Aristote, Rhél., III
que les acteurs avaient de bonne heure amplifié le texte des tragiques, et que nous sommes en présence d'une interpolation antérieure à Aristote. Il n'en est pas moins vrai que le témoignage du philosophe constitue une forte présomption d'authenticité. Dira-t-on qu'Aristote ne connaissait les vers qu'il cite que pour les avoir entendus au théâtre ? En efïet, Antigone était du nombre des pièces anciennes qui furent reprises au IV'' siècle ; mais Aristote se réfère si souvent à Antigone^ qu'on peut supposer qu'il l'avait aussi lue. Son exemplaire aurait-il donc été aussi peu fidèle que les rôles des acteurs? On peut en douter. Quoi qu'il en soit, toujours est-il qu'Aristote cite sans marquer le moindre soupçon : il n'était donc pas choqué comme nous autres modernes, et, si l'on croit qu'il avait vu jouer la tragédie (ce qui est extrêmement probable), son impression a d'autant plus de poids.
Si on demande, maintenant, qui pouvait emprunter une argumentation à Hérodote, du poète ou des acteurs, les probabilités sont pour le poète. Nous savons qu'il était lié avec l'historien, et on a signalé chez lui plusieurs souvenirs de cette intimité. Le plus connu, et le seul que nous rappellerons ici, se rencontre dans Œdipe à Colone^. Le vieillard retrouve dans sa famille les usages de l'Egypte. Là les hommes sont assis dans la maison à travailler au métier, tandis que les femmes procurent au dehors l'entretien de la famille. C'est ainsi que les fils d'OEdipe gardent la maison, comme des jeunes filles (xax' oixov otxoupoù^'.v,
1. Cf. Ibid., àlafin du chapitre; 1, 13; li ; III, 14; 17. Poét. 14.