‹ Études sur l'AngleterreChapitre 13 sur 37 · INTRODUCTION. XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXVII

dans la Grande-Bretagne, elle en devient la religion. Tous les droits en dérivent^ et tous les intérêts se subordonnent à celui-là. Tant vaut la chose, tant vaut l'homme : la richesse donne la considération, et la pauvreté mène droit au mépris. L'argent est la mesure d'après laquelle tout s'évalue, les biens, les ' personnes, le temps. 11 faut venir en Angleterre pour entendre dire ; « Le temps est de l'argent {lime is ^ money). »

Il serait naturel de penser qu'une société absorbée dans ces préoccupations , a les yeux constamment attachés au sol, et qu'elle doit les relever bien difficilement vers le ciel. Un peuple égoïste doit être aussi un peuple matérialiste ; la conséquence va de soi. Eh bien, l'on s'abuserait de la façon la plus étrange. Le principe qui domine dans les mœurs de cette nation mercantile, c'est le principe religieux ; il semble que plus les hommes en Angleterre se Kvrent à la recherche des biens de ce monde, plus ils sentent la nécessité de donner pour contre-poids à l'esprit de spéculation la pensée d'une autre vie ; la dévotion est infiniment plus générale et plus rigide à Liverpool et à Glasgow que dans le West-End de Londres, que dans les universités et dans les villes d'éghse comme York et Cantorbéry.

La Grande-Bretagne est encore aujourd'hui ce qu'elle était au temps de Knox et de Cromwell;

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l'esprit de prosélytisme et la rage de la controverse s'y donnent carrière. Ouvrez les journaux quotidiens ; la religion tient plus de place que la politique dans leurs immenses colonnes, et ils s'occupent beaucoup moins des whigs ou des torys que des faits et gestes de l'évêque de Lortdres ou de l'évêque d'Exeter. Suivez les débats du parlement; depuis vingt ans les grandes questions qui l'agitent et qui provoquent les crises dans le gouvernement sont des questions religieuses, l'émancipation des catholiques en 1829; en 1834, l'appropriation du superflu de l'Eglise protestante en Irlande aux besoins de l'enseignement primaire ; en 1843, la sécularisation de cet enseignement qui est abandonné sur la plainte de deux millions d'hommes; en 1844, le mariage des dissidents; et en 1845, l'allocation proposée pour le séminaire catholique de Maynooth, question qui a fait sortir M. Gladstone du cabinet.

Depuis trois ans, un schisme profond a coupé en deux l'Eglise presbytérienne d'Ecosse. Il y a déjà plusieurs années que les doctrines de l'école puséiste, doctrines entachées de romanisme, partagent l'Eglise d'Angleterre, ou pour parler plus exactement, qu'elles jettent les laïques dans un camp et le clergé dans un autre, et séparent ainsi le peuple de ses pasteurs spirituels ; la question de savoir si les prêtres prêcheraient en surplis ou en robe noire, a provoqué,

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