‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 10 sur 81 · COUPE LONGITUDINALE DE L’ÉGLISE DE LAYRAC · texte numérisé non relu

COUPE LONGITUDINALE DE L’ÉGLISE DE LAYRAC

Il est facile de reconnaître les avantages de ce système. A l’aide des arcades, les charges supérieures de la construction , se transformant en pesanteur verticale , se reportent sur les points d’appui et les renforcent; les murs intermédiaires peuvent être allégés, les contre-forts peuvent être réduits : de là une économie de matériaux et la possibilité d’ouvrir de larges fenêtres proportionnées à l’échelle de l’édifice. Enfin ces arcades sont d’un grand effet décoratif.

Le mur septentrional de l’église étant épaulé par les constructions du couvent , ne reçut pas de contreforts extérieurs. De ce côté, les fenêtres, aujourd’hui aveugles , n’ont peut-être jamais été ouvertes.

Il faut pourtant l’avouer, malgré les ingénieuses combinaisons de l’architecte, la stabilité de l’édifice ne devait pas se maintenir jusqu’à notre époque ; c’est que le principe de la voûte en berceau est par luimême défectueux : aux poussées continues de ces voûtes , . il faudrait opposer des résistances également continues. On a dû - reprendre , dans ces derniers temps , la nef qui menaçait ruine. Toutes les anciennes formes ont été d’ailleurs reproduites dans une habile restauration.

Après avoir analysé le type et l’ensemble de la construction de l’église, je reviens sur la distribution et les détails de diverses parties.

Les deux absidioles sont voûtées en berceau à plein cintre sans doubleau, et en cul-de-four.

La coupole du carré du transept est élevée sur des pendentifs et sur des arcs brisés, minces, à double retraite. Cette voûte est exhaussée par un tambour. Son plan octogone offre alternativement quatre grands et quatre petits côtés. Les arêtes s’effacent avant d’atteindre la dernière couronne de claveaux, qui laisse une large ouverture au sommet de la coupole.

Deux fenêtres sont percées dans le croisillon méridional. Il y en avait une aussi dans chaque absidiole.

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Ces dernières ont été bouchées. Les murs de clôture, à l’ouest du transept, sont décorés de fausses arcades.

Au bas de la nef, s’élevait une sorte de tribune , que j’aurais voulu pouvoir étudier sur l’ancien édifice. Mes dessins la reproduisent d’après les plans que M. Payen, architecte du département, avait relevés avant la restauration.

La toiture ancienne portait sur l’extrados des voûtes.

Le portail s’ouvre dans la façade occidentale par des retraites successives formant sept archivoltes. De chaque côté , deux colonne ttes sont ménagées dans les angles rentrants des pieds-droits. Les archivoltes offrent une série de moulures rondes et de plate-bandes. De gros tores interrompus, des rangs de billettes plus petites et des rinceaux sont les seuls motifs d’ornementation qui leur soient appliqués. Il ne semble pas que cette porte ait jamais eu de tympan.

La façade est d’ailleurs très- simple. Un petit oculus est ouvert au centre. Presque au sommet du pignon, une pierre en relief présente un beau sujet de sculpture : c’est, dans une auréole ovale, le Christ, la tête ceinte d’un nimbe crucifère et tenant un volumen*.

Le portail est placé dans un massif avancé , audevant duquel sont engagées des demi-colonnes , dont les chapiteaux, aujourd’hui mutilés, devaient porter des ornements.

Une seconde porte très -simple est ouverte dans le croisillon méridional.

L’église n’a pas de clocher. Une flèche en bois pouvait s’élever au-dessus du carré du transept, dans la

* M. Diclron ( Iconographie chrétienne , p. 279) a décrit et dessiné un ivoire du xi* siècle de la Bibliothèque nationale, qui offre une représentation exactement pareille. Cet auteur fait remarquer que la figure est jeune et imberbe et que le sculpteur lui a donné tous les attributs de la gloire; aussi l’appelle-t-il le Christ triomphant.

construction primitive. Il est encore possible que l’architecte , laissant la coupole apparente , l’ait simplement couverte d’assises de pierre.

Le dôme actuel, recouvert en ardoises, le campanile qui le surmonte et les ornements qui l’entourent, les peintures intérieures de la coupole , un ciborium de marbre, magnifique par ses proportions , mais d’un goût plus que douteux, datent de l’époque moderne.

L’ornementation est moins riche qu’à Moirax. Il n’y a pas de colonnettes aux montants des fenêtres, ouvertes presque sans ébrasement. Les chapiteaux historiés sont rares : il n’en existe qu’aux portes , dans la travée supérieure de la nef et sous l’arc triomphal.

Les chapiteaux du sanctuaire sont ornés : les uns, d’un seul rang de feuilles longues et cannelées , les autres , de deux rangs de feuilles courtes , épaisses , divisées par une seule nervure saillante. Quelques perles ou besants servent parfois de séparation à ces feuilles, ou se suspendent comme des fruits à leurs pointes. Les abaques, composés d’un bandeau et d’un chanfrein, sont massifs. Leur hauteur est égale à plus d’un tiers de celle de la corbeille.

Les chapiteaux de la nef ont des proportions plus justes, sans offrir une sculpture plus délicate.

Les bases des colonnes sont attiques. Il y a quelques exemples d’un développement exagéré de la gorge médiane, dont la courbe rentrante s’efface.

De simples bandeaux chanfreinés composent les cordons qui ceignent l’abside, à la hauteur des chapiteaux de l’arc triomphal , et la nef, à la hauteur des chapiteaux des colonnes-dosserets.

A l’extérieur, des corniches fort simples (un bandeau et un quart de rond ) circulent tout autour de l’édifice et constituent l’amortissement des murs. Les contre-forts, minces et sans ressauts, s’élèvent jusqu’à cette corniche, que soutiennent, dans les intervalles,

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des modillons ornés de têtes, de pommes de pin, de boutons de diverses dimensions, de figures géométriques , etc. Il en est un dont la décoration est une anse de pierre.

Il me paraît utile de signaler, comme je l’ai fait pour les principes de la construction, les rapports et les différences de styles qui existent entre les églises de Layrac et de Moirax.

La plupart des chapiteaux de Layrac sont profondément fouillés et creusés de manière à mettre en fort relief les volutes et les feuilles. La rose du chapiteau classique et ses volutes de la partie concave sont remplacées par une sorte de modillon avancé sous le tailloir. Ainsi l’on n’a plus, pour ainsi dire, que le squelette de la corbeille corinthienne. Le nombre des feuilles est réduit, toutes les découpures sont supprimées. Mais la forte nervure du centre et les cannelures fixent les ombres ou distribuent la lumière. Ainsi l’effet ornemental rachète l’exécution barbare. Les besants, les fruits accrochés à l’extrémité des feuilles nous rapprochent des crochets exclusivement employés à la fin du xie siècle.

Les creux et les reliefs des chapiteaux sont plus fortement accusés à Layrac qu’à Moirax.

De même pour les modillons. Ce ne sont plus, comme à Moirax , de menus détails , des volutes découpées comme les copeaux d’un bout de solive , mais des ornements qui se détachent franchement sur une surface plane. La tablette qui porte ces modillons n’est plus ornée de petites billettes qui font peu d’effet , placées à une trop grande hauteur. Ses moulures n’offrent que des surfaces lisses. Nous ne retrouvons pas non plus de ces appareils qui visent à l’ornementation par leur singularité : plus d’imbrications ! plus de rang de claveaux emboîtés les uns dans les autres par des joints en dents de scie!

L’église de Layrac est uniformément construite en

moyen appareil. On remarque sur les pierres un grand nombre de marques de tâcherons.

Si j’ai tant insisté sur le caractère sobre et sévère de l’ornementation de l'église de Layrac ; si je me suis attaché à des comparaisons entre le style de deux édifices voisins , c’est qu’il était intéressant d’établir que la première de ces deux églises élevées par les Bénédictins est la plus chargée de menus détails et de petites pièces de sculpture. C’est une exception à noter , car généralement, à l’époque romane, l’ornementation est d’autant plus riche que les édifices sont moins anciens.

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