.
Ainsi, le produit d'une parcelle, parvenue à l'âge fixé pour son exploitation, est la résultante des actions combinées de ces diverses causes.
C'est là ce qui complique la recherche des coefficients de production. C'est là ce qui rend difficile et souvent impossible, le choix des peuplements à consulter, pour la détermination de ces coefficients; et le problème serait en conséquence simplifié d'autant plus, qu'il y aurait à tenir compte d'un moins grand nombre des circonstances précitées.
Or, parmi ces circonstances, les unes sont accidentelles et temporaires, tandis que les autres sont permanentes. Les unes sont appréciables dans leurs effets avec une approximation suffisante, tandis que
Allh.NAOEMENT DES FORÊTS. 14
2i0 AMÉNAGEMENT DES FOUETS.
les autres, susceptibles de se modifier, ne produiront peut-être pas les résultats qu'on en attendait.
L'époque de l'exploitation, lorsqu'elle ne corres pond pas à l'Ag® de l'exploitabilij^é, est une circonstance temporaire qui disparaîtra presque toujours à la deuxième révolution ; mais son effet est calculable.
Le mauvais étal de la consistance ou de la végétation, s'il résultait des vices de la culture ou d'une cause fortuite, serait encore une circonstance temporaire, dont, en outre, dans la plupart des cas, l'influence ne saurait être préjugée; car il arrive souvent qu'un massif dont la consistance et la végétation ne sont pas ce qu'elles devraient être, se complète et répare le temps perdu, avant d'arriver en lour d'exploitation.
Quant aux circonstances qui consistent dans la nature des essences, dans l'âge d'exploitabilité, dans la qualité du sol, dans le climat, elles sont permanentes et il est possible, non seulement de prévoir le caractère de leur action, mais aussi d'en mesurer l'effet.
On déduit, de ces observations, les principes suivants :
Les contenances inversement proportionnelles à la puissance productive des parcelles, ne sont presque jamais admissibles, lorsqu'elles n'ont d'autre motif que la nécessité d'exploiter, une seule fois, certaines parcelles, soit avant, soit après l'âge d'exploitabilité. Elles ne le sont pas davantage, quand la
différence, dans les productions présumées, vient d'un état de consistance ou de végétation dont les causes sont fortuites, indépendantes des conditions naturelles dans lesquelles est placée la forêt.
II y a deux raisons pour qu'on laisse de côté ces circonstances :
La première, c'est qu'il est, parfois, comme on vient de le faire observer, difficile de déterminer leur influence sur la production ; la seconde, c'est qu'en admetlant qu'on y parvint, on se condamnerait à modifier de nouveau les contenances des coupes après la première révolution, chose que l'on doit éviter autant que possible.
Les circonstances essentielles et permanentes, qui tiennent à Texploitabilité, à la nature des essences, à la qualité du terrain el du climat, sont les seules qu'il convienne ordinairement de prendre en considération , et encore faut-il qu'elles soient bien accusées.
vSi dans nos 200 hectares de taillis exploitables, presque tous, à 20 ans, nous avions des parcelles dont le peuplement, exploitable à 10 ans, devrait être maintenu, il y aurait lieu de croire que ces parcelles ne fourniraient pas, par hectare, le même produit que le surplus de la forêt ; il serait donc nécessaire, pour réaliser le rapport soutenu, d'augmenter proportionnellement l'étendue des coupes dont elles feraient partie.
La diversité des essences, toutes les autres circonstances étant égales d'ailleurs, pourrait justifier une mesure analogue : ainsi, un taillis de châtaignier
lli'2 AMÉNAGEMENT DES FORETS.
exploité à 20 ans, fournirait probablenaent, par hectare, un plus grand produit qu'un taillis de chêne que Ton couperait au même âge.
Voici des parcelles dont le sol est très mauvais : L'expérience a prouvé que, dans un temps donné, laproduction, par hectare, de ces parcelles est h peine égale aux trois quarts de celle du surplus de la forêl . Ce n'est certainement pas avec le régime du taillis que le sol pourra jamais s'améliorer ; et, dès lors, un coefficient de fertilité est applicable auxdites parcelles. En ce qui concerne le climat, c'est surtout l'inlluence de l'exposition qu'il importe de ne pas négliger, lorsqu'on veut rendre les contenances des coupes inversement proportionnelles à leur puissance productive : Un taillis situé sur une pente méridionale, sei'a évidemment beaucoup moins productif qu'un taillis exposé au nord.
Mais, je ne me lasserai pas de le dire : l'emploi des coefficients de production pour la fixation des contenances des coupes annuelles, ne doit avoir lieu que dans les cas exceptionnels. Il n'y faut recourir que lorsque les difTérences dans les conditions de la végétation sont bien tranchées, et portent sur des étendues assez considérables, pour que la compensation, entre le bon et le mauvais, soit impossible dans la môme coupe. Il n'y faut recourir encore, que lorsque l'établissement du rapport soutenu n'est pas réalisable, par le moyen plus rationnel et plus sûr de la division préalable de la forêt en séries*.