Voir Hérodote, III
famille : elle choisit son frère de préférence à son mari et à ses enfants. Le roi Darius en est étonné et nous le sommes comme lui. Cependant la femme motive son choix: je puis avoir, dit-elle, un autre mari et d'autres enfants ; mais, ayant perdu mon père et ma mère, je ne puis avoir un autre frère. Voilà qui est raisonnable, trop raisonnable à notre gré : nous ne pensons pas que le degré d'affection doive se mesurer à la difficulté de remplacer l'objet aimé par un objet similaire. Aussi ne partageons-nous plus le sentiment du roi qui est charmé de cette réponse au point de faire grâce à deux membres de la famille rebelle. Hérodote, qui raconte cette histoire, en était évidemment charmé lui aussi. Beaucoup d'autres l'étaient de même, puisqu'elle a fait fortune dans l'antiquité : on l'a retrouvée dans l'Inde. Ce point est à noter: il indique que, dans les choses de sentiment, nous ne jugeons pas toujours comme les anciens.
Revenons à Antigone. Son cas diffère de celui de la femme d'Intapherne. Elle n'avait pas à choisir, et la casuistique qu'elle emploie pour se justifier nous paraît d'autant plus déplacée. Quoi qu'elle en dise, s'il s'était agi d'ensevelir un mari ou un enfant, nous la connaissons trop bien pour n'être pas certains qu'elle eût montré le même dévouement : elle se calomnie en assurant le contraire.
Cependant le passage qu'on veut écarter aujourd'hui était célèbre dans l'antiquité. Aristote en cite deux vers (911-91 2} dans sa RhéloriqiicK On répond