X INTRODUCTION
mais VOUS ne confondrez un Anglais avec personne : à Paris comme à Naples, et à Madrid comme à Berlin, il se fait reconnaître entre mille, tant les angles de la figure et du caractère sont saillants.
Même remarque pour les institutions, elles sont nées des besoins ainsi que des habitudes, et ont en quelque sorle jailli du sol. On n'y aperçoit rien qui sente Fimitation ni qui dépose d'une influence extérieure ; les Anglais, selon la parole de Burke (*), n'empruntent rien qu'à eux-mêmes. Quels que soient les partis dominants, quelles que soient les doctrines, ils ne songent jamais à quitter les voies dans lesquelles la nation s'est une fois engagée. Même en réformant, ils continuent. Les whigs comme les torys, et les radicaux comme les whigs, tout le monde a la prétention de se rattacher au passé ; il n'y a pas jusqu'aux partisans du suffrage universel qui ne s'efforcent d'étabUr que leurs principes sont conformes aux précédents de la vieille Angleterre, et qu'il s'agit pour eux, non pas d'innover, mais bien plutôt de restaurer. On dirait que le monde entier n'offre à ce peuple aucune règle qui mérite d'être suivie en dehors de sa propre expér ritnce. Mais de toutes les excentricités que la politi-
(^) «( The people of Ëngland will not ape fashions they hâve never Iried. »
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que peut se permettre, une école française est celle dont l'Angleterre est assurément le plus éloignée.
Cette tendance à l'exclusion et à l'isolement s'explique, il est vrai, par le passé historique de la Grande-Bretagne; mais elle tient surtout, elle tient essentiellement au caractère national. La race an« glaise ne s'associe jamais avec aucune autre, ni par les intérêts, ni par les idées ; elle est absolument inhabile et antipathique à ce travail d'assimilation. Rome, qui ne conquérait pas pour détruire, finissait par donner le droit de cité aux peuples vaincus ; l'Angleterre ne l'accorde pas même aux colonies sorties de son sein : il n'y a qu'à voir comment elle a traité les États-Unis d'Amérique, et ce qu'elle fait aujourd'hui du Canada. Les conquêtes de l'Angleterre s'opèrent par voie de substitution, et non par voie de fusion. Les autres races fuient ou s'éteignent devant celle-là, qui les refoule quand elle ne peut pas les exterminer ; et elle n'est à son aise qu'en présence dli désert. C'est ainsi que les peuplades indigènes disparaissent dans l'Amérique du Nord, à mesure que les Anglo-Américains s'avancent vers l'intérieur des terres ; et, quant à la race des Indons, trop nombreuse et trop productive pour que l'on songe à la supplanter, elle n'échappe à la des^ truction que par l'oppression.
Deux causes principales concourent à fortifier