‹ Études sur l'antiquité grecqueChapitre 110 sur 121 · Col. II, 1. 25-28, § 5, et col. XI · texte numérisé non relu

Col. II, 1. 25-28, § 5, et col. XI

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sant languir le pauvre homme, l'autre l'empêchant de désespérer, qu'ils l'amenèrent àacheter les deuxenfants et le père. Or, Midas était lechcf du magasin de parfumerie, et acheter Midas, c'était acheter le fonds de commerce et se charger du passif, comme il était d'ailleurs expressément stipulé dans une clause du contrat.

Les anciens citent deux discours contre Athénogène. Le second répondait au plaidoyer du défendeur : c'est le premier, le plus important, que le papyrus si heureusement découvert fait connaître dans ses parties essentielles. On en jugera par la traduction suivante :

« Quand je lui eus conté ce qui s'était passé entre nous, qu'Athénogène se montrait peu accommodant et ne voulait me faire aucune concession raisonnable, elle me répondit qu'il était fait ainsi, mais que je n'eusse garde de me décourager, car elle me seconderait elle-même sur toute la ligne. Et elle me donnait ces assurances d'un ton et d'un air qui marquaient le plus vif empressement, et en jurant ses grands dieux qu'elle parlait ainsi de bonne affection § 2 et en toute sincérité. Aussi, citoyens juges (car je vous dirai la vérité), je fus pris à ces protestations. A ce point, il faut le croire, l'amour, quand il a pour alliée la ruse d'une femme, nous fait perdre notre sens. Du moins, Antigona ne me fit pas seulement accroire toutes ces choses, mais elle grappilla encorepour elle-même, afin d'acheter une jeune esclave, un cadeau de trois cents drachmes, en reconnaissance

lIYPÉlilDE (ONTKK ATIIÉXOGÈNE. 293

de sabonne alTection. Je ne pense pas, ciloyens juges, qu'il y ait rien d'étonnant que je me sois ainsi laissé mener comme un enfant par Antigona. Cette femme 3 était, dit-on, la plus rouée des courtisanes au temps de sa jeunesse, et elle n'a pas cessé, en faisant le

métier de léna elle mangea le bien de...

du dème de Chollides, qui n'est pas le premier venu.

Et cependant, si, à elle seule, elle pouvait venir à

bout de choses pareilles, à quoi faut-il s'attendre de

sa part, maintenant qu'elle a pour auxiliaire Athé- Col. II

nogène, un homme qui écrit pour les plaideurs, qui

passe sa vie sur la place, et qui, pour comble, est

Égyptien ? '

Enfin (pour ne pas vous faire un trop long récit), 4 m'ayant plus tard fait mander de nouveau, elle me dit qu'après de grands frais de paroles, elle avait avec peine persuadé à Athénogène de me laisser payer la liberté de Midas et de ses deux fils pour la somme de quarante mines ; et elle m'engageait à procurer l'argent aussi vile que possible, avant qu'Athénogène changeât d'avis. Je ramasse, moi, des fonds de tous côtés, j'importune mes amis, je dépose les quarante mines dans une banque, et je reviens chez Antigona. Là-dessus, elle nous réunit, moi et Athé- 5 nogène, nous réconcilia et nous engagea à nous rendre désormais service l'un à l'autre. Je dis que, pour ma part, j'y étais tout disposé. Athénogène, que voici, déclara à son tour que je devais remercier Antigona du résultat obtenu ; et maintenant, dit-il,

1. On disait les Égyptiens passés maîtres en ruses et friponneries. Cf. Eschyle, fr. .373 : Aî-.vol :T/iy.E'.v to; (j.T|yavàç Aîyjir-'.oi.

294 KTUDES SUR LANTIOUITÉ GRECQUE.

c'est pour l'amour d'elle que je te ferai de grands avantages, ainsi que tu vas voir. Pour ce qui est de toi, dit-il, tu verses l'argent pour l'affranchissement de Midas et de ses enfants; moi, je te les vendrai par un contrat en forme. Alors, comme on aura peur de toi, d'abord personne n'importunera l'enfant et ne corrompra Midas ; ensuite, ils ne s'aviseront

•> pas d'eux-mêmes de se conduire mal. Enfin, railii son principale, actuellement ils pourraient se croire affranchis grâce à moi; mais si tu les achètes par contrat, et que, par la suite, au moment où il te plaira, tu leur donnes la liberté, ils te seront doublement reconnaissants. Pour ce qui est maintenant de l'argent qu'ils doivent, le prix d'un parfum du à Pankalos' et à Proklès, d'autres petites sommes que tel ou tel des habitués du magasin a pu y placer, comme cela se fait — c'est toi, dit-il, qui prendras cela à ta charge. C'est très peu de chose, et il y a pour beaucoup plus de marchandises dans la boutique, parfums, fioles, myrrhe (il énumérait encore je ne sais quels articles), de quoi régler facilement toutes ces dettes.

7 « Or, citoyens juges, là était, comme il apparaît, le piège et la grande mystification. En effet, si je versais l'argent pour les faire atïranchir, je perdais seulement ce queje lui donnais, sans qu'il m'arrivât d'autre mal; mais si je les achetais par contrat, en m'engageant envers lui à prendre à ma charge des dettes que, faute

1. Ce Pankalos est peut-être le même que celui auquel eut afl'aire un Athénien qui se fit écrire sa défense par Hypéride. On cite de notre orateur un ttoô; Ilây/.aî.ov (XLII, Blass).

HYPÉRIDE CONTRE ATHÉXOGICNE. 295

d'être instruit d'avance, je devais considérer comme insignifiantes, il allait me mettre à dos les créanciers et les contributeurs d'éranes^, puisqu'il me tenait par l'engagement que j'avais pris ; et c'est ce qu'il fit en effet. A peine eus-je déclaré consentir à 8 ce qu'il venait de dire, qu'il prit de dessus ses genoux un écrit rédigé d'avance et en donna lecture. C'était le contrat à faire avec moi. J'en entendais bien la lecture, jy mais j'avais hâte d'en finir avec l'affaire pour laquelle j'étais venu. Il fait aussitôt sceller le contrat dans la môme maison, pour qu'aucun homme de sens rassis n'en apprît la teneur; à côté de mon nom, il avait inscrit celui de Nikon de Képhisia. Après nous 9 être rendus au magasin de parfumerie, nous déposons l'écrit chez Lysiklès de Leukonoé ; je verse, moi, les quarante mines et deviens ainsi acquéreur du fonds de commerce.

« Cela fait, je vis entrer chez moi les créanciers de Midas et ceux qui avaient fourni des éranes. Ils s'expliquèrent avec moi, et en trois mois la lumière s'était faite sur toutes les dettes; j'en avais, en y comprenant les éranes, comme je vous disais tantôt, pour environ cinq talents. Quand je connus l'étendue .^ de mon malheur, je réunis enfin mes amis et mes proches : nous lûmes la copie des conventions. Là se trouvaient inscrits expressément les noms de Pankalos et de Polyclès, ainsi que le prix des parfums qui leur étaient dus ; c'était peu de chose, et ils étaient

1. Par éranes, il faut entendre ici des prêts amicaux, remboursables sans intérêts par échéances échelonnées. Voir Th. Reinach, art. "Epavo; dans le Dict. des Anliquilés de Saglio.

290 ÉTUDES sui{ l'antiquitk grecque.

en droit de dire que le parfum en magasin valait autant d'argent; mais la plupart des dettes, et les-

V plus grosses, n'étaient pas inscrites nominativement; on y lisait seulement, en forme d'accessoire, comme s'il s'agissait de bagatelles, « et si Midas doit à quel-

11 qu'autre ». De même pour les éranes : un seul était inscrit, pour lequel il restait encore trois termes à acquitter ', Vérane porté au nom de Dikteokratès ; les autres, dont Midas devait l'intégralité (ils étaient de fraîche date), Athénogène ne les avait pas inscrits dans l'acte, mais les avait dissimulés. Après avoir consulté entre nous, nous résolûmes de l'aller trouver . et de nous expliquer avec lui. Nous le rencontrons près des établis des parfumeurs, nous lui demandons s'il n'a pas honte de sa fourberie et du piège qu'il nous avait tendu par des conventions où il ne nous prévenait pas des dettes. Il nous répondit qu'il ne savait rien des dettes dont nous parlions et qu'il ne se souciait pas de mes propos, qu'il avait un acte dûment déposé, contenant ses conventions avec moi,

l'2 Comme cette discussion eut lieu sur la place, beaucoup d'hommes se rassemblaient autour de nous et écoutaient l'affaire. On allait i'écharper, on nous

1. $opat doit désigner ici les termes fixés pour le remboursement, comme dans Lysias, l'ragm. 1, § 4 : "Oo-oy; ô' Èpivojç T-jvîO.exTai, Ta? [j.èv \jTzo\oiizo\>i çopàç où y.xTarîÔrjO-tv. Si l'on entendait des sommes versées successivement par les prêteurs, la leçon ct),r|Çîi (il faudrait (ocpeiÀs) n'offrirait plus de difliculté. Mais on ne voit nulle part que des prêteurs d'éranes se soient engagés d'avance à faire des versements échelonnés, et les mots vïOG-JÀXoyot 5' r,Tav viennent à l'appui de notre explication. Dans l'article 'Epavi^ov^s; d'Harpocration, çopac désigne les cotisations mensuelles des membres d'une de ces associations appelées aussi k'pavot.

IIYPÉRIDE CONTRE ATHÉNOGÈNE. 297

engageait à le Iraîner en justice comme coupable de réduire des hommes libres en servitude'. Toutefois, nous ne pensions pas devoir agir ainsi, nous l'avons cité à votre tribunal conformément à la loi.

« D'abord, le greffier vous lira les conventions : c'est par leur teneur même que vous connaîtrez ses insidieux procédés. Lis les conventions. VI

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