‹ Études sur l'aménagement des forêtsChapitre 48 sur 71 · DES MASSES, DES SECTIONS, DES SERIES · texte numérisé non relu

DES MASSES, DES SECTIONS, DES SERIES

ARTICLE PREMIER

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

La science de raménagement serait difficile à comprendre, si Ton voulait approfondir dans lous leurs détails, au fur et à mesure qu'elles se présentent, les différentes questions dont elle réclame Texamen,

Je me suis appliqué, dans ces études, à dégager les principes fondamentaux, des objets secondaires qui auraient pu en compliquer la démonstration et en rendre Tintelligence laborieuse. J'ai réduit ces principes à leur plus simple expression, dans la pensée que c'était le meilleur moyen, pour faire saisir au lecteur les rapports qui les lient. Mon but était sur-

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tout de mettre, en relief, renchaînement logique des opérations que j'avais à exposer ; de montrer comment elles se commandent successivement Tune l'autre ; et je crois que si j'avais atteint ce but, j'aurais répondu à tout ce que l'on peut exiger d'un travail, qui est plutôt un programme qu'un traité sur la matière.

Ces observations préliminaires expliquent pourquoi j'ai fait imprimer l'étude sur le partage delà forêt en masses, en sections, et en séries, après les autres.

C'est que ce partage, malgré son importance dans la pratique, est, au point de vue delà théorie, un de ces objets secondaires, qu'il n'est pas indispensable de connaître, pour comprendre le mécanisme de l'aménagement.

J'entends par jnasse, une partie de forêt qui , à priori, sans qu'il soit besoin d'une reconnaissance préalable, à raison de sa grande étendue, de sa situation, de ses débouchés, peut être considérée comme indépendante du surplus. Quand une yaste forêt, comme celle d'Orléans, par exemple, présente plusieurs parties dans ces conditions-là, il convient tout d'abord de la diviser en autant de masses distinctes, que Ton envisage comme des forêts à part; mais cette division dont les bases sont évidentes, par elles-mêmes, ne réclame aucun développement et je n'en parlerai pas davantage.

On entend par section une partie de forêt ou de masse qui se distingue du surplus, par la méthode d'exploitation (taillis, futaie régulière, futaie jardi-

née, etc.), à laquelle elle doit être soumise. Pour savoir combien il y a lieu de former de sections dans une forêt, il faut en avoir fait une reconnaissance générale. Cependant, ici encore, les principes d'après lesquels on se règle, dans le partage d'une forêt ou d'une masse en sections, sont trop simples, pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter.

Enfin, on entend par série, une partie de forêt, de masse ou de section, destinée à être soumise à un plan spécial d'exploitation et à fournir par conséquent une suite de coupes annuelles. Ce partage a pour but de faciliter l'établissement du plan d'exploitation ; de mieux assurer l'application des principes auxquels cet établissement doit se conformer; de rendre les prescriptions du plan en question, plus claires, plus précises, plus aisées à suKre et à contrôler.

La division d'une forêt en séries, est une opération souvent désirable, quelquefois nécessaire, mais qui, dans certains cas, pourrait avoir des inconvénients.

ARTICLE II

CIRCONSTANCES QUI SONT CONTRAIRES A LA DIVISION dY'NB ft)RÉT EN SÉRIES

Impossibilité de former des séries compactes, indépendantes

l'une de l'autre.

La division d'une forêt en séries, présenterait des inconvénients, si les diverses classes d'âge de cette

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forêt étaienl distribuées de façon qu'on ne pût, sans déroger aux règles, aux principes qui doivent présider à la formation des affectations, constituer des séries compactes, faciles à distinguer les unes des autres.

Supposons, par exemple, une forêt composée de la manière suivante :

La classe des bois exploitables comprend cinq parcelles a, d, c, rf, ^, dont les trois premières a, ô, c, conliguës et situées à Textrémité nord de la forêt, sont séparées des deux dernières rf, ^, également contiguës, et situées à l'extrémité sud, par des parcelles appartenant à d'autres classes d'âge.

Si Ton voulait établir deux séries dans cette forêt, il faudrait, dans le cas où les parcelles d et ^ ne seraient pas assez grandes, pour compléter la première affectation de l'une de ces séries, y ajouter une partie des parcelles <z, ô, c. Chaque série ne formerait pas une masse compacte. On serait exposé à confondre les exploitations de Tune avec celles de l'autre ; la régularité des opérations et l'efficacité de la surveillance seraient compromises, et ce, sans aucun des avantages que l'on se promet du partage d'une forêt en séries.

Étendue trop petite de la forêt

La division d'une forêt en séries présenterait aussi des inconvénients, si l'étendue de cette forêt n'était pas assez grande , pour que celle de chaque série

comportât une coupe annuelle, qui pût se concilier avec l'intérêt delà reproduction, celui de la surveillance et l'économie des exploitations.

Ainsi, pour ce qui concerne la reproduction, il est clair qu'une coupe d'une contenance donnée, soit dans les taillis, soit dans les futaies, aurait moins à souffrir du couvert des arbres voisins, que deux ou plusieurs coupes séparées, contenant ensemble le même nombre d'hectares ; puisque ce couvert s'étendrait sur une surface relativement moins grande, dans la première que dans les autres.

Quanta la surveillance, la multiplicité des exploitations en augmente naturellement les difficultés.

Enfin, au point de vue économique, si la mise en vente de coupes trop considérables, a l'inconvénient de restreindre le nombre des adjudicataires qui peuvent y prétendre, il est, d'un autre côté, à remarquer que l'exploitation d'une coupe donne lieu à des frais généraux, indépendants de la quantité de boisa abattre, et qu'il importe beaucoup, tant dans l'intérêt du Trésor que dans celui des adjudicataires, de ne pas multiplier ces frais sans nécessité.

Exigences de TassieUe et de la vidange des coupes.

La division d'une forêt en séries présente enfin encore des inconvénients, lorsqu'elle est inconciliable avec l'application des règles sur l'assiette et la vidange des coupes.

Si on ne pouvait, par exemple, d'après la position respective des classes d*âge, composer deux séries qu'en les superposant sur une rampe escarpée, qui ne permettrait pas d'établir des moyens spéciaux de vidange pour la série supérieure, on manquerait évidemment de Tune des conditions nécessaires, pour une utile distribution en séries.

ARTICLE III

CIRCONSTANCES QUI RENDENT AVANTAGEUSE OU NÉCESSAIRE LA DIVISION d'une FORÊT EN SERIES.

Diversité des môthodes d'exploitation.

La méthode d'exploitation adoptée pour certaines parcelles de la forêt à aménager, peut ne pas être applicable à d'autres; or, de même qu'il n'est pas absolument défendu de comprendre dans une seule série d'exploitation, des parcelles exploitables à des âges différents, de même il est permis, à la rigueur, d'y comprendre des parcelles, dont les modes de traitement ne seraient pas semblables, lorsque ces modes sont d'ailleurs réguliers ; mais il est évident qu'on ne doit s'y résoudre qu'en cas de nécessité bien démontrée, car la diversité des méthodes d'exploitation, est difficilement conciliable avec les règles sur Tassiette des coupes, et l'établissement du rapport soutenu.

Lorsque des différences^ dans les modes de traite-

rî

ment des parcelles dont se compose une forêt, sont inévitables, il est donc désirable qu^on puisse obvier aux inconvénients de tous genres qu'elles seraient susceptibles d'entraîner, au moyen de la constitution d'autant de séries qu'il y a de modes particuliers.

La division d'une forêt en séries devient absolument nécessaire, quand cette forêt renferme des bois exploitables, les uns en futaie régulière, les autres en futaie jardinée. On ne conçoit, en effet, aucun moyen de concilier les exigences de l'aménagement, avec celles qui sont inhérentes à la méthode jardinatoire.

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Diversité des âges d'exploitabilité.

Des considérations analogues à celles que je viens d'exposer, h propos de la méthode d'exploitation, sont applicables h une forêt composée de parcelles dont l'exploitabilité ne serait pas la même.

Morcellemeut des classes d'âge.

Lorsqu'une forêt est très vaste, d'une part, et que, de l'autre, les parcelles comprises dans une même classe d'âge, n'y sont pas toutes attenantes les unes aux autres, on pourrait se trouver dans l'obligation de scinder une ou plusieurs affectations, afin d'éviter

de couper des bois à un âge trop éloigné de celui de leur exploitabilité, si Ton n'avait pas recours à la division de la forêt en séries.

Dans la forêt F, la classe des bois, de 1 à 20 ans, comprend des massifs situés, les uns à Texlrémilé nord-est de la forêt, les autres à Textrémilé sudouest. Si Ton ne voulait établir qu'une série d'exploitation dans cette forêt, la dernière affectation se composerait de deux parties fort éloignées l'une de l'autre. Or, quoiqu'un morcellement de ce genre soit quelquefois admissible, il ne l'est cependant jamais sans inconvénients, et il est bon de l'éviter autant que possible. Au cas particulier, le partage de la forêt en deux séries distinctes lèverait rembarras.

Les séries donnent donc les moyens de miasser les affectations et rendent, par conséquent, plus facile l'application des règles sur l'assiette des coupes.

Exigences du rapport souteuii.

Une autre difficulté et des plus graves, que les séries permettent de surmonter, dans la formation du plan d'exploitation, c'est celle qui résulte, pour l'établissement du rapport soutenu, des différences qu'on rencontre dans les conditions de la végétation.

Nous savons que, pour assurer le rapport soutenu, lorsque ces différences tendent à le compromettre,

on a imaginé de rendre les contenances des affectalions, inversement proportionnelles à leur puissance productive; mais nous savons aussi que cette opération est fort embarrassante et fort incertaine, à cause de l'insuffisance des données nécessaires, pour la fixation des coefïïcienls de production.

Il est donc très désirable que Ton puisse se dispenser de recourir à ces coefficients, et à ces contenances proportionnelles. Or, les séries sont de nature à leur enlever tout objet et par conséquent toute utilité. Que Ton admette la possibilité de former autant de séries, qu'il y aurait de différences dans les conditions de végétation relatives au sol, à l'exposition, aux essences, etc., etc., et le produit de chaque affectation, devenant directement proportionnel à la contenance, le rapport soutenu sera assuré par Tégalité des contenances.

C'est surtout à ce point de vue, que la division d'une forêt en séries estrecommandable.

En effet, où sont les chances d'erreur dans la fixation des coefficients de production?

Elles ne sont pas dans la constatation de ce fait, qu'il y a des différences dans les conditions de la végétation; elles sont dans l'appréciation, dans la détermination des effets que ces différences sont susceptibles de produire; or, pour le partage de la forêt en séries, cette appréciation, celle détermination exacte est sans utilité ; on forme par exemple une série avec les peuplements exposés au nord, parce qu'il est incontestable que l'exposition exerce une grande influence sur la végétation, et en consé-

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quence, sur la produclion; et cela suffit. Il n'est pas nécessaire d'ailleurs de préciser cette influence, d'en calculer le résultat matériel.

Application, contrôle et rectilication de raméuagement.

Les erreurs d'assiette sont plus à craindre et plus graves dans une grande affectation, que dans une petite. Les outre-passes de possibilité sont plus faciles h constater pour la seconde, que pour la première. On pourrait marcher plusieurs années dans une afTeclation de 1000 hectares, sans soupçonner qu'on y prend plus de bois que n'en comporte la possibilité réelle ; tandisque si Taffectationn'a qu'une soixantaine d'hectares et que les coupes y soient exagérées, un œil tant soit peu exercé ne tardera pas à le reconnaître.

La rectification de Taménagement est enfin plus promple dans une forêl, lorsque celle-ci contient plusieurs séries, que lorsqu'elle n'en contient qu'une; car il se peut, dans le premier cas, que celle rectification n'affecte qu'une série, et n'entraîne, par conséquent le remaniement de l'aménagement que pour une portion de la forêt; tandis que, dans le second, c'est pour la forêt tout entière que l'aménagement est à remanier. Il en est des séries comme des arches d'un pont : un vice de construction, lorsqu'il y a plusieurs arches, peut n'occasionner la reconstruction que d'une partie du pont, tandis que lorsqu^il

n'y a qu'une arche, on est souvent forcé de refaire le pont en entier.

On voit par ces exemples, que la division d'une forêt en séries est propre à assurer Fapplication, te contrôle de raménagement, et à en simplifier la rectification.

Nous n'avons envisagé jusqu'ici, que les circonstances qui concernent ou les conditions de la végétation, ou l'ordre intérieur de la forêt; mais il peut s'en présenter d'autres, parmi lesquelles il y en a quelques-unes qui méritent d'être signalées.

Dim'iDutiou des frais de transport des bois.

Le transport des produits pourrait être singulièrement contrarié, par la constitution de la forêt en une seule série. Ainsi supposons que l'on ait à aménager une forêt comme celle de Fontainebleau, dont la contenance est de 16 h 17.000 hectares, ce qui impUque que, pour la traverser, il faut parcourir, en moyenne, 12.000 mètres! il ne sera certainement pas indifi'érent d'avoir une seule série d'exploitation, ou d'en avoir plusieurs ; car, dans un cas, les produits principaux ne seront offerts à la consommation que sur un seul point, tandis que, dans l'autre, ils le seront sur plusieurs.

J'admets que ces produits se partagent par portions égales, entre les populations environnantes, la distance moyenne à parcourir, pour qu'ils arrivent au consommateur, devra se compter, si l'on n'a qu'une

st!^rie, à partir du point central de la forêt, el s'il y en a plusieurs, à partir du point central de chaque si^rie, c'est-à-dire d'un point plus rapproché du consommateur, de toute la distance exislant, entre le centre de la forêt el le centre de chaque série.

La division d'une foret en plusieurs séries, permet donc de réaliser une économie sur les frais de transfert des produits.

É^alisatioD du prix de revient des bois aux lieux

de consommation.

La division d'une forêt en séries, a en outre pour eflet, avantage non moins appréciable que le précédent, de rendre, en multipliant les centres de production, d'exploitation, si l'on veut, el en les rapprochant des lieux de consommation, le prix du bois moins variable.

S 8 Besoins de la consommation eu bois de diverses espèces.

La formation des séries permet encore d'éviter (l(\s inlermitlences, dans la production des bois de diverses espèces.

Lorsque l'industrie réclame des bois d'une nature particulière, il vaut infiniment mieux les lui donner chaque année, par petites portions, que périodiquement, à de longs intervalles, par grandes quantités. Qu'elle ail besoin, par exemple, de bois propres à la

fabrication des sabots, si Ton n'avait pas soin de foi*mer une série d'exploitation avec les essences propres à cet usage, il pourrait s'écouler plusieurs années sans qu'on eût occasion d'en exploiter, et le volume considérable qu'on en couperait, de temps en temps, ne réparerait pas le préjudice causé par les années de privation, tant aux ouvriers, qu'aux consommateurs.

Droits d'ustig«î.

La division d'une forêt en séries, devient enfin une nécessité, lorsque des droits d'usage portent sur une portion déterminée de cette forôl, ou réclament des produits spéciaux ; et cette nécessité est assez évidente par elle-même, pour que je puisse me dispenser de la justifier.

ARTICLE IV

La série intervient en définitive comme agent simplificateur, dans les travaux d'aménagement ; et le partage d'une forêt en séries, est une opération fondamentale dont dépend en grande partie le succès de ces travaux; aussi ne saurait-on y procéder avec trop de maturité.

Lorsque les séries sont arrêtées, on en fixe les limites sur le terrain et sur le plan, et on en dresse le tableau conformément au modèle ci-joint.

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