PI. XII
PLAN ICHNOGRAPHIQUE
DE L’A GENAIS.
La porte , ouverte au midi , est d’une composition fort simple. Un tore , étagé par deux demi-colonnes et surmonté d’un bandeau de billettes , décore ses archivoltes dont le cintre est légèrement surbaissé. Les colonnettes des pieds - droits, sans bases , n’ont pour couronnement que des bourrelets de tores rompus, qui leur tiennent lieu de chapiteaux.
Les pilastres des arcades du chœur n’ont pour bases et pour impostes que des bandeaux talutés ou chanfreinés. La sculpture des chapiteaux qui portaient l’arc triomphal détruit est grossière. Ces corbeilles ne sont que des blocs presque carrés débordant sur les fûts. Elles sont plaquées de palmettes et de feuilles d’un faible relief et de volutes à peine dégrossies. Les tailloirs, peu saillants , sont composés de quelques rangs de billettes. Tout est rudimentaire dans le style, tout accuse l’enfance de l’art roman.
La petite église de Sainte-Ratine n’est certainement pas postérieure aux premières années du xie siècle; peut-être même remonte - 1 - elle au xe ?
Il était important de préciser cette date pour avoir, en même temps , celle de quelques accessoires intéres^ sants. Je citerai d’abord une chaire à prêcher qui est placée dans le chœur. Appuyée sur les dosserets de l’arc triomphal , elle les dépasse néanmoins , de façon à ce que le lecteur ou le prédicateur pût se tourner vers les fidèles assemblés dans la nef.
Cette chaire , en pierre , est d’une forme à peu près carrée et n’a pour appui ou pour bordure supérieure qu’un bandeau chanfreiné. Elle repose sur un socle également quadrangulaire à peine moins large qu’elle. Au point de continuité de ces deux pièces l’angle saillant a été rabattu par une échine. On monte à cette chaire par un escalier de quatre marches que borde une balustrade massive en pierre.
Tel est ce petit monument , qui , malgré sa simplicité, peut paraître curieux aux yeux des archéologues.
On ne cite guère , en France , de chaires remontant à l’époque romane*.
Celle-ci a bien la même date que l’église , car elle fait corps avec elle et ses moulures sont de même style que celles qui décorent les pilastres. Il y a d’autres preuves de sa contemporanéité. Une chaire élevée dans les derniers siècles du moyen âge ou à l’époque moderne, n’aurait pas été placée dans le choeur , qui est au contraire la place traditionnelle des ambons et des analogium auxquels succèdent les chaires. De plus, il existe dans le mur, derrière la chaire, une grande niche, ou plutôt une sorte de placard rectangulaire surmonté par un plein cintre. Une rainure et des trous de crampons indiquent que cette niche était munie de panneaux et fermée. C’est là sans doute que l’on renfermait les livres saints à l’usage et sous la main des prédicateurs. Ce placard, ouvert sans raccord dans les assises, date de la construction primitive. C’était un accessoire de la chaire.
Quant à l’appareil de la chaire elle-même, il est difficile à étudier, car tout est recouvert d’un épais badigeon. La partie antérieure paraît être d’un seul bloc. Le support carré doit être également composé d’une pierre unique.
Deux autels ont attiré mon attention. Ils sont adossés aux murs de refend qui , de chaque côté font face à la nef. Dans les églises romanes de l’Agenais dépourvues de latéraux et dont le sanctuaire est plus
* De l’absence de chaires anciennes dans les églises romanes on a conclu peut-être trop vite qu’il n’en existait pas à cette époque , ou plutôt qu’on n’employait que de simples estrades mobiles en bois. Deux causes peuvent expliquer la destruction des chaires en pierre des xi* et xn* siècles : leur extrême simplicité, qui n’en faisait pas des monuments dignes d’être conservés ; leur position relative. Lorsqu’on préféra se placer pour la prédication au milieu de l’assemblée des fidèles, les ambons et les chaires établis dans les chœurs , devinrent des accessoires inutiles et encombrants, qu’on fit disparaître.