‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 11 sur 81 · ÉGLISES PAROISSIALES DE SAINT -MARTIN DE CUZORN · texte numérisé non relu

ÉGLISES PAROISSIALES DE SAINT -MARTIN DE CUZORN

et de Saint -Front. — Ces édifices, voisins l’un et l’autre, ont tant de points de ressemblance que je ne donne qu’une description générale qui est applicable aux deux. Je reviendrai ensuite sur les détails qui les distinguent.

Les transepts , qui ont été défigurés , mesuraient en longueur un peu plus de 13 mètres.

La reconstruction ou la transformation de la nef, à l’époque gothique , a complètement dénaturé les plans anciens. Il paraît certain néanmoins , d’après quelques restes des clôtures primitives où l’on retrouve l’appareil et les baies de l’époque romane , que ces églises ne devaient avoir qu’une nef. Elles se rapprochaient ainsi du plan de l’église de Layrac.

Les arcs triomphaux et leurs dosserets sont massifs, sans retraites, sans application de colonnes. Ces arcades en plein cintre qui donnent accès aux chapelles sont proportionnellement fort étroites et fort basses. Un bandeau chanfreiné , pour impostes ; un bandeau pareil , mais renversé , c’est-à-dire taluté pour bases : telle est l’ornementation primitive des dosserets.

Il n’est pas possible, dans l’état actuel de ces édifices, de se rendre compte du genre de voûte qu’on a dû appliquer au carré du transept.

Les absides et les absidioles ont toutes en longueur plus de leur demi -rayon ; c’est-à-dire que leurs hémicycles sont précédés d’une petite travée. Ces édicules sont voûtés en cul-de-four.

L’église de Cuzorn n’a pas de contre-forts. Celle de Saint-Front en est au contraire pourvue , et ceux de la grande abside , divisés dans leur hauteur par des retraites , sont reliés au sommet par des arcades extrado ssées. La fenêtre ouverte au centre du rond - point traverse un de ces appuis.

Les fenêtres du sanctuaire de Cuzorn sont étroites et leur cintre est creusé dans une seule pierre. Quelquesunes de ces baies sont de forme quadrangulaire.

L’abside principale de Saint-Front est décorée d’une double arcature aveugle sur colonnes , la première de neuf arcades , la seconde de sept : le tout en plein cintre. La différence du nombre produit naturellement une complète irrégularité. Les deux étages ne sont point en correspondance. Les chapiteaux , tous plus ou moins mutilés , sont ornés de feuilles finement découpées et de volutes.

Dans les deux églises, la seule partie chargée de décoration est la corniche qui sert d’amortissement aux chapelles. Les bandeaux sont ornés de billettes ( à Saint-Front cet entablement est en partie détruit. ) Les modifions sont finement sculptés : des entrelacs , des têtes de clous , des croix de Saint - André , des boutons, des encadrements, des figures géométriques variées y sont appliqués. Les métopes intermédiaires sont creusées d’un trou circulaire profond. L’appareil des murs de ces sanctuaires est très- soigné.

Les nefs, remaniées, ainsi que je l’ai déjà dit, sont simplement lambrissées , et n’offrent aucun intérêt.

A Cuzorn un clocher à cinq arcades , consistant en un pan de mur rectangulaire , est élevé sur l’extrados de l’arc triomphal. Il y a dans la partie inférieure de ce mur quelques assises en spicatum opus. Une arcature

géminée renferme des colonnettes d’un style barbare qui paraissent fort anciennes.

La simplicité et le caractère robuste de la construction, l’absence totale du tiers -point, l’exclusion des sujets historiés dans l’ornementation sont autant de caractères qui plaident en faveur de l’antiquité de ces deux églises. Je les attribue au commencement du xie siècle.

A ce titre leur description aurait dû précéder la monographie de Layrac. Cependant comme ces édifices ne sont pas complets, j’ai mieux aimé procéder du connu à l’inconnu. On se rendra mieux compte par exemple, après avoir étudié l’église plus importante et bien datée de Layrac , de ce que devaient être ces deux anciens monuments.

Une addition faite à l’église de Saint -Front lui donne un aspect militaire très - original" Son abside a été surhaussée et transformée en une espèce de tour que couronnent des créneaux. Ce changement d’une église en forteresse est peut-être l’ouvrage des Templiers qui comptaient Saint-Front parmi leurs possessions.

On trouve dans le département un certain nombre d’églises qui ont été fortifiées à des époques difficiles à déterminer. Généralement les travaux défensifs appliqués à ces édifices religieux sont d’une date bien postérieure à celle de la fondation et de la construction primitive. J’aurai l’occasion , dans le cours de cet ouvrage , de relever des exemples fort curieux de ces remaniements systématiques.

L’église de Saint -Front appartenait à un prieuré , en

Église vieille de Cocumont. — Ce monument, qui paraît dater de la fin du xie siècle, est aujourd’hui dans un grand état de délabrement. Le centre de la population s’étant déplacé, cette église reste comme

DE L’AGENAIS

abandonnée au milieu de l’ancien cimetière, dans lequel on exhume parfois des tombes de l’époque carolingienne.

Seules , les trois absides sont en partie voûtées. Elles sont étroitement groupées et de dimensions presque égales. Cinq fenêtres s’ouvrent dans ces trois hémicycles , étroites , largement ébrasées et encadrées à l’extérieur dans une arcade assez large et ses montants.

Des doubleaux renforcent les culs-de-four à leur ouverture. Les chapiteaux des colonnes- dosserets qui portent ces arcs sont mutilés. Les restes de décoration qui subsistent encore s’appliquent aux cordons placés à la naissance des voûtes. Ce sont des palmettes au galbe très -lourd et des frettes crénelées. Ce dernier motif d’ornementation est très-rare dans les églises de l’Agenais.

Actuellement un rétable de boiserie sans caractère masque la grande abside qui a été transformée en sacristie. Une toiture moderne , sur un plan uniforme, recouvre l’édifice tout entier. .

On remarque dans l’aisselle du transept , à droite , une travée, ajoutée au xvie siècle, que recouvre une voûte en étoile.

La plus grande partie de l’église est construite en moyen appareil et garnie de contre-forts plats. Dans quelques portions de la nef on remarque des revêtements en petit appareil peu soigné, ce qui porte à croire que l’architecte a utilisé des matériaux provenant de ruines antiques.

Un cordon de billettes plates entoure la grande abside à la hauteur des fenêtres dont il contourne les cintres. Les corniches de couronnement des chapelles ont beaucoup souffert. La plupart des modillons sont historiés.

Le portail, bien qu’il ne soit plus qu’une ruine, est la partie la plus intéressante de l’église. Il est conçu dans les plus grandes proportions. Il s’ouvre dans le

mur de clôture sud de la nef, renforcé sur ce point par un énorme massif de maçonnerie. Aussi les archivoltes, formant quatre retraites, sont -elles larges et profondes. Ce portail supporte une petite tour rectangulaire qui n’est pas de l’époque primitive , mais qui a dû remplacer l’ancien clocher. Les fûts de six colonnes élevées dans les angles rentrants des piedsdroits ont été enlevés. Leurs chapiteaux restent néanmoins suspendus en porte-à-faux *.

Us sont fort dégradés, et, parmi les sujets historiés qu'ils représentent, je n’ai pu discerner que la scène de la tentation d’Ève.

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINTE -LlVRADE. — L’époque romane a laissé ce monument inachevé , en sorte qu’il est assez difficile de se rendre compte de l’ensemble du plan primitif qui est fort original. Il me paraît probable néanmoins que les constructeurs du xue siècle avaient le projet de donner à l’église une seule nef séparée par un transept du chœur et des ahsidioles.

Une abside qui s’amortit dans un hémicycle d’un plus grand diamètre ; une double travée de chœur; une absidiole orientée, prolongée par une travée parallèle à celle du sanctuaire : telles sont les parties anciennes de l’église. Ces deux vaisseaux ne communiquent l’un avec l’autre que par une arcade basse, une sorte de porte qui doit être moderne et qui ne figure pas sur le plan.

Le plan ichnographique rend compte de la singularité de construction de la grande abside**.

* Cet exemple et plusieurs autres analogues, que j'ai observés dans le département, prouve que les architectes romans reliaient leurs chapiteaux à la maçonnerie par une queue d’aronde, alors même que les fûts des colonnes étaient pleinement dégagés.

** Cette composition du chevet n’est pas sans quelque analogie avec la couronne de Becket, chapelle semi-circulaire qui s’ouvre au centre

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