GENRE ROMAN
ÉGLISES A TROIS NEFS POURVUES DUN TRANSEPT ACCOMPAGNÉ DE TROIS ABSIDES ORIENTÉES
Moirax , — Monsempron, — Mas d’Agenais.
Église de Sainte-Marie de Moirax — En 1049, Guillaume de Moirax fonda sur ses terres un prieuré de bénédictins.
Pierre de Moirax, fils du donateur, fut le premier prieur de cette colonie de Clunistes. C’est à lui qu’on attribue le monument que je vais décrire.
Vue de l’extérieur, l’église de Moirax semble n’avoir qu’une seule nef. C’est un grand vaisseau rectangu-
* Notice publiée dans le Bulletin monumental de l’année 1870. iv* série, t. vi, p. .310.
laire , couvert d’une toiture à angle obtus , limité à l’occident par une façade très-simple, croisé à l’orient par un transept légèrement surhaussé. Des contre-forts assez rapprochés indiquent la division des travées , dans chacune desquelles s’ouvre une fenêtre large et haute. En dessous de chaque baie s’étend une arcature géminée, sur piliers trapus, qui s’en- . gage sous la construction.
La façade occidentale se' compose d’un simple mur de clôture qui, soutenu de chaque côté par un contre -fort, s’amortit à la hauteur des combles. Au centre règne un massif avancé , qui abrite en bas le portail et forme au sommet un pignon plus élevé que la toiture. A ce pignon, percé d’une double arcade, s’adosse un petit auvent qui protège les cloches. Une arcade géminée fort basse (trois colonnettes aux chapiteaux historiés la supportent) s’étend entre chaque contre -fort et le massif central. Une demi- colonne découronnée est placée en avancement, de chaque côté , dans un but d’ornementation. Le portail se compose de plusieurs arcs en retraites, parmi lesquels deux tores correspondent à des colonnes.
Austère et massive dans son ensemble , cette façade rappelle un peu la manière provençale; elle n’a pas de baies de fenêtres. Aucune moulure horizontale n’interrompt les assises aux lignes régulières.
Une ornementation des plus riches est , au contraire, prodiguée tout autour des chapelles et du sanctuaire. Les contre-forts des absidioles sont quatre colonnettes engagées. Aux deux tiers environ de leur hauteur, un cordon de billettes enlace ’ ces légers supports comme une bague , court horizontalement , puis , à la rencontre des fenêtres , contourne les claveaux des cintres. Rasés au sommet , ces deux édicules sont aujourd’hui recouverts par une toiture plate. Autrefois leurs colonnes se termi-
DE L’aGENAIS.
liaient certainement par des chapiteaux portant une corniche ; car telle est encore l’ordonnance de l’abside où nous trouvons six colonnes pour contre-forts et la ceinture de hillettes qui glisse sur tout le pourtour en couronnant les cinq fenêtres. Dans les intervalles des chapiteaux , ce sont des modifions qui servent de supports à la corniche.
La toiture de l’église va buter le mur de clôture d’une haute travée quadrangulaire dont la couverture légèrement bombée se termine par un petit campanile octogone.
Cette travée, placée entre l’hémicycle et le transept, présente sur chacune de ses deux faces latérales : en bas , une double arcade sur pilastres , surmontée d’un cordon ; au centre , un étage de trois fenêtres égales, ornées de colonnettes à l’extérieur; au sommet, un oculus. Une corniche régnait autrefois au-dessous de la toiture. Il n’en reste plus que quelques métopes creuses ornées de dessins géométriques.
L’ordonnance du sanctuaire ne manque pas de grandeur. Les couvertures des chapelles et du transept s’étagent à des hauteurs différentes, dominées ellesmêmes par le campanile. L’église est construite sur un point culminant, ce qui ajoute à l’effet monumental. De près on admire la richesse de l’ornementation , les ingénieuses recherches qui font intervenir l’art dans la construction; les arcatures allégissent les murs de clôture et les colonnes embellissent les contre-forts.
Les nefs de l’église ont chacune six travées. Une voûte en berceau légèrement brisé, soutenue par des doubleaux, recouvre la nef médiane. Les bas-côtés ont des voûtes d’arêtes aux compartiments carrés limités par des arcs plein cintre. Ces voûtes, d’une assez bonne exécution pour l’époque, ont leurs clefs centrales de niveau avec les extrados des doubleaux et des archivoltes , conformément à la tradition romaine.
Les douze piliers qui établissent les divisions intérieures sont cantonnés chacun de quatre colonnes engagées au tiers placées en croix *. Le massif central est, dans les deux piliers du transept, quadrangulaire avec une retraite du côté de l’arc triomphal; octogone dans les deux suivants ; cylindrique dans les autres. Les colonnes engagées s’élèvent jusqu’à la naissance des archivoltes et des doubleaux des bascôtés et s’amortissent à la même hauteur. Celles de la nef sont un peu plus élevées. Des dosserets, renforcés chacun par une demi-colonne, correspondent aux piliers. Une large et haute fenêtre, offrant une retraite, s’ouvre dans chaque travée des nefs latérales.
La grande nef est sans étagement.
Les arcs qui délimitent le carré du transept sont en plein cintre, à retraite; ils descendent un peu plus bas que les doubleaux de la nef principale. Le transept a reçu des voûtes en étoile durant la dernière période gothique. Ces voûtes sont plus élevées que le berceau de la nef.
Dans les murs de clôture des croisillons, une fausse arcature romane est surmontée d’une fenêtre à cintre brisé, divisée par deux meneaux et garnie de remplages en style flamboyant. Les fenêtres remaniées et les voûtes croisées par des arcs des deux absidioles appartiennent au même gothique.
11 est à remarquer que les deux chapelles placées à Lorient du transept ne font pas face aux bascôtés.
Le sanctuaire a toute la largeur de la nef. Il se
* Ainsi, dès la seconde moitié du xi” siècle, le groupement des colonneltcs était appliqué dans l’Aquitaine. Ce fait est peut-être exceptionnel, mais il mérite d’autant plus d’être remarqué. En effet, ce ne fut qu’à la fin du xn* siècle que le pilier rond flanqué de quatre colonnettes fut généralement employé dans le nord et dans le centre de la France. Le midi était donc cette fois en avance sur le nord.
Echelle à 0,0025 pour Mèlre
PI. Il