CHAPITRE VU
DU PLAN d'kXI'LOITATION DES TAILLIS COMPOSES A CONVERTIR
EN FUTAIES PLELNKS
AKTIGLE PREMIER
OBSERVATIONS PRELIMINAIRES
La conversion des taillis composés en futaies, a engendré plusieurs théories très différentes, au moins en apparence. Elle n'implique pas cependanl, comme je Tai déjà fait observer, d'autres connaissances, d'autres appéciations, d'autres procédés, que ceux que réclame l'aménagement des forêts qui ont toujours été traitées en futaie. Lorsqu'on sait aménager celles-ci, on est capable d'aménager celles-là, et la méthode à suivre est la même pour les unes comme pour les autres.
Un taillis composé peut être assimilé à une forêt jardinée, en ce sens que des arbres de tous les âges y sont entremêlés; mais il offre cette particularité que les plus jeunes bois y sont représentés, dans chaque coupe, par des sujets du même âge en massif
'.\'2\ AMENAGEMENT DES FOUETS.
plus OU moins compacte. A cause de celle parlicularité, le laillis composé semblerait devoir être moins irrégulier que la forêt jardinée, et cependant, en réalité, il Test souvent beaucoup plus, par suite de la différence d'âge qui existe entre les réserves. En effet, dans la forêt jardinée, les arbres de tous les âges ne sont pas toujours ensemble, et il est rare que Ton ne rencontre pas, sur d'assez grands espaces, des masses à peu près homogènes ; tandis que, dans le laillis composé qui a été convenablement traité, les vieilles réserves, les anciens, les modernes et les baliveaux, sont véritablement pêle-mêle.
Toutefois, ce n'est point pour cela que les écrivains forestiers ont traité séparément de Taménagement des futaies irrégulières, et de la conversion des laillis composés; c'est parce que, dans les forêts delà première catégorie, les jeunes bois sont des brins de semence; tandis que, dans celles de la seconde, ce sont en général des rejets. Sans les rejets, le taillis composé rentrerait dans les conditions d'une futaie irrégulière, plus ou moins claire, et nous n'aurions ])as à nous en occuper d'une manière spéciale ; mais ces rejets constituent, pour la régénération naturelle, un instrument d'un genre tout particulier, puisqu'ils peuvent se reproduire autrement que par les semences.
La difficulté de la conversion des taillis composés d'essences dures, en futaies, réside précisément dans l'appréciation de ces deux éléments, le taillis et la futaie, au point de vue du concours direct qu'ils sont susceptibles d'apporter h la régénération naturelle.
DU PLAN l)i:XPL01ÏATI0N. 323
Le concours du taillis peut être nul : c'esl ce qui arrive lorsque ce taillis ne se compose que de bois blancs ou de mor Is-bois ; môme lorsqu'il ne comprend que des bois durs, son concours peut n'être que secondaire : il en est ainsi lorsque les souches sonl trop usées pour que les rejets en provenant, donnent beaucoup de semences fertiles. Le concours du taillis sera au contraire dominant, lorsque les rejets seront d'essence dure, vivaces, nombreux, et les réserves rares. Enfîn, ce concours sera de nature à enlever tout embarras aux combinaisons nécessaires pour amener l'état normal, lorsque le taillis sera tel que l'on puisse, sans en amoindrir sensiblement la qualité et la longévité, c'est-à-dire sans le rendre moins propre à l'ensemencement du sol, le cou[)er encore plusieurs fois avant de 's'en servir pour cette dernière destination.
Ces diverses considérations doivent toujours être présentes à l'esprit de l'aménagiste, lorsqu'il étudie un plan de conversion de taillis composé en futaie, et surtout quand il procède au parcellaire; il n'oubliera pas non plus :
1** Que le premier principe de la culture forestière, veut que Ton tire parti le plus possible, pour la régénération d'une forêt, des ressources naturelles qu'elle renferme ;
T Que le mode du taillis ayant pour effet de dégrader le sol, plus tôt on y renonce et mieux cela vaut;
3"* Que l'intérêt de la culture, de la conservation et de l'amélioration des massifs, doit toujours primer
320 AMÉNAGEMENT l)i:S FORÊTS.
celui qui se rattache à la production actuelle et au maintien du rapport soutenu;
4" Que si le but que Ton a en vue quand on convertit une forêt, est d'y établir une gradation d'ûge qui permette de retirer un jour de cette forêt, des produits annuels plus avantageux que ceux qu'elle a fournis jusqu'à présent, il ne faut pas que le désir d'atteindre ce but un peu plus vite, fasse compromettre la régénération nalurelle des massifs.
Le parcellaire des taillis composés est plus aisé, moins long à faire, en général, que celui des autres forêts; parce que les limites des coupes peuvent être conservées comme limites des parcelles, puisqu'elles séparent les peuplements dont les âges diffèrent, ce qui est ordinairement, comme on le sait, le caractère distinctif le plus important; mais la description spéciale en est beaucoup plus délicate, plus embarrassante ; parce qu'elle porte sur des appréciations fort incertaines et cependant nécessaires, comme par exemple celles qui se rapportent à la vitalité des souches, à la longévité probable des rejets qui en proviennent, à Tâge auquel ceux-ci commenceront à donner des semences fertiles. Il est indispensable que Taménagiste exprime sur ces divers points une opinion formelle, attendu que les combinaisons de Taménagementen dépendent. Il est non moins essentiel qu'il s'explique sur la qualité des réserves de toute catégorie, sur le temps durant lequel elles pourraient rester sur pied, et sur le contingent qu'elles apporteraient au repeuplement naturel. Outre ces questions principales, la reconnaissance du taillis en soulève
encore d'autres qui sont faites pour exercer toute la sagacité des meilleurs forestiers. Les bois d'élite, quoiqu'en minorité aujourd'hui, sont-ils assez nombreux pour former plus tard la majorité? Les jeunes brins de semence sont-ils en assez grande quantité et dans d'assez bonnes conditions, pour autoriser l'espérance qu'en les dégageant par des nettoiement plus ou moins fréquents, on créera pour l'avenir des ressources sérieuses? La continuation des coupes de taillis serait-elle possible, sans qu'on eût à en redouter de mauvaise conséquence, soit pour le peuplement, soit pour le sol? Ce sol se prêterait-il à des repeuplements artificiels? Il est désirable que la solution de toutes ces questions résulte de la description même des parcelles. Cette description exige donc du temps, de l'attention, de l'expérience, et même, pour les objets les plus essentiels, une sorte de prescience, un don de seconde vue, de divination, qui est d'ailleurs vraiment ce qu'on pourrait appeler le sentiment, le flair forestier.
Ces préliminaires posés, abordons le problème de la conversion. Je n'aurai guère à me servir dans la discussion de ce problème, que des termes précédemment définis. Néanmoins, pour éviter toute équivoque, il n'est pas inutile que je précise encore mieux le sens que j'attache à quelques-uns de ces termes :
Quand je parlerai de coupes de taillis sous futaie h continuer temporairement, il s'agira de véritables coupes de taillis, telles qu'on doit les faire quand on veut obtenir une régénération par les souches, sauf
a28 AMÉNAGKMENT DES FORÊTS.
la réserve, qui pourra être sans doute plus serrée qu'elle ne le serait d'après le premier paragraphe de Tarticle 70 de l'ordonnance du 1" août 4827, mais jamais assez pour arrêter la production ou le développement des rejets. Cette observation, sur laquelle j'aurai occasion de revenir, n'est pas superflue ; car, tout en conservant la qualification de coupes de taillis à certaines exploitations, on a souvent prescrit d'y procéder d'une façon qui devait en changer absolument le caractère. C'est ce qui a eu lieu, par exemple, pour les coupes de laillis dites modifiée^y dans lesquelles il était recommandé de réserver plusieurs centaines de baliveaux; ou encore pour les coupes de taillis dites de régénération^ dans lesquelles on espérait par des dégagements, sauver assez de brins de semence pour en former plus tard une futaie. Cette manière d'appliquer un mode d'exploitation dont la pratique a été cependant consacrée par les règlements, par l'enseignement de l'école, et par la tradition, n'a pas peu contribué à égarer la discussion sur les conversions *.
Je rangerai sous la même rubrique : coupes (Famélioratiouy non seulement les coupes préparatoires, les éclaircies, les nettoiements, les élagages, mais aussi les coupes à blanc étoc, les recepages plus ou moins complets, quand ces dernières opérations seront subordonnées à des circonstances éventuelles et à l'appréciation des agents d'exécution.
1. Le nombre des baliveaux à réserver doit être réglé de manière que le couvert qui eu résulte, ne puisse compromettre la croissance et la reproduction du taillis (Cours de Culture, p. 366).
Je repousse comme impropres les mots souspériode j sous-révolution, si souvent employés; car on ne saurait concevoir, en présence du sens que j'a» donné à la révolution et l\ la période, qu'elles puissent se dédoubler.
Enfin, je ne considérerai la conversion d'un taillis comme accomplie, que du jour où il aura été décidé que ce taillis ne sera plus coupé et devra se régénérer par les semences. Jusque-là, la conversion reste suspendue ; de sorte qu'à mes yeux, le début de la révolution principale, normale ou transitoire, qui est marqué par le moment où on effectue la première coupe de régénération en futaie, peut avoir lieu sans que toute la forêt soit convertie ou, en d'autres termes, sans que toute la foret soit destinée à ne plus être régénérée que par les semences.
ARTICLK II
UTILITÉ DK LA FORMATION PR^IALABLK l)KS AFFECTATIONS .NORMAI.KH
La formation préalable des affectations normales est aussi utile pour la conversion des taillis composés, que pour l'améncagement des autres forêts irrégulières; et cette formation est -plus facile en général pour la conversion, attendu qu'elle n'y est guère soumise qu'à une considération, celle des règles d'assiette. En effet, les exigences de Texploilabilité perdent beaucoup de leur force, dans les taillis composés, puisque les vieux arbres y sont uni-
formémenl répartis, et que le taillis n'y présente pas des écarls d'âge assez grands pour que l'on ne puisse, sans des sacrifices sensibles d'accroissement, ranger dans une même afTeclalion, les plus âgés et les plus jeunes peuplements. Quant au rapport soutenu, de quelque façon qu'on s'y prenne, il est condamné à éprouver une forle perturbation, ainsi qu'on le reconnaîtra plus lard, et ce ne serait point par un changement dans Tassielte des affectations, qu'on y obvierait.
Ainsi donc, élant donné un taillis composé qui, après sa transformation en fulaie, devrait être exploité dans une révolution de \ 44 ans, par exemple, et dont une portion quelconque pourrait être régénérée complètement en 24 ans, nous diviserons cette révolution en six périodes. Pour chaque période, nous déterminerons une affectation en nous conformant avant tout aux règles d'assiette, et nous remplirons le tableau indiqué page 238, après avoir donné à chaque parcelle, la désignation définitive que comportera l'affectation à laquelle elle appartiendra; mais on comprend tout de suite que, si on peut rarement imprimer immédiatement aux coupes une marche normale, même dans les forêts qui ont toujours été traitées en futaie, on le peut encore plus rarement, dans les forêts dont on veut changer le mode de traitement; et nous avons à étudier quelles sont les mesures à adopter pour mettre ces forêts, le plus tôt possible et au mieux de tous les intérêts, dans les conditions désirables de régularité. Ces mesures doivent être résumées dans le règlement général des exploitations.
AHTICLK III
KËGLKMENT GK.NÉRAI. IlES KXPLOITATIORS
Nous supposerons d'abord que nous avons atîairo h un taillis composé, régulier et complet, riche en essences d'élite et en réserves de franc-pied. Ce taillis est soumis à une révolution de 24 ans ; nous voulons le transformer en une futaie pleine, exploitable dans une révolution de i 44 ans, pariagée en six périodes. Le tableau des affectations a été dressé conformément aux règles d'assiette ; il s'agit de régler les exploitations par période. Je vais exposer les différents systèmes que l'on a suivis pour cela, et je dirai ensuite quel est à mon sens le meilleur. Ces systèmes n'empruntent pas seulement leur originalité aux circonstances de la végétation; ils l'empruntent aussi à la rapidité plus ou moins grande que l'on est disposé à imprimer à la conversion : on peut se proposer de convertir immédiatement toute la forêt ; on peut estimer au contraire qu'il est préférable de ne la convertir que graduellement. Dans ces deux cas, il y a bien des degrés de promptitude possibles; nous aurons à apprécier quels sont les plus avantageux. Enfin, que Ton veuille convertir immédiatement ou graduellement, la transformation peut se faire avec ou sans révolution préparatoire, et nous la discuterons dans Tune et l'autre hypothèse. Mais la supposition que nous faisons
332 AMÉNAGEMKNT DKS FOlil/lS.
maintenant d'un taillis composé régulier et complel^ se réalise exceptionnellement. Nos taillis sont en général irréguliers et incomplets et leur conversion est alors assujettie à des règles très variables. Nous en ferons l'objet d'un paragraphe spécial.
Règlement général des exploitations d'un taillis composé régulier et complet à convertir, lorsque la révolution est préparatoire et ia conversion immédiate.
Puisqu'on veut que la conversion soit immédiate et générale, il faut arrêter les coupes de taillis sur toute l'étendue de la forêt et, par ce fait seul, on peut dire que la forêt sera convertie; mais il s'agit d'y créer ce qu'on appelle des classes d'âge, et c'est là le difficile : d'abord, parce que les taillis de la première affectation, en supposant même que ce soient les plus âgés, ne sont pas encore, en général, capables de porter des semences fertiles ; ensuite, parce que les taillis de la dernière, en supposant que ce soient les plus jeunes, ne sauraient fournir une aussi longue carrière que des brins de semence. Deux questions se présentent donc : la première, étant de savoir pendant combien de temps on devra laisser sur pied, les taillis de la première affectation, pour les amener à un état tel qu'ils soient à même de se régénérer naturellement par les semences; la seconde, étant de savoir pendant combien de temps on pourra laisser sur pied, les taillis de la dernière affec-
ni' PLAN D'EXPLOITATION. XVA
(ation^ sans qu'on ait à craindre leur dépérissement.
De la solution donnée h la première de ces questions, dépend la durée delà révolution préparatoire. De la solution donnée à la seconde, dépend la durée de la révolution principale. Cette dernière révolution sera d'autant plus longue; elle se rapprochera d'autant plus de la révolution normale, que la révolution préparatoire sera plus courte ; et la répartition des peuplements la plus favorable au raccourcissement de la révolution préparatoire et à rallongement de la révolution principale, serait naturellement celle qui aurait classé les taillis les plus âgés dans la première affectation, tandis que les plus jeunes appartiendraient à la dernière.
L'état des rejets, l'état des souches, le nombre e( l'état des réserves, la nature des essences, Tàgc auquel elles portent semences, telles sont les circonstances à apprécier, afin de résoudre l'une ou l'autre des questions que je viens d'énoncer ; seulement, les rejets auront moins d'influence sur la solution de la première question que sur celle de la seconde, et cela se conçoit aisément, puisque dans la première affectation on a besoin de vieux bois, tandis que dans la dernière, on ne saurait en avoir de trop jeunes.
Si on se croyait dans l'obligation de laisser croître* les taillis jusqu'à Tâge de 50 ans, afin que leur action, s'ajoutant k celle des réserves, pût assurer le réensemencement naturel, il en résulterait cette conséquence forcée que, pendant un laps de temps égal à la différence entre l'âge de 50 ans et l'âge actuel des taillis de la première affectation, la forel
334 AMÉNAGEMKYr DIlS FOHKTS.
ne sérail parcourue que par des coupes d'éclaircie, de régularisation si Ton veut, c*est-à-dire, pour me servir du terme consacré, par des coupes préparatoires, où l'on n'exploiterait les réserves que lorsqu'elles seraient dépérissantes.
La différence entre Tâge de 50 ans et l'âge actuel des massifs de la 1" affectation étant, par exemple, de 30 ans, la durée de la révolution pi'éparatoire serait donc de 30 ans. On diviserait cette révolution en parties égales à la rotation des coupes préparatoires; rotation réglée de manière à ce qu'elle fût contenue un nombre juste de fois dans ladite révolution ; et chacune des affectations normales serait partagée en autant de coupes, qu'il y aurait d'années dans une des subdivisions de la même révolution; ou bien, si Ton jugeait avantageux de ne pas multiplier ainsi les coupes à faire chaque année, on grouperait les affectations deux par deux ou trois par trois. Chaque groupe ne formerait qu'une série, qui comprendrait naturellement autant de coupes qu'il y aurait d'années dans une des subdivisions précitées, à moins qu'on ne rendît ces coupes biennales, ce qui pourrait encore se faire pour des raisons d'économie ou de simplification de service. Au reste, l'établissement du règlement général des exploitations, pendant la révolution préparatoire, rentrerait exactement dans le cas prévu à la page 321 .
Après la révolution préparatoire, la forêt dont le sous-bois le plus âgé aura 50 ans et sera surmonté de nombreuses réserves, et dont le sous-bois le plus jeune, âgé de 30 ans, contiendra sans doute beau-
DL PLAN n'KXPLOIÏAÏIO.N. 335
coup de brins de semence qui auront élé dégagés par les nelloiements, la forêt ne se distinguera pas des autres futaies irrégulières. On en réglera Texploilalion comme on le fait pour ces dernières, en lui appliquant une révolution principale d'autanl plus longue que les jeunes massifs, ou plutôt que les massifs de la dernière affectation, pourront durer plus longtemps. Si cette révolution ne s'écarte pas trop de celle que Ton aurait adoptée comme normale, on la regardera comme définitive. Si elle s'en écarte trop, on prendra les dispositions nécessaires pour que les affectations normales ne puissent jamais être perdues de vue.
Règlement général des exploitations d'un taillis composé complet et régulier à convertir, lorsqu'il n'y a pas de révolution préparatoire, et que la conversion est immédiate .
La méthode de transformation exposée dans Tarlicle précédent, est celle que Ton a longtemps suivie à Texclusion de toute autre. C'est la plus simple, et je le dirai dès à présent, la plus rationnelle, la plus recommandable au point de vue cultural, puisque c'est celle qui permet le mieux d'utiliser les ressources du peuplement pour la régénération naturelle; mais elle se signale, au point de vue économique, par deux inconvénients majeurs : D'abord elle a pour effet d'altérer profondément le rapport soutenu : par le fait de la conversion immédiate, les coupes de taillis étant remplacées par de simples
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iielloienaenls ou éclaircies el des exi raclions prudentes de vieux arbres, il esl. clair que les produits annuels sont très fortement diminués. Ensuite, elle retarde le début de la première révolution principale, et elle rend presque impossible Tadoplion, pour cette première révolution, d'une durée égale à celle de la révolution normale.
Le premier de ces inconvénients, l'altération profonde du rapport soutenu, a été longtemps le principal motif qui s'est opposé à la transformation de nos taillis sous futaie en futaies pleines, et aujourdliiii encore cette altération est l'objet d*unfe préoccupation très vive. Aussi, a-t-on cherché et cherche-t-on îi l'atténuer ; voudrait-on même empêcher qu'elle ne se produisit, chose pratiquement irréalisable el môme théoriquement inadmissible. Quels que soient les expédients auxquels on ail recours; quelle que soit la lenteur que Ton apporte dans l'opération, on ne saurait passer d'une certaine révolution à une révolution plus longue, sans se condamner à une diminution temporaire de revenu; cette diminution pourra être très faible et de courte durée ; elle n'en surviendra pas moins. Dans Thypothèse la plus favorable, celle où la contenance de la coupe annuelle serait réduite d'une quantité assez petite, pour que Ton perdit moins sur l'étendue que l'on ne gagnerait sur l'accroissement, la diminution du revenu, renfermée dans les plus étroites limites imaginables, porterait encore sur un an; et la transformation, pour être complète, exigerait plusieurs siècles, en supposant qu'elle ne fût pas contrariée par les exi-
gences de la végétation. On poursuit donc vraiment une chimère, quand on prétend transformer les taillis en futaie, sans abaisser la production temporairement. Cette diminution sera d'autant moins sensible que le temps consacré à la transformation sera plus long ; mais comme ce temps ne peut pas être infini, la diminution ne saurait jamais être réduite à zéro. Quoi qu'il en soit, les seuls moyens d'atténuer le sacrifice qu'entraîne forcément la substitution du régime de la futaie à celui du taillis, consistent dans la suppression plus ou moins complète des coupes préparatoires, et dans la continuation plus ou moins longue des coupes de taillis sur certaines parties de la forêt. Nous n'avons pas à discuter en ce moment l'emploi de ce dernier moyen, puisque nous avons supposé que l'on voulait convertir immédiatement la forêt sur toute son étendue ; et, quant au premier moyen : la suppression des coupes préparatoires, il est évident qu'il ne saurait être appliqué qu'à la première affectation ; car si la conversion de toute la forêt peut avoir lieu immédiatement, la régénération ne peut assurément en être que graduelle.
La suppression des coupes préparatoires, dans le cas d'une conversion immédiate générale, équivaut donc à la suppression de la révolution préparatoire. On entreprend sans délai les coupes de régénération. On soumet la forêt sans transition à une révolution principale; et, comme on allonge la distance possible entre l'époque de la régénération de la première affectation et l'époque de la régénération de la
dernière, d'un temps égal à la durée de larévolulion préparatoire, on est moins gêné pour adopter une révolution principale, qui soit en harmonie avec Fexploitabilité des essences. En outre, — et c'est le but principal que Ton a en vue, — en coupant à blanc éloc les peuplements de la première affectation, au lieu de se borner à les éclaircir, on se procure une augmentation de produits; mais lousces avantages sont achetés chèrement, par les difficultés que la suppression de la révolution préparatoire entrahie pour la régénération naturelle, difficultés d'autant plus grandes, que les taillis de la première affectation sont plus jeunes. Si-, même avec une révolution préparatoire, il est désirable que les taillis les plus vieux, soient colloques dans la première affectation, à plus forte raison, est-ce à souhaiter quand on renonce aux coupes préparatoires. Autrement, on rend non seulement, comme je viens de le dire, la régénération beaucoup plus pénible et par conséquent plus coûteuse, mais on se condamne encore à des pertes d'accroissement. Je n'insiste pas en ce moment sur ces deux points, parce que j'aurai à les traiter m extenso plus tard. Je me borne à ajouter que la suppression de la révolution préparatoire ne me paraît tolérable, à la rigueur, .que lorsque les taillis de la première affectation sont assez âgés pour contribuer à la régénération, sinon par leurs semences, au moins par leur abri.
Cette suppression étantadmise d'ailleurs, le règlement général des exploitations ne soulève aucune question, qui n'ait déjà été prévue et résolue.
Règlement général des exploitations d'un taillis composé complet et régulier à convertir, lorsqu'il n'y a pas de révolution préparatoire, et que la conversion est graduelle.
I. — Exposé des méthodes applicables. — La suppression de la révolution préparatoire atténue donc la diminution de produits inhérente à la conversion, et permet d'adopter, pour la révolution principale, une durée qui se rapproche davantage de la durée normale. Toutefois son effet, surtout sous le premier rapport, n'a point paru assez sensible ; et Ton s'est demandé si l'on ne pourrait point recourir à des moyens plus énergiques, soit pour augmenter les produits pendant la transformation, soit pour rendre possible l'adoption immédiate d'une révolution principale normale? La réponse était facile: on avait supprimé les coupes préparatoires pour la première affectation, il n'y avait qu'à les supprimer aussi pour les autres.
Si on les supprime effectivement, on a la faculté de continuer les coupes de taillis dans toutes les affectations, sauf la première. La conversion n'est plus immédiate sur toute l'étendue de la forêt; elle est graduelle, et rien ne s'oppose à ce que l'on adopte la révolution principale normale. Tandis qu'on régénère la première affectation dans le cours de la période normale correspondante, on continue les coupes de taillis dans les autres affectations, jus-
qu'à ce que leur tour de régénération en futaie soit arrivé. Quant aux produits, si on ne les considère que dans leur ensemble, non pas pour une affectation plutôt que pour une' autre, non pas par année, mais par période, ils seront nécessairement un peu plus forts, dans la première période, qu'ils ne l'auront été auparavant, dans le même espace de temps, car, sur toute l'étendue de la première affectation, au lieu de se borner à couper les taillis sous la réserve d'un nombre d'arbres plus ou moins grand, on aura tout à couper. La diminution de la production périodique ne se manifestera qu'à partir de la deuxième période, parce qu'alors, dans la première affectation, à la place des anciennes coupes de taillis, il n'y aura à faire que des éclaircies; et cette diminution ira en augmentant, de période en période, pendant la première révolution, jusqu'à ce que les bois précédemment régénérés soient assez âgés pour que Ton en obtienne, par de simples éclaircies, autant de produits qu'on en obtenait des coupes de taillis.
Ces résultats se comprennent facilement. Je vais cependant les mettre mieux en évidence, et montrer comment on peut les assurer par le roulement général des exploitations, quand on se résigne d'ailleurs à sacrifier les règles d'assiette, et qu'on ne tient pas à avoir, pendant la période, une suite non interrompue, tout à la fois, et pour les coupes de régénération et pour celles de taillis.
En effet, quelle que soit la composition des affectations normales, dès que le nombre des coupes du taillis à convertir est divisible par le nombre de
ces affectations, — et il n'y a pas d'empêchement à ce qu'il le soit, — toutes les hypothèses de distribulion des coupes de .différents âges entre les affectations, peuvent se ramener à trois types auxquels je donnerai des chiffres pour qu'ils soient plus saisissants. Je supposerai donc que le nombre des coupes de taillis est de 36 et, pour faciliter la démonstration, que le nombre des années de la période est aussi de 36. Chaque affectation contiendra dès lors 9 coupes et il se pourra :
1** Que les 9 coupes les plus âgées soient dans la première affectation, les coupes de 19 à 27 ans, dans la deuxième, elles coupesles moins âgées, dans la dernière ;
2° Que cet ordre étant renversé, les 9 coupes les moins âgées soient dans la première affectation, et les 9 coupes les plus âgées, dans la dernière ;
3" Que dans chaque affectation, il y ait des coupes dont les âges ne se suivent pas régulièrement.
Dans le premier cas, l'augmentation des produits aura lieu au commencement de la première période, dans la première alîectation, dont les neuf coupes seront exploitées à blanc étoc et régénérées. Après ces neuf coupes, les produits annuels, qui seront fournis parles autres affectations, reviendront au chiffre où ils étaient auparavant, pour se maintenir ainsi pendant 27 ans, c'est-à-dire jusqu'à la deuxième période. A cette époque, il n'y aura que des éclaircies à faire, pendant 9 ans, dans les coupes régénérées de la première affectation dont les bois les plus vieux n'auront que 36 ans^ et, par consé-
quent, la production baissera plus, qu'elle n'aura haussé au début de la première période; puis, on entreprendra la régénération en futaie des coupes âgées de 28 à 36 ans de la deuxième affectation et, pendant 9 ans, les produits se relèveront de nouveau. A partir de la dix-huitième nannée de la deuxième période, et jusqu'à la première année de la troisième, les produits fournis par les coupes de taillis dans la troisième et la quatrième affectation, seront ce qu'ils étaient avant le commencement de la conversion; mais désormais, il n'y aura que deséclaircies à pratiquer dans les deux premières affectations, et il s'ensuivra une forte baisse dans les produits, baisse qui, en moyenne, sera plus prononcée que la précédente, à moins que les éclaircies à faire dans la première affectation, ne soient aussi productives que l'étaient les coupes de taillis, chose improbable. Celte baisse ne cessera que lorsqu'on pourra entreprendre la régénération des coupes de la troisième affectation, c'est-à-dire à la dix-huitième année de la période correspondante. Après avoir régénéré ces coupes, et pendant les dernières années de la période, on coupera les taillis devenus exploitables de la quatrième affectation ; après quoi, il n'y aura plus de coupes de taillis à faire, mais simplement des éclaircies, jusqu'à la vingt-huitième année de la dernière période, et il est possible que parmi ces éclaircies il y en ait, celles de la première affectation par exemple, qui fourniront autant de produits qu'en fournissaient les coupes de taillis; de sorte que, pendant la dernière période, les produits pour-
ront ne pas être moins élevés qu'ils Fauront élé pendant la période précédente. A la fin de la quatrième période, les coupes de la quatrième affectation seront régénérées; la transformation sera complète, et la hausse croissante des produits se manifestera de plus en plus.
Dans le deuxième cas, la première affectation n'étant régénérée qu'à la fin de la période correspondante, c'est à la fin de cette période qu'a lieu l'augmentation des produits, et la baisse ne survient qu'à la fin de la deuxième période, au lieu de se faire sentir au commencement.
Dans le troisième cas, les variations dans les produits ne suivent plus aucune marche régulière : selon la disposition des peuplements, d'après leur âge, la hausse peut avoir lieu, soit au commencement, soit à la fin, soit au milieu d'une période ; mais la baisse n'en est pas moins inévitable ; et, comme dans les deux autres cas, elle l'emporte de plus en plus sur la hausse, jusqu'à ce que les éclaircies soient devenues aussi productives que l'étaient les coupes de taillis. Voilà la loi qui domine toutes les autres.
Lorsque la bonne formation des affectations normales se concilie avec la coUocation, des taillis les plus vieux dans la première affectation, des plus jeunes dans la dernière, de ceux d'âge moyen dans les intermédiaires, on ne doit pas hésiter à adopter, pour la marche des coupes, le règlement général que j'ai exposé premièrement. Outre l'avantage de retarder l'époque de la baisse des produits, il a celui,
beaucoup plus sérieux, de permettre que la durée de la période ne soit pas égale à la révolution des taillis, sans qu'il en résulte une perte d'accroissement. Ainsi, les taillis devant être coupés à 36 ans, rien ne s'opposerait, pourvu toutefois que le nombre des coupesdetaillisfûttoujoursdivisible, par celui des affectations oîi ces coupes devraient être assises, rien ne s'opposerait à ce que la période, dans le règlement général provisoire, fût fixée, comme dans le règlement définitif, à 24 ans ou à tout autre chiffre qui s'accorderait mieux avec les exigences de la régénération en futaie. C'est là ce qui est imposable, quand les coupes sont distribuées entre les affectations comme on l'a indiqué dans les deux derniers cas. Il est obligatoire alors, si l'on veut tout à la fois ne couper les taillis qu'à l'âge d'exploitabilité, et régénérer chaque affectation en futaie dans la période correspondante, que la durée de cette période soit au moins aussi longue que l'ancienne révolution du taillis. Il est visible, par exemple, que si cette durée était de 24 ans seulement, tandis que la révolution du taillis serait de 36 ans, la première affectation ne pourrait, tout entière, être régénérée dans la première période, que si elle ne contenait au début de la conversion, que des taillis âgés de plus de 12 ans. Un autre défaut des modèles de règlements qui précèdent, et ce défaut existe pour le premier modèle comme pour les autres, c'est la brusquerie dans les mouvements de hausse et de baisse, brusquerie qui devient très accentuée quand on considère à part les produits de chaque affectation, et que
Ton sépare ceux des coupes de régénéralion de ceux des coupes de laillis. On a eu recours à diverses combinaisons pour y obvier. La meilleure est sans contredit celle qui consiste à disposer les peuplements dans les affectations, de manière que chacune forme une série complète de coupes de taillis se suivant de proche en proche et d'âges gradués, depuis l'âge d'un an jusqu'à l'âge d'exploilabilité du taillis. Mais cela ne se peut guère, que lorsqu'on a autant de séries de taillis à convertir que d'affectations de futaie à constituer. Toutefois, quand la chose est faisable, la marche des coupes, soit de régénération, soit de taillis, est parfaitement régulière: pendant qu'on régénère par coupes successives, non interrompues et également productives, la première affectation, on continue les coupes de taillis dans les autres; et, durant toute la première période, si on fait abstraction des dépenses nécessaires pour régénérer artificiellement le terrain, on a une augmentation de produits équivalente, chaque année, à la différence entre le rendement d'une coupe de taillis et celui d'une coupe à blanc étoc.
L'amoindrissement des produits commence au début de la deuxième période et se traduit, chaque année, par la différence entre le rendement d'une coupe de taillis et celui d'une coupe d'éclaircie ; mais l'augmentation, pendant la première période, et l'amoindrissement, pendant la suivante, se répartissant également entre toutes les années de chaque période, on évite ces alternatives brusques de hausse et de baisse qu'entraînent les autres modes de trans-
formation, et c'est un grand avantage. Malheureusement, on ne peut non plus se le procurer qu'à la condition d'adopter pour la période, une durée égale à celle de la révolution du taillis, ce qui est regrettable, attendu que la durée des périodes ne doit, en bonne règle, être subordonnée qu'aux exigences de la régénération en futaie. D'ailleurs, je le répète, la possibilité de composer les affectations de telle sorte, que chacune d'elles forme une série de coupes de taillis, se présente très rarement. Dans la plupart des cas, la gradation régulière dans les mouvements de la production, ne peut être obtenue que lorqu'on se résigne à des sacrifices d'accroissement, c'est-àdire à ne pas couper le taillis à l'âge auquel on l'avait coupé jusqu'alors; et ce qu'on gagne au point de vue du rapport soutenu, on le perd au point de vue de la quantité des produits.
Ainsi, quoi que l'on fasse, la conversion, même graduelle, d'un taillis sous futaies en futaie pleine, amène une diminution de produits, à partir de la deuxième période de la révolution principale. Cette diminution peut être régularisée ou retardée, rejelée du commencement de la période, au milieu ou à la fin. On ne saurait, dans aucun cas, l'éviter, à moins qu'en même temps que l'on convertit la première affectation en futaie, on ne transforme les autres en taillis simples, en y exploitant les vieilles réserves. On comprend que, par ce moyen, dont je montrerai plus tard tout le danger, on arrive à combler, dans une large mesure, le déficit causé dans les produits par la substitution des coupes de nettoiement et d'é-
claircie aux coupes de taillis. On comprend que Ton puisse même, par Tabalage de ces vieilles réserves, rendre encore plus forte Taugmenlation de produits qui est la suite, dans la première période de la révolution principale, de la substitution des coupes de régénération h celles de taillis composé ; et là est tout le secret de ces merveilleux projets de transformation sur lesquels on s'est appuyé, pour soutenir que la conversion des taillis composés en futaies peut avoir lieu, sans occasionner temporairement une baisse dans la production de la forêt. Cependant, qu'on ne s'y trompe pas; même quand on a recours à l'exploitation des vieux arbres, la baisse des produits n'est que retardée, et l'on ne se procure plus de rendement dans les premières périodes, que sous peine d'en avoir moins dans les dernières.
En tous cas, et qu'on adopte l'un ou l'autre des modes de transformation ci-dessus décrits, le règlement général des exploitations par période se dresse toujours conformément au cadre donné p. 308 et 309 pour la marche provisoire des coupes, la révolution principale étant définitive; il y a place dans ce cadre pour toutes les coupes à faire, de quelque nature qu'elles soient.
IL — Observatiom sur les méthodes de conversion exposées dans rarticle pi^écédent. — Les dispositions qui ont été imaginées, pour éviter les inconvénients de l'ancienne méthode de transformation des taillis composés en futaies pleines, se caractérisent toutes par ces trois circonstances : Suppression des coupes préparatoires; continuation des coupes de taillis
dans les différentes affectations, jusqu'à Tépoque où elles arriveront en tour de régénération en futaie; extraction des vieilles réserves. Nous en connaissons la valeur économique, nous allons en apprécier le mérite cultural :
Suppression des coupes préparatoires . — La suppression des coupes préparatoires a pour effet d'amoindrir, jusqu'à les annihiler quelquefois, les chances du repeuplement naturel. Elle est donc contraire à l'un des principes fondamentaux de la culture forestière. Il est extrêmement important d'ailleurs, surtout lorsque cette culture se pratique sur de vastes étendues, et réclame une nombreuse administration, que. l'homme ne se charge pas à la légère des opérations que la nature peut faire elle-même. Les soins minutieux, les travaux de tout genre, que comporte la gestion des forêts, seront toujours assez multipliés pour qu'on ne les augmente pas sans nécessité absolue. Or, pour transformer un taillis composé en futaie pleine, il n'est pas nécessaire de recourir aux repeuplements artiOciels. Étant donné un taillis simple de chêne et de hêtre, âgé de 25 à 30 ans, il est certain qu'en le laissant croître jusqu'à l'âge où il pourra donner des semences fertiles, jusqu'à 70 ans par exemple, on le mettra dans de bonnes conditions pour le repeuplement naturel; tandis que si on le coupe aujourd'hui, on ne pourra se dispenser de repeupler le sol artificiellement. Cette obhgation du repeuplement artificiel s'appliquera sans doute, toutes proportions gardées, à une moins grande étendue, si au lieu d^avoir affaire à un taillis simple, on a
aiîaire à un taillis composé ; mais il est facile de se rendre compte de l'économie que les réserves, par leurs semences, permettront de réaliser dans les repeuplements k faire de main d'homme : Nous n'avons pour cela qu'à ouvrir le Cou?*s de Culture de MM. Lorentz et Parade, à l'article concernant le balivage normal : nous y verrons que le couvert des réserves, au moment de la coupe du taillis, peut comprendre! /3 de l'aire de la coupe. Dans les circonstances les plus favorables, les travaux de repeuplement qu'entraînerait la suppression des coupes préparatoires, s'étendfaient donc encore aux 2/3 de la surface d'une coupe. Quand on peut éviter des travaux aussi considérables, on doit le faire; d'autant qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'un brin de semence, provenant d'un semis artificiel, fût moiasvivacequ'unbrinprovenantd'un semis naturel. N'y a-t-il pas dans les œuvres de la nature, une force mystérieuse que la science de l'homme n'apoint pénétrée, et ne saurait dès lors mettre dans les siennes ? Quant à moijepenche, je l'avoue, pourl'affirmative, et, de même que toutes ces précocités artificielles, si merveilleuses, obtenues pour la viande, pour les fruits, ne fournissent pas des aliments aussi substantiels que ceux qu'on retire des productions qui ne sont pas forcées ; de même, j'incline à le penser, un plant, élevé en pépinière, ne vaut pas celui qui est venus pontanément en plein bois ; et des graines, semées dans une autre localité que celle où elles ont été récoltées, ne sauraient produire des sujets aussi robustes, que ceux qui proviennent de
graines récoltées et semées dans la même région. En outre, quelle que soit la préparation que Thomme donne au terrain, quelle que soit Fabondance avec laquelle il y jette les semences, cette préparation ne vaut pas rhumus, et cette abondance n'est que de la parcimonie à côté de la prodigalité de la nature.
La suppression des coupes préparatoires tendant, en un mot, à rendre nécessaire Tintervention de l'homme, dans un travail qui pourrait s'en passer, n'est donc pas une bonne chose ; ces coupes, d'ailleurs, sont très utiles : *
1° Afin que le sol, souvent appauvri par un mode d'exploitation qui empêche l'humus de s'y accumuler, ait le temps de se refaire ;
V Parce qu'il est de la plus grande importance pour les repeuplements, soit naturels, soit artificiels, de n'exploiter les taillis qu'ils sont destinés à remplacer, qu'à l'âge où l'on n'a plus à craindre leur reproduction par la souche : cette reproduction est en effet, aucun forestier praticien ne l'ignore, une des entraves qui nuisent le plus aux jeunes plants, et dont il est le plus difficile de les débarrasser ;
3° Parce que, dans le cas même où on se décide, par des motifs quelconques, à renoncer au repeuplement naturel, il est économique, pour le repeuplement artificiel, de se procurer un abri, abri qui ne peut être assuré suffisamment que par des sujets dont la tête est bien formée et le fût élevé.
Ces observations ne soulèvent aucune objection, pour l'affectation qui ne doit plus être coupée en taillis; qui contient ordinairement les bois les plus
vieux, et dans laquelle il n'est plus temps, il n'est plus possible de songer à améliorer le peuplement en brins de franc-pied, par de fréquents nettoiements et des plantations faites après la coupe ; mais, pour les autres affectations, elles paraîtront, je le prévois, moins fondées : On fera sans doute remarquer que si l'on prend soin de dégager tous les brins de semence, qui se révéleront après la coupe du taillis, et de faire quelques plantations, on se procurera les moyens, à la coupe suivante, de constituer la jeune réserve avec des sujets de franc-pied et par conséquent d'avenir ; et que, si Ton porte en outre celte réserve à 200 baliveaux et même au delà, il ne faudra pas plus de deux révolutions de taillis, pour réunir les éléments d'une régénération naturelle complète. A cela je répondrai que les coupes dites de taillis, dans lesquelles on conserve autant de baliveaux, ne sont en réalité que des coupes préparatoires, sous une forme particulière, et qu'on a tort de leur donner une qualification qui n'est plus justifiée, qui est même tout à fait démentie par le balivage serré dont elles sont l'objet, puisque ce balivage a pour conséquence inévitable de nuire de plus en plus au développement des rejets de souche. Je suis d'ailleurs persuadé qu'on se fait illusion, si l'on croit qu'il est facile, par des nettoiements répétés, de dégager les brins de semence qui apparaissent souvent en abondance, j'en conviens, immédiatement après l'abalagc des taillis. Ce dégagement n'est point aussi commode qu'on le pense, car il faut y revenir fréquemment et quelquefois tous les ans. Enfin, si les taillis compo-
3r2 AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.
ses présentent l'inconvénient de ne pouvoir former que des futaies irrégulières dans lesquelles, au milieu déjeunes massifs sur souche, homogènes par places, sont disséminés des arbres d'âges et de grosseurs très différents, je ne m'explique pas que l'on veuille gratuitement aggraver cet inconvénient, en mettant, dans les jeunes bois, les inégalités qui sont dans les vieux, et en ajoutant ainsi d'autres étages à ceux qui existent déjà. 11 me semble que de tels procédés s'écartent des principes de la culture, soit en ce qui concerne le taillis, soit en ce qui concerne la futaie, et que, fâcheux pour la production du taillis, ils le sont également pour la formation de la futaie.
Continuation des coupes de taillis. — S'il est vrai, comme lous les auteurs s'accordent à le dire, que le mode d'exploitation en taillis soit compromettant pour le sol et pour les essences les plus précieuses, surtout pour le chêne, toute combinaison tendant à ajourner la suppression des coupes faites d'après ce mode, doit être considérée comme fort regrettable ; mais si l'on renonce à cet ajournement, il est clair qu'on rend d'abord très longue, la transformation du taillis en une futaie normale, puisqu'on n'arrivera à la compléter qu'après une ou même plusieurs révolutions transitoires de futaie ; et qu'on se condamne ensuite à une diminution immédiate et très sensible dans la production annuelle. La continuation des coupes de taillis, en maintenant jeunes certaines affectations, tandis qu'on régénère ou qu'on prépare les autres, avance évidemment l'épo-
que de la constitulion définitive des classes d'âge, et pare en même temps à une diminution trop brusque des produits.
On peut donc admettre cet expédient, pourvu que d'ailleurs le sol soit bon et le taillis vivace ; mais, même alors, il convient d'en user avec modération, et d'y renoncer dès que le peuplement, qu'il aura servi à rajeunir, paraîtra susceptible de rester sur pied, jusqu'au moment où viendra son tour de régénération en futaie. En outre, bien que cette continuation des coupes de taillis, ait surtout pour but d'éviter une trop forte baisse dans laproduclion, ce n'est point une raison pour que le taillis soit exploité avant l'âge, où il fournit tout à la fois et les meilleurs produits et le plus de ressources pour un balivage satisfaisant ; de sorte que, si les plus vieux peuplements avaient élé classés dans les affectations qu'il ne serait point nécessaire de rajeunir, il vaudrait mieux interrompre les coupes de taillis au début de Ici transformation, que d'abattre des bois trop jeunes. Enfin, ce que j'ai dit plus haut, à propos des coupes de taillis dans lesquelles on a proposé de forcer le balivage, jusqu'au grand détriment de la reproduction des souches, est encore applicable ici. Les coupes ainsi faites ne sont plus des coupes de taillis : ce sont des coupes d'amélioration ou des coupes préparatoires ; tandis que les méthodes de transformation que nous étudions en ce moment, sont basées sur la continuation des coupes de taillis traditionnelles et dans lesquelles, par conséquent, le taillis ne doit pas être sacrifié complètement à la futaie.
Extraction des vieilles rése^^ves. — Assurément, c'esl une règle très raisonnable, en théorie, que celle qui autorise à enlever les vieux arbres, dans les afTeclations conservées temporairement en taillis, toutes les fois qu'ils paraîtraient hors d'état de rester sur pied, sans dépérir, jusqu'à l'époque où ces affectations arriveront en tour de régénération en futaie ; mais cette règle est pleine de dangers: d'abord, il ne faut point se dissimuler que tant qu^un peuplement continue à être traité en taillis, sa conversion reste douteuse, et que ce n'est point parce qu'elle figure sur le papier qu'on doit la regarder comme assurée. Les flols et les destins sont changeants ; les plans d'exploilation le sont aussi, et il est prudent de prévoir le cas où la conversion, bien qu'ordonnée par un décret, ne serait point exécutée ; or, dans ce cas, si l'on avait dépouillé cette affectation de toutes les vieilles réserves , au lieu d'un taillis composé, capable de fournir des produits à l'industrie, on n'aurait plus qu'un taillis simple. Ensuite, on doit se rappeler que c'est surtout en utilisant les semences, qui tombent en abondance des vieux arbres, qu'on peut maintenir les taillis dans un bon étal de consistance et de vitalité. Je pense donc qu'il convient de ménager beaucoup ces vieux arbres, tout en reconnaissant qu'on peut en extraire d'autant plus, que raffeclalion, dont ils font partie, est moins près d'être régénérée en futaie.
Règlement général des exploitations d'un taillis composé régulier et complet à convertir, lorsqu'on adopte une révolution préparatoire et que la conversion est graduelle.
Si les observations contenues dans le paragraphe précédent sont justes, il en découle qu'on doit poser comme principes fondamentaux de la transformation d'un taillis sous futaie complet et régulier, en futaie pleine :
V La préparation des peuplements pendant un temps assez long, pour que le taillis puisse Concourir au réensemencement naturel, et ne puisse pas rejeter abondamment;
2° La limitation de l'ancien mode d'exploitation en taillis, aux peuplements qui seraient hors d'état de rester sur pied, sans dépérir, jusqu'à l'époque fixée pour leur régénération en futaie dans la révolution principale, et qu'on ne pourrait avant cette époque, remplacer par des brins de semence, sans occasionner de trop fortes perles d'accroissement;
3"" L'exploitation du taillis à un âge qui ne soit pas inférieur à celui adopté jusqu^alors, et qui permette, dans tous les cas, de trouver dans ce taillis les éléments d'un balivage satisfaisant ;
i" Le maintien de la futaie sur taillis dans un état normal, c'est-à-dire dans un état de richesse aussi grand qu'il peut l'être, sans nuire à la reproduction et à la végétation du sous-bois.
Le premier de ces principes implique l'adoption d'une révolution préparatoire d'autant plus longue, que l'âge des bois dans les affectations à régénérer les premières, sera moins avancé : il n'est pas indispensable, mais il peut être utile, comme mesure d'ordre, que cette révolution soit un multiple de la période de la révolution principale, si elle ne lui est pas égale.
En ce qui concerne le deuxième principe, il semblerait au premier abord que s'il y a une affectation que l'on puisse, à coup sûr, sans s'écarter de ce principe, continuer d'exploiter en taillis, c'est bien la dernière; cependant, en y réfléchissant, on voit qu'il y a un moyen de la rajeunir qui est préférable : c'est de la régénérer en futaie en même temps que la première affectation, etaprèsl'avoirpréparée, comme elle, pendant larévolution préparatoire. A l'époque où la dernière affectation arrivera de nouveau en tour de régénération, c'est-à-dire à la fin de la première révolution principale, elle n'aura pas encore atteint, il est vrai, l'âge correspondant à la durée de cetle révolution; mais il est présumable que, malgré la perte qui s'ensuivra, les produits seront encore plus considérables que ceux qu'on obtiendrait des coupes de taillis. Ainsi je suis d'avis que ces coupes de taillis doivent être arrêtées, en tout cas, dans la première et dans la dernière affectation, et je voudrais même qu'elles le fussent dans toutes celles dont les peuplements sembleraient pouvoir rester sur pied, sans dépérir, jusqu'à l'époque normale, fixée pour leur régénération en futaie.
Pour se conformer au troisième principe, sans se mettre dans la nécessité d'interrompre les coupes de taillis dès le début de la transformation, il faut que les affectations, dont la conversion devra être ajournée, contiennent des taillis exploitables, et je n'y vois pas d'inconvénient, lorsque cela peut se faire sans contrarier les règles d'assiette.
Quant au quatrième principe, il est toujours applicable, quelles que soient les combinaisons adoptées, et je me borne à dire que la conservation des vieilles réserves est d'autant plus utile dans une affectation, que celle-ci est plus près de son tour de régénération.
L'application de ces quatre principes étant ainsi précisée, la formation du règlement général d'exploitation, soit pour la révolution préparatoire, soit pour la première révolution principale, n'exige plus aucun éclaircissement, et je prie encore le lecteur de se reporter pour le cadre à prendre, aux pages 308 et 313.
La méthode que je viens d'exposer et que je recommande, comme pis aller, est donc une transaction entre l'ancien système qui arrêtait immédiatement les coupes de taillis sur toute l'étendue de la forêt, et le nouveau système également radical, en sens contraire, qui ne les arrête que successivement, lorsque les peuplements arrivent en tour de régénération dans la révolution principale ; mais elle se rapproche beaucoup plus du premier que du second, puisqu'elle tend, comme le premier, à utiliser autant que possible les peuplements existants, pour la régénération naturelle, tandis que le second
système fait peu de cas des ressources qu'on en pourrait tirer sous ce rapport *.
Il est incontestable qu'au point de vue cultural, la substitution des repeuplements artificiels aux repeuplements naturels, est regrettable. Les exigences du rapport soutenu et Tavantage d'une création plus rapide des classes d'âge qui constituent une forêt normale, ne la justifieraient pas suffisamment à mes yeux; et d'ailleurs, puisque la méthode mixte de transformation que nous avons examinée en dernier lieu, tient compte, dans une certaine mesure, et de ces exigences et de cet avantage, elle est préférable à la précédente. Comme celles qui ont été décrites auparavant, cette dernière méthode repose sur la supposition que le taillis composé h convertir, contient non seulement de nombreuses réserves, mais encore un sous-bois vivace, riche en essences de bonne qualité, complet, susceptible de coopérer tôt ou tard, dans une forte proportion, à la régénération de la forêt par les semences. C'est cette dernière circonstance qui motive surtout les coupes préparatoires, et la cessation la plus prompte possible des coupes de taillis. Lorsqu'elle fait défaut, les coupes préparatoires n'ont plus autant de raison d'être, et ce n'est plus dans le même but que l'on supprime les coupes de taillis. Or, tous nos taillis sous futaie ne se trouvent pas dans des conditions satisfaisantes, au double point de vue de la consis-
1. M. Puton, directeur de FÉcole forestière de Nancy, a fort bien expliqué et justifié cette méthode, qu'il appelle la nléthode mixte dans son livre sur l'aménagement des forêts. (Rothschild, éditeur.)
tance de la réserve et de celle du sous-bois. L'application des combinaisons dont j'ai décrit le mécanisme, rencontre donc souvent des exceptions. Je vais en examiner quelques-unes .
Règlement général des exploitations, lorsque les taillis à convertir
sont irréguliers et incomplets.
J'appelle irréguliers les taillis composés qui s'éloignent de l'état normal, soit parce que les réserves en chênes et en hêtres de toute catégorie n'y sont point également réparties, soit parce que le sous-boîs y est principalement formé d'essences secondaires. Ces taillis peuvent être complets ou incomplets : complets, quand ils ne présentent ni vides, ni clairières, ni peuplements ruinés; incomplets, quand ils en présentent.
Supposons que l'on ait à convertir un taillis composé complet, mais dans lequel il y a les anomalies suivantes :
Les réserves en essences d'élite, assez nombreuses dans quelques parcelles, sont rares dans les autres. Le taillis dont le charme et les bois blancs forment les essences presque exclusives, surtout dans les coupes les plus âgées, sont garnies, dans les jeunes, et en assez grande quantité, de brins de hêtre et de chêne qu'on pourrait encore sauver, en les dégageant des rejets qui les dominent. Le sol est du reste partout de bonne qualité.
En présence de cette situation, c'est surtout d'après l'âge et le nombre des réservées que contiennent les parcelles, que l'on se sera guidé, toute satisfaction ayant été d'ailleurs donnée aux règles d'assiette, pour composer les affectations; et, par conséquent, on aura mis dans la première affectation les parties les plus riches en vieux arbres. Les jeunes coupes, où il y a beaucoup de brins de hêtre et de chêne, auront été placées autant que possible dans la dernière, et les autres coupes formeront les affectations intermédiaires.
Les affectations étant ainsi constituées, on adoptera une révolution préparatoire juste assez longue, pour qu'à son expiration Ton puisse, avec les taillis de charme et de bois blancs de la première affectation, faire de bonnes coupes d'abri ; et tandis que jusque-là, on se bornera à exécuter dans cette affectation des coupes préparatoires, on s'efforcera de dégager, au moyen de nettoiements fréquents, les brins de chêne et de hêtre de la dernière, et on continuera de couper en taillis les autres affectations en commençant par la deuxième. Il n'y aurait en effet aucun avantage, pour la régénération naturelle, à soumettre immédiatement les affectations intermédiaires à des coupes préparatoires, puisquel'on n'attend rien, pour le repeuplement, des semences que pourraient donner les taillis qui les composent ; on aura le temps de préparer la deuxième affectation pendant qu'on régénérera la première.
Si les réserves étaient partout nombreuses, mais âgées, les autres conditions restant les mêmes, on ne
mettrait encore en préparation que la première affectation; mais il faudrait répéter les nettoiements dans les autres, et surtout dans les dernières, très fréquemment, et y conserver tous les brins d'e?sences d'élite, dût-on entraver la reproduction des rejets, compromettre par conséquent la conservation du taillis, et se condamner à raccourcir la durée de la première révolution principale; l'essentiel serait d'utiliser les réserves avant leur complet dépérissement : ces réserves ne seraient abattues que lorsqu'elles menaceraient de tomber de vétusté, ou lorsqu'elles surmonteraient déjeunes semis.
Si, au lieu d'un taillis exclusivement composé d'essences secondaires, on avait un taillis dans lequel ces essences seraient entremêlées de bois précieux dominants par place,; alors il conviendrait, pendant qu'on préparerait la première affectation et qu'on dégagerait les jeunes brins dans la dernière, de préparer aussi la deuxième, et peut-être même la troisième, ce qui n'empêcherait pas, quand on y rencontrerait des taches de bois blancs à l'état pur, de receper à blanc étoc ces bois blancs, toutes les fois qu'ils ne pourraient rester sur pied, jusqu'à l'époque où l'affectation dont ils feraient partie, arriverait en tour de régénération. Ce recepage, qui ne serait qu'accidentel , n'autoriserait pas à dire qu'il faut continuer le taillis dans ces affectations-là.
Supposons maintenant que Ton ait à convertir un taillis sous futaie irrégulier et incomplet en ce sens, qu'indépendamment de la mauvaise qualité des essences sur beaucoup de points, il présente des lacunes,
des vides, des peuplements sans avenir. Ici, de nombreuses mais vieilles réserves recouvrent des cépées de bois blancs clair-plantées; là, le taillis est assez serré et riche en bois durs, mais les souches sont usées et les réserves font défaut; enfin, sur la plus grande étendue, il n'y a que des vides, des clairières et des broussailles sur un sol appauvri.
On voit tout de suite que la transformation d'une telle forêt n'exige pas de révolution préparatoire : il faut se servir sans délai des vieux arbres, pour la régénération naturelle, se préoccuper d'utiliser les taillis de bois durs dans le même but, et donner le plus tôt possible au sol des parties ruinées, un couvert qui lui rende la fertilité qu'il a perdue. On assignera en conséquence le n" 1 à l'affectation la plus riche en réserves, et on y prescrira immédiatement des coupes de régénération avec enlèvement des bois blancs par extraclion de souches. Les taillis de bois durs placés dans la deuxième et, s'il y a lieu, la troisième affectation, seront améliorés pendant la première période, par les moyens qu'on jugera les plus convenables. Les vides, les clairières, les broussailles, rejetés dans les dernières affectations, seront repeuplés ou régénérés avec des essences peu exigeantes, et choisies en vue plutôt d'améliorer le terrain que de se procurer des produits. Les coupes de taillis, arrêtées partout, seront remplacées par des recepages, qui marcheront d'autant plus vite que les moyens d'action dont on disposera, pour les repeuplements artificiels, seront plus énergiques; car les rapailles elles-mêmes ne devront être coupées, que
lorsqu'on sera en mesure de les remplacer par un couvert plus utile.
Je pourrais faire beaucoup d'autres hypothèses, qui motiveraient aussi des exceptions aux règles que j'ai posées, mais je ne le crois pas nécessiaire. J'en ai dit assez pour montrer que, dans la transformation d'un taillis irrégulier et incomplet en futaie pleine, les dispositions à prendre dépendent surtout du nombre, de l'âge, de l'état et de la répartition des réserves ; que le sous-bois a généralement peu d'influence à ce sujet, et que son exploitation doit être subordonnée complètement aux exigences de l'amélioration du sol, et à celle de la propagation des essences d'élite. On voit donc que le succès de l'opération repose beaucoup moins sur l'habileté des agents aménagistes, que sur celle des agents d'exécution.
En résumé, dans les conversions des taillis composés, comme dans les aménagements des futaies irrégulières en futaies pleines, le but que Ton se propose étant de créer les classes d'âge indispensables, pour que l'on puisse retirer d'une forêt le rapport annuel le plus avantageux, il importe tout d'abord, dans un cas comme dans l'autre, d'assigner à ces classes d'âge la place qu'elles occuperont plus tard; puis, les affectations étant déterminées, on doit chercher à régler leur exploitation de manière h accélérer, autant que faire se pourra, la régénération de la première affectation, et à accumuler dans les autres affectations, pour l'époque à laquelle elles arriveront en tour d'exploitation principale, le
plus d'éléments possible de régénération naturelle.
Qu'on s'occupe en oulre à retirer d'ici là, le plus grand produit de ces affectations, rien de plus légitime, pourvu que le résultat essentiel à poursuivre rie soit pas compromis; et c'est dans cette condition que glt la difficulté de la transformation.
Les procédés de culture à appliquer aux affectations, en attendant que leur tour de régénération en futaie soit arrivé, sont uniformes dans les futaies régulières : il n'y a que des nettoiements ou des éclaircies à faire. Dans les taillis composés en conversion, surtout lorsque ces taillis sont irréguliers, ces procédés sont variables et multiples : suivant les circonstances, on peut avoir à faire une coupe de taillis, un recepage, une substitution d'essence, un nettoiement, une éclaircie, une coupe préparatoire, une simple extraction de vieux arbres. Mais cette difi^érence entre le traitement d'une futaie régulière et celui d'un taillis sous futaie en conversion, quelles que soient la consistance et la composition de ce dernier, ne change rien aux dispositions essentielles du plan d'exploitation et à la forme des tableaux qui le résument. Ces tableaux, dont on a vu les modèles pages 308 et 313, peuvent servir à tous les cas. Toutes les fois qu'une aff'ectation devra être exploitée systématiquement en taillis, pendant une ou plusieurs périodes, on la fera figurer, sur le tableau général, dans la colonne des coupes de taillis. Toutes les fois, au contraire, qu'elle ne devra être exploitée en taillis qu'exceptionnellement et incomplètement, que ce mode ne sera qu'un expédient auquel il se-
rait possible et désirable qu'on ne fût point obligé de recourir, on ne fera pas de distinction entre cette afTectation et les parcelles qui devront être améliorées, et on Tinscrii'a dans la colonne des coupes d'amélioration, afin d'éviter de lui donner une destination qui pourrait être démentie par les circonstances. On se bornera à indiquer dans la colonne d'observations, le traitement dont il y a probabilité qu'elle devra être l'objet. Bien de plus simple, n'estce pas? mais cependant, pour qu'il n'y eût aucune confusion dans le tableau des exploitations, et que le roulement des coupes de diverses natures s'y reconnût, s'y distinguât clairement, il faudrait que la durée de la rotation, pour chaque catégorie de coupes, fût une partie aliquote de la période. Or il est difficile que cette condition puisse être réalisée pour toutes les coupes, et qu'une rotation ne soit pas à cheval sur deux périodes. L'important est que cette irrégularité n'existe pas pour les coupes les plus essentielles, et, surtout pour celles de taillis. Nous avons déjà reconnu que lorsque, cas très rare d'ailleurs, il était possible et il convenait de former une série de coupes de taillis par affectation, on devait arr«inger les choses de manière que la période fût pour le moins égale à la révolution du taillis. Lorsqu'on ne cherche point à former une série de coupes de taillis par affectation, Tutililé d'avoir une correspondance complète entre la durée de la période et la révolution des coupes de taillis, est moindre; mais il convient alors, sous peine de n'éviter une confusion que pour tomber dans une autre, d'exploiter les coupes de
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taillis à un âge, qui soit divisible par le nombre des affectations dans lesquelles ces coupes seront assises. Dans tous les cas, on se rappellera que la durée de la période normale ne doit être subordonnée qu'aux exigences de la régénération en futaie, qui en sont la raison d'être, et qu'il y aurait de grands inconvénients à ce que l'on s'écartât de cette règle fondamentale ; de sorte que si le taillis devait être coupé à 36 ans, tandis que la période, eu égard aux exigences de la régénération, ne devrait embrasser que 25 à 30 ans, il serait tout à fait irrationnel, pour satisfaire à de pures et temporaires convenances de forme, de porter la période à 36 ans.
Ces principes trouvent leur application, quand on dresse le règlement des exploitations à faire pendant larévolution principale. En ce qui concerne le tableau des exploitations pendant larévolution préparatoire, les mêmes difficultés ne se rencontrent pas, puisqu'il n'y a à faire que des coupes par contenance, et que la rotation desdites coupes est la seule circonstance qu'il y ait à considérer, quand il y a lieu de partager la révolution en un certain nombre de subdivisions.
ARTICLE IV
RÈGLEMENT SPÉCIAL DES EXPLOITATIONS PENDANT LA PREMIÈRE PÉRIODE, QUELLE QUE SOIT LA MÉTHODE ADOPTÉE POUR LA TRANSFORMATION
Si le règlement général des exploitations par période, est plus ou moins compliqué et exige des
explications particulières, suivant l'état des peuplements et la rapidité que Ton veut imprimer à la conversion, il n'en est pas de même du règlement spécial, qu'il est nécessaire de dresser pour les coupes à faire dans le cours de la première période, soit de la révolution préparatoire, soit de la révolution principale quand il n'y a pas de révolution préparatoire. Le règlement pour les coupes de régénération doit être basé sur le volume, toutes les fois que le matériel existant dans l'affectation à régénérer, peut êtr^ cubé avec exactitude sans grandes difficultés; parce qu'alors il n'y a aucune différence à établir enlre la forêt à transformer et une futaie irrégulière quelconque à aménager. Il est au contraire basé sur la contenance, lorsque ledit matériel se compose de rejels ou de brins de très faibles dimensions dont on ne pourrait faire le cubage avec une suffisante exactitude, sans y consacrer beaucoup de temps et des soins minutieux. Dans ce dernier cas, d'ailleurs, la régénération devant avoir lieu en grande parlie artificiellement, il est possible d'imprimer à cette régénération, sans lacompromellre, une marche régulière de proche en proche; mais dans aucune circonstance, on ne doit combiner la possibilité par volume avec celle par contenance, car elles sont véritablement inconciliables. Si donc on adopte la possibilité par volume, alors il n'y a pas de distinction à faire entre les coupes de régénération ; elles prennent chacune, chaque année, une part plus ou moins forte de la possibiUté, suivant l'état des peuplements. Si, au contraire, on adopte la pos-
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sibililé par contenance ; comme elle n'est évidemment applicable qu'aux coupes d'ensemencement, les bois qui restent après ces coupes, doivent être considérés comme étant en dehors de la possibilité, et c'est aux agenis locaux qu'il appartient d'en proposer l'extraction, sans s'astreindre à aucune règle prévue d'avance, là où le besoin s'en fait sentir. On comprend bien, en effet, que l'on ne pourrait prescrire de revenir à des époques fixes, par forme de coupes secondaires ou de coupes définitives, sur les coupes d'ensemencement précédemment faites, sans s'exposer à entraver la régénération ou le développement des jeunes plants; car on ne saurait prévoir à quelle époque et sur quelle étendue le repeuplement s'effectuera dans une coupe donnée. Tout ce qu'on peut faire utilement, c'est d'ordonner aux agenis d'exécution de proposer le repeuplement artificiel de tout ou partie d'une parcelle, si, un certain nombre d'années après la coupe d'ensemencement, elle n*était pas repeuplée.
Je connais des aménagements dans lesquels la possibilité, pour l'ensemble des coupes de régénération, ayant été fixée par volume, on a cru pouvoir néanmoins régler les coupes d'ensemencement par contenance. Ce système reposait sur Thypothèse que le volume de la coupe d'ensemencement, ainsi délimitée, ne s'élèverait jamais au-dessus du chiffre de la possibilité. Or celte hypothèse gratuite ne s'est pas toujours vérifiée, et les agents d'exécution se sont trouvés dès lors dans l'alternative : ou de dépasser le chiffre de la possibilité, ou de donner à la coupe
d'ensemencemeiil une étendue moins grande que celle qui avait élé fixée. En outre, il s'est présenté souvent des cas, où il était plus urgent de faire une coupe secondaire ou définitive qu'une nouvelle coupe d'ensemencement, et cependant il y avait obligation de procéder <i celle-ci pour obéir aux prescriptions de l'aménagement. Il faut donc, on le voit, adopter l'une ou l'autre des deux possibilités, mais ne pas chercher à les faire marcher ensemble, car on n'v réussirait pas.
Quant aux coupes soit de taillis, soit d'éclaircie de nettoiement ou de recépage, soit préparatoires, h faire dans les autres affectations que celle qu'on régénère, elles sont toujours basées sur la contenance ; cela ne fait pas question.
Nous avons reconnu, quand nous nous sommes occupé du règlement spécial des exploitations h faire, dans la première période de la révolution applicable aux forêts à régulariser, qu'il pouvait être utile de dresser deux tableaux : Tun pour les coupes par volume, l'autre pour les coupes par contenance. S'il s'agit des conversions, ces deux tableaux sont encore plus utiles, parce que les procédés de culture qu'impliquent les conversions, sont plus variés. Ces tableaux ne présentent du reste que le développement des indications du tableau général, qui se rapportent à la première rotation de la révolution préparatoire, ou à la première période de la révolution principale, quand il n'y a pas de révolution préparatoire, et on en retrouvera les modèles aux pages 312 et 313 de ce volume.
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