DÉDICACE
S’il y a des fautes dans cet essai, ce quil n’a pas tenu à moi d’éviter, naturellement elles me sont personnelles. On sera, j’espère, porté à m’ en absoudre , quand on saura , comme vous, très-cher Maître, que je n’ai pas l’âge de l’érudition. Mais , s’il sort de ces simples pages quelques menus profits pour la science, c’est un honneur dont, sans fausse modestie, je vous laisse la meilleure part.
Ce témoignage public de reconnaissance ne s’adresse pas seulement au maître habile et dévoué , mais encore et surtout au protecteur bienveillant jusqu’à l’affection. Celui qui signe ces lignes respectueuses n’oubliera jamais qu’il ne serait rien sans vos encouragements.
Georges Tholin.
PREFACE
J’ai soutenu en 1867, à l’École des Chartes une thèse sur Y architecture religieuse de l’Agenais * du xe au xvi0 siècle.
Le département de Lot-et-Garonne, qui constitue le diocèse d’Agen, s’étend soit au-delà, soit en deçà des limites de l’ancien Agenais. Il comprend un grand nombre de communes ou de paroisses qui dépendaient à diverses époques des diocèses de Cahors, de Sarlat, de Lectoure, de Condom et de Bazas. Je ne ferai pas toujours dans cet ouvrage de distinctions entre les anciennes divisions administratives ou religieuses. Si j’emploie souvent l’expression d’architecture de l’ Agenais, c’est pour mieux déterminer un centre.
Le partage naturel déterminé par le cours de la Garonne n’a pas empêché certains caractères architectoniques d’être communs aux monuments situés sur les deux rives. A plus forte raison , les divisions factices du moyen âge, n’ont pas eu d’influence sur l’architecture.
PREFACE
Le sujet m’ayant vivement intéressé, je résolus dès -lors d’ajouter de nouvelles notices à ces quelques pages et de les publier un jour. J’aurais voulu que cette étude fût aussi complète que possible et je pensais devoir attendre pour la faire imprimer d’avoir parcouru toutes les communes du département. Mais j’ai vite acquis la conviction qu’un grand nombre d'églises anciennes ne méritent pas une mention spéciale, que plusieurs types sont fréquemment répétés, et que l’on peut donner une idée suffisante de l’ architecture locale en décrivant les principaux édifices et surtout en classant par groupes les églises similaires.
Il n’est plus permis aujourd’hui d’étudier les monuments du moyen âge en les isolant les uns des autres. Grâce aux progrès de la science archéologique , on peut comparer entre eux les types créés par nos grandes écoles de constructeurs. Il est important de faire ressortir les caractères originaux ainsi que les caractères d’imitation des édifices d’une province. C’est le but que je me suis avant tout proposé : j’ai voulu bien analyser les œuvres des architectes.
Pris à ce point de vue, le sujet était presque neuf. Dans son Histoire religieuse et monumentale du diocèse d' Agen *, M. l’abbé Barrère
* In -4°, 2 vol. Agen, Prosper Noubel, 1855, 1856.
PRÉFACE
s’est préoccupé beaucoup plus du style que de la construction des grandes églises. Mais, si quelques-unes de ses interprétations des sujets symboliques peuvent être critiquées , il faut savoir gré à M. l’abbé Barrère d’avoir été le premier * à faire connaître les monuments de
* Dans les mémoires de M. Boudon de Saint- Amans, réunis sous le titre d 'Essai sur les antiquités du département de Lot-et-Garonne (Agen, Prosper Noubel , 1859), se trouvent déjà quelques dates sur la construction des églises de Layrac et de Monsempron, ainsi que la description en quelques lignes de l’ancienne et de la nouvelle cathédrale d’Agen. Ces notes trop courtes sur des monuments remarquables renferment des erreurs d’appréciation qui tiennent à l’époque de la composition du livre et que l’éditeur, M. Casimir de Saint- Amans, fils de l’auteur, aurait dû rectifier. La partie de cet ouvrage qui traite des antiquités romaines et des sépultures chrétiennes est beaucoup plus complète.
Les églises de Monsempron et de Moirax ont été sommairement décrites et fort bien appréciées par M. Célestin Port dans son itinéraire de Paris à Agen, ( Collection des Guides - Joanne. )
M. Adolphe Magen, secrétaire perpétuel de la Société d’Agriculture , Sciences et Arts d’Agen, a publié d’excellentes notes sur les monuments d’Agen , comme complément des mémoires historiques de Labrunie. (Recueil des travaux de la Société P Agriculture , Sciences et Arts d'Agen , 11e série , 1. 1. )
Les Calendriers ecclésiastiques du diocèse d’Agen , parus de 1842 à 1850 , renferment quelques notices que l’on peut consulter avec fruit. Je citerai entre autres celles qui ont pour objet la description des églises ro-
TI
PRÉFACE
l’Agenais , le premier à détruire des erreurs accréditées en précisant les dates des fondations des édifices les plus remarquables. Il Ta fait soit au moyen de textes inédits , soit par les analogies et les présomptions que peut fournir, à défaut de documents, la science archéologique. Les conclusions de cet auteur dans les cas incertains, qui sont les plus nombreux, sont généralement acceptables.
C’est d’ailleurs un sujet de grande difficulté que d’avoir à dater les monuments d’une région dans laquelle le genre roman a duré près de trois siècles, sans variantes bien sensibles, et le genre gothique également trois siècles avec les caractères de la décadence.
Un certain nombre de planches lithographiées accompagnent le texte de X Histoire r-eh h gieuse et monumentale du diocèse d’Agen. Je ne répéterai aucun de ces sujets. Quelques plans inédits, quelques coupes géométriques seront jointes à mes notices. Ces dessins seront, je crois, suffisants pour l’étude scientifique,
mânes de Saint -Caprais d'Agen et de Saint -Sabin de Villefranche.
M. Samazeuilh , dans son Dictionnaire géographique, historique et archéologique de V arrondissement de Nérac , a fourni des indications sommaires le plus souvent fort justes sur le style et les dates d’un certain nombre d’églises.
PREFACE
YII
fort insuffisants, j’en conviens, pour l’étude artistique. Un bel album reste à glaner dans ces monuments chargés de sculptures variées, et je souhaite qu’un jour de plus habiles que moi publient des planches reproduisant les détails intéressants de nos églises romanes.
Bon nombre de chapiteaux historiés , de modifions aux sujets énigmatiques offriront de curieux sujets d’étude à quelque futur élève de l’abbé Auber. Je n’ai pas osé aborder ce difficile travail. Il suffira que mon ouvrage , incomplet sous ces deux rapports , serve à guider les recherches des spécialistes.
La plupart des plans et des coupes sont à 0m0Q25 pour mètre. Cette unité de mesures permet de se rendre compte des proportions relatives des églises. Dans les cas où l’échelle sera différente, je signalerai cette dérogation.
Je dois à M. Payen , architecte départemental , un grand nombre de ces dessins *. J’ai constaté par moi-même qu’ils étaient relevés avec une rigoureuse exactitude. Je ne saurais assez remercier M. Payen de son obligeance
* M. Payen m’a communiqué les plans détaillés et à une grande échelle des églises de Moirax, Layrac , Sainte - Livrade , Saint - Caprais , Aubiac , Mézin , Le Mas, Marmande. Je n’ai eu qu’à réduire ces plans à l’échelle de 0m 0025.
PRÉFACE
à mettre à ma disposition ses riches portefeuilles.
Je puis omettre, faute de les avoir visitées, quelques églises remarquables. Du moins ces édifices seront cités et brièvement décrits dans le Répertoire archéologique du département que je pense terminer d’ici à quelques années. Les deux ouvrages se compléteront l’un par l’autre.
Pour être profitable à la science, toute monographie collective doit avoir des conclusions. Je placerai donc quelques observations générales, une sorte de résumé à la fin de chaque partie de l’ouvrage, naturellement divisé suivant les deux grandes époques de l’art au moyen âge : époque romane , époque gothique.
J’ai cherché à simplifier autant que possible les descriptions. On ne supporte l’énumération des petits détails que lorsqu’il s’agit d’œuvres vraiment remarquables à quelque point de vue.
Afin d’éviter les répétitions, je crois inutile de dire pour chaque cas particulier qu’une abside romane est voûtée en cul - de - four , qu’une baie déporté ou de fenêtre de l’époque romane est en plein cintre, que l’arcature d’une abside est extradossée et en plein cintre , puisque ce sont les modes ordinaires. Il suffit de signaler avec soin les exceptions.
Conformément à l’enseignement de M. Qui-
PRÉFACE
cherat, directeur de i’ École des Chartes, je réserve exclusivement la dénomination & ogives aux arcs croisés des voûtes gothiques. Il est constant que c est le sens unique donné au mot ogives durant tout le moyen âge; et, si l’on observe que les arcs d’ogives sont généralement en plein cintre, on doit convenir sans peine que l’application toute moderne des mots ogive , ogival à la brisure des cintres ou tiers -point amène les plus singulières confusions.
On n’est pas d’accord sur les termes qui servent à désigner les variantes des voûtes gothiques.
On appelle généralement : grande croisée d’ ogives , celle qui est établie sur un plan carré ; petite croisée d’ogives, celle qui est construite sur un plan baiiong; voûte en étoile, celle qui est renforcée par huit arcs secondaires diagonaux unis par. des bernes et des bercerons. Ces termes sont logiques , compris par tous, et doivent être maintenus.
Mais les grandes croisées d’ogives peuvent être surhaussées. On les désigne alors sous les noms variés de voûtes Plantagenet , sans avoir prouvé quelles soient de création anglaise, voûtes domicales } cupoliformes ou cugolèif ormes, noms à réserver pour les cas où les arêtes des coupoles ne sont pas soutenues par des arcs de décharge. Je préfère les appeler
PRÉFACE
tout simplement grandes croisées d1 ogives surhaussées.
Les croisées d’ogives qui recouvrent les travées des bas-côtés sont quelquefois construites sur un plan barlong, parallèle dans le sens de sa longueur à l’axe général de l’église. Je les distinguerai dans ce cas par la dénomination de petites croisées d’ogives longitudinales.
Je ne voudrais pas être accusé de créer des néologismes archéologiques. Je craindrais de ne pas obtenir le pardon de ceux qui sont d’avis que rien n’est à changer des rigoureuses classifications et du dictionnaire spécial proposés il y a plus de trente années pour tout cë qui touche à l’étude des monuments. Je dois donc faire remarquer , comme circonstance atténuante, que je ne propose pas de termes nouveaux tirés de racines grecques ou latines, mais que je me sers tout simplement de quelques épithètes qui puissent tenir lieu de définitions.
J’indiquerai les vocables des églises ; ce détail n’est pas sans importance. Chaque époque (la nôtre aussi bien que les autres) a ses dévotions spéciales; et, comme les églises ne changent guère de patrons , on peut quelquefois conjecturer d’après le titre d’une église , la date approximative de sa fondation. (Voir note A, à la fin du volume.)
PRÉFACE
Je donnerai aussi quelques renseignements historiques sur les édifices religieux. Nombre d’églises paroissiales actuelles étaient autrefois des chapelles de prieurés. Je puiserai la plupart de ces renseignements dans les deux pouillés que M. Jules de Bourrousse de Laffore a publiés*. L’un, celui du diocèse d’Agen, fut rédigé en 1520, l’autre, celui du diocèse de Condom, date seulement de l’année 1604**.
J’ai hésité entre deux méthodes pour fixer les divisions de ce livre. Je pouvais suivre un ordre chronologique absolu, en commençant par la description de l’église la plus ancienne ou présumée telle, en finissant par celle de l’église la plus récente. Je pouvais aussi réunir sous un titre rappelant des caractères communs les églises construites sur des plans analogues. J’ai adopté ce dernier mode qui me paraît à la fois plus simple , car il épargne une foule de redites, et plus satisfaisant au point de vue scientifique , car il favorise les vues d’ensemble. D’ailleurs cette dernière méthode
* Recueil des travaux de la Société d' Agriculture , Sciences et Arts d'Agen. lre série, t. vu, p. 86.
** Ainsi les mentions , prieuré en 1520 , prieuré en 1604, ne signifieront pas que les prieurés datent de ces époques, mais, à défaut de renseignements sur les fondations, elles constateront un état existant aux xvie et xvne siècles.
PRÉFACE
n’exclut pas l’emploi des séries chronologiques comme subdivisions de chaque chapitre.
Les deux premiers groupes d’églises romanes comprennent les édifices les plus importants , ceux qui ont un transept et trois absides, les autres groupes se composent d’édifices qui, pour être de second et de troisième ordre , n’ en ont pas moins des plans bien caractérisés, qui se répètent uniformément.
Généralement on ne publie sur les petites églises romanes que des monog*raphies isolées ou des notes de répertoires. Dans les gTands ouvrages d’archéologie on s’attache surtout à l’étude des monuments de premier ordre, et l’on néglige de dater, de classer et de comparer les types de ces églises plus modestes, qui sont en nombre infini , et dont quelques-unes présentent un véritable intérêt.
Sans doute on peut décrire en deux mots toutes les nefs de ces édicules. Leur plan est uniformément rectangulaire. Leurs voûtes , quand il y en a, sont presque toujours des berceaux avec leurs variantes légères. L’ornementation est pauvre dans cette partie des édifices.
Mais les sanctuaires offrent des dispositions spéciales , une certaine diversité dans leurs plans, dans leurs élévations, dans leur style. Il est vrai que l’abside semi- circulaire est la
PRÉFACE
forme généralement employée ; mais cette abside a des annexes. Ce sont ou des clôtures constituées par de basses arcades aux piedsdroits massifs comme des murs de refend, ou tout au contraire des travées de chœur élargies qui semblent rappeler le transept des églises plus amples. C’est une tour - lanterne ou plutôt un clocher dont il faut asseoir les supports. Des voûtes de tous genres sont appliquées à ces travées. S’il y a quelque part de l’ornementation, du symbolisme, c’est là qu’on les trouve : chapiteaux historiés; arcatures engagées , hautes ou basses ; colonnettes dans les montants des fenêtres ; cordons de moulures variées , etc. Le sanctuaire est, en un mot, la partie capitale de l’église. C’est aussi la partie la plus solide, la moins dégradée par les restaurations. Tout au plus trouve-t-on quelques chapiteaux mutilés, quelques fenêtres élargies. Ces vieux murs en bel appareil, d’une épaisseur rarement moindre d’un mètre, aux voûtes basses, bien épaulées, ont échappé plus facilement à la destruction que les vaisseaux plus vastes. Les nefs en effet ont beaucoup plus souffert. Il n’est pas rare de voir une nef gothique accolée à un sanctuaire roman.
Je ne doute pas que quelques-uns de ces sanctuaires des petites églises romanes ne
XIY
PRÉFACE
soient antérieurs au xie siècle. On sait que, dès F époque carlovingienne , un certain nombre de sanctuaires étaient voûtés.
Quelles que soient au reste les discussions auxquelles peut donner lieu la détermination d’une date pour chaque ég*lise en particulier, en admettant même qu’il n’y ait qu’un nombre insignifiant de ces monuments antérieurs à l’an mille, on ne contestera pas que l’on puisse retrouver des copies faites au xie siècle des oratoires déjà si nombreux dans les siècles précédents * .
Même avant le vme siècle, de grandes modifications avaient été apportées au plan des basiliques romaines. Parmi ces innovations, il en est deux qui peuvent s'appliquer simultanément, l’une entraînant l’autre, ou séparément. Je" veux parler de l’élévation d’une tour-lan-
* Il se peut que les anciennes églises agenaises offrent sous ce rapport un intérêt particulier , en raison d’un fait facile à constater pour les époques connues. De tous temps, dans ce pays, on a été très -attaché aux traditions, très -lent à appliquer les innovations architectoniques. Ainsi l’on construisait dans le style gothique en pleine Renaissance et même au xvme siècle. Ainsi, dans la première moitié du xme siècle, on en était encore au style roman. Tout porte à croire que les constructeurs du xie siècle n’étaient pas moins attachés aux plans et aux procédés anciens que leurs successeurs de la fin du moyen âge.
PRÉFACÉ
terne et de l’ addition d’une travée , chancel ou chœur, au-devant de l’abside.
Pendant quatre siècles ces plans furent en faveur et se prêtèrent très -bien aux dispositions nouvelles nécessitées soit par l’introduction des cloches, soit par la construction des voûtes adaptées aux diverses parties du sanctuaire.
Il suffisait de transformer en clochers les tours - lanternes pour faire l’économie d’une construction accessoire. L’autel qui était sous la tour pouvait n’être pas déplacé. Rien ne gênait le prêtre pour la célébration des offices. Seulement une ouverture dans les voûtes laissait passer l’attache des cloches dont la position donnait une facilité de plus aux desservants.
Je ne doute pas que la transformation en clochers des tours - lanternes des petites églises ne soit antérieure au xie siècle. Elle est trop générale à l’époque romane pour n’avoir pas d’antécédents. La preuve en ressortira, je crois ^ de la description de quelques sanctuaires des petites églises du Lot-et-Garonne. J’ai étudié plus de soixante de ces édifices secondaires, que je crois pouvoir ramener à six ou sept types. A la vérité ce n’est là qu’une classification locale, le rayon de mes études étant trop borné pour me permettre de généraliser mes conclusions ; mais l’emploi de ces monographies
PREFACE
par gToupes peut faciliter les observations comparatives dans d’autres provinces.
En s’attachant à étudier plutôt les œuvres des architectes que celles des sculpteurs, c’està-dire la construction plutôt que le style, on peut reconnaître que la variété des édifices à l’époque romane n’est pas aussi g*rande qu’on l’a prétendu. Les g'randes lignes des plans , les expédients divers employés pour la solution partout cherchée du problème de la construction des voûtes , telles sont les meilleures bases d’une classification. Ces divisions capitales une fois établies, la description est singulièrement simplifiée , l’étude des motifs d’ornementation restant comme un précieux auxiliaire , quand il s’agit de bien préciser les dates.