CHAPITRE VIII
DU PLAN d'exploitation DANS LSS POBÈTS JARDINBES.
AUTIGLE PREMIER
KORÊTS SI SCfiPTIBLES D*AMÉNAGKMENT.
Les forêU exposées, h raison de leur altitude, à des intempéries qui en rendent la régénération difficile, lente, tout h fait incertaine dans un temps préfîx quelconque, ne sont pas susceptibles d'un aménagement régulier, propre à amener les résultats essentiels que Ton a en vue, quand on entreprend un travail de ce genre, et qui le justifient.
Cela résulte de mes précédentes études, mais je crois utile d'entrer, à ce sujet, dans quelques explications; car depuis un certain nombre d'années, il s'est produit une réaction en faveur de la méthode d'exploitation dite du jardinage; et la facilité avec laquelle on lui livre des forêts, qui pourraient être exploitées par celle du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques, me fait craindre qu*OD ne se rende plus bien compte de rélasticité de cette
dernière méthode, et des inconvénients de la première.
L'exploitation des forêts, dont Tétat irrégulier tient aux exigences mêmes du climat, ne pouvant dépendre que de ces exigences, lesquelles échappent à Tempire de l'homme, on ne saurait évidemment compter, qu'en vertu de certaines dispositions, elles donneront, chaque année, un produit en rapport avec l'intérêt du propriétaire, ni un produit soutenu, ni même un produit quelconque, et voilà pourquoi elles ne peuvent être aménagées*
Cela ne signifie pas que ces forêts ne comportent aucuns soins de culture et d'exploitation. — Elles en comportent, elles en réclament au contraire plus que les autres; mais ces soins ne sauraient être réglés une fois pour toutes ; ils sont entièrement' subordonnés à des accidents impossibles à prévoir, et auxquels il serait désirable que l'on pût remédier immédiatement.
Prenons pour exemple une forêt située au sommet d'une montagne élevée, sur un sol rocheux, couvert de neige pendant une partie de l'année. Supposons que cette forêt, battue par les tempêtes qui lui arrivent de tous les côtés de l'horizon, soit nécessaire pour protéger les contrées inférieures contre les avalanches, les érosions des eaux, la violence des vents. — Je ne pense pas que l'on dût y faire autre chose, que d'en enlever, avec circonspection, les arbres morts ou déracinés, ou d'y dégager, avec une extrême prudence, les jeunes peuplements capables de remplir, sans le concours des vieux arbres qui les sur-
372 AMÉNAGEMENT DES FOUKTS.
montent, le rôle tutélaire pour lequel la conservation de cette forêt est jugée indispensable. Or, des exploitations de cette sorte ne peuvent être réglementées ; elles sont régies par les caprices de la nature, et toute prévision, en ce qui les concerne, risquerait d'entraver la production immatérielle que Ton attend de Indile forêt.
Je n'admets même pas que l'on pût, sans compromettre celte production immatérielle, prescrire, ne fût-ce qu'un an d'avance, Textraclion de tels ou tels arbres, ces arbres fussent-ils déjà secs ; parce que des arbres secs, même gisants, ont parfois beaucoup d'utilité, soit pour prévenir des éboulements, soit pour abriter de jeunes semis.
L'homme ne [)cut guère, en pareil cas, que recueillir humblement les produits que la nature, livrée à elle-même, veut bien lui abandonner.
Mais les forêts dont la conservation est absolument liée à des phénomènes climatologiques dont les lois sont insaisissables, échappent à tout calcul de probabilité, et défient par conséquent toute prévoyance, ces forêts sont heureusement rares, au moins dans notre pays. Entre l'état d'une forêt de plaine, où la nature se plie docilement h la direction qu'il plait à l'homme de lui imprimer, et celui d'une forêt où elle est souveraine et capricieuse maîtresse, il y a des états intermédiaires qui autorisent de certains arrangements, en vue de satisfaire k de certaines convenances, et qui ne sont pas dès lors exclusifs de Topération qu'en appelle Taménagement.
C'est des forêts qui se trouvent dans ces états
DU PIAN D'EXPLOITATION. :m
intermédiaires, que je vais maintenant m'occuper.
Quels sont les principes de l'aménagement auquel on peut les soumettre? Telle est la question que je me propose d'examiner.
J'en préviens le lecteur tout d'abord : j'examinerai cette question au point de vue de l'aménagement défini, comme il Ta été au commencement de mes études. Cet avertissement est essentiel h retenir, si on veut me comprendre; car je crois que la confusion qui règne, depuis quelque temps, dans les discussions relatives aux forêts jardinées ou dites telles, vient de ce que Ton ne s'entend guère sur le sens du mot aménagement. Il me serait facile de montrer que ce mot n'a plus, pour tous les forestiers, le même sens ; que, pour les uns, Taméuagement consiste simplement à régler les exploitations d'une forêt, pendant un certain temps; pour d'autres, ii améliorer la croissance des bois ; pour d'autres encore, à déterminer un chiffre de possibilité; et que, sur la signification de ce terme : pombilité, il y a des opinions très diflérentes : les unes entendant par là un rapport annuel quelconque, même temporaire, pourvu qu'il soit soutenu ; les autres, le rapport annuel le plus avantageux, soit pour le consommateur, soit pour le propriétaire.
Comme je n'ai nullement l'intention de faire aujourd'hui de la polémique, je me borne à constater ces divergences, et à rappeler que, pour moi, l'aménagement est un travail qui consiste à régler l'exploitation d'une forêt, de manière à en obtenir indéfiniment un rapport annuel et soutenu, aussi avan-
lageux que possible, dam l'intérêt du propriétaire. D'après cette définition, dont on ne saurait supprimer aucun terme sans la dénaturer, l'aménagement a un autre but que la culture des bois, laquelle traite des moyens de favoriser la croissance et la régénération des massifs. L'aménagement a un but purement économique, c'est là sa raison d'être; mais ce but, il faut qu'il l'atteigne, — cela est évident, — sans nuire aux conditions nécessaires pour que les bois s'améliorent et se reproduisent, se perpétuent: et c'est ce qui me faisait dire tout à l'heure que là où la régénération, la perpétuation des forêts, est subordonnée au hasard des circonstances, c'està-dire à des phénomènes que l'homme ne saurait prévoir, préjuger et encore moins provoquer, il n'y a pas pour ces forets, d'aménagement possible.
J'aborde maintenant la question que j*ai posée plus haut : Quels sont les principes à suivre, pour aménager les forêts, que les lois impérieuses de la nature ne soustraient pas complètement à l'action directrice de l'homme?
Ces principes, selon moi, ne diffèrent pas de ceux que j'ai précédemment exposés.
Pour toutes les forêts, il y a donc lieu de déterminer l'âge d'exploilabilité, en se basant sur les mêmes considérations et les mêmes expériences, et, par conséquent, pour toutes, il y a lieu de procéder à une statistique générale et à une description spéciale.
Pour toutes les forêts, il y a lieu de lixer une révo-
ou PLAN D EXPLOITATION. 375
lulion principale qui se rapproche, autant que possible, de Tâge d'exploitabilité.
Pour toutes les forêts, il y a lieu de chercher des combinaisons telles que Ton puisse en retirer, pendant un temps indéterminé, un rapport annuel soutenu et aussi avantageux que possible, dans Tintérèl du propriétaire; et, pour toutes, ces combinaisons doivent avoir la même visée, en ce sens qu'elles doivent tendre à faire de la contenance, la base principale du calcul de la possibilité.
Ce n'est pas sans motif que je souligne ces derniers mots : ils rappellent, en effet, le principe qui a permis aux auteurs du cours de culture, de tirer la théorie de l'aménagement, du vague dans lequel elle était restée jusqu'alors plongée, et d'en faire une science positive, précise, indépendante, dans ses règles fondamentales, des difTérentes méthodes de culture et de régénération applicables aux arbres en massif. Grâce à ce principe et par conséquent aux forestiers qui, les premiers, l'ont introduit, en France, dans l'économie forestière, depuis l'abandon de la méthode à lire et aire, la distinction qu'on établissait autrefois, et qu'on établit encore, en certains pays, entre Taménagement des taillis simples ou composés, et celui des futaies, ne saurait plus se justifier. Pour l'un comme pour l'autre, c'est la contenance qui est la pierre angulaire de l'édifice qu'il s'agit de construire. Le rôle de ce facteur dans le règlement des coupes, dans la fixation de la possibilité, peut être plus ou moins amoindri par les nécessités culturales ou autres. Il n'en est pas moins le plus im-
370 AMÉNAGEMENT DES FORCTS.
portant, et à tel point que, du moment où il est toul à fait supprimé, l'aménagement devient impossible. Je dis que, dans ce cas, Taménagement devient impossible, parce que Tannualiié constante de la production, du rendement d'une forêt, annualité qui est la première condition caractéristique de ce qu'on appelle l'aménagement, cesserait de pouvoir être assurée, si les exploitations de cette forêt n'étaient circonscrites, pendant un nombre plus ou moins grand de périodes de la révolution, dans un même nombre d'affectations correspondantes; elle cesserait de pouvoir être assurée, à moins que l'on ne considérât comme sans inconvénient de régénérer la forêl, dans un temps plus ou moins long que la durée de la révolution adoptée ; mais alors, les deux autres conditions caractéristiques de l'aménagement, le rapport soutenu cl le rapport le plus avantageux, d'une révolution à l'autre, seraient ou sacrifiées, ou au moins compromises, puisque la forêt ne serait pas exploitée tout entière à l'âge d'exploitabililé.
Mais la contenance n'est pas seulement un facteur, un élément indispensable, pour que la fixation de la possibilité repose sur une base réelle; elle l'est pour que les coupes puissent être successivement assises, de la manière la plus favorable aux intérêts de la végétation, comme à ceux du propriétaire. Un règlement des exploitations dans lequel la contenance n'interviendrait pas, n'aurait de la chose que le nom, et ce mot régler que j'ai mis dans ma définition de l'aménagement, n'y serait pas à sa place; car régler
des opérations, c'est fixer d'avance qu'elle en sera la nature et où elles s'effectueront.
L'idéal d'un aménagement serait représenté, d'après ces observations, par une forêt partagée en autant de coupes, successivement exploitables dans l'ordre voulu par les règles d'assiette, et également productives, qu'il y aurait d'années dans l'âge d'exploitabilité.
Le régime du faillis simple, du moins dans nos pays, est celui qui facilite le plus la réalisation de ce type là, parce que c'est dans les taillis simples, que les peuplements peuvent avoir la régularité et Thomogénéité les plus parfaites, et que le rapport annuel cl soutenu le plus avantageux peut être assuré indéfiniment, autant que peuvent l'être les choses de ce monde où la vie intervient.
Or, ce privilège des forêts, traitées en taillis simple, d'où vient-il? — Il vient de ce que, dans ces forêts, la régénération d'une étendue donnée, pour être complète, ne demandant pas plus d'un an, et résultant immédiatement de l'exploitation môme, la possibilité, c'est-à-dire l'importance de la coupe annuelle, peut y être fixée par contenance.
Dès qu'on est obligé d'abandonner la contenance pour déterminer la coupe annuelle ; dès qu'on ne peut plus s'en servir que pour déterminer les coupes à faire pendant une certaine période, on crée dans les peuplements un état irrégulier, qui est d'autant plus défectueux que la période est plus longue ; et on augmente en môme temps de plus en plus les difficultés et les incertitudes inhérentes à l'établissement du
378 amena(;ëmënt des forêts.
rapport annuel et soutenu, jusqu'au moment où, comme je Tai dit plus haut, la période devenant égale à la durée de la révolution, et la contenance ne pouvant plus servir pour fractionner, d'une manière quelconque, les produits à retirer de la forêl, pendant cette révolution, il n'y a plus alors d'aména* gement imaginable, et par conséquent de possibilité déterminable, ces mois étant pris dans Tacception que j'ai adoptée.
L'aménagement d'une forêt est donc subordonné à la question de savoir si l'âge d'exploitabililé de cette forêt, ou mieux, la révolution qui en dépend, est susceptible d'être divisée en périodes égales, quelque petit qu'en soit le nombre, ayant chacune son affectation sur le terrain. La réponse à cette question eslelle négative, l'aménagement n'est pas praticable. Est-elle affirmative, l'aménagement est praticable, et les moyens de l'exécuter sont toujours ceux que j'ai développés; mais les résultats qu'on en peut attendre, sont d'autant plus chanceux que les périodes sont moins nombreuses, plus longues, et qu'il y a dès lors moins d'homogénéité dans les peuplements. C'est ce que je vais montrer en reprenant, l'une après l'autre, les diverses opérations qui, dans leur ensemble, constituent l'aménagement; en établissant leur utilité dans tous les cas^, et en cherchant jusqu'à quel point il est possible de surmonter les difficultés de plus en plus grandes qu'elles rencontrent, au fur et à mesure que diminue la part de la contenance dans le calcul de la possibilité annuelle.
Statistique générale de la forêt. — Les renseignements dont se compose ce travail, doivent principalement servir à la détermination du régime d'exploitation et de la révolution applicables à la forêt. Ils ont donc une importance capitale, et ils méritent d'être recueillis et exposés avec d'autant plus de soin et de sagacité, qu'il y a plus de doutes sur les exigences naturelles à prendre en considération, dans la recherche du traitement dont ladite forêt serait susceptible. Tous les articles de la statistique générale qui se rapportent à la configuration et à la nature du sol, aux phénomènes climatologiques, à la croissance des essences, à la fréquence plus ou moins grande des années de semence, aux circonstances les plus favorables à leur régénération, au temps que réclame celle régénération, aux exploitations faites jusqu'alors, aux conséquences qu'elles ont eues, aux produits matériels et surtout aux produits immatériels de la forêt, etc. tous ces articles demandent un examen d*autant plus attentif que les peuplements sont plus irréguliers; et il convient que les forestiers chargés de cet examen, soient des forestiers de beaucoup de coup d'œil et d'expérience, car il faut beaucoup de coup d'œil et d'expérience pour discerner, dans Tirnage confuse, au premier abord, que présentent les forêts des hautes altitudes, les traits principaux qui marquent leur physionomie.
Quelle que soit d'ailleurs l'irrégularité d'une forêt, je ne vois pas qu'il y ait rien à changer, quand on en dresse la statistique, ni au nombre des objets à ob-
server, ni à Tordre dans lequel ces objets doivent être décrits.
Parcellaire et description spéciale, — Ce double travail sert surtout à régler la marche des exploitalions. Il n'est pas moins intéressant que le précédent. C'est aussi du même travail que dépend le choix, non pas du régime, mais de la méthode d'exploitation. La forêt sera-t-elle exploitée en taillis simple ou composé, par la méthode jardinatoire ou par celle dite communément naturelle, du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques? Il en sera décidé d'après la description spéciale. On peut juger par là, du scrupule avec lequel on doit procéder à cette description spéciale et par conséquent au parcellaire qui la précède. Or, plus une forêt est irrégulière et plus il est diftîcile de la parccUer et de la décrire. Cela est évident, et c'est ici le cas de se rappeler les observations que contient la deuxième étude de cet ouvrage, au sujet de celle double opération. On évitera surout lajendance :^ ( qu'ont, en général, les forestiers, dans les pays de
'• montagnes, h subordonner le parcellaire, nonj)a§ii ] Tétai des peuplements, mais aux limites naturelles ' qui partagent la forêt en un nombre plus ou moins l grand de divisions. Quand le parcellaire est exéculé sous Tempire de cette tendance, il devient tout à fait impossible de faire de chaque parcelle une desrripliqu qui, par sa clarté et sa précision, en détermine le classement dans le règlement général de la marche des coupes. Cette tendance, on a essayé de l'expliquer
en alléguant que, dans les régions montagneuses et accidentées, les parties d'une forêt que séparent des limites naturelles, sont ordinairement dans des situations bien ditTérentcs au point de vue de la vidange et môme à celui de la fertilité ; que ces limites doivent avoir, conséquemment, sur la formation du plan normal d'exploitation, plus d'influence que l'état actuel des massifs, et que deux peuplements contigus, fussent-ils aujourd'hui très disparates, pourraient êlre condamnés, par les seules exigences des règles d'assiette, à être compris dans la même affectation. A cela je réponds d'abord, que si l'on veut se mettre a même, intellectuellement et moralement, d'observer et de représenter exactement les circonstances diverses qui distinguent, d'une manière notable, les peuplements dont une forêt se compose, on doit, quand on procède au parcellaire, dégager son esprit de toute préoccupation relative au rang qu'occuperont ces peuplements, dans l'ordre de leur régénération. Je réponds, en outre, qu'il y a des cas où l'irrégularité, qui est en quelque sorte imposée à une forêt par la rigueur du climat ou d'autres causes, peut êlre une raison pour que les affectations à former dans cette forêt, au lieu de constituer, chacune, une seule masse bien nettement circonscrite, soient au contraire morcelées; qu'en supposant au surplus, qu'il n'y ail aucune modification à apporter aux règles que j'ai développées à cet égard, dans le chapitre où je m'occupe de la formation des affectations, il est à prévoir que dans les forêts à régénération lente, il conviendra de procéder plus sou-
vent et plus longtemps que dans les autres, à des exploitations anormales. Or, pour décider de l'opportunité de ces exploitations, il faut bien que Ton ait, sous les yeux, la description aussi complète et aussi fidèle que possible, des peuplements qui pourraient les motiver.
Mais, comment voulez-vous, me dira-t-on, que Ton fractionne en parcelles distinctes, ayant chacune sa physionomie particulière, les forêts des hautes montagnes, dont le peuplement est en général uniforme en ce sens que, presque partout, les bois de tous les âges y sont entremêlés?
Ah! voilà, je le sais, l'objection mise en avant, afin d'excuser les procédés par trop sommaires dont on se sert d'habitude, pour établir le parcellaire et faire la description spéciale des forêts, jusqu'alors jardinées, que l'on se propose de soumettre à un règlement d'exploitation.
Cette objection est-elle bien fondée ? — Si elle l'était, et s'il était vrai que les forêts en question fussent constituées, presque partout, par un mélange confus d'arbres de tous les âges et de toutes les grosseurs, dans ce cas, je n'aurais rien à répliquer, si ce n'est qu'une telle irrégularité, ou, pour parler plus intelligiblement, qu'une telle uniformité dans l'irrégularité, me paraîtrait en quelque sorte fatale; qu'elle serait voulue par les lois de la nature; qu'il serait chimérique de prétendre y remédier, et que lesdites forêts ne sauraient être aménagées.
Mais la confusion dont on excipe et qu'on m'oppose, ne se rencontre qu'exceptionnellement, même dans
les forêls jardinées. Je n'ai vu, en aucun pays, aucune forêt où, en apparence du moins, les arbres de tous âges fussent entremêlés de manière à n'offrir partout que le même aspect. Je n'en ai vu aucune où il ne fût passible de circonscrire des places plus ou moins étendues, se distinguant les unes des autres, sinon par l'âge, du moins par la végétation et les dimensions dominantes des sujets qui en composaient les peuplements respectifs. — Et il y a longtemps que ce fait d'observation, signalé d'ailleurs dans le Cours de Çulha^e Ae MM. Lorentz et Parade, serait hors de conteste, si les agents forestiers avaient voulu ou pu prendre un peu plus de peine, pour acquérir une idée exacte et la donner aux autres, de l'étal des forêts qu'ils avaient à étudier.
Maintenant, que cette végétation et ces dimensions caractéristiques d'un peuplement, parce qu'elles y dominent, puissent toujours s'apprécier au premier coup d'œil? il est certain que non ; mais il est rare que l'attention d'un observateur expérimenté ne finisse pas parles apercevoir; de sorte qu'en somme, sur la façon de procéder au parcellaire et à la description spéciale des forêts, quelque irrégulières qu'elles soient, des hautes montagnes, et celle qu'il convient d'adopter, pour les mêmes opérations, dans les forêts relativement régulières des pays de plaine^ il ne devrait y avoir aucun désaccord essentiel. Seulement, dans les premières forêls, lesdites opérations sont plus délicates et plus difficiles que dans les secondes.
:]8i AMÉNAGEMENT DES FORETS.
Détermination de l'âge d'exploitabilité. — Ou sait dans quel embarras sont les forestiers, faute de termes de comparaison, quand il s'agit de rechercher l'âge d'exploitabilité d'une forêt, cette forêt fût-elle même soumise à des influences de sol et de climat peu variables. Cet embarras est naturellement d'autant plus grand que le milieu dans lequel se développe la végétation, est plus inconstant, plus exposé à des vicissitudes. 11 est fort à croire que deux générations successives d'arbres formant une forêt située sous un rude climat, présenteraient d'étranges dissemblances, si Ton pouvait observer toutes les phases de leur croissance. Est-ce une raison pour ne tenir aucun compte des résultats de celte croissance, quand on cherche à fixer l'âge d'exploitabilité de ladite forêt? Non, mais c'en est une pour ne pas s'attarder, danï^ ce butg à des calculs fort incertains et pour se rappeler qu'en général, et surtout, lorsque l'accroissement est lent et la longévité grande, il y a toujours bénéflce à reculer l'âge d'exploitabilité, jusqu'au moment où les arbres entrent en retour, suivant l'expression du Cokfs de Culture.
Fixation de la récolution. — L'âge d'exploitabilité étant déterminé, la durée de la révolution principale normale en découle nécessairement; mais elle peut ne pas être immédiatement applicable, et, alors, si la forêt contient des parties susceptibles d'être parcourues par des coupes de régénération, on adopte une révolution principale transitoire. Dans l'hypothèse contraire, on adopte une révolution prépara-
loire. Or, que la régénération naturelle soit lente ou prompte, les considérations d'après lesquelles on se décide pour fixer, dans une forêt, la durée d'une révolution principale transitoire ou celle d'une révolution préparatoire, restent absolument les mêmes. On devine seulement que plus la forêt est irrégulière, et plus on doit se prémunir contre Terreur que Ton commettrait, sionTassujetlissait tout de suite à une révolution principale quelconque, lorsqu'en réalité, elle ne comporterait qu'une simple révolution préparatoire. Une suffit pas qu'il y ait, sur certains points de la forêl, quelques vieux arbres plus ou moins agglomérés, pour quon en conclue l'opportunité d'une révolution principale; il faut que le parcellaire et la description spéciale aient révélé dans l'alTectationàrégénérer la première, une quantité d'arbres exploitables ou non éloignés de l'être, assez forte pour que l'extraction de ces arbres constitue une coupe de régénération, et puisse en outre faire, pendant plusieurs années, l'objet d'exploitations qu'il soit possible de mettre en adjudication ; il faut, en d'autres termes, que les vieux arbres dont je parle, soient l'élément principal d'un nombre de parcelles assez grand pour former, sinon la totalité, au moins une notable partie de l'une desafTectations, entre lesquelles la forêt devrait être partagée.
DivisîGii de la révolution en périodes et partage de la forêt en affectations correspondantes. Règlement des exploitations par période. — Dès qu'il est permis de diviser la révolution applicable à une forêt, en un
AMÉMAOKMENT DBS FOKâTS. 2'i
386 AMENAGEMENT DES FOU^HS.
certain nombre de périodes, et celte forêt, en un môme nombre d'affectations correspondantes, les circonstances à examiner, pour fixer la durée des périodes normales et le périmètre des affectations correspondantes, ne sauraient non plus différer suivant le plus ou moins de lenteur de la régénération ; <»! il en est de même du moyen d'égaliser les produits périodiques. En effet, pour vouloir qu'il en fût autrement, on ne pourrait s'appuyer que sur l'irrégularité des peuplements, consistant dans le pèle-mèle, la confusion des âges, sur la nécessité dès lors de maintenir cette irrégularité, à cause dos exigences climatologiques auxquelles une forêt serait soumise, et sur l'utilité d'y maintenir des arbres d'une certaine élévation aussi longtemps que possible. Or, celte irrégularité qui, poussée à l'extrême, rend une forêl non susceptible d'aménagement, on la crée plus ou moins, — je l'ai déjà fait remarquer, — dès qu'on est forcé de renoncer à baser la possibilité sur la contenance. Elle s'étend sans doute, elle s'augmenle, cette irrégularité, h mesure qu'on est obligé d'allonger la période, c'est-à-dire d'augmenter le nombre d'années nécessaire pour la régénération d'une contenance déterminée; mais elle n'engendre pas uu accident nouveau, auquel les procédés que j'ai indiqués ne permettraient point d'obvier. Ainsi donc, quelle que soit ladite irrégularité, pour arrêter le nombre des périodes d'une révolution de forêt, et le nombre des affectations de cette forêt, il n'y a jamais qu'un point à considérer : c'est le nombre d'années indispensable pour que la régénération d'un
massif puisse s'effectuer; d'où il suit, qu'étant donnée une forêt où la lenteur de la régénération voudrait que la période fût fixée à 90 ans, si la révolution était de 180 ans, on devrait diviser celte révolulion en deux périodes égales, et partager la forêt en deux affectations correspondantes, aussi également productives que possible, dont Tune serait destinée à contenir, au début d'une période, des bois de 1 à 90 ans, et l'autre, des bois de 91 à 180 ans.
Mais il est clair que lorsque la lenteur de la régénération est telle, que l'on ne saurait espérer qu'elle s'effectuera dans une période de moins de 90 ans, c'est beaucoup se hasarder que de dire qu'elle s'effectuera dans ce temps-là. Et il est non moins clair que lorsque la contenance ne sert, dans le calcul de la possibilité, qu'à diviser en deux parties les produits totaux à réaliser au cours d'une révolution de 180 ans, elle ne facilite pas d'une manière bien sensible, la répartition de ces produits entre toulos les années de ladite révolution; de sorte que quand on arrive à ne plus pouvoir diviser une révolulion qu'en deux périodes, les incertitudes de l'aménagement sont extrêmes; ce qui signifie qu'entre une forêt aménagée dans ces conditions et une forêt jardinée, il y a une différence peu appréciable.
Je ne me fais aucune illusion à cet égard et, néanmoins, je vais me placer dans l'hypothèse d'un aménagement en deuxaffectalions, d'abord, afin de mieux marquer la filiation des états successifs d'une forêt, depuis celui qui permet de baser entièrement le rapport soutenu sur la contenance^ jusqu'à celui qui le
rend loul à fait indépendant d'elle; et ensuile, parce que, comme je le montrerai plus lard, le partage d'une forêt, ne fût-ce qu'en deux affectations, serait de nature à procurer certains avantages au point de vue culturalet au point de vue administratif.
Je suis d'ailleurs convaincu que ce cas extrême, où on devrait adopter des périodes de 90 ans, se présentera bien rarement, et je ferai observer en oufre que, pour faciliter Taménagement d'une forêt située à une haute altitude, on pourrait frjiclionner les affectations de celle-ci et les enchevêtrer, pour ainsi dire, les unes dans les autres, pourvu que Tapplicalion des règles d'assiette n'en souffrît pas trop. De cette manière, on augmenterait la force de résistance de la masse des bois contre les intempéries, el les conditions dans lesquelles la forêt se trouverait, sous ce rapport, se rapprocheraient de celles d'une forêt jardinée. C'est sur ce point, mais sur ce pointlà seulement, qu'il pourrait y avoir lieu de s'écarler des règles que j'ai posées pour la formation des affectations.
Quant à la manière de s'y prendre, pour que ces affectations soient, normalement, également productives, qu'on veuille bien relire ce que j'ai écrit à ce sujet, dans le chapitre qui lui est consacré ; on verra que l'application en peut être faite h tous les aménagements, quel que soit le nombre des affectations à créer, et que, même, plus ce nombre est petit et plus il y a de chances pour que, à égalité de contenances, ces affectations se ressemblent par la moyenne de leurs éléments de production.
Règlement spécial des exploilations annuelles, — Ceux de mes lecteurs qui sont familiarisés avec le mécanisme des aménagements, n'auront rien aperçu de bien neuf dans les observations précédentes, rien non plus qui ne soit conforme aux préceptes de rÉcole, et il est temps que je leur expose mes idées sur les moyens d'assurer le rapport soutenu, non point seulement d'une période à Tautre, mais d'une année à Tautre. — C'est ce que je vais faire :
Il est évident, comme je l'ai fait remarquer plus haut, qu'au point de vue de la consistance des peuplements, la différence ne serait pas très sensible entre une forêt qui aurait été partagée en deux affectations seulement, et une forêt qui n'aurait pu Têtre ; et que, puisque la possibilité de cette dernière forêt n'est pas déterminable, celle de la première ne saurait l'être, sans de très grandes difficultés.
Ces difficultés sont, en effet, très grandes, et je n'ai pas la prétention, je me hâte de le dire, de découvrir le secret de les surmonter entièrement. Toute mon ambition se borne à pouvoir indiquer, dans ce but, un expédient qui soit d'accord avec les principes posés par MM. Lorentz et Parade, dans leur Ihéorie sur la transformation des forêls jardinées; qui permette en outre d'éviter les erreurs énormes que des procédés encore en usage, pour la recherche de la possibilité de ces forêts, peuvent occasionner, et qui se rapproche enfin autant que possible, de la méthode adoptée pour les futaies dont la régénération facile et prompte s'accommode de courtes périodes.
Le règlement spécial des exploitations annuelles comprend deux parties distinctes : Tune relative aux exploitations principales, l'autre aux coupes d'amélioration : nettoiements, éclaircies, extraction de vieux arbres, etc:.. Occupons-nous d'abord des exploitations principales: c'est à ce sujet que nous rencontrerons les plus grandes incertitudes et les plus grandes perplexités.
llhjlement spécial pour les exploitations principales. — Je ne crois pas avoir besoin de revenir sur les raisons par lesquelles j'ai essayé de démontrer, dans le 4** chapitre de la 4" étude, que la quotité des coupes principales annuelles, dans les futaies, ne pouvait, quand on poursuit la régénération naturelle, s'établir que par volume. Je me bornerai à faire observer que ces considérations, empruntées d'ailleurs, pour la substance, à nos maîtres, MM. Lorentz et Parade, sont d'autant plus probantes, que les périodes entre lesquelles une révolution do futaie est divisée, sont plus longues. Choisir la contenance pour exprimer la possibilité d'une futaie, lorsque la quantité de bois à prendre dans le matériel existant sur cette contenance, échappe à toute prévision, c'est renoncer à la réalisation du rendement soutenu annuel, et manquer par conséquent le but essentiel de l'aménagement, tel que je l'ai défini. Cela peut être excellent au point de vue cultural, cela ne Test pas au point de vue économique.
Quelle que soit donc la durée de la période adoptée, et fût-elle de 90 ans, la révolution étant de 180
nu PLAN D'EXPLOITATION. 301
ans, pour en régler les exploitations annuelles principales dans Taffedation à régénérer, ou, pour mieux dire, dans les parcelles à régénérer soit normalemonl, soit anormalement, pendant la première période, on devrait, d'après la théorie développéedans le chapitre précité, calculer le volume de tout le matériel sur pied, lequel, si la forêt était toutàfait normale, ne comprendrait que des bois de 91 à 180 ans; ajouter à ce matériel la quantité de matière ligneuse dont il serait capable de s'accroître dans un laps de temps de 45 ans, et diviser le tout par 90.
Voilà le principe; mais dans la pratique, lorsque, au commencement de la période de régénération, Taffectation correspondante contient de jeunes repeuplements qu'on juge en état de rester sur pied, sans dépérir, jusqu'à la révolution suivante, on se garde de les détruire ; — bien qu'on dût théoriquement le faire, afin de ne point avoir à la fin de la période des peuplements dépassant de quelques années Tâgc réglementaire : on les regarde comme acquis à la régénération, et, par conséquent, on les laisse en dehors du calcul de la possibilité par volume, ce qui, vu leur peu de valeur vénale, est sans inconvénient.
Dans les futaies de plaine dont la régénération naturelle ne se fait point attendre longtemps, et qui sont aménagées à de courtes périodes, la distinction entre les bois à couper et ceux à conserver est peu embarrassante; elle Test davantage dans les forêts en montagne, aménagées à de longues périodes, a cause de la lenteur de la régénération et du peu d'homogénéité du peuplement compulsant une affectation.
Cependant, il ne faudrait pas s'exagérer cet embarras, par la raison, que j'ai déjà donnée, savoir, qu^en réalité, quelque irrégulière que soit une forêt, la multiplicité et la confusion des âges n'y sont pas aussi grandes qu'on le croit communément, surtout dans les massifs qui contiennent beaucoup de vieux arbres, attendu que ceux d'âge moyen y font le plus souvent défaut.
Quoi qu'il en soit, ce n'est pas dans le choix des arbres exploitables au cours d'une période, et dans la détermination de leur volume, que gît la principale difficulté du calcul de la possibilité, par volume, des futaies, quand leur révolution est partagée en un petit nombre de longues périodes : c'est dans les obstacles que la disproportion, entre les quantités respectives des arbres des différents âges, peut mettre, à ce qu'on établisse un rapport soutenu, sans nuire à la régénération ou tout au moins à la qualité des bois; c'est aussi dans le calcul de l'accroissement dont il devient de plus en plus nécessaire de tenir compte, à mesure que la durée dos périodes devient plus longue.
Lorsque la période pour laquelle il s'agit de régler les exploitations, est courte, on comprend que la division du volume exploitable au cours de la période, y compris ou non compris l'accroissement, par la durée de ladite période, ne saurait avoir de bien fâcheuses conséquences, \u que ce n'est pas cette courte durée qui pourrait condamner les arbres les plus âgés, dont l'exploitation ne devrait avoir lieu qu'à la fin de la période, à dépérir avant
DU PLAxN D'EXPLOITATION. 393
que la hache ne vint les atteindre ; mais lorsque la période est longue, il convient de s'inquiéter de savoir s'il n'y a pas des arbres hors d'état de rester sur pied jusqu'à la fin de la période, et s'il n'y en a pas en quantité telle, que la division de tout le matériel exploitable par la durée de ladite période, ne fût plus praticable, sans les plus graves inconvénients. Ainsi, élant donnée une période de 90 ans, dans le cas où le peuplement y serait composé, pour la plus forte part, d'arbres de 181 ans et au delà, Tobliga-
tion de n'exploiter ce peuplement que par ^ de son
volume, chaque année, ne serait plus acceptable; car en supposant que les vieux bois pussent en moyenne vivre 45 ans de plus, il est certain que les produits qu'on en obtiendrait, auraient singulièrement perdu de leur valeur.
Quant à la recherche de Taccroissement futur, qu'elle soit d autant plus incertaine, aléatoire, ardue, que les périodes sont plus longues, c'est un fait que j'ai déjà mis en évidence dans ma quatrième étude. Il est clair que celte opération est d'autant plus laborieuse, délicate et problématique, que l'irrégularité du massif, due soit à l'écart des âges, soit à la disproportion entre les quantités respectives des arbres des divers âges, est plus accentuée; de sorte que, cette irrégularité qu'on crée, ne l'oublions pas, dès que, pour l'établissement du rapport soutenu par contenance, on est obligé de remplacer l'année par la période, cette irrégularité s'augmentant avec la durée de cette dernière, avec elle s'augmente
aussi l'incertilude inhérente aux calculs d accroissement. Ce que je tiens à faire ressortir, en outre, c'est que plus grand sera le nombre des catégories ou classes d'âge du massif, sur lequel portera la recherche de Taccroissement moyen passé, et plus encore on risquera de se tromper, en se servant de cet accroissement, pour préjuger raccroissement futur.
Dans le calcul de la possibilité par volume d'une foret, l'accroissement futur est donc un élément, un facteur, dont il est très désirable que la participation soit restreinte, parce que les données sur lesquelles on peut le faire reposer, sont tout à fait hypothétiques, incertaines et souvent contradictoires aux conditions dans lesquelles devra s'effectuer Faccroissement même, h l'appréciation duquel elles s'appliquent.
Existe-t-il quelque moyen d'échapper aux conséquences qu'entraîne la longue durée des périodes, pour la détermination de la quotité par volume des coupes annuelles? — On a fait beaucoup de tentatives pour y parvenir ; mais il faut bien le reconnaître, ces tentatives ont été h peu près stériles, et ce qui les a rendues stériles, c'est surtout la prise en considération de l'accroissement futur en cette affaire.
Mais, puisqu'il en est ainsi, il me semble qu'au lieu de persister dans la poursuite d'une solution quasi impossible, mieux vaudrait essayer de s'en passer. Le peut-on sans exposer le chiffre de la pos-
sibililé cl une trop sensible allénuation? — Je le pense et voici pourquoi :
Tout le monde est d'avis, je crois, que dans les forêts de plaine soumises à des révolutions divisibles en périodes ne dépassant pas 20 ans, il est loisible et même prudent, au risque de porter quelque atteinte au rapport soutenu, de négliger raccroissement dans le calcul du volume exploitable chaque année. Or, les forêts, pour lesquelles l'adoption de périodes ne dépassant pas 20 ans, est rationnelle, ont une croissance bien plus active que celle des forêts en liante montagne, dont la régénération est lente; et, puisque Ton peut, pour les premières, négliger Taccroissement pendant vingt ans, il semblerait qu'on pourrait, pour les dernières, le négliger pendant (rente ans. Que conviendrait-il donc de faire pour calculer, au début d'une période de 90 ans, par exemple, le volume exploitable chaque année? Il conviendrait de ne la calculer que pour 30 ans, au plus, et, cela admis, je vais dire comment, pendant ces 30 ans, les exploitations principales me paraîtraient susceptibles d'être réglées.
Mais je prie le lecteur de ne point oublier que le problème dont je m'occupe, n'est pas du domaine des mathématiques pures; que, s'il est facile d'indiquer les données nécessaires pour le résoudre, les moyens de se les procurer, d'une manière qui ne permette pas d'en contester l'exactitude, ces moyens n'existent pas; et que c'est à ce coup d'œil, à celte espèce de flair, à ce sentiment de la vie végétale
396 AMÉNAGEMENT DES FORfcTS.
que Ton acquiert au milieu des forêts, quand on sait les observer; que c'est, en un mot, au bon-sens du forestier qu'appartient la principale part dans les appréciations à faire.
Si Tâge des arbres était facilement reconnaissable à des signes extérieurs, on dresserait l'inventaire de tout le matériel ayant plus de 90 ans, de l'affectation à régénérer; on le partagerait en Irois catégories, comprenant : la première, les arbres de 151 ans et au-dessus, ainsi que les arbres morts ou dépérissants; la deuxième, ceux de 121 à 150; la troisième, ceux de 91 à 120; on rechercherait quelles étendues respectives les arbres de ces trois catégories garniraient, s'ils étaient espacés convenablement; on égaliserait, s'il le fallait, ces étendues, par des emprunts d'une catégorie à l'autre, autant que possible, c'est-à-dire autant qu'on le pourrait, sans s'exposer à de trop grandes pertes par une exploitation trop retardée ou trop avancée; et, après avoir fait subir ainsi à la catégorie des vieux arbres, la diminution ou l'augmentation nécessitée par les exigences du rapport soutenu, on aurait la quotité clierchée de la coupe annuelle, en divisant par 30, le volume actuel de ces vieux arbres.
iMalheureusement les arbres, surtout dans une futaie irrégulière, ne montrent pas leur âge par des signes extérieurs évidents, et ils peuvent différer notablement par leurs dimensions, quoique ne différant point par l'âge, et vice versa.
La classification détaillée des arbres, d'après l'âge, qui est toujours incertaine dans les forêts,
DU PLAN D'EXPLOlTATiON. 397
même les plus régulières, le serait donc bien plus encore dans celles que nous avons en vue ; mais on ne saurait cepertdant y renoncer tout à fait, puisqu'il faut bien se faire une idée du rapport existant entre le diamètre et Tâge des arbres, pour déterminer leur exploitabilité et, par suite, la révolution. Seulement on pourrait, au cas particulier, étant nécessairement connu le diamètre de Tarbre exploitable, c'est-à-dire de Tarbre de 180 ans, fixer aussi celui de l'arbre de 91 ans; puis, ne plus se préoccuper des diamèlres correspondant aux autres âges, et :
1° Faire trois classes des diamètres compris entre celui des arbres de 91 ans et celui des arbres de 180 ans;
V Diviser les arbres dénombrés en trois catégories comprenant : la première, les arbres secs, ou dépérissants, de toutes dimensions, et les arbres ayant au minimum le diamètre le plus petit de la classe des diamètres les plus forts; la deuxième, tous les arbres ayant, au minimum, le diamètre le plus petit de la classe des diamètres moyens; la troisième, tous les arbres ayant, au minimum, le diamètre le plus petit de la classe des diamèlres les plus faibles ;
3** Apprécier, soit par l'observation directe, soit par quelques expériences, soit à l'aide du cahier de la description spéciale, les étendues respectives occupées par ces trois catégories d'arbres ; remédier à l'inégalité qu'elles présenteraient, au regard de ces étendues, par des emprunts aux catégories qui occuperaient trop de place au profit de celle qui n'en occuperait pas assez; et ce, dans les limites
3ys AMENAGEMENT DES FOKÈÏS.
voulues pour qu'on ne fût pas exposé à laisser des arbres trop longtemps sur pied, ou à en abattre de trop jeunes ;
4** El cela fait, retenir, pour établir le volume exploitable chaque année, pendant 30 ans, tous les arbres attribués définitivement à la première catégorie; en calculer, en conséquence, le volume el le diviser par 30.
La fixation de la quotité des coupes principales, à Texpiration des 30 premières années, pour les années suivanles, donnerait lieu à des calculs analogues, mais comporterait un sacrifice d'accroissement moins grand, puisque les catégories de grosseurs seraient nécessairement renfermées dans des limites plus étroites. En effet, si l'affectation à régénérer était normale, c'est-à-dire, si elle était peuplée, au début de la période, de bois de 91 à 180 ans, elle ne présenterait plus, après les 30 premières années de cette période, comme matériel exploitable, que des arbres de 121 à 180 ans, et, pour avoir le chiffre de la possibilité, il faudrait diviser le volume des arbres les plus gros, non pas par 30, mais par le tiers des années à courir pour arriver au bout de la période.
Tel est Texpédient à l'aide duquel, on pourrait, selon moi, sinon assurer le rapport annuel soutenu dans les forêts, dont Taménagement nécessiterait de longues périodes, du moins empêcher que ce rapport soutenu ne subît de trop fortes perturbations.
J'ai supposé que le calcul du volume exploitable, chaque année, serait fait pour 30 ans; mais je con-
seillerais de le reviser bien avant ce terme, tous les 10 ou 15 ans par exemple, en suivant la même méthode, et alors, au point de vue du rapport soutenu, comme à celui de Texactilude du chiffre de la possibilité, on obtiendrait de bien meilleurs résultats.
Ces idées ne seront peut-être pas acceptées par tous les lecteurs, mais j'espère qu'elles ne paraîtront pas dépourvues de valeur pratique aux agents forestiers, qui ont eu à décrire et h estimer des peuplements de toutes sortes, et qui se sont exercés h grouper, suivant la classe d'âge à laquelle ils apparlenaienl, les arbres dont ces peuplements se composaient.
Il esl cerlain que les exploitations annuelles ayant été réglées comme il est dit plus haut, les agents d'exécution seraient fort embarrassés, s'ils ne devaient comprendre dans leurs coupes, que les arbres qui auraient servi au calcul du volume exploitable. On ne saurait songer, en effet, à ceinturer ces arbres, afin de les rendre reconnaissablés. Cela prendrait trop de temps et il serait fâcheux, d'ailleurs, d'imposer aux agents, précités, dans leurs martelages, un choix d'arbres qui pourrait ne pas être justifié par les exigences de la culture. On devrait, dès lors, s'attendre à ce que, dans les exploitations annuelles, il fiil abattu un certain nombre d'arbres, autres que ceux qui auraient contribué à la fixation des coupes annuelles ; mais ces abatages anticipés, entraînant nécessairement le maintien, sur pied, d'une portion équivalente du matériel qu'on aurait supposé devoir être abattu,
Temprunl fait à la période suivanle, lui sérail remboursé.
En définitive, la modification que je propose d'apporter au règlement spécial des exploitations, quand la période que Ton est forcé d'adopter dépasse le temps pendant lequel on peut, sans atténuation excessive, laisser de côté l'accroissement futur, me paraît imposée par Timportance que prend cet accroissement, quand il se rapporte à un trop grand nombre d'années, et par Tincertitude qu'en présente alors l'appréciation. Je suis d'avis, dans ce cas, de renoncer à cette appréciation, et de ne tenir compte de raccroissemcnt , pour la fixation des coupes annuelles, que lorsqu'il est acquis ; mais d'en tenir compte avant qu'il ne se soit accumulé dans le matériel sur pied;, au delà d'une certaine mesure, et, dans l'hypothèse où je me suis placé d'une période de 90 ans, à la fin d'un laps de temps de 30 ans au plus.
Passons maintenant à une question encore plus épineuse que celle que nous venons d'essayer de résoudre. La quotité des coupes annuelles ayant été calculée comme il est dit précédemment, il s'agit de savoir comment ces coupes seront assises.
Le principe le plus rationnel, Je plus logique, eu cette matière, est, on le sait, de subordonner l'assiette des coupes aux exigences mêmes de la régénération naturelle, et de laisser aux agents d'exécution le soin d'apprécier ces exigences.
Il est incontestable que si l'administration supérieure avait toujours à sa disposition, des agents d'une expérience consommée el d'une activité à
[)[} PLAN DEXPLOITAÏION. 401
loule épreuve, elle pourrait et elle devrait même se reposer entièrement sur eux, du choix des points de l'affectation h régénérer, où il conviendrait d'asseoir chaque année les principales coupes. Malheureusement, cette expérience consommée et cette activité à toute épreuve ne sont pas le lot de tous les agents forestiers, et il serait imprudent de compter entièrement sur elles, pour éviter que la possibilité ne fût absorbée par les exploitations les moins pressantes, et que certaines parties de Taffectation ne fussent oubliées, tandis que d'autres seraient trop rapidement épuisées : double danger d'autant plus h craindre, que l'étendue des affectations est plus considérable.
11 est vrai que cette étendue, on pourrait la diminuer en multipliant les séries dans la foret à aménager; mais dans le cas où ce moyen n'aurait pas pour effet de réduire assez la contenance de l'affectation, pour que les agents pussent l'avoir en quelque. sorte dans la main, il serait utile d'imposer à ces agents, l'obligation de parcourir successivement toutes les parcelles composant l'affectation, dans un ordre préalablement déterminé et dans un certain délai. 11 ne s'agirait pas d'un délai précis, car il serait absolument contradictoire à Tapplication de la possibilité par volume, mais d'un délai maximum assez court, pour que les exploitations revinssent plusieurs fois sur la même parcelle, dans le courant de la période. Il semble que, dans les hautes régions où les arbres sont patients et ont d'ailleurs une croissance lente; où les jeunes plants supportent
plus longtemps le couvert, un intervalle de 10 à 15 ans, au maximum, entre deux coupes successives dans la même parcelle, ne serait pas excessif, attendu qu'il ne compromettrait pas la régénération. Si la période était de 90 ans, il y aurait alors à la diviser en six rotations au plus, rotations qui n'exigeraient pas la division de l'étendue de Taffectation correspondante en quinze parties égales, nettement déterminées d'avance, puisque la durée de 15 ans ne serait qu'un maximum, mais dont l'indication seule suffirait pour qu'on ne s'attardât pas, plus qu'il ne faudrait, sur certaines parcelles, au préjudice des autres, et qu'on s'arrangeât de manière à revenir au bout de quinze ans, sinon plus tôt, à peu près au point de départ.
Règlement spécial d'exploitation pour les coupes d amélioration, — On désigne sous cette rubrique, coupes (ï amélioration, les nettoiements, les éclaircîes, les recepages, les extractions d'arbres morts ou viciés, et en général toutes les coupes qui ont pour but, de favoriser la croissance du peuplement que l'on veut mener jusqu'à l'âge d'exploilabilité. Entre ces coupes et celles de régénération, il y a des différences bien tranchées : L^» unes portent en général sur les bois les plus malvenanis et les . moins précieux; les autres, sur des arbres encore pleins de vie qui ont acquis leur maximum de valeur. Les unes interviennent dans la lutte entre les sujets qui composent une forêt, pour qu'elle se termine au profit des plus forts; les autres y interviennent pour qu'elle se
termine au profit des plus faibles. Les unes enfin comportent Tabatage d'un volume de bois très variable, et qu'on ne saurait fixer par avance sans compromettre leur utilité, tandis que les autres s'appliquent à des bois dont la disparition est nécessaire dans un temps donné. De là le principe généralement admis aujourd'hui, et qui ne saurait être ébranlé par la durée plus ou moins longue des périodes, que les coupes d'amélioration doivent êlre réglées par contenance. De là encore la convenance de les faire revenir aussi souvent que possible sur le même point; et cette convenance existe surtout dans les forets aménagées à longues périodes, parce que l'écart des âges, dans une même affectation, y est plus grand. Si une forêt était, par exemple, soumise à une révolution de 180 ans, partagée en deux périodes seulement, l'affectation à améliorer devrait être, à l'état normal, composée au début de la première période, de bois de 1 à 90 ans et, à la fin, de bois de 91 à 180 ans. Les coupes y pourraient donc porter sur des arbres assez gros pour, qu'à contenances égales, les produits de ces coupes fussent très inégaux, suivant que les gros bois y seraient plus ou moins abondants. Or, on comprend qu'il y aurait d'autant moins de danger que cet inconvénient se produisit, que les coupes d'amélioration, à faire chaque année, seraient plus étendues ; et comme leur contenance serait d'autant plus grande que la rotation à laquelle on les aurait soumises, serait plus courte, je verrais là une nouvelle raison pour îibréger le plus possible cette rotation. Je propose-
-fcr
'tO't AMENAGEME.M' DES FOHLTS.
rais de la fixer à 15 ans, au plus, c*esl-à-dire au laps de temps qui séparerait deux revisions successive^. L'affectation à améliorer serait donc partagée en 15 coupes de contenances aussi égales, que le permettrait Tutilité de leur donner des limites naturelles, ou du moins très apparentes.
J'arrêterai ici ma comparaison entre l'aménagement des forêts dont on peut partager la révolution en périodes assez courtes, pour que Taffectation k régénérer ne contienne que des arbres exploitables sans perte sensible d'accroissement, et celui des forêts dont la régénération lente et même incertaine réclame au contraire des périodes trop longues, pour que Taffeclation à régénérer, ne contienne pas des arbres encore fort éloignés d'avoir atteint l'âge d'exploitabilité.
Je ne crois pas nécessaire de parler des cas où les exigences d'une formation convenable des affectations, voudraient que l'on adoptât une marche provisoire pour les coupes, ou de ceux où il faudrait adopter tout à la fois une révolution transitoire et, pour les coupes, une marche provisoire; car, à ce sujet, je ne pourrai que répéter ce que j'ai dit.
Je ne me dissimule pas qu'au premier abord, les idées que je viens d'exposer paraîtront plus ingénieuses que profitables. On dira sans doute, — je l'ai déjà prévu, — qu'entre une affectation où l'jécart d'âge des bois entremêlés, serait de 90 ans, et une forêt tout entière où il serait de 180 ans, il n'y aurait guère de différence, et que le règlement des exploitalions principales annuelles, pendant une période de
DU PLAN D'EXPLOITATION. iO:i
90 ans, ne présenterait pas beaucoup moins de difficultés que le même règlement, pendant toute la révolution. Cependant, si Ton pouvait transformer une forêt jardinée de manière à ce que, sur la moitié de son étendue, elle ne fût peuplée que de bois de 1 à 90 ans, tandis que, sur l'autre, elle ne le serait que de bois de 91 à 180 ans, n'y aurait-il pas là un grand avantage au point de vue de la végétation et surtout de la sûreté des opérations? Et ne serait-ce pas aussi simplifier la recherche de la possibilité, que d'exclure de cette recherche les bois de 90 ans et au-dessous?
Ne serait-ce point encore un grand avantage, que de soustraire aux exploitations par volume, la moitié delà forêt, pour n'y faire en toule liberté d'action, dans un but bien défini, que les opérations réclamées par la culture des'bois?
Enfin, le partage d'une révolution de futaie, ne fût-ce qu'en deux périodes, fournirait à l'administration, — et ce ne serait pas le moins précieux de ses effets, — le moyen de concilier les exigences des communes, en ce qui concerne le pâturage, avec l'intérêt de la conservation des bois. Dans une forêt totalement, sans restriction, soumise au jardinage, comme le sont presque toutes les forêts de nos hautes montagnes, la raison voudrait que le pâturage y fût absolument interdit ; et comme cela n'est guère possible, en présence des réclamations des communes pastorales, il en résulte qu'il ne Test souvent nulle part, attendu qu'il n'y a pas plus de motifs pour qu'il le soit sur un point que sur un autre. Or, si
celte forêt était partagée en deux affeclalions, on pourrait n'interdire au pâturage que raffeclation en tour de régénération.
Je répéterai d'ailleurs qu'il y a fort peu de probabilité qu'une forêt, réunissant les conditions indispensables pour être aménagée, ne puisse pas être partagée en plus de deux affectations, et je ferminerai mes réflexions sur les forets jardinées, par un avertissement à l'adresse des débutants dans la carrière forestière.
Il faut se prémunir, quand on explore les forèls des hautes altitudes, contre Tinfluence du senlinienl qu'on éprouve, à la vue des sites sauvages et évidemment impropres à un traitement régulier, qu'on \ rencontre presque toujours. Nous sommes tous naturellement plus ou moins disposés à juger des choses, par la vivacité des impressions qu'elles nous causent, et nous ne prenons pas toujours la peine do nous assurer si celte vivacité n'a pas grossi ces choses outre mesure. Est-on arrêté, dans la reconnaissance d'une forêt, par une rampe escarpée et rocheuse, où les graines ne germent que quand elles tombent par hasard dans quelque fissure, il n'en faut souvent pas plus, pour condamner cette forêt tout entière au jardinage. Il ne suffit pas cependant que, sur certains points, une forêt ne paraisse pas susceptible d'être traitée par la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques, pour qu'elle ne doive pas l'être non plus sur les autres. De deux choses l'une: ou les parties à jardiner y seront constituées par de petites parcelles
disséminées, et, alors, on les rattachera aux affectations de Taménagement, sauf à ne pas tenir compte, pour le calcul de la possibilité, du volume des bois qu'elles pourraient contenir et à abandonner l'extraction de ces bois aux coupes d'amélioration ; ou bien, elles formeront une ou plusieurs masses assez importantes, et alors on en fera une ou plusieurs sections distinctes.
ARTICLE II
FORÊTS NON SUSCEPTIBLES d'aMÉNAGEMENT
11 résulte des considérations développées dans Tarticle précédent, qu'une forêt ne peut être aménagée, dans toute l'acception du terme, que lorsque la révolution, qui lui est applicable, est divisible au moins en deux périodes égales, correspondant à un même nombre d'affectations de contenances égales ou inversement proportionnelles à leur puissance productive, et susceptibles d'être régénérées chacune, dans le cours de la période adoptée.
Si cela n'est pas possible, cela veut dire que la période devient égale à la révolution ; que l'affectation embrasse toute l'étendue de la forêt ; que le pêlemêle des âges, au moins par bouquets, est général, et qu'on ne saurait y remédier, en ce sens qu'il n'y a plus de gradation et de stabilité réalisables dans la distribution des bois des divers âges. La contenance est alors tout à fait exclue, sinon, comme nous le
408 AMÉNAGEMEiST DES FORÛS.
verrons tout à l'heure, des appréciations relatives à rétablissement d'un rapport soutenu pendant un certain temps, du moins des dispositions fondamentales qui, dans les forêts aménagées, serveni à assurer le rapport soutenu pendant toute la révolution.
Parcourir la forêt tout entière dans une courte rotation, pour en extraire, conformément aux préceptes de la culture, les bois mûrs nuisibles ou surabondants : c'est à cela que devrait se borner le règlement d'exploilation d'une forêt entièremenl jardinée, où l'enchevêtrement des arbres de tous les âges ne pourrait être assujetti à aucune règle, h aucune condition fixe ; et je crois que tous les forestiers sont là-dessus du même avis.
Malheureusement, ce système d'exploitation, si on peut appeler cela un système, ne convient qu'à TEIal ou à de simples particuliers. Les communes ne peuvent guère s'en accommoder, attendu qu'elles ont besoin d'équilibrer leurs budgets et que, manquant pour cela, des moyens dont dispose TÉtat, il leur importe, au plus haut degré, de retirer de leurs forêts, chaque année, un rapport aussi peu variable que possible.
La connaissance et la fixation de ce rapport auraient un autre avantage : celui de permettre aux agents forestiers de résister aux instances des communes, qui considèrent leurs forêts comme inépuisables, et croient que l'on doit pouvoir, à volonté, y exploiter des coupes extraordinaires.
On a donc cherché à déterminer une possibilité dans les forêts entièrement jardinées. Je vais exposer som-
mairement les principaux procédés, qui ont été imaginés à cet effet. Je montrerai en quoi ils se ressemblent et en quoi ils diffèrent, dans quels cas ils me paraîtraient utilement applicables, dans quels cas ils ne me paraîtraient pas l'être, et ce qu'il y aurait à faire, à mon sens, pour régler les exploitations annuelles dans les forêts en question.
Les auteurs de ces procédés sont d'ailleurs tous d'accord, — et je le dis ici pour n'avoir pas à y revenir, — qu'il convient de partager les forêts à jardiner en séries d'une faible étendue, non seulement afin que la possibilité y soit plus aisée à déterminer, mais aussi afin que les martelages annuels y soient plus faciles, plusieurs martelages, circonscrits dans d'étroites limites, étant évidemment moins embarrassants qu'un seul martelage, sur une étendue considérable.
Tous aussi sont d'accord sur l'utilité de parcourir l'étendue entière de chaque série, dans une rotation de courte durée.
Les auteurs du Cours de Cifliure conseillent de partager chaque série en parcelles circonscrites par des limites naturelles, et de n'arrêter Ta possibilité que pour le temps nécessaire, afin qu'un nombre d'arbres qui ne sont point exploitables, égal à celui des arbres qui le sont, puissent le devenir à leur tour. Ce temps, pour l'appréciation duquel ils ne donnent d'ailleurs aucune indication, avantété fixé à 15 ans, par exemple, en divisant le volume actuel des arbres exploitables par 15, on aura le chiffre
410 AMÉNAGEMENT DES FOHKTrS.
de ia possibilité, qu'on prendra en parcourant, de proche en proche, les parcelles, dans un ordre déterminé par avance ; mais à la condition de précompter sur la possibilité, le volume des arbres morts ou des chablis qu'il pourrait être nécessaire d'exploiter dans toute la série.
M. A. Lorentz, dans l'appendice du Cours précité, adoptant, d'ailleurs, pour la division d'une série en parcelles, les idées des précédents auteurs, fait remarquer qu'il est fort difficile de préciser le temps nécessaire, afin qu'un certain nombre d'arbres qui ne sont pas exploitables, puissent parvenir à la grosseur voulue pour l'êlre ; il conseille de fixer la durée de la rotation, pendant laquelle une série jardinée devra ê(re parcourue, à un chiffre plus ou moins fort, selon l'étendue plus ou moins grande de ladite série ; puis, de fixer la possibilité, pour cette rotation seulement, d'après le volume actuel des arbres réputés exploitables, à raison de leurs dimensions, et sans égard h ceux qui ne le sont point encore ; enfin, de répartir les parcelles entre les années de la rotation, proportionnellement aux volumes que l'on y aura trouvés.
A côté de ces deux procédés, il y en a un autre, sans nom d'auteur, mais qui a été assez généralement appliqué et qui l'est peut-être encore : il consiste à fixer la possibilité pour toute une révolution, en cubant le matériel existant et en en doublant le volume pour tenir compte de l'accroissement ; puis en divisant le tout par la durée de la révolution, c'est-àdire par l'âge présumé de Texploitabilité.
Un quatrième procédé d'après lequel la possibilité est fixée par pied d-arbre, et qui a été défendu avec beaucoup d'humour et de talent, par M. Broillard, ancien professeur à Técole de Nancy, actuellement conservateur des forêts à Dijon, est exposé de la manière suivante par cet auteur :
« Par exemple, on divise tout simplement une « série en huit coupes qui soient à peu près égales « en terrain productif, sans tenir compte des « rochers, contenance vaine. On sait que Tarbre « exploitable doit avoir 0", 60 de diamètre au mini- « mum et Ton apprécie que le sol produit en « moyenne 5 mètres cubes à Thectare. A cet égards « les exploitations antérieures et Tétat où elles ont « mis la forêt, donnent le repère le plus sûr. »
« Les arbres de 0", 60 ayant dans cette série u» « volume de 4 mètres cubes, il apparaît qu'on peut « exploiter un arbre et quart de cette grosseur, par « hectare et par an, ce qui représenterait 5 mètres « cubes d'arbres. La série comprenant H 2 hectares, « on proposera donc de fixer la possibilité jardinatoi- « re à 140 arbres par an. On décidera que les tiges « de 0™, 40 et plus seront comptées comme arbres, « tandis que les perches sèches ou viciées de 0", 30 « et moins à exploiter dans l'enceinte de la coupe, c< seront prises en sus du nombre de 140 arbres. »
Ce procédé n'étant pas propre à assurer le rapport soutenu d'une année à l'autre, M. Broillard fait observer qu'on ne doit ni on ne peut entendre par rapport soutenu, l'égalité de rendement, d'une année à l'autre, mais bien d'une période d'années à
412 AMÉNAGEAIENT DES FOUKTS.
une autre... « que tel est le principe du rapport soutenu * ».
Enfin, la direction des forêts a adressé aux agenis foresliers, le 17 juillet 1883, une note recommandant de n'arrêter la possibilité que pour une courte rotation, pendant laquelle la série devra être parcourue, mais après avoir pris des mesures, à l'effet d'assurer le rapport soutenu pendant les deux tiers de la révolution.
Parlant de ce fait, que, dans une forêt régulière exploitable à 1 50 ans et partagée en trois affectations, le cube des bois de la première est à celui des bois de la deuxième, comme o est à 3, c'est-à-dire dans le même rapport que leurs âges moyens, fait qu'elle dit résulter de Texpérience, la note en question engage les agents forestiers à fixer la grosseur ou le diamètre correspondant à l'âge d'exploilabilité; puis, à ranger dans le groupe des vieux arbres, ceux ayant au moins les 2/3 de ce diamètre; dans la catégorie des arbres d'âge moyen, ceux ayant au moins le 1/3 du même diamètre; à établir ensuite les cubes de ces deux groupes; à les mettre autant que possible, eu égard à la végétation et à l'âge des arbres, dans le rapport voulu de 5 à 3, par un emprunt fait au groupe le plus riche, au profit des plus pauvres; et enfin, à diviser le volume des vieux bois par 50, pour avoir la possibilité pendant 50 ans, sauf revision à l'expiration de chaque rotation.
L'accroissement des bois à exploiter, durant les
1, Revue des Eauc et Foréls^ t. XXII, p. 57 el siiiv.
DU PLAN D'EXPLOITATION. il 3
cinquante premières années, est donc négligé dans le calcul de la possibilité, el la noie dit en outre, qu'en fixant le minimum des diamètres des arbres, à comprendre dans le groupe des vieux bois, aux 2/3 du diamètre de Tarbre exploitable, el le minimum du diamètre des bois d'âge moyen, au 1/3 du même diamètre, on fait une supposition qui n*est pas exacte, attendu que les diamètres des arbres ne sont pas proportionnels à leurs âges, mais qui est néanmoins admissible, dans une appréciation dont les résultats ne peuvent être qu'approximatifs.
Tels sont, à ma connaissance, les principaux procédés qui ont été pratiqués, pour déterminer la possibilité des forêts jardinées. Essayons de préciser leurs tendances, ce qui nous permettra de voir quels sont les points sur lesquels ils se séparent ou se rapprochent les uns des autres, et de les discuter utilement.
Ces procédés, à part celui de M. A. Loreniz, admettent tous qu'il convient de tenir compte, en calculant la possibilité, de la végétation et de la consistance plus ou moins satisfaisantes des bois qui ne sont point encore exploitables, parce qu'ils ne sont point encore arrivés à lâge d'exploilabilité ou h la grosseur correspondante à celâge. Seulement, tandis que le procédé du Cours de Culture ne tient compte, parmi les bois non encore exploitables, que de ceux qui le seront au début de la deuxième rotation, le procédé, sans nom d'auteur, que j'appellerai désor-
mais le procédé de M. X., tient compte de tous les bois existants.
Il en est de même de celui de M. Broillard, qui diffère cependant du précédent en ce sens, qu'il se préoccupe d'égaliser les produits, non pas d'une année à l'autre, mais d'une rotation à l'autre.
Quant au procédé de l'administration, il lient compte, dans le calcul de la possibilité, de la consistance des bois ayant au-dessus du tiers de l'âge de la révolution.
Une première question que nous aurons à examiner est donc celle-ci : Les arbres qui ne sont point encore parvenus à Tâge d'exploitabilité, doivent-ils entrer en ligne de compte pour la fixation de la possibilité; et, dans l'affirmative, jusqu'à quel point doit-on s'en préoccuper?
Pour équilibrer les produits d'une rotation à l'autre, le procédé du Cours de Culture et celui de M. Lorentz n'admettent pas que l'on fasse un emprunt aux bois qui ne sont pas encore parvenus à la grosseur d'exploitabilité, au profit de ceux qui le sont ; tandis que les autres procédés Tadmettent tous : les uns, celui de M. Broillard et celui de l'administration, dans une certaine mesure ; mais celui de M. X., sans aucune mesure précise, puisqu'il aurait pour résultat de faire ressortir une possibilité, au cas même où, dans la série envisagée, il n'y aurait pas un seul arbre arrivé à l'âge d'exploitabilité.
Une deuxième question que nous aurons à examiner, est donc celle-ci : L'intérêt qui s'attache à la
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réalisation du rapport soutenu, autorise-t-il Texploi- . ^^^ lation d'arbres qui ne sont pas encore mûrs ; et, si oui, ne convient-il pas de renfermer celle-ci dans certaines limites?
Après avoir basé l'égalisation des produits d'une rotation à la suivante, sur l'accroissement présumé des bois non encore exploitables, les auteurs du Cours de Culture^ dans la fixation de la possibilité pendant la première rotation, possibilité qui ne repose que sur le volume des bois exploitables, ne tiennent aucun compte, de Taccroissement de ces derniers bois.
M. Lorentz, pour établir le rapport soutenu, pendant une rotation seulement, n'en tient pas compte non plus.
Dans le procédé de M. X., l'accroissement présumé de tous les bois de la série : de ceux qui sont exploitables, comme de ceux qui ne le sont pas, cet accroissement est nécessairement pris en considération dans le calcul de la possibilité, puisque ce calcul repose sur l'hypothèse que le volume de ces bois se doublera, dans le courant de la révolution.
Il en est de même dans le procédé de iM . Broillard, puisque c'est encore d'après le chiffre présumé de l'accroissement moyen des bois de toute la série, qu'est arrêté le nombre des arbres exploitables chaque année.
Dans le procédé de l'administration, il n'est tenu compte de l'accroissement que pour le groupe des bois d'âge moyen, et pour assurer le rapport soutenu d'une période de cinquante ans à une autre de même
aa
416 amkna(;emj:>t des korkts.
durée. Cela fait, la possibilité esl déduile du volume actuel du groupe des bois les plus vieux.
Quel cas doit-on faire de raccroissemenl présumé des peuplements plus ou moins éloignés de l'époque probable de leur exploitation, dans le calcul relatif à la détermination de la possibilité d'une série jardinée? — C'est une troisième question qui se pose.
Les auteurs du Cours de Ci///i/r^ n'indiquent aucun moyen, pour apprécier Taccroissement futur des arbres non exploitables. M. X. le regarde tout simplement comme devant être égal au volume actuel de tous les bois.
M. Broillard a évité la difficulté de le calculer, en supposant connaissable, d'après les résultats des jardinages antérieurs, la production moyenne par hectare.
La note de Tadminislration le base sur Thypothèse que les peuplements, quelque soit leur âge, s'accroissent annuellement d'une quantité constante, ou, en d'autres termes, que leur accroissement annuel, pendant un temps quelconque, ne varie point.
Quelles sont les meilleures méthodes pour apprécier l'accroissement futur ? Voilà une quatrième question à résoudre .
Sauf M. X. et iM. Broillard, tous les autres auteurs conseillent de n'arrêter la possibilité que pour une rotation ; cinquième question à laquelle nous avons à répondre.
Enfin, les auteurs du Cours de Culture, tout en
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prescrivant l'adoption d'une rotation fixe, pour qu'une série tout entière soit parcourue par les coupes jardinatoires, subordonnent les coupes annuelles à une possibilité , par volume ; et, comme abstraction faite de toute autre raison, ils ne veulent pas que l'on tienne compte de l'accroissement des arbres exploitables, il est à prévoir que l'application stricte de la possibilité ne permettra pas toujours d'exploiter, dans une rotation, tous les arbres dont cette possibilité impliquerait l'abatage : il y a là une difficulté que le Cours de Culture n'a pas prévue.
M. A. Lorcnlz l'a prévue: après avoir conseillé d'arrêter la contenance de chaque coupe annuelle, d'après le nombre et le volume des arbres exploitables qu'elle contiendra, il déclare d'ailleurs que, quel que soit le volume prévu des bois à exploiter dans une parcelle, on devra y réserver tous les arbres, quelle que soit leur grosseur, dont, à l'époque du martelage, l'enlèvement paraîtrait de nature à compromettre l'intégrité du massif.
La difficulté dont il s'agit ne semble pas avoir préoccupé l'auteur inconnu du troisième des procédés, que nous avons passés en revue.
M. Broillard, ayant arrôtélapossibilité à un certain nombre d'arbres, pouvant n'avoir que les deux tiers du diamètre correspondant à l'âge d'exploitabilité, regarde comme improbable que ce nombre d'arbres ne se rencontre pas dans la contenance fixée, à parcourir chaque année.
La note de l'administration se borne à dire, que les agents forestiers devront diriger leurs opérations,
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de manière à parcourir loule la foret dans la rotalion convenue.
Comment serait-il possible d'obvier au défaut probable de concordance entre le volume à exploiter, au cours d'une rotation dans une série jardinée, et la contenance de cette même série?
Ce sera la sixième et dernière question que nous aurons à résoudre.
Ainsi, pour juger du mérite des divers moyens qui ont été proposés, à l'effet d'arrêter une possibilité par volume dans les forêts jardinées, il y a cinq points à éclaircir ; or, je pense qu'il me suffira, pour les éclaircir, de recourir aux principes que j'ai eu l'occasion de discuter et de développer dans les chapitres précédents de cet omT^ge.
Le premier de ces principes, celui d'où découlent tous les autres, est que, comme Tout dit les auteurs du Cours de Culture^ « Texploitabilifé d'une forêt est la base de son traitement. »
Que signifie ce principe?
Il signifie, d'après les mêmes auteurs, qu'il est nécessaire de connaître à quel âge les arbres dont se compose une forêt, devront être exploités, pour que cette forêt puisse être amenée à fournir un rapport annuel et soutenu, aussi avantageux que possible.
Il suit de là que, selon que son âge d'exploitabililé est plus ou moins facile à déterminer, une forêt est plus ou moins susceptible d'être soumise à un traite-
ment régulier, el que l'âge d'exploilabilité d'une forêt ne pouvant pas être déterminé, il serait vain de chercher à en fixer la possibilité, ce mot élanl pris comme l'expression du rapport soutenu le plus avantageux, pendant la durée d'une révolution.
Mais, objeclera-l-on, y a-l-il des forêts dont l'âge d'exploitabilité puisse être rigoureusement déterminé? Y en a-l-ildont les arbres qui les constituent soient tous capables d'atteindre, au même âge, leur maximum d'utilité? — Non certes, il n'y en a pas; mais on regarde comme utilement exploitables, au même âge, ceux dont les âges d'exploitabilité individuelle ne s'écartent pas sensiblement. Lorsque, au contraire, il y a dans les croissances respectives des arbres qui constituent une forêt, une telle difTérence qu'on ne pourrait exploiter tous ces arbres au même âge, sans risquer d'en abattre qui seraient dépérissants, ou qui ne seraient point encore entrés dans la phase de leur plus grand accroissement, l'âge d'exploitabilité de cette forêt doit être considéré comme impossible à déterminer; et il en est surtout ainsi, par exemple, quand les produits que l'on attend d'elle, sont des produits immatériels, indépendants de l'âge et même de la grosseur des bois.
Mais le traitement d'une forêt, en vue du rapport soutenu, étant d'autant moins facile à assurer que l'âge d'exploitabilité de cette forêt est moins facile à apprécier, il en résulte d'abord que les sacrifices d'accroissement nécessaires, soit qu'on exploite les bois trop vieux, soit qu'on les exploite trop jeunes, pour obtenir le rapport soutenu, en dépit du défaut
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de gradation dans les âges, il en résulte d'abord que ces sacrifices d'accroissemenl sont d'aulanl moins admissibles, que ledit rapport est plus aléatoire, et qu'ils seraient dépourvus de tout fondement, si Tâge d*e\ploitabilité ne pouvait être déterminé, puisque, alors, le rapport soutenu deviendrait une chimère.
II en résulte ensuite que, puisqu'il y a moins d'inconvénient à exploiter des bois trop vieux, qu'à les exploiter trop jeunes, Tabatage dans Tiiitérèt du rapport soutenu, d'arbres non encore arrivés h la maturité, est d'autant moins permis dans une forél entièrement jardinée, que Texploitabilité en est plus indécise, et que cet abatage ne saurait être toléré, que pour des arbres évidemment très peu éloignés d'avoir la grosseur minimum de ceux qualiflés d'exploitables.
L'incertitude de la détermination de Tâge d'exploitabilité n'est pas, d'ailleurs, la seule raison pour que, dans une forél jardinée, les bois ne soient pas exploités avant leur maturité: ces exploitations prématurées sont autorisées, jusqu'à un certain point, pour les forêts susceptibles d'aménagement, non pas seulement dans l'intérêt du rapport soutenu, mais dans celui d'une régularisation plus prompte des classes d'âge, en vue d'amener la forêt à l'état normal. Or, cette régularisation et cet état normal ne sauraient être obtenus dans une forêt vouée au jardinage sur toute son étendue.
A l'aide de ces considérations, il est facile de ré-
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soudre les doux premières questions que nous avons posées :
Il n'y a pas de rapport soutenu h chercher et, par conséquent, il n'y a point à tenir compte des arbres non explaitables, pour le règlement des exploitations, dans une foret dont Texploilabilité ne correspond à aucun âge appréciable. On peut distribuer entre un certain nombre d'années, le volume des arbres dont l'enlèvement immédiat pourrait y avoir lieu sans inconvénient; mais on jie saurait aller nu delà, et c'est même en détournant le mot « possibilité » de sa vraie signification qu'on Ta appliqué à ce volume.
Suivant que l'âge d'exploitabilité d'une forêt est plus ou moins appréciable, on peut obtenir de cette forêt un rapport soutenu pendant plus ou moins longtemps ; le nombre des arbres non exploitables à prendre en considération, pour établir ce rapport, est plus ou moins considérable ; les sacrifices d'accroissement à faire dans le même but, sont plus ou moins rationnels, admissibles et, en règle générale, il convient de ne s'y soumettre que lorsqu'ils doivent résulter d'une exploitation tardive.
La solution de la troisième question, que nous avons à examiner, dépend de l'état de consistance des peuplements, et de l'embarras plus ou moins grand qu'on éprouve à en préjuger l'accroissement.
Nous avons vu, quand nous avons traité de la recherche de la possibilité, par volume, dans les forêts susceptibles d'aménagement et, dès lors, rela-
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livemenl régulières, que les hypothèses sur rao croissemenl étaient tellement problématiques, surtout quand elles s'appliquaient à de jeunes bois, qu'on ne pouvait raisonnablement s'en servir, pour la fixation immédiate d'une possibilité incemmulable, pendant toute une révolution.
Nous avons vu que, pour concilier l'application d'une possibilité par volume h une forêt, avec l'obligation de régénérer cette forêt dans le cours d'une révolution, il convenait de diviser cette révolution en un certain nombre de périodes, et de n'arrêter la possibilité que pour chacune de ces périodes, à son début, et d'après le matériel à régénérer pendant sa durée.
Nous avons vu que, pour éviter que cette possibilité ne fût modifiée trop fortement, en plus ou en moins, d'une période h l'autre, ce qu'il y avait de mieux à faire, était d'affecter auxdiles périodes des contenances égales ou inversement proportionnelles à leur puissance productive.
Nous avons vu que, de celte manière, une fois la forêt amenée à un état normal, il y avait lieu d'espérer que les produits, par période, seraient sensiblement égaux, et que la possibilité, par volume, résultant du comptage et du mesurage d'arbres peu éloignés du terme de leur exploitation, concorderait sensiblement, elle aussi, môme en faisant abstraction de l'accroissement de ces arbres, avec le matériel à régénérer dans le courant de la période correspondante.
Nous avons vu enfin que, pour égaliser les produits
périodiques, pendant le temps nécessaire pour amener la forêt à un état normal, il convenait de recourir à des régénérations anormales, quand on le pourrait, sans inconvénients, pour la régularisation poursuivie, et sans de trop grandes pertes d'accroissement; mais que, sous peine de retomber dans les embarras qu'entraînait l'appréciation des produits, à de trop longues échéances, il fallait borner aux deux premières périodes à régénérer, l'indication des coupes anormales en question.
Eh bien! toutes les circonstances qui s'opposent, dans les forêts, h la détermination de Taccroissement des bois pour une révolution entière, sont évidemment d'autant plus graves que ces forêls sont plus irrégulières, que les âges y sont plus entremêlés, que la régénération, sur un point donné et dans un temps donné, y est plus douteuse ; que les étendues occupées par les bois des différentes classes d'âge, y sont plus ou moins faciles à apprécier.
Et de là, on peut conclure, que comme on l'a déjà dit plus haut, la quotité constante, par volume, des coupes annuelles, doit être arrêtée dans une forêt, pour un temps d'autant plus court, que l'hétérogénéité de cette forêt est plus grande ; que les mesur.es à prendre pour soustraire cette quotité à des changements trop considérables, doivent elles-mêmes s'appliquer à une partie de la révolution d'autant plus petite, que les conditions de la végétation sont plus variables, et qu'il convient, par conséquent, de ne prendre en considération, pour réaliser le rapport soutenu entre plusieurs rotations, que l'ac-
croissement des bois qui n'ont plus à lutler pour Texislence el dont le développement est relativement assuré.
El de là on peut encore conclure que le calcul du volume exploitable, chaque année, ne devant être Fait que pour un lemps très court, il est permis de négliger Taccroissement des arbres auxquels il se rapporte.
Telle est mon opinion sur le cas qu'il convient de faire de Taccroissement dans la recherche de la possibilité d'une forêt jardinée.
Passons àla quatrième question relative au moyen d'apprécier cet accroissement.
A ce sujet, je serai bref, car je ne crois pas que, pour se rendre compte de Taccroissement futur d'un massif, il y ait un meilleur moyen que celui qui repose sur la supposition que ce massif, lorsqu'il sera exploitable, présentera un volume égal à celui d'un autre massif qui l'est déjà, qui occupe la même contenance et qui a végété dans des conditions semblables de consistance et de végétation.
Mais cette supposition ne peut être de quelque utilité pratique, dans une forêt où tous les âges sont confondus, que pour préjuger l'accroissement futur des arbres dont la grosseur permet de se faire une idée de l'espace qu'ils occuperaient, s'ils étaient réunis et espacés convenablement.
En ce qui concerne la question de savoir s'il y a lieu de n'arrêter le volume de la coupe annuelle que
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pour une rotation, elle est clairement résolue, dans le sens de Taffirmalive, par toutes les considérations qui précèdent.
Il me reste maintenant à examiner la question relalive à la manière d'obvier au défaut possible de concordance, entre le volume à exploiter au cours d'une rotation dans une série jardinée, et la contenance de cette série.
Faut-il obliger les agents forestiers, comme le voudrait M. A. Loreniz, k renfermer chaque année leurs opérations de martelage, dans une contenance déterminée, au risque de ne pas trouver dans les arbres utilement exploitables, le volume fixé par la possibilité?
A cet égard, il ne saurait, selon moi, y avoir de règle absolue.
On ne doit point oublier que la rotation a été imaginée, pour forcer les agents forestiers à porter leur attention, le plus souvent possible, sur toute retendue d'une foret soumise à leur gestion; que c'est une mesure d'ordre qui, au lieu de faciliter l'application des règles de la culture, pourrait, si elle était trop rigoureuse, la contrarier.
Je crois, pour mon compte, qu'il convient de laisser d'autant plus de latitude à ces agents précités, en ce qui concerne l'extension à donner à leur martelage, qu'ils auront à faire preuve de plus de discernement et de connaissances sylvicoles, dans la désignation des arbres à abattre.
Que dîins les forèls des hautes altitudes, où les
^exploitations consistent en des extractions d'arbres secs, dépérissants ou sur le retour, qui peuvent être marqués d'avance pour toute une rotation, on oblige les agents en question à ne prendre, chaque année, dans une contenance déterminée, qu'un certain volume de bois ! — c'est concevable, puisque, dans ce cas, il sera possible d'assurer une concordance à p3u près parfaite entre le volume des arbres à marteler, et la contenance à parcourir.
Mais il y a des forêts placées dans des conditions plus favorables de croissance, où on ne saurait marquer par avance tous les arbres à couper au cours d'une rolation, et où l'obligation, pour les agents forestiers, de prendre un volume fixe dans une contenance également fixe, pourrait entraîner, au point de vue cultural, de graves inconvénients.
J'estime donc que, pour ces forêts-là, les agents forestiers devraient avoir la faculté de ne pas subordonner strictement leurs coupes annuelles à la condition d'une contenance à parcourir, sauf à prendre les précautions nécessaires, pour qu'à l'expiration d'une rotation, l'étendue totale de ces coupes ne s'écarte pas beaucoup de celle de la forêt, et sauf à laisser en arrière, sur pied, le cas échéant, un certain nombre des arbres qui auraient servi au calcul de la possibilité.
Si les divisions, improprement appelées parcelles, entre lesquelles une série aura été partagée, sont circonscrites par des limites bien apparentes, et si l'ordre prescrit pour les exploitations successives à faire dans ces divisions est observé, il sera facile
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(le contrôler l'usage que les agents auront fait de la faculté que je suis d'avis de leur donner, et qui me parait d'autant mieux justifiée que, dans la plupart des forêts soumises au jardinage, les opérations à exécuter ne diffèrent guère de celles que réclament les forêts aménagées.
Je viens de développer mon opinion sur les points principaux à considérer dans la recherche de la possibilité des forêts jardinées, et je l'ai résumée dans un certain nombre de propositions dont je vais maintenant me servir, pour apprécier les divers procédés qui se rapportent à cette recherche.
Il est évident qu'à mon sens, ni le procédé de. M. X., ni môme celui qu'a indiqué M. Broillard ne sont guère admissibles, en principe du moins, puisqu'ils basent la fixation de la possibilité d'une forêt, pour un temps illimité, sur la connaissance de l'accroissement moyen de cette forêt, connaissance que je crois inaccessible, soit qu'on veuille y arriver, comme le veut M. X., parle volume de tout le matériel existant et la supputation de son accroissement futur, soit qu'on la cherche, tout simplement, comme le propose M. Broillard, dans l'importance et les résultats des exploitations antérieures.
Je reconnais d'ailleurs volontiers que le procédé préconisé par M. Broillard serait, s'il fallait choisir entre les deux, infiniment préférable à celui de M. X. ; et ce, pour deux raisons : d'abord, parce que j'ai plus de confiance, pour l'évaluation de l'accroissement moyen d'une forêt, dans le coup d'œil
V2S AM11NAGKME.NT DES FOHKTS.
et le bon sens d'un forestier instruit et expérimenté, que dans des calculs qui reposent sur des suppositions très contestables; et en outre parce que, en permettant de comprendre dans la possibilité qu'il fixe par pied d'arbres, des arbres n'ayant que les deux tiers du diamètre d'exploitabilité^ M. Broillard fournit un moyen infaillible, non pas seulement pour prévenir la ruine de la forêt, mais au contraire pour enrichir son matériel superficiel. — Il ne pourrait en être autrement que si, chose improbable, Taccroissement moyen supposé avait été exagéré, au point de dépasser le plus grand accroissement moyen possible de la forêt.
Ce procédé est au surplus celui auquel nos maîtres, MM. Lorentz et Parade, conseillent d'avoir recours pour régler les coupes de jardinage à continuer temporairement, dans les forêts jardinées en voie de transformation.
Mais M. Broillard regarde comme pouvant être sacrifiée, l'égalité des produits d'une année à l'autre. Or, sans celte égalité à laquelle les communes tiennent, je crois, plus qu'il ne l'imagine, il n'y a plus, à proprement parler, de possibilité, de sorte que la méthode de cet auteur, fût-elle excellente pour assurer le rapport soutenu d'une rotation à l'autre, n'en serait pas moins encore insuffisante.
Si, par ces différents motifs, le procédé de M. X. et celui de M. Broillard ne me paraissent pas conciliables avec les principes que j'ai posés plus haut, il n'en est point de même des trois autres que j'ai à exa-
nu PLAN l)'i:XPÏ.01TAT10N. i2îi
miner. Seulemeiil nous allons reconnaître qu'ils ne conviennent pas à toutes les situations, et que, même dans les circonstances les plus favorables à leur application, il y a deux de ces procédés qu'on ne saurait recommander sans réserves.
Transportons-nous, par la pensée, dans une haute région rocheuse et escarpée, tourmentée par les intempéries, couverte, pendant une partie de Tannée, d'une épaisse couche de neige qui, sur les pentes dénudées, se précipite en avalanches au moindre choc, au moindre ébranlement de l'atmosphère. Il y a dans cette région une masse d'arbres plus ou moins espacés, de tous les âges, de toutes les grosseurs, dont il est difficile de s'expliquer Texistence, car la plupart de ces arbres semblent implantés dans le roc; dont on ne saurait non plus apprécier la longévité moyenne probable, car à coté de petits arbres, qui sont déjà secs ou dépérissants, il y en a de très gros qui sont encore pleins de vie.
Quel traitement conviendrait-il d'appliquer à cette masse d'arbres, au point de vue de la quantité de bois qu'il faudrait y exploiter chaque année?
Le bon sens n'en conçoit aucun, si, par ce mot, traitement, l'on entend une manière d'agir conforme à une règle invariable, au moins pendant un certain temps. Le bon sens n'en conçoit aucun, puisque Texploitabilité physique, la seule adoptable évidemment pour la masse d'arbres en question, n'y correspond à aucun âge moyen appréciable.
Enlever les arbres secs, dépérissants, et ceux sur
le retour, quand on le peut sans inconvénient, comme on enlève les chablis, c'est tout ce qu'il est sage de faire, en ce qui concerne les exploitations, dans une pareille forêt, et c'est précisément ce qu'a proposé d'y faire M. A. Lorentz, en conseillant de n'en fixer la possibilité que pour une très courte rotation, d'après le volume actuel des bois qu'il serait permis d'y exploiter immédiatement, et en subordonnant rigoureusement l'exploitation, dûtelle ne pas fournir le volume prévu, à la contenance délimitée par avance de la coupe annuelle.
Mais descendons un peu de la haute région où nous sommes monté ; nous arriverons dans des forêts moins irrégulières, moins exposées aux inlem-' péries, moins difficiles à parcourir, moins nécessaires pour prévenir les avalanches, et où les différences de grosseur, entre les arbres dépérissants ou sur le retour, ne sont pas assez sensibles pour que l'on ne puisse, avec quelque probabilité, avec une certaine approximation, fixer un âge et un diamètre moyens correspondant à leur exploitabilité physique. Dans ces forêts, la recherche d'un rapport soutenu qui se maintienne pendant plus d'une courte rotation, semble permise. Dans ces forêts, au lieu d'exploiter, sans regarder au delà, dans un petit nombre d'années, tous les arbres dès à présent exploitables, on peut et on doit même, me semble-t-il, se préoccuper de l'état des arbres qui ne le sont pas encore tout à fait, afin de se faire une idée des produits qu'on en retirera, quand ils le seront devenus, et de parer,
le cas échéant, à leur insuffisance, par le mainlien sur pied d'une partie des arbres les plus vieux.
C'est précisément cette préoccupation qu'ont eue les auteurs du Cours de Culture^ quand ils ont dit qu'il fallait prolonger la durée de la rotation assez longtemps, dans les forêts jardinées, pour qu'à son expiration, on pût trouver un nombre d'arbres exploitables, égal à celui des arbres qui le sont déjà.
Seulement, il est possible d'atteindre le but que ces auteurs ont eu en vue, sans subordonner la durée de la rotation à l'état des arbres non exploitables, et, sur ce point, leur procédé me paraîtrait devoir être modifié, conformément aux idées que j'ai exposées sur l'égalisation des produits entre plusieurs rotations.
Les mêmes auteurs n'admettent pas, du reste, que Ton fasse des sacrifices à l'établissement du rapport soutenu, quand ces sacrifices consisteraient dans des exploitations prématurées ; ils négligent aussi Faccroissement des bois exploitables au cours de la rotation, dans la fixation de la possibilité. Ils ne fixent la possibilité que d'après les bois exploitables dans une rotation ; et dès lors, ils ne l'arrêtent que pour cette rotation. Sur ces trois points, je suis entièrement de leur avis.
Mais ils ne disent rien du désaccord possible entre le volume de bois à exploiter chaque année, et la contenance à parcourir. Or, mon opinion est que si, dans les hautes régions, le volume à exploiter, doit être, le cas échéant, subordonné à la condition d'une contenance à parcourir, il n'en est pas de même.
SOUS certaines réserves, dans les forêts où toute prévision sur l'accroissement des bois n'est point interdite.
Descendons encore maintenant, et bientôt nous nous trouverons dans des forêts semblables, pour la consistance, à celle que nous avons tout h l'heure supposée partageable en deux affectations. Les arbres de tous les âges n'y sont point entremêlés, comme on le suppose généralement, si ce n'est dans les jeunes massifs. Un œil exercé y distinguera souvent sur d'assez grands espaces des peuplements qui tendent à l'homogénéité, par la place que s'y sont déjà faite de nombreux sujets d'un certain âge, ou de certaines dimensions. La différence entre les diamètres des arbres mûrs, est moins sensible que dans les forêts que nous venons de quitter, et permet d'appliquer un âge et un diamètre moyens à Texploitabililé de ces arbres. Le choix de cette exploitabilité même n'est pas, dans ces forêts-là^ impérieusement commandé par des circonstances purement physiques.
Par toutes ces raisons, il ne semble guère contestable que l'on puisse, et que l'on doive même, chercher à assurer le rapport soutenu dans lesdites forêts, pour un temps plus long, que dans celles, qui ont servi d'exemple précédemment, et c'est ce qui a motivé la note de la direction des forêts, en ,date du 17 juillet 1883.
Cette note, — je me hâte de le dire, — constitue, à mes yeux, un réel progrès pour l'exploitation des
forêts jardinées. Je ne la crois point à Tabri de toute critique, — je le montrerai dans un moment, — mais je crois qu'elle est de nature à mettre un terme à beaucoup d'abus, et que si elle est appliquée avec intelligence, il n'y a point à craindre qu'elle entraîne l'appauvrissement des forêts.
Cela n'est point à craindre, parce que cette note dit que, dans le calcul à faire pour fixer le volume ^
exploitable annuellement pendant une période de cinquante ans, calcul révisable d'ailleurs, au début de chaque rotation, il ne doit pas être tenu compte de l'accroissement. Mais elle admet que dans le partage des arbres en deux groupes, suivant leurs grosseurs, à Teffet d'égaliser les produits pendant les deux premières périodes, on puisse supposer que les diamètres des arbres sont dans une proportion constante avec leurs âges ; et comme ils ne le sont pas; comme, en descendant, à partir de ceux qui correspondent aux âges les plus avancés, ils ne diminuent point autant que les âges, il en résulte qu'en attribuant, aux arbres de 50 à 100 ans, un diamètre maximum égal aux deux tiers de celui présumé des arbres de 1 50 ans, on s'exposerait à comprendre — danger bien difficile, d'ailleurs, à éviter, je le reconnais— on s'exposerait à comprendre, sinon dans les deux groupes, au moins dans celui des vieux bois, regardés comme exploitables, des arbres qui ne seraient point aussi âgés qu'ils devraient l'être.
Je pense, du reste, que c'est trop se lancer dans les futurs contingents, que de vouloir assurer le rapport soutenu pendant les deux tiers d'une révolution,
AMÉNAOEMENTS DES FORÊT. 28
dans les forêts jardinées. Je pense qu'il est sage de ne prendre en considération, pour établir ce rapport .soutenu, que les arbres qui ont déjà conquis leur place au soleil, les arbres ayant au moins un âge égal à la moitié de la révolution.
Je trouve, en outre, que Técart entre les âges ou les diamètres extrêmes des arbres, constituant chacun des deux groupes prévus parla note administrative, est trop grand, et pourrait donner lieu à des inconvénients, si, par exemple, le groupe des vieux arbres dits exploitables, se composait en majorité, soit d'arbres qui auraient à peine JOO ans, soit d'arbres qui en auraient près de 150. Dans le premier cas, les arbres seraient coupés trop jeunes, quand ils n'auraient pas encore la moitié peut-être du volume des arbres parvenus au terme de l'exploitabilité. Dans le second cas, les arbres seraient coupés trop vieux, et quand ils auraient vraisemblablement perdu de leur valeur.
J'estime, enfin, qu'en basant l'égalisation des produits, pendant les deux tiers de la révolution, sur l'hypothèse d'un accroissement moyen constant, hypothèse qui ne me paraît guère admissible, surtout dans une forêtjardinée; et en ne tenant qu'indirectement compte, pour cette égalisation, de la contenance, facteur le plus important à connaître, dans les appréciations relatives à la croissance des arbres en massif, la note de l'administration n'a pas diminué, autant qu'on pourrait le faire dans beaucoup de forêts, les difficultés inhérentes à cette recherche, et que, pratiqué par des forestiers expérimentés, le procédé
que j'ai proposé serait, en tout cas, au moins fort ulile, pour contrôler les résultats que Ton aurait obtenus, par celui dont nous nous occupons en ce moment.
La note en question, en n arrêtant, du reste, la quotité des coupes annuelles que pour une rotation, à l'expiration de laquelle cette quotité devra être fixée à nouveau, o(Tre un moyen de corriger, à court délai, les erreurs qui auraient pu être commises; mais celte note, en invitant les agents foresliers à parcourir toute la série de la rotation prévue, sans leur indiquer un moyen d'y arriver, présente, sous ce rapport, une lacune.
Concluons :
Dans les forêts jardinées, il y a une distinction à établir entre celles dont l'exploitabilité physique ne correspond à aucun âge appréciable; celles dont la mêmeexploitabilité, encore obligatoire, y correspond au contraire, et celle dont l'exploitabilité pourrait être déterminée, comme l'est l'exploitabilité des forêts susceptibles d'aménagement.
Pour l'exploitation de ces différentes forêts jardinées, il y a des règles qui sont applicables à toutes; mais il y en a qui ne le sont qu'à certaines d'entre elles.
Règles appUcablea à toutes les forêts.
V Former des séries d'une faible étendue.
2" Partager chaque série, après l'avoir parccUée et
43e AMÉNAGEMENT DES FORÊTS.
décrite, comme si elle était susceptible d'aménagement, en divisions circonscrites autant que possible par des limites naturelles ou par des chemins.
3" Parcourir chaque série tout entière, dans une rotation, dont la durée soit une partie aliquote de la révolution, quand une révolution peut être fixée, et soit cependant assez courte : 1 ** pour que les arbres que Ton aurait volontairement ou involontairement négligé d'exploiter dans une rotation, puissent, sans grave inconvénient, rester sur pied jusqu'à la rotation suivante ; 2*" pour que chaque année les agents, chargés du martelage des coupes, n'aient pas à se mouvoir dans un trop grand espace; 3"* pour que les bois offerts à la vente dans toute la forêt, soient répartis entre les séries, de la manière la plus favorable aux convenances du commerce.
4° Exploiter les parcelles dans un ordre préalablement fixé.
5** N'arrêter la quotité par volume des coupes annuelles, que pour une rotation, sans tenir compte de l'accroissement des bois destinés à l'alimenter, et sans y comprendre les menus bois n'ayant pas d'avenir, dont l'extraction serait jugée nécessaire.
Règles variables suivant la situation des forêts.
1° Ne pas se préoccuper du rapport soutenu au delà d'une rotation, dans les séries dont l'âge d'exploitabilité est méconnaissable, et arrêter la quotité par volume des coupes annuelles, pendant la rotation, en divisant le volume des arbres exploitables par la durée de cette rotation.
2" Ne se préoccuper du rapport soutenu, en ce qui concerne les séries de la deuxième catégorie, que pour deux rotations, dans la mesure indiquée parle Cours de Culture; chercher à se rendre compte de la surface couverte, d'un côté, par les bois exploitables au cours de la rotation, et, d'un aulre côté, par les bois qui ne seront exploitables que dans la deuxième; remédier, le cas échéant, à l'insuffisance de ces bois qui ne sont pas exploitables, par un emprunt à ceux qui le sont, et arrêter le volume exploitable au quotient du volume des arbres désignés définitivement pour être abattus, au cours de la rotation, par le nombre d'années de cette dernière.
3" Se préoccuper du rapport soutenu pour un temps plus long, mais ne dépassant pas la moitié de la révolution, dans les séries de la troisième catégorie ; diviser, à cet effet, les arbres ayant plus de la moitié de l'âge de la révolution en trois groupes, suivant la marche que j'ai indiquée page 397, pour déterminer la possibilité par volume, au cours de la première période, dans les forets dont la révolution n'aurait pu être divisée qu'en deux périodes seulement; apprécier la production probable de chacun de ces groupes, à l'époque moyenne de son exploitation, soit par Tidée qu'on pourra se faire de l'étendue qu'il occupe, soit, comme l'indique la note administrative du 17 juillet 1883, en supposant qu'il s'accroisse chaque année d'une quantité égale à l'accroissement moyen des arbres exploitables; réduire, s'il y a lieu, pour parer à la pauvreté des groupes qui ne sont pas exploitables, le groupe
dî
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de ceux qui le sont; n'augmenter que très exceptionnellement le volume de ces derniers, par un emprunt aux bois plus jeunes ; diviser ensuite le volume des arbres attribués définitivement au groupe de ceux exploitables, par le 1/6 de Tâge d'exploitabilité, et arrêter au chiffre du quotient obtenu, la quotité des coupes annuelles pour une rotation.
40 Obliger les agents d'exécution à se renfermer strictement, pour les coupes annuelles des séries de la première catégorie, dans la contenance fixée par avance, dussent-ils n'y pas trouver le volume de bois, dont la quotité arrêtée autoriserait Tabalage.
50 Donner à ces agents, dans les séries des deux autres catég(»ries, la facilité de s'écarter un peu, soit en plus, soit en moins, suivant les exigences de la culture, de la contenance indiquée comme pouvant leur fournir le volume annuellement exploitable, mais à condition de parcourir toute la série dans le cours de la rotation convenue , dussent -ils laisser en arrière, sur pied, quelques-uns des arbres qui auraient servi au calcul de ce volume exploitable.
J'en ai écrit bien long pour aboutir à des règles qui, en ce qui concerne le règlement des exploitations annuelles des forêts jardinées, sont, je ne me le dissimule pas, d'une application difficile et incertaine. Mais lorsqu'on cherche à utiliser la force des êtres vivants, on doit se résigner d'avance à n'arriver qu'à des à peu près, surtout quand il s'agit de savoir ce que cette force produira dans un avenir éloigné.
En la matière qui vient de nous occuper, il ne faul pas viser à une étroite approximation. Lorsqu'on aura dans une série jardinée exploitable, je suppose, à cent quatre-vingts ans, divisé les arbres de quatrevingt-dix ans et au-dessus en trois groupes : les gros, les moyens, les petits ; lorsqu'on aura apprécié avec son bon sens, son expérience, à l'aide du cahier du dénombrement et de la description spéciale, leurs étendues respectives; lorsqu'on aura remédié, autant que possible, à l'inégalité de ces étendues, par des emprunts faits surtout aux groupes les plusvieux en faveur des plus jeunes ; lorsqu'on aura fait tout cela comme on fait une cote mal taillée, on aura fait le faisable, au point de vue du rapport soutenu, dans une série jardinée.
Le rapport soutenu est sans doute une chose très désirable dans l'exploitation d'une forêt ; mais on ne doit pas lui sacrifier l'application des règles de la culture, c'est-à-dire Tintérêt de la végétation ; il ne faut même pas lui sacrifier l'intérêt de la production, ce qui veut dire que l'on devrait y renoncer, dans le cas oti il ne pourrait plus devenir au moins égal au plus grand produit moyen dans un temps donné *.
1. Si les ligaes que je viens d'écrire sur les forêts jardinées, tombent sous les yeux de M. Guinier, inspecteur des forêts, elles lui montreront que j'ai lu les intéressants articles qu'il a publiés dans la Revue des eaux et forêts (1885) sur les futaies résineuses en montagne, et que je les ai mis & contribution.