‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 29 sur 81 · ÉGLISE SUCCURSALE DE SAINTE - RADEGONDE ( BON · texte numérisé non relu

ÉGLISE SUCCURSALE DE SAINTE - RADEGONDE ( BON

Encontre. longueur largeur hauteur

Abside 4 m 00 5 m 60

Travée du chœur. 5 60 5 10 11 m 70

Nef. 12 40 5 50

Cette petite église diffère en plusieurs points des deux que je viens de décrire. Les dosserets qui portent la tour du sanctuaire ont plus de légèreté , divisés qu’ils sont par des colonnes engagées. Leurs archivoltes sont doubles. L’ouverture du sanctuaire offre de plus grandes proportions en largeur ( 3 mètres ) et en hauteur ( 6 m 50. ) Les côtés de la tour n’ont pas d’arcades dans le sens longitudinal. La voûte en berceau, bandée d’un mur de clôture à l’autre , est plus élevée

DE L’AGENAIS

que le cul-de-four de l’abside. De même que dans l’église de Sauveterre, cette abside bute directement la tour.

La nef divisée par des colonnes-dosserets est actuellement plafonnée , mais elle avait probablement autrefois une voûte en berceau. On voit encore la base en retraite de cette voûte dont la hauteur devait être égale à celle de l’abside.

Toutes les courbes sont à plein cintre.

Les trois fenêtres anciennes de l’abside traversent des contre -forts ( épaisseur, 0 m 18 ; largeur, 1 mètre ) établis sur ces points. Ces baies , hautes et étroites comme des archères, ont un large ébrasement à l’intérieur. A l’extérieur leur cintre est creusé dans une seule pierre.

La tour carrée du clocher , remaniée à diverses époques n’a plus sa hauteur primitive. On y monte par une tourelle accolée au nord. Dans son état actuel , ce clocher correspond avec une retraite fortifiée établie sur l’extrados de l’abside. Cette pièce semi- circulaire est percée de trois meurtrières placées fort haut, mais auxquelles on devait accéder par une galerie de ronde dont les supports s’implantaient dans des trous de boulin qui existent encore. Une pierre d’évier, maçonnée dans un angle , prouve que cette pièce a été habitée.

Ainsi à Sainte -Radegonde , comme à Sauveterre, comme à Saint -Front, comme à Lusignan, à l’époque des guerres féodales, des luttes contre les Anglais ou des troubles du xvie siècle on s’est retranché dans l’église et pour transformer le sanctuaire en donjon ou en poste d’observation on a surélevé l’abside accolée au clocher * .

* Dans un registre, coté EE. 8, des archives de l’hôtel-de- ville d’Agen , j’ai relevé les notes suivantes :

« Le xxviii* décembre 1588, messieurs les consulz ont bailhé au

A Sainte- Radegonde, cette retraite fortifiée n’est qu’une addition postérieure. Je tiens à l’établir, et voici pourquoi : ses parements extérieurs sont en petit appareil avec chaînes de briques et tranchent avec tout le reste de la construction qui est en moyen appareil. Aussi quelques archéologues ont-ils prétendu , après un examen superficiel , que l’église devait être bien antérieure au xi° siècle. Ils n’ont pas observé que les contre -forts de l’abside s’interrompent avant d’atteindre les assises du petit appareil , que cette construction d’une hauteur anormale n’a point de corniche pour couronnement , enfin , qu’à partir du point où commencent ces mêmes assises , il n’y a plus de raccords avec les murs de la tour. Il suffit du reste de pénétrer à l’intérieur de la retraite pour s’apercevoir que cette construction a été faite à la hâte, avec les premiers matériaux venus, qu’elle est cimentée avec un mortier composé de terre, qu’elle n’a point enfin l’apparence antique.

On a simplement utilisé dans ce cas les petites pierres cubiques empruntées aux substructions galloromaines qui sont communes à Sainte -Radegonde. On peut voir dans les environs des murs modernes construits avec des matériaux semblables.

» vicaire de l'esglise de Sainte -Regonde une livre de pouldre do » celle de la maison de ville , pour résister aux entreprises des enne- » mÿs. » f6 64.

18 Janvier 1589 , « à Gérauld Ricard, prebtre et vicaire de Sainte- » Regonde , deulx livres de pouldre pour la garde de ladicte » esglize. » f° 67.

Au môme, 24 juin 1589 , 2 livres de poudre, f° 96.

Au même , 23 septembre 1589 , 2 livres de poudre, f° 102.

« Le xxn 'may 1590, a esté envoyé par messieurs les consulz de » la présente ville au vicaire de Sainte - Regonde , quy commende » en l’esglize , pat vertu de la lettre qu’il a envoyé ,’ mandant par » icelle que les ennemys doibvent aller ce jourd’hui en la dicte » paroisse, deulx livres de pouldre. » f* 125.

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J’insiste bien longuement sur un fait qui ne serait que d’une médiocre importance s’il fallait considérer seulement l’église de Sainte -Radegonde. Mais j’ai voulu conclure de cet exemple bien constaté qu’il ne faut pas accepter à la légère comme une présomption d’antiquité l’emploi du petit appareil dans les monuments du moyen âge * .

La porte est située au midi , au bas de l’église. Deux colonnettes s’élèvent de chaque côté dans les angles rentrants des jambages. Des tores forment trois archivoltes plein cintre. Aux pieds-droits , aux chapiteaux s’appliquent de grossières palmettes, des étoiles à huit pointes, des feuilles et des torsades. A l’intérieur, mêmes motifs d’ornementation primitive sur les colonnes du sanctuaire. Leurs chapiteaux n’ont pas de volutes et les ornements qui les décorent, feuilles de charme ou d’ormeau, tiges irrégulières, boutons, rainures sont de peu de relief. 11 y a même des dessins en creux. Dans la nef les corbeilles sont simplement épannelées. Le style barbare de ces sculptures témoigne de leur ancienneté relative.

Mon opinion est qu’il faut attribuer l’église de

* On peut citer la tour des Pénitents - Blancs , à Agen, les églises romanes de Goulard , de Bias, d’Ài'genton , de Cocumont , les églises gothiques de Dolmayrac et de Saint-Hilaire, etc., qui offrent des murs entiers ou des portions considérables de revêtement en petit appareil et qui n'ont cependant aucun des caractères des monuments antérieurs auxi* siècle. Dans la paroisse de Saint-Gôme, près d’Aiguillon, plus de vingt maisons modernes sont uniquement construites avec des matériaux de ce genre , extraits des ruines.

Il y a présomption d’antiquité quand on trouve le petit appareil dans les soubassements, ou comme revêtements de murs non munis de contre - forts , percés de fenêtres anciennes. Souvent alors ce sont des restes d’édifices antérieurs au xi* siècle enclavés dans des constructions plus récentes. L’étude de la composition du mortier peut aider à dater ces ouvrages dans les cas douteux.

Sainte -Radegonde à la première moitié du xie siècle. Je serais d’ailleurs fort disposé à admettre que les églises à contre -forts plats et sans ressauts dans lesquelles d’étroites fenêtres sont percées précisément au centre de ces points d’appui , doivent être classées parmi les plus anciennes de l’époque romane. J'ai remarqué que généralement dans ces églises le plein cintre est exclusivement employé.

Je ne parle que pour mention de deux chapelles modernes ouvertes, l'une à droite, l'autre à gauche de la nef de Sainte -Radegonde. Ces annexes ne font que défigurer la vieille église. Je décrirai à part une pierre à monogramme placée au-dessus des archivoltes de la porte.

Église de Cayssac. — Cette annexe de la cure de Mon bran , paraît dater d e la fin du xie siècle.

Les arcs qui séparent le chœur de l'ahside et de la nef sont en tiers -point obtus. Une voûte en berceau qui n’est pas plus élevée que la demi-coupole de l’abside, recouvre cette travée du chœur.

Rien de primitif comme la éculpture des chapiteaux des colonnes- dosserets. Deux sont simplement épannelés. Les deux autres n'ont pour ornement que de gros boutons occupant la place traditionnelle des volutes.

Trois arcades plein cintre sur colonnes décorent l’abside. Un rang de feuilles grossièrement tracées constitue leurs deux chapiteaux. Des arcatures s’étendant également entre les dosserets de la travée du chœur. Un bandeau à coupe quadrangulaire circule à la naissance des voûtes dans tout le sanctuaire. Cette partie de l'église avait autrefois cinq fenêtres dont les cintres sont creusés dans une seule pierre.

La tour peu élevée, a de chaque côté, sous la toiture, deux baies en forme de créneaux, c’està-dire sans amortissement. Les contre -forts à double

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ressauts , qui ceignent l’abside , n’ont pas de continuité avec l’appareil. Ils ont donc été ajoutés postérieurement. Malgré cette précaution les arcs de la voûte ont fléchi. Leurs dosserets se sont déjetés et la ruine du sanctuaire de l’église de Cayssac paraît imminente.

La nef, mieux conservée, n’a pas de voûte.

La porte, ornée des moulures en méplat usitées au xve siècle, est ouverte au nord.

L’orientation de l’église est au sud-est.

On a trouvé à diverses époques des cercueils en pierre dans les champs qui avoisinent l'église.

Yoici les dimensions de l’église de Cayssac: longueur largeur

Sanctuaire ... 5 m 70 4 m 78

Nef . 14 80 5 22

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT - CaPRAIS-DE-LeRM. — Il est tout naturel qu’à une époque où l’art de bâtir était en progrès on ait renoncé à voûter en berceau l'intérieur des clochers élevés au-dessus des sanctuaires. L’église de Saint -Caprais- de -Lerm, qui paraît dater du xne siècle , nous fournit un bel exemple de l’application de la coupole sur pendentifs à ces travées carrées.

Les architectes étaient alors plus hardis. Ils réduisaient l’épaisseur des supports. Des colonnes en application sur les dosserets, des archivoltes doubles à cintre brisé : telles sont , dans cette église les clé tures de la travée du chœur. Tout s’élève, tout s’élargit. L’étagement est normal. Le cul-de-four de l’abside s’amortit à une hauteur qui correspond à la naissance de la coupole. Aussi les voûtes du sanctuaire ne sont plus masquées et l’ordonnance générale quoique très simple est d’un grand effet.

Je donne (pl. xiv) le plan et la coupe du chevet de l’église de Saint- Caprais. On voit que trois minces

contre -forts constituent tous les appuis extérieurs. Il faut remarquer que, dans les églises que je décris , l’amortissement des murs de la nef renforce les dosserets de l’arc triomphal.

Les murs de clôture de la nef de Saint-Caprais datent de l’époque romane, mais ils n’ont ni dosserets ni contre -forts. Ce vaisseau n’a dû être recouvert de voûtes qu’à l’époque gothique , au xive siècle, si l’on en juge par le profil des moulures. Cette voûte se divise en quatre croisées d’ogives dont trois sont traversées au centre par un arc longitudinal , dans le sens de l’axe de l’édifice. C’est un des rares exemples que je connaisse dans le pays de cette variante des voûtes gothiques qui se rencontre parfois dans l’Ile-de-France et qui est commune en Angleterre et dans les monuments du Bordelais.

Ces arcs ne correspondent avec aucun support appliqué aux murs ; ils sont simplement appuyés sur des consoles.

Trois chapelles, dont deux ajoutées à gauche, une à droite, complètent ou plutôt déparent le monument. Celle de droite bien que voûtée en berceau brisé ne paraît pas contemporaine de la fondation de l’église. Les autres sont recouvertes par des croisées d’ogives et ne remontent pas au delà du xvi9 siècle. L’une d’elles est divisée par des liernes et des tiercerons, et ses clefs ont des écussons pour ornements.

Dans la seconde travée , au midi , s’ouvre la porte romane, à plein cintre. Ses pieds-droits et ses archivoltes sont encadrés dans un massif avancé qu’amortissent au sommet plusieurs assises en retraites. Ces assises sont établies en arrière d’une corniche ornée de billettes et soutenue par six modillons. La porte, sans tympan, est ornée de tores, de pointes de diamant et de billettes. Deux colonnettes sont cantonnées dans les angles rentrants des jam-

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bages. Elles ont des chapiteaux historiés , et leurs abaques, en correspondance avec un bandeau, sont plaqués de rinceaux et de petites roses.

A l’intérieur du sanctuaire un cordon chranfreiné circule au-dessous de la voûte de l’abside. Un cordon pareil , où de grosses perles font saillie , s’étend à la base de la coupole. Les quatre chapiteaux du chœur méritent une description. Celui-ci dont l’abaque est perlé représente deux colombes buvant au même calice ; des entrelacs compliqués se croisent sur cet autre. Un troisième reproduit les deux scènes de l’Annonciation et de la Présentation , expliquées par l’inscription AYE MARIA GR .... PL ... Le quatrième, figure les martyres de Saint -Caprais et de Sainte-Foy. Comme à la cathédrale d’Agen, on voit auprès de Dacien un bourreau armé d’une hache à longs ailerons toute pareille à Yascia funéraire. Saint - Caprais , qui est dépourvu des insignes épiscopaux, est assisté par un ange. L’inscription explicative de ce sujet est ANGEL. CAPRASI. DA-

CIA ... MI ES. Ces inscriptions sont

gravées sur les tailloirs en grandes lettres enchevêtrées les unes dans les autres. Quelques parties sont malheureusement mutilées.

De gros boutons sont placés en manière de griffe sur les socles des colonnes.

Toute l’église est construite en appareil moyen d’une bonne exécution. Les pendentifs et la coupole demi- ronde sont appareillés selon les règles de l’architecture byzantine.

La tour du sanctuaire n’a pas toute sa hauteur primitive. On ne peut y accéder qu’en passant sur la toiture.

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