‹ Études sur l'aménagement des forêtsChapitre 38 sur 71 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

On nous reproche, d'abord, d'avoir négligé de faire entrer les coupes claires dans l'hypothèse que nous avons admise, afin de montrer comment on pouvait arriver à apprécier la durée de la période et l'étendue de l'affectation correspondante.

On nous prouve en même temps qu'en tenant compte de la coupe claire, et en supposant qu'elle ait lieu précisément au milieu de l'intervalle du temps qui sépare la coupe d'ensemencement de la coupe définitive, la durée de la période nécessaire pour compléter la régénération de l'affectation correspondante, devient égale k cet intervalle multiplié par 1,3.

Cette dernière proposition est parfaitement exacte, lorsque la coupe claire égale en importance la coupe d'ensemencement ou la coupe définitive, et qu'elle intervient on outre précisément au milieu de l'intervalle de temps qui les sépare.

Mais si la coupe claire est plus rapprochée do la coupe définitive que de la coupe d'ensemencement, si elle est moins productive, si elle se fait en plusieurs fois, dans chacun de ces cas elle peut et doit même avoir pour effet de prolonger le délai indispensable pour compléter la régénération des coupes formant l'étendue de l'affectation.

En conséquence, si l'on ne considère que le nombre des exploitations à faire sur im point donné, pour en effectuer le repeuplement naturel, on a raison de regarder notre démonstration comme incom-

DU PLAN D'EXPLOITAïrON. 233

Je viens de démontrer Timpossibilité d'indiquer par année, Tassielte de coupes principales, dont le plan d'exploitation est destiné à régler la marche au cours de la révolution. La même impossibilité existe souvent pour les coupes d'amélioration, car elles sont plus ou moins impérieusement subordonnées aux autres. On ne pourrait, par exemple, affirmer que, telle année, telle parcelle aura besoin d'êtreéclaircie, puisqu'on ne sait pas h quelle époque elle sera régénérée; mais on peut affirmer qu'elle aura besoin de Têtre, dans la période qui suivra celle de sa régéné-

plète ; mais si l*on nous accorde que la coupe d'ensemencement et i« coupe déflnitive sont celles dont l'importance et Técart sont le plui« faciles à apprécier, et exercent, eu outre, le plus d'influence sur le temps que réclame la régénération complète d'un certain nombre de coupes, envisagées dans leur ensemble, on s'expliquera que, pour ne pas compliquer notre démonstration, nous l'ayons dégagée des éléments sec^mdaires et variables qui préoccupent notre correspondant.

Répondons aux autres critiques :

Lorsque nous avons dit qu'il fallait restreindre autant que possible la durée de la période, afin de ne pas être exposé à exploiter des bois trop éloignés d'avoir atteint l'âge d'exploitabilité, nous sommes partis de cette supposition que les agents chargés de l'exécution de l'aménagement auraient le droit et pourraient même être forcés de se mouvoir, pour l'assiette des coupes annuelles, dans toute l'étendue de l'affectation périodique.

Si l'on admettait, au contraire, comme semble le vouloir notre correspondant, que Ton pût assujettir cette assiette à une marche précise, au moyen d'un plan spécial d'exploitation, les périodes n'auraient plus de raison d'être ; car, encore une fois, elles ne sont motivées que par l'impossibilité de concilier l'assiette fixe des coupes annuelles avec les exigences de la régénération.

On voit donc que le seul avantage des périodes ne consiste pas à faciliter la recherche de la possibilité, en diminuant les chances d'erreur inh<^rente8 aux calculs d'accroissement. Si c'était à leur seul avantage, comme il serait d'autant plus grand que les périodes seraient plus courtes, on devrait logiquement ne leur donner qu'un an de durée.

Mais, cela posé, il est évident que si l'on veut renfermer ta latitude laissée aux agents d'exécution, pour l'assiette des coupes, dans les limites strictement convenables, il faut que les périodes de la révolution soient égales entre elles, car, sans cela, il y en aurait qui seraient nécessairement ou trop longues ou trop courtes.

234 AMENAGEMENT DES EOUiiTS.

ration; en sorte que, lorsque les affeclalions sont constituées, lorsqu'on est fixé sur la période dans laquelle une parcelle devra être obligatoirement régénérée^ il devient aisé de se fixer également sur les périodes dans lesquelles elle devra être ultérieurement éclaircie.

On voit combien la division de la révolution en périodes, et le partage de la forêt en affectations correspondantes, sont de nalure h facililer les opérations culturales à faire dans la forêt que Ton se propose d'aménager.

Supposons, avec notre contradicteur, qu'une forêt ait été partagée en cinq parties, savoir : la première de 40 hectares, la deuxième de 12, la troisième de 15, la quatrième de 18, la cinquième de 15, et que chacune d'elles ait été affectée à une période d'une duréç égale au nombre d'hectares qu'elle contient : n'y aurait- il pas de grands inconvénients à laisser pendant quarante ans, et pour une affectation qui comprendrait presque moitié de la forêt, l'assiette des coupes annuelles subordonnée à l'appréciation, au bon plaisir, à l'arbitraire des agents d'exécution ; et, s'il n'est pas possible de fixer l'importance, remplacemeut et l'ordre des quarante coupes à faire dans cette affectation, ne pourrait-on déterminer ces différents points pour un nombre de coupes, prises en bloc, inférieur à quarante? L'affirmative n'est pas contestable, et comme il convient que tout ce qui peut être fixé l^î soit, et qu'on ne s'écarte de la possibilité par contenance que dans la mesure que comportent les exigences de la culture, il est certain que l'on ferait une grande faute si l'on ne diminuait pas la durée de la première période.

Mais si cette période doit être considérée comme trop longue, celle de douze ans sera probablement trop courte, en ce sens qu'elle ne permettra pas, quelle que soit d'ailleurs Thabileté qu'on y apporte, de régénérer dans un aussi court délai les 12 hectares composant l'affectation, et que, bien avant d'arriver à l'expiration de la période, on se verra dans la nécessité d'anticiper sur l'affectation voisine.

On nous dit, il est vrai, que quelle que soit la durée de la période, il est imposi^ible d'éviter que Ton entame avant son expiration l'affectation contiguë. Nous n'admettons pas d'une manière absolue cette impossibilité. Sans doute, les anticipations dont il est questiou sont difficiles à éviter ; mais c'est une raison de plus pour ne négliger aucune des précautions nécessaires afin d'en diminuer au moins les inconvénients.

Si Ton abandonne ce principe, on tombe dans l'empirisme.

Os opérations sont indiquées sur un élat où les parties de la forêt, à régénérer, sont distinguées de celles à améliorer, et qui est intitulé Règlement des exploitations^ par période.

Ce règlement remplit dans Taménagemenl un rôle analogue à celui de la triangulation dans la géodésie : De même que la triangulation est faite pour faciliter les levés de détail, de même le règlement des exploitations par période, est fait pour faciliter celui des exploitations annuelles; mais il n'y supplée pas. Ce qu'on attend surtout de l'aménagement, c'est la réalisation du rapport soutenu par année, et, pour cela, il faut trouver les moyens de répartir, d'une manière égale, le produit d'une affectation entre les années de la période correspondante. Ces moyens comportent un nouveau règlement qui, joint au précédent, complète le plan d'exploitation et qui porte le nom de Règlement des exploitations annuelles.

Ainsi, dans la présente étude sur le plan d'exploitation des futaies, j'aurai à traiter successivement :

V De la formation des affeclations ;

2° Du règlement général des exploitations par période ;

3"* Du règlement des exploitations annuelles.

Mais dans les futaies, plus souvent encore que dans les taillis, l'irrégularilé des peuplements conduit à adopter, tantôt une marche provisoire pour les coupes, tantôt une révolution principale transitoire ou une révolution préparatoire; et ces nécessités donnent lieu à des complications dont je sortirais difficilement, si je ne faisais de chacun des cas

OÙ elles se présentent, l'objet d'un chapitre spécial.

J'appliquerai donc mon étude à trois hypothèses :

l"* Celle d'une révolution principale définitive, el d'une marche des coupes, normale ;

2'' Celle d'une révolution principale définitive, et d'une marche des coupes, provisoire;

3* Celle d'une révolution principale transitoire, ou d'une révolution préparatoire, et d'une marche des coupes, provisoire.

CIIAPirilE IV

DU l'LAN d'kXPLOITATION liA.N.'S LES Ki: TAIES,

LA II ÉVOLUTION PRLNCIPALE POUVANT ÊTRE DÉnMTlVK

ET LA MARCIIh DES COUPES NORMALE.

ARTICLE PREMIKR

KOK.VATIO.X DES AFKECTATIO.NS

Tableau des affectations.

Nous avons affaire à une forêt de 200 hectares, exploitable dans une révolution de cent ans. Cette révolution a été divisée en cinq périodes égales. 11 s'agit de partager la forêt en un même nombre d'affectations correspondantes. Nous remplirons le tableau ci-conlre.

J'ai maintenu la première partie du tableau d'exploitation des taillis, partie destinée à recevoir le résumé de la description spéciale. On en comprend l'utilité. Il est important que le tableau des^iffectalions renferme les indications sommaires, qui sont de nature à justifier Tordre adopté pour la succession

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des coupes; car ce tableau est, comme je Tai dit plus haut, le document essentiel et fondamental de Taménagement, et il doit être élabli de telle sorte, qu'on puisse à la rigueur juger de son mérite, sans recourir à d'autres éléments d'appréciation que ceux qui y sont contenus.

J'ai substitué à la seconde partie du tableau, destinée à présenter l'ordre des exploitations, cinq colonnes dont l'objet est clairement indiqué parleur en-tête. On peut regarder chacune d'elles comme un compte ouvert à l'affectation dont elle porte le numéro. Toutes les parcelles qui devront être régénérées dans la première période, seront inscrites dans la première colonne, et composeront la première affectation. Toutes celles qui devront être régénérées dans la deuxième période, seront inscrites dans la deuxième colonne, et composeront la deuxième aflTectation, etc., etc.

Mais sur quelles considérations se fondera-t-on, pour décider que telle parcelle doit être régénérée dans telle ou telle période?

On se fondera sur les considérations que nous avons fait intervenir, dans la discussion du plan d'exploitation des taillis.

On fera donc le classement des parcelles dans les affectations, de manière à rendre possibles des exploitations qui satisfassent tout à la fois, dans la mesure que comporte la nature des choses, aux exigences de Texploitabilité, aux règles sur l'assiette des coupes et au rapport annuel soutenu.

Appliquons rapidement à chacun de ces côtés de

2*0 AMKNAGEMENT DES FOUETS.

la queslion, les préceptes que j'ai donnés en Irailanl de raménagement des taillis.

Foriuali m des utTectations, siiivanl l'âge d*exploitabilité.

Si toutes les parcelles renfermaient des peuplements qui sembleraient pouvoir rester sur pied jusqu'au terme fixé par la révolution, leur classement dans les affectations ne rencontrerait aucune difficulté.

La parcelle A renferme un peuplement âgé moyennement de 35 ans; elle ne sera exploitable que dans 65 ans; on la classera dans Taffectation de la quatrième période .

La parcelle B renferme un massif de vieux arbres clair-plantés, surmontant un jeune repeuplement; l'exploitation de ces vieux arbres sous forme de coupe secondaire ou définitive est urgente; on classera cette parcelle dans Taffeclation de la première . période.

Rien de plus simple.

Mais il y a souvent des parcelles, dont le peuplement paraît hors d'état de végéter jusqu'au terme fixé par la révolution, et qu'il faut en conséquence exploiter avant ce terme.

Cette nécessité peut tenir à une circonstance accidentelle : il s'agit d'un peuplement qui, quoique jeune encore, ne jouit déjà plus d'une vigoureuse végétation, soit qu'il ait été abrouli dans sa jeu-

DU PÏ.AN D'KXPI.OITATION. 2H

nesse, soil qu'il provieane de vieilles souches, soil que des éclaircies maladroites aient ébranlé sa constitution.

Dans ces divers cas, l'affectation à laquelle une parcelle appartient, n'est pas indiquée par la différence existant entre l'âge normal d'exploilabilité et l'âge du peuplement de cette parcelle, mais par le temps, difficile à apprécier d'ailleurs, pendant lequel ledit peuplement pourra rester sur pied sans dépérir.

La nécessité d'exploiter une parcelle avant le terme fixé par la révolution, peut dépendre d'une circonstance permanente.

Cette parcelle est peuplée d'essences dont la longévité est moindre que celle d'après laquelle a été fixée' la durée de la révolution. Ici, de deux choses l'une : ou Tâge d'exploitabilité de ces essences est une partie aliquote de la révolution, ou il ne l'est pas. Dans le premier cas, on fait figurer la parcelle dans autant d'affectations différentes, que son âge est renfermé de fois dans la révolution ; dans le second cas, on la laisse en dehors de l'aménagement, à moins qu'on ne juge convenable d'y pratiquer une substitution d'essences, qui permette de concilier son exploitation avec celle du surplus de la forêt ; et alors son classement rentre dans les conditions déjà prévues.

Nous avons à nous occuper d'une parcelle de pins ou de bouleaux exploitables à cinquante ans, et âgés aujourd'hui de vingt-cinq ans; nous la classerons dans l'affectation de la deuxième période et dans celle de la quatrième.

AVÉNAOBHRNT DES FORETS. 16

2i'2 AMÉNAGEMENT UES FOIU^TS.

On pourrait prévoir des circonstances où une parcelle devrait figurer dans toutes les affectai ions. C'est ce qui aurait lieu s'il s'agissait de comprendre dans raménagement de notre forêt, exploitable à cent ans, une parcelle exploitable en taillis, à Tâge de vingt ans.

Mais ce sont là des hypothèses qui ont peu d'utiUté pratique, et que je fais seulement pour ne pas laisser ma démonstration incomplète.

Dans la pratique, on évite généralement de comprendre dans le même aménagement, des peuplements exploitables à des âges différents; car en compliquant le plan d'exploitation, ils deviennent en même temps une cause de confusion et de difficultés, et aucun motif sérieux ne commande de se résigner à de tels inconvénients.

Ils deviennent une cause de confusion et de difficultés, parce qu'ils s'opposent à l'application des règles d'assiette ; parce qu'ils contrarient la réalisalion du rapport soutenu; parce qu'ils obligent de ramener les exploitations sur un point donné, plus souvent que sur les points environnants.

Aucun motif sérieux ne commande de se résigner à de tels inconvénienls. Le plus important de tous les intérêts, celui de la consommation, ne saurait par exemple y rien gagner : en effet, lorsque le consommateur sollicite un produit d'une nature particulière, ce n'est pas d'une manière intermittente, c'est d'une manière permanente ; ce n'est pas tous les cinquante ans, tous les vingt ans, c'est chaque année. Si donc les parcelles de pins, de bouleaux ou

de taillis, dont je parlais tout à l'heure, étaient assez grandes pour fournir chaque année une coupe, il faudrait en former une série particulière; dans le cas contraire, il conviendrait, ou de les régénérer avec des essences qui pussent parcourir la révolution applicable à la masse, ou de les laisser en dehors de Taménagement.

Formation des ciffectatious, conformément aux règles d*assiette.

Celte formation doit être examinée à deux points de vue:

1° Au point de vue de la marche des coupes dans chaque afTectation ;

2' Au point de vue de la position respective que les affectations doivent occuper sur le terrain.

Pour que la marche des coupes, dans chaque affectation, puisse se conformer aux règles d'assiette, il est bon que les affectations aient une forme régulière; qu'elles présentent leur moindre largeur aux vents les plus violents; qu'elles soient traversées et limitées par des chemins, mais, par-dessus tout, qu'elles constituent des masses distinctes et séparées.

Telles sont les dispositions que l'on doit chercher à réaliser, pour assurer la marche des coupes dans chaque affectation. Je recommande surtout de ne

jamais scinder une affectation, quand il n'y a pas force majeure.

La contiguïté des parcelles qui forment une affectation, n'est pas utile seulement pour Tapplicalion des règles d'assiette; elle l'est aussi pour l'économie des exploitations, lesquelles entraînent nécessairement à leur suite des intérêts nombreux et un matériel considérable. 11 est très désirable que l'on n'occasionne pas à ces intérêts et à ce matériel, des déplacements fréquents et coûteux. Or, ces déplacements seraient inévitables si l'on formait, par exemple, une affectation avec des parcelles éloignées les unes des autres, et séparées par des massifs appartenant à d'autres affectations : après avoir fait des coupes d'ensemencement dans une partie de l'affectation, on pourrait être obligé de les entreprendre dans une autre affectation, puis de revenir dans la première, pour les coupes secondaires, sauf à retourner l'année suivante dans la seconde.

Ce seraient là des inconvénients très fâcheux, et la subdivision d'une affectation en deux ou plusieurs parties non contiguës, n'en présenterait pas d'autres, qu'ils suffiraient pour que Ton dût s'efforcer de l'éviter : ainsi, il est clair qu'il n'importerait nullement, au point de vue de la régularité désirable dans la gradationdes âges, que l'affectation de la première période ou celle de la dernière, fût partagée en deux parties, situées l'une au commencement et l'autre à la fin de la série : une pareille disposition ne serait défectueuse que parce qu'elle contrarierait le principe d'économie ci-dessus énoncé: ce

Di: PLAN D'KXPLOITATION. '2*li

serait une raison suffisanlo pour la rejeter s'il n'y en avait pas de plus fortes, pour Tadmellre.

Les affectations sont enfin d'autant plus propres à faciliter, à assurer Texécution de Taménagement, qu'elles sont plus masséefi ; car la tendance naturelle des agents est, dans l'assiette des coupes, de procéder de proche en proche, et il y aurait à craindre qu'ils ne négligeassent souvent des opérations urgentes, s'ils étaient forcés, pour les faire, de se transporter sur des points trop éloignés de ceux où auraient eu lieu leurs opérations précédentes.

On pourrait croire que l'application des règles d'assielte, au point de vue de la position respective que les afTeclations doivent occuper, trouvera toujours assez de garanties, dans les dispositions arrêtées, afin d'assurer la marche et Tassiette des coupes annuelles. Il ne suffît pas cependant que les règles soient observées dans l'assiette des coupes de chaque affectation, pour qu'il n'y ait jamais rien à redouter de la non-observation de ces règles, dans l'assiette des affectations elles-mêmes : n'oublions pas, que nos futaies sont en grande partie situées dans les montagnes, où les accidents météoriques sont plus fréquents et beaucoup plus redoutables que dans les plaines; qu'elles offrent, par la hauteur des arbres qu'on y rencontre, beaucoup plus de prise que les taillis aux vents, à la neige, au givre ; que la nécessité d'éclaircir les massifs que Ton veut régénérer, rend plus périlleuse encore leur situation, et que, ^dans de semblables conditions, la prudence exige quelquefois que les règles suivies pour l'assiette des

coupes, dans chaque affectation,1e soient également pour le rang, Tordre, dans lequel ces affectations arriveront en tour de régénération. Il pourrait être dangereux, par exemple, de disposer les affeclations de manière que les coupes se succèdent, en allant du haut en bas d'une montagne, ou dans tout^autre sens qui les exposerait à l'action des vents. L'expérience prouve, en effet, que Ton ne saurait prendre trop de précautions pour mettre à l'abri d'un coup de vent, les massifs à l'état de coupes secondaires ou de coupes d'ensemencement, et que la protection des bois de l'affectation dont elles font partie, ne leur suffît pas toujours.

Cette considération des obstacles à opposer aux vents, est celle dont on doit le plusse préoccuper, dans l'exploitation des futaies en montagne \

J'ai exposé et discuté les raisons qui pouvaient contrarier Tapplication des règles d'assiette, dans l'aménagement des taillis, et j'ai essayé de démontrer qu'elles n'étaient pas de nature à justifier l'inobservation de ces règles.

Quoique les pertes d'accroissement auxquelles on se condamne, quand on modifie le classement établi d'après Tâge d'exploitabilité, soient beaucoup plus considérables dans les futaies que dans les taillis,

1. Quant aux forêts en plaine, c'est en outre aux gelées que l'on iloit songer, quand on règle la marche des coupes, car elles sont souvent la principale cause de Tinsuccès des repeuplements naturels ou artificiels, et cette cause motiverait une règle d'assiette non moins importante que celles indiquées par le Cours de Culture. 11 n'y a pas un praticien qui n'ait remarqué que les coupes abritées du côté du nord et de Test, se repeuplent plus vite que celles qui sont ouvertes de ces côtés-là, et que les semis y ont une végétation plus active. (Note de la 2e édition.)

Dl PLAN D'EXPLOITATION. 247

elles ne sauraient cependant prévaloir sur les inconvénients permanents, qu'entraînerait une assiette vicieuse des coupes ; car ces inconvénients sont de leur côté beaucoup plus graves dans les forêts de la première catégorie, que dans les autres.

En fait, l'application des règles d'assiette, dans la formation du plan d'exploitation des futaies, n'est pasaussiembarrassantequ'onseraittentéde le croire.

Nos forêts ont été traitées, soit par la méthode à tire et aire, soit par la méthode jardinatoire: dans le premier cas, elles ont été exploitées de proche en proche — la gradation des âges y est donc assez régulière; dans le second cas, elles présentent des peuplements oîi les âges sont entremêlés, au moins par bouquets, et qui dès lors sont assez uniformes , dans leur irrégularité (s'il est permis de s'exprimer ainsi), de sorte qu'il est indifférent, au point de vue des convenances de l'exploitabilité, de commencer les exploitations par un bout ou par un autre. Enfin, en montagne, les coupes ont presque toujours été faites comme le veut la quatrième règle, c'est-à-dire en commençant par les parties inférieures, et la raison en est que cette manière de procéder était la plus commode *.

1. Je crois devoir prémuDir les agents contre une erreur trop commune, dans l'application des règles d'assiette à la formation des affectations, erreur qui con^ste & croire que lorsque ces règles veulent que les {iffectations se succèdent de bas en haut par exemple, il est nécessaire de donner le n* 1 à TafTectation située & la partie la plus basse de la forAt, et le dernier rang à TafTectatiou située à la partie la plus haute : On peut donner le n* 1 à telle affectation qu'on voudra, pourvu que It's exploitations marchent dans le sens voulu» (Note de la 20 édition.)

248 AMKNAGExMENT DES FOItÊTS.

Quoi qu'il en soit, toutes les fois qu'on se posera la question de savoir si une parcelle qui serait éloignée des autres parcelles comprises dans la même affectation qu'elle, et qui aurait été rattachée à cette affectation, à cause de son âge, devrait en être séparée à cause des règles d'assiette, on la résoudra en examinant si cette parcelle est assez étendue, pour qu'il ne soit pas nécessaire de combiner Tassielte des coupes à y faire, avec Tassiette des coupes des parcelles contiguës. Dans l'affirmative, et, sous la réserve des observations précédentes, on devra la maintenir dans la colonne où on l'avait d'abord placée ; dans la négative, on n'hésitera pas à la colloquer dans la colonne qui comprend les massifs auxquels elle est attenante.

On conçoit donc que les exigences des règles d'assiette puissent faire colloquer dans une affectation, des bois plus jeunes ou plus âgés qu'il ne faudrait, si la formation de celle affectation devait être exclusivement subordonnée à l'âge d'exploitabilité ; la régularisation de la forêt et les grands avantages qu'on a le droit d'en attendre pour l'avenir, le veulent ainsi.

Il semble que ce sont là des principes auxquels il n'y a rien à objecter, et pourtant que d'étonnemenl ne provoquent-ils pas tous les jours ! Il n'est pas rare de voir des forestiers, très estimables d'ailleurs, se récrier très sincèrement, lorsqu'on les invite à pratiquer une coupe d'ensemencement, dans une futaie qui est plus ou moins éloignée d'avoir atteint son plus grand accroissement moyen. C'est qu'ils ne

comprennent pas, qu'au-dessus des besoins du peuplement dans lequel la coupe a été assise, il y a ceux de la forêt envisagée dans son ensemble ; et ils voudraient exploiter, ils exploitent trop souvent ce peuplement de la manière qu'ils jugent la plus convenable, eu égard aux circonstances présentes, sans examiner s'ils obéissent ainsi aux prescriptions de Taménagement.

Ces erreurs sont fréquentes ; elles proviennent soit d'un défaut de portée dans les vues, soit d'une étude incomplète de l'aménagement que Ton est chargé d'exécuter ; il y a, dans tous les cas, d'autant plus à les redouter, qu'elles ont souvent leur point de départ dans un fait sainement apprécié. Les praticiens principalement sont enclins à les commettre, parce qu'ils ont l'habitude de considérer les faits en eux-mêmes ou dans leurs conséquences immédiates et locales : ils n'apprécient que ce qui est sous leurs yeux ; les circonstances extérieures et médiates leur échappent .

Mais il est évident que si Ton ne consultait^ pour se diriger dans le martelage d'une coupe, que l'étal actuel du peuplement, on ne pourrait que perpétuer le désordre dans une forôl, ou l'y mettre s'il n'y était déjà. Aussi je ne connais pas, dans le contrôle que l'administration supérieure est appelée à exercer sur la gestion de ses agents, d'objet plus important que celui qui concerne l'application des plans d'exploitation adoptés par elle.

Les agents n'ont pas toujours l'intelligence des sacrifices qu'il convient de faire à la régularisation

2oO AMÉNAGEMENT DES FORETS.

de la marche des exploitations. Quand ils ont une coupe à effectuer, ils se dispensent volontiers de porter leurs regards au delà de l'enceinte de cette coupe. Ils ne sont pas , d'ailleurs , plus que les autres hommes, inaccessibles aux tentations de la critique, et ils ont bientôt dit : « On veut que nous fassions une coupe d'ensemencement ici ; mais c'est absurde : les bois sont encore trop éloignés d'avoir atteint Tàge d'exploitabilité ; » ou bien : « On nous condamne à sacrifier ce beau repeuplement, en nous empêchant de le dégager du massif qui le domine ; mais cela n'a pas le sens commun, ce massif est exploitable, il faut se dépêcher de Tabattre, » Et c'est par des considérations de ce genre, qu'on bouleverse les aménagements, qu'on compromet l'avenir, et qu'en croyant bien faire, on ne fait pourtant («^l'empirer les choses.

Revenons à notre classement :

Lorsqu'on a arrêté son opinion sur les règles d'assiette, dont l'application à la forêt que l'on aménage, est nécessaire ; lorsqu'on s'est fixé sur les dispositions qu'elles réclament, on s'y soumet rigoureusement dans la formation des affectations, ce qui veut dire que l'on ne s'arrête, ni au désaccord existant entre l'âge d'une parcelle et le rang de la période à laquelle il y a lieu de l'affecter, ni aux sacrifices d'accroissement qui pourraient en être la conséquence.

Mais ce n'est pas nécessairement une raison, pourque l'on soit ensuite forcé de régénérer tous les bois, dans la période correspondante a l'affectation dont

DU PLAN D'EXPLOITATION. 2ol

ils font partie. Je montrerai comment, dans la première révolution, on est amené exceptionnellement à avancer ou à retarder, d'une période à une autre, la régénération de certaines parcelles.

J'admettrai, jusqu'à nouvel ordre, que cette obligation ne doive pas résulter des modifications apportées au tableau des affectations, pour le rendre conforme aux règles d'assiette, et je vais voir quelles sont celles que le rapport soutenu pourrait de son côté motiver.

Formation des affectations, conformément aux exigences

du rapport soutenu.

Toutes les parcelles qui, d'après leur âge, seraient exploitables dans la même période, forment ce que l'on appelle une classe d'âge. Une forêt normale exploitable dans une révolution partagée en cinq périodes, doit donc comprendre cinq classes cfdge distinctes. Cette dénomination de classe d'âge, appliquée aux bois compris dans la même affectation, mérite d'être conservée, parce qu'elle est caractéristique.

L'aménagement a pour objet de rendre l'état respectif des classes d'âge, aussi satisfaisant que possible. Pour qu'une forêt se trouve sous ce rapport dans toutes les conditions désirables, il faut : T que les classes d'âge y soient en nombre égal à celui des périodes de la révolution; 2° que la disposition de

2o2 AMENAGEMENT DES FOKI'.TS.

ces classes sur le terrain, ne conlrarie pas Tapplicalion des règles d'assiette ; 3° qu'elles aient la même puissance productive, en ce sens qu'elles soient susceptibles de fournir, h Tépoque où elles arriveront en tour d'exploitation, le même volume.

Lorsque ces conditions n'existent pas, il s'agit de les établir, et c'est précisément là le résultat que doit avoir le plan d'exploitation.

Je ne laisserai jamais échapper l'occasion de rappeler ces principes, parce qu'ils doivent former la préoccupation constante de l'aménagiste, et que, lorsqu'on ne les perd pas de vue, on esl certain d'arriver au but.

Quand on a classé les parcelles dans les colonnes des périodes, en se conformant aux exigences de l'exploitabilité et des règles d'assiette, il suffit de jeter un coup d'œil sur les totaux de ces colonnes, pour juger si la forêt que l'on veut aménager est ou n'est pas susceptible d'un rapport périodique ; et il n'y a pas non plus de longues réflexions à faire pour reconnaître si, ce rapport périodique étant réalisable, il est possible de le rendre soutenu, c'est-à-dire constant.

Que mes lecteurs veuillent bien ne pas oublier que, dans ce moment, je ne m'occupe que désaffectations ; que je les assimile à des coupes de taillis ; que la période remplace l'année, et que, d'après l'hypothèse dans laquelle je me suis placé, le classement des parcelles, conformément aux règles d'assiette, n'a pas eu pour effel d'augmenter l'écart qui doit normalement exister, entre Tàge qu'ont les bois

actuellement, et celui qu'ils auront lorsque Taflectation à laquelleon les a rattachés, arrivera en tour d'exploitation.

Cela étant bien compris, si aucune classe d'âge ne fait défaut, on en conclura qu'il existe les éléments indispensables à une suite non interrompue d'exploitations périodiques. Dans le cas contraire, on avisera aux moyens de suppléer les classes d'âge absentes, par des emprunts faits aux classes existantes ; et c'est alors qu'il sera utile de se rappeler les règles que j'ai énoncées dans le chapitre relatif aux taillis.

D'après ces règles, des exploitations annuelles ne peuvent être entreprises et continuées sans interruption, que lorsqu'il y a des parcelles exploitables, des parcelles assez jeunes pour atteindre, sans dépérir, le terme de la révolution, et des parcelles intermédiaires telles, que la différence d'âge la plus grande entre deux peuplements à exploiter successivement, ne dépasse pas le double de l'écart tolérable, entre l'âge d'exploitabilité et l'âge de l'exploitation, écart qui, dans aucun cas, ne doit être assez grand luimême, pour compromettre la régénération naturelle des massifs.

A l'aide de ces règles fort simples, on parviendra sans beaucoup de peine, à remplir les lacunes qui s'opposeraient à la périodicité des exploitations. Si c'est l'affectation de la première période, ou, en d'autres termes, la première classe d'âge qui manque à l'appel, on pourra la remplacer par une partie de la deuxième classe d'âge et une partie

de la dernière; si c'esl la troisième classe d'âge, on pourra la remplacer par une partie de la deuxième el une partie de la quatrième; mais ces transpositions devront se faire de proche en proche, avec des peuplements contigus, de manière à ne pas déranger les dispositions prises conformément aux règles d'assiette, et à reculer, plutôt qu'à avancer, l'époque do l'exploitation effective des peuplements.

Le rapport soutenu serait assuré par période, si les parcelles à exploiter dans chacune d'elles, c'està-dire si les affectations de ces périodes, occupant d'égales contenances, renfermaient des massifs, similaires quant aux phases probables de leur développement, et gradués quant à l'âge, de manière à n'être ni plus ni moins âgés les uns que les autres, lorsqu'ils arriveraient en tour d'exploitation.

Mais ces conditions favorables ne se rencontrent jamais, et on doit dès lors se demander s'il ne convient pas de donner aux affectations des contenances inégales, afin de corriger l'inégalité de puissance productive des parcelles qui les composent.

Les facteurs dont on se sert pour faire ces sortes de corrections ne sauraient, comme je crois l'avoir prouvé, se déduire de l'appréciation directe des éléments qui concourent à la production, tels que le sol, l'exposition, le climat, l'essence, l'étal plus ou moins serré, etc. Ils se déduisent des renseignements recueillis sur la production effective de peuplements, placés dans les mêmes conditions de végétation que ceux de la forêt qu'on aménage.

lu PLAN D'EXPLOITATION. 25o

Or, j'ai fait observer, en traitant du plan d'exploitation dans les taillis, qu'en allant à la recherche de ces peuplements comparables, on se lançait dans des difficullés d'appréciation très nombreuses, très délicates, presque insurmontables; et ce, pour n'oblenir souvent qu'un très mince avantage, et perpétuer dans les classes d'âge une fâcheuse inégalité.

J'ai donc émis l'opinion que les procédés indiqués pour rendre les contenances des affectations, inversement proportionnelles à leurs facultés productives, avaient une valeur pratique fort contestable.

Je maintiens cette opinion.

Mais la question est grave : on me pardonnera d'y revenir.

Je veux prouver qu'à raison de l'incertitude des moyens d'appréciation dont on dispose, il convient d'adopter comme règle générale, pour les affectations, des contenances égales.

Je dirai ensuite dans quelles circonstances particulières, et dans quelle mesure, les exceptions à cette règle peuvent être admises.

1 . Des motifs qui doivent faire adopter en général, pour les affectations, des contenances égales. — Montrons de nouveau, d'abord, que les méthodes prétendues difiTérentes^ par lesquelles on a cherché à déterminer des contenances inversement proportionnelles à IdLproductivité du lieu d'habitation, reviennent toutes à fixer, par hectare, le produit de chaque parcelle pour le moment de son exploitation ; k comparer ce produit à un terme commun, et à faire

figurer une parcelle dans le tableau des afTectations, pour une contenance qui soit, avec la contenance réelle, dans un rapport inverse de celui trouvé entre la production présumée de ladite parcelle, et la production adoptée pour terme commun de comparaison.

En effet, voici en quelques mots ce qu'indiquent les auteurs qui se sont occupés de résoudre le problème dont il s'agit.

Ceux-ci veulent : 1** que Ton détermine le volume actuel de chaque parcelle; T qu'on y ajoute celui de son accroissement futur, en supposant qu'elle reste encore sur pied jusqu'au milieu de la période à laquelle elle est provisoirement affectée; 3** que l'on porte le total dans la colonne ouverte à ladite période ; 4** que l'on procède enfin à l'égalisation des totaux des périodes, par des emprunts faits aux affectations les plus riches au profit des plus pauvres, en ayant soin de tenir compte des diminutions ou des augmentations, que l'accroissement pourrait subir par suite de ces emprunts.

Ceux-là comparent la production présumée, par hectare, de chaque parcelle, au moment fixé pour son exploitation, à une production, par hectare, quelconque prise pour type et terme commun de comparaison ; ils multiplient la contenance réelle de chaque parcelle par le chiffre qui résulte de cette comparaison; ils substituent les contenances fictives obtenues de cette manière, aux contenances réelles, dans les colonnes des périodes, et ils procèdent enfin à l'égalisation des totaux de ces colonnes par des transpo-

l)i: PLAN D'EXPLOITATION. 257

.sitîons dont l'effet est, par conséquent, de rendre inégales les étendues réelles des affectations.

Enfin, d'après d'autres auteurs, les éléments de la production d'une parcelle étant pris pour unité, on établit le rapport qui existe entre cette unité et la puissance, exprimée numériquement, des éléments de production de chacune des autres parcelles, et on fait des résultats de cette comparaison, le même usage que de ceux obtenus par la méthode précédente.

Ces trois manières de procéder s'appuient évidemment sur la même base, et la première ne se distingue des deux dernières, que parce que les productions que l'on compare, sont appréciées d'après les volumes effectifs actuels des peuplements.

Dans tous les cas, et c'est le seul point important , il s'agit de prévoir, plus ou moins longtemps à l'avance, le produit que donnera un peuplement lors de son exploitation. C'est là qu'est la pierre d'achoppement, qu'est la difficulté, difficulté qu'on peut dissimuler, mais qu'on ne saurait éluder, et qui reste toujours aussi grande, quels que soient les expédients dont on se serve pour la surmonter.

Ainsi, par exemple, quand, pour déterminer la production ultérieure de chaque parcelle, on calcule : 1"* le volume actuel qu'elle contient; 2" le volume dont elle s'accroîtra, on a recours à des moyens qui sont encore plus incertains dans les futaies que dans les taillis. Sans doute, le volume actuel est appréciable d'une manière suffisamment exacte, lorsqu'il s'agit d'un peuplement dont tous les sujets

AMKNAGBMB?1T DBS FORÂTS. 17

sont assez forts pour être cubés individuellement. Si ce peuplement est âgé, on peut également, sans s'exposer à de grandes erreurs, se baser sur son accroissement moyen antérieur, pour apprécier son accroissement futur. Mais ce n'est pas pour les parcelles qui sont destinées à être exploitées prochainement, que la recherche du produit qu'elles donneront, est embarrassante ; c'est pour celles qui ont encore à rester longtemps sur pied ; et, plus les bois sont jeunes, plus on risque de se tromper, soit dans Testimation du volume actuel, soit surtout dans l'appréciation de l'accroissement futur : dans l'estimation du volume actuel, par suite de l'impossibilité de procéder à un cubage individuel de tous les sujets qui composent le peuplement; dans l'appréciation de l'accroissement futur, parce que d'abord, l'accroissement moyen acquis diffère d'autant plus de l'accroissement moyen à acquérir, que les bois sont plus éloignés de la phase de leur plus grand développement, et parce que d'ailleurs, les chances d'erreur qui accompagnent les calculs sur l'accroissement, augmentent nécessairement avec le nombre d'années sur lequel portent ces calculs.

Aussi, pour les jeunes bois, est-on forcé de recourir à des tablQs de production, ou à des peuplements exploitables, et placés dans les mêmes conditions de végétation que ceux dont on s'occupe.

On n'échappe pas non plus à celte nécessité, lorsqu'au lieu de comparer les productions, on prétend arriver au même résultat, en comparant les circonstances sous l'influence desquelles elles sont appe-

lées à se réaliser. Si le lecteur veut bien se reporter aux observations que contient à ce sujet le chapitre sur les taillis, il y verra que cette prétention ne saurait être prise au sérieux, que par les gens qui se payent de mots ; que substituer la cause à Feffct, dans l'énoncé du problème à résoudre, pour déterminer la puissance productive des parcelles, ce n'est pas simplifier la question, c'est, au contraire, la compliquer sans faire disparaître aucune de ses difficultés ; car, dans l'étude des phénomènes de la végétation, les causes ne s'apprécient que par les effets.

Voici un sol quelconque, mettez-le entre les mains d'un chimiste ; il n'y découvrira pas, quelle que soit son habileté, les signes infaiUibles de la quantité de matière végétale, qui pourra s'y développer dans un temps donné.

Une circonstance dont on fait grand cas, dans l'examen de celles qui sont de nature à exercer une influence sur la production, c'est l'état de consistance du peuplement. Eh bien! je le demande à tout homme de bonne foi: quelle conclusion peut-on tirer de l'état de consistance d'un gaulis de quinze ans, relativement au volume qu'il présentera, quand il en aura cent?

Il faut donc en revenir toujours à la comparaison des productions, par conséquent aux tables d'accroissement ou, à défaut, au cubage de parties de bois placées dans les conditions de la parcelle envisagée; et l'examen des éléments delà production n'a d'autre avantage, que d'assurer le bon choix des peuplements pris pour termes de comparaison.

260 AMENAGEMENT DES FOttfciTS.

Quels que soient, en définitive, les moyens adopté*^ pour la recherche du produit, que donnera une parcelle à l'époque fixée pour son exploitation, le succès de cette recherche est fatalement subordonné à la découverte d'un peuplement exploitable, soumis aux mêmes influences que celui dont on veut ainsi prévoir l'accroissement.

Or, cette découverte est extrêmement difficile, el, avouons-le, presque impossible dans Tétat actuel du peuplement de nos forêts. On chercherait peut-être vainement, en France, un seul massif exploitable, qui pût être présenté comme l'expression exacte de la puissance productive normale d'un terrain. Cela n'a rien d'étonnant, quand on songe que c'est à peine depuis une soixantaine d'années, qu'on y applique les procédés d'une culture rationnelle.

On sait maintenant à quoi s'en tenir sur le mérite des coefficients de production, sur l'utilité qu'on en peut retirer, pour l'établissement du rapport soutenu. Le rôle qu'on a voulu faire jouer à ces coefficients est, disons-le, une véritable illusion, qui prouve une fois de plus la funeste influence que peut avoir, sur le bon sens et le jugement, l'habitude des solutions mathématiques.

On est trop disposé de notre temps à transformer les questions en problèmes d'algèbre ou de géométrie ; il y en a qui ne sont pas susceptibles d'une solution exacte, c'est un malheur auquel il faut se résigner. La question que nous traitons en ce moment est de ce nombre.

Il ne faut pas que la forme l'emporte sur le fond ;

DU PLAxN D'EXPLOITATION. 261

que l'apparence soil prise pour la réalité. Ce fatras de calculs minutieux etcompliquésdonlon surcharge le tableau des affectations, quand on veut tenir compte de toutes les influences qui réagissent sur la végétation, ne peut avoir de mérite qu'aux yeux de gens superficiels ; il n'accuse en réalité que des prétentions à l'exactitude, et comme il se fonde sur * des appréciations presque toujours arbitraires, il est véritablement comparable à un monument qui serait bâti sur le sable.

Au reste, si le rapport soutenu est une bonne chose ; s'il est à désirer qu'on puisse l'obtenir pour chaque forêt, chaque série, il ne faut pas cependant s'en exagérer l'importance et oublier que, comme il intéresse surtout la consommation, c'est surtout par bassin de consommation qu'il y a lieu de l'établir. Envisagées de cette manière, les atteintes qu'il pourra éprouver sur un point, perdront beaucoup de leur gravité, si, comme il est probable, elles doivent trouver des compensations sur d'autres points.

On le voit donc : la réalisation du rapport soutenu n'est pas une condition rigoureuse qui demande qu'on y sacrifie, sans motifs impérieux, la simplicité, la rapidité et la sûreté des opérations, et je conclus en conseillant, comme l'ont fait avant moi les auteurs de la Culture des bois y de donner autant que possible aux affectations, des contenances égales.

2. Des motifs qui peuvent faire adopter pour les affectations y des contenances réduites. — 11 n'y a pas de règle sans exception, et, dans les pays de montagnes surtout, il existe quelquefois, entre les cir-

constances qui influent sur la végétation, des différences tellement tranchées, qu'on ne saurait les négliger.

Jusqu'à quel point convient-il d'en tenir compte?

Ces différences peuvent être temporaires. Elles le sont, lorsqu'elles portent sur l'âge, la consistance, et même l'essence, s'il entre dans les prévisions qu'elle devra être remplacée. Dans aucun de ces cas, je ne les crois de nature à juslilîer une inégalité de contenances dans les affectations. Je l'ai dit pour les taillis, je le répèle pour les futaies. Voici pourquoi :

La régularisation de la forêt implique la fixation de l'étendue respective des affectations, c'est-à-dire des classes d'âge; et Ton conçoit que cette flxation ne saurait être définitive, si on la subordonnait à des influences essentiellement temporaires. Ces influences n'existant plus, il deviendrait nécessaire de modifier les affectations et de retarder, par suite, l'époque à laquelle leurs limites cesseraient d'être provisoires.

En admettant donc, que l'on parvînt, chose presque impossible, à recueillir des données exactes sur le rendement probable de chaque parcelle, lors de son exploitation, on ne pourrait les utiliser pour la réalisation du rapport soutenu immédiat, sans se condamner à des tâtonnements, à des remaniements sans fin, et dans tous les cas, à une diminution de production, c'est-à-dire à des résultats contraires au but que l'on se propose lorsque l'on aménage une forêt.

Cependant, dira-t-on, s'il se trouvait des affec-

talions qui continssent la moitié de l^ur étendue en vides, et qui, par suite, fussent productives d'un rapport moitié moindre, n'y aurait-il pas lieu de leur donner une étendue un peu plus grande? — Non, parce qu'après que ces vides auraient été repeuplés, il faudrait de nouveau changer la contenance des affectations, sous peine de retomber dans les inconvénients qu'on avait voulu éviter. Tout ce que l'on pourrait faire, ce serait de décider qu'exceptionnellement à la règle générale, pendant la première révolution, certaines parcelles ne seront pas régénérées dans les périodes correspondantes; mais cet expédient implique l'adoption d'un règlement provisoire, et j'ai annoncé que l'étude de ce règlement serait l'objet d'un chapitre spécial.

J'insiste donc sur ce principe : les affectations ne doivent être jamais modifiées, par suite des différences accidentelles, et par conséquent temporaires, qui porteraient sur l'âge, la consistance et même parfois l'essence des peuplements.

Mais, dans les conditions de la végétation, il y en a qui peuvent être considérées comme immuables : ce soni, par exemple, celles qui tiennent au climat, h l'exposition, à la nature des essences, à la qualité du sol; et ces conditions sont quelquefois tellement différentes d'une parcelle à une autre, que l'on ne saurait vraiment être autorisé à passer outre. Il est certain qu'une affectation, située sur une rampe exposée au midi, ne rapportera pas, toutes les autres conditions étant égales d'ailleurs, autant que celle qui occupera un versant septentrional ; et qu'un

20i AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.

massif reposait sur un sol substantiel, frais et profond, rapportera plus que celui qui croîtra sur un terrain maigre, sec et sans profondeur.

On sait qu'il est de principe de composer, autant que possible, les affectations de manière que les bonnes parties compensent les mauvaises. On verra aussi qu'au moyen de la division d'une forêt en séries*, on parvient souvent à éviter les embarras qu'occasionnent, dans la formation des affectations, les différences de fertilité des parcelles. Néanmoins, on doit prévoir des cas où ces moyens seraient insuffisants, pour corriger les grands écarts que présenter aient les rendements probables des affectations.

Dans ces cas-là, mais dans ces cas-là seulement, on pourrait donner aux affectations, des contenances inversement proportionnelles à leur puissance productive, en s'aidant, pour établir ce rapport entre les puissances productives, de tous les éléments d'appréciation que fourniraient les tables d'expérience, les observations directes, la tradition surtout. Pour ne point se tromper grossièrement dans une opération de ce genre, il faut être très expérimenté et très circonspect.

C'est surtout lorsque les différences dans les conditions de végétation, portent sur la qualité des terrains, que les erreurs sont à craindre. Il n'en est pas des sols forestiers, ne l'oublions pas, comme des sols agricoles. Ceux-ci sont mieux connus ; les relations qui existent entre leur nature et le produit

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