‹ Études sur l'AngleterreChapitre 12 sur 37 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

supprimé les bourgs-pourris, que l'on considérait comme les citadelles du gouvernement aristoci^tique, et a introduit dans la chambre des communes les députés des grandes cités industrielles qui n'étaient pas représentées : Manchester a supplanté Old-Sarum. Deux ans plus tard, les vieilles corporations municipales, les corporations exploitées héréditairement par quelques familles faisaient place à des municipalités responsables et librement élues. Les monopoles tombaient les uns après les autres ; les sinécures étaient abolies ; l'esprit d'amélioration pénétrait partout, dans les lois, dans les mœurs, dans les finances ; la surface de la société prenait un aspect un peu difierent, mais le fond restait le même. Ce qui eût été une révolution pour un autre peuple est à peine un mouvement pour celuici. On a redressé le cours du torrent, mais ce n'était pas pour le faire sortir de son lit.

En poursuivant l'énumération de ces contrastes, on trouverait que l'Angleterre est le pays où la plus grande somme de liberté légale s'allie avec la plus grande intolérance dans les mœurs ; celui oii le moi individuel tient le plus de place, et oîi les devoirs de chacun sont cependant le plus rigoureusement définis ; celui oii l'égalité des droits se combine avec la plus extrême inégalité de rangs, et où les influences sont sur la même ligne que les lois. Parcourez, I. c

XXYI INTRODUCTION.

dans la Gazette de la cour, la liste des présentations dans un jour de gala ; vous y verrez que le premier ministre, le chef du gouvernement, le maître responsable de cet immense empire, le représentant de l'omnipotence parlementaire , passe après 4e dernier des fats ou des imbéciles, si celui-ci porte une couronné de comte ou de duc. Sir Robert Peel pourrait mettre le feu aux quatre coins de l'Europe ; mais il ne peut pas déranger l'ordre des préséances : l'étiquette est cent fois plus forte, plus inébranlable et plus immuable que le pouvoir.

On prétend que l'argent est le dieu de l'Angleterre, et cette opinion semble pleinement autorisée par les faits : dans quelle contrée et à quelle époque, l'amour du gain a-t-il, à un plus haut point, possédé les hommes? Dans la paix, dans la guerre, quel autre but est proposé soit à la politique générale, soit aux efforts individuels? L'Angleterre est avant tout une nation commerçante; elle a la passion d^acquérir, et le génie du calcul : du matin au soir, tout Anglais travaille ou trafique, tout le monde calcule^ jusqu'aux plus petits enfants. Là gît l'incontestable supériorité de leurs écoles comme celle de leur commerce ; les enfants anglais montrent la même aptitude poUr les mathématiques que les Allemands pour la musique, et les Français pour les arts du dessin.

Ailleurs^ la propriété est la base de l'ordre social )

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