‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 43 sur 81 · CONSTRUCTION ET STYLE · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION ET STYLE

Richesse du Lot-et-Garonne en beaux matériaux. — Divers modes d’appareil. — Des contre-forts et des voûtes. — Plans des églises.— Arcatures extradossèes . — Sty lobâtes. — Toitures et charpentes. — L'ours carrées servant de clochers. — Pignons -arcades. — l'ours à trois pans. — Portes placées le plus communément au midi. — Porches en bois. — Monogrammes. — Fenêtres. — Style.

Le département est riche en carrières fournissant de beaux et solides matériaux. Ce sont des calcaires d’eau douce et des calcaires marins de couleur grise ou blanche, également propres à être débités en pierres d’appareil, bien que souvent déparés par des vacuoles et des tubulures. Ces pierres, d’un grain

serré sont peu altérables à l’air, à la pluie et au froid. Après l’épreuve de longs siècles, leurs arêtes restent vives comme sur le chantier *.

Les constructeurs de l’époque romane paraissent avoir fait un choix dans les carrières. Les revêtements des églises du xie et du xne siècle sont généralement mieux conservés que ceux des églises de l’époque gothique, des châteaux- forts et des murs d’enceinte des xme et xive siècles.

La plupart des blocs peuvent se ravaler sans peine et même se poser en délit. Il est plus difficile de se procurer des matériaux suffisants pour la sculpture. Assez souvent les architectes ont trouvé sur place leurs fûts de colonnes , mais plus souvent encore ils ont dû faire venir de loin des pierres de choix pour leurs chapiteaux.

Dans la partie nord-est du département, il existe, particulièrement à Condat et à Monsempron, des bancs de calcaire crétacé de couleur jaune d’où l’on extrait des blocs homogènes de toutes dimensions qu’on peut réduire à la scie , tant ils sont friables au sortir de la carrière, mais qui durcissent considérablement sous l’influence de l’air **. Ces carrières étaient déjà ouvertes aux époques carolingienne et mérovingienne , car on trouve dans tout le département des cercueils qui en proviennent.

L’exploitation des carrières de Yianne a dû commencer à l’époque gallo-romaine. Du moins la tour pleine dite Peyrelongue , située dans la commune de

* J’ai remarqué que dans la plupart des ruines gallo-romaines en petit appareil, le ciment, pourtant si solide, est toujours désagrégé avant la pierre qui reste à peu près intacte.

** La façade de la curieuse église romane de Monsempron a été construite avec des calcaires jurassiques, et des crétacés de Condat, Tout le jurassique a été dévoré par le temps ( tempus edax ) , le crétacé est resté dans son intégrité primitive. Le même fait peut être observé, croyons - nous , au beau pont de Valentré , à Cahors.

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Saint- Pierre- de- Buzet, est construite en petits cubes dont le grain et la couleur d’un gris foncé accusent cette provenance.

Les parties larges dés vallées de la Garonne et du Lot , quelques portions des landes sablonneuses des arrondissements de Marmande et de Nérac sont relativement dépourvues de carrières.

Il n’est pas étonnant qu’ayant presque toujours sous la main des matériaux suffisants, les architectes aient rarement fait usage de la brique durant l’époque romane. Ce ne fut guère qu’à partir du xme siècle qu’on se mit à bâtir dans l’Agenais quelques édifices entiers en briques de grandes dimensions. On imitait alors les monuments du Haut- Languedoc pour la construction comme pour le style.

Les églises romanes ont généralement des revêtements en pierres débitées pour un moyen appareil de grande dimension. Dans les soubassements de celles de Mézin et de Layrac, et de quelques autres de moindre importance, les assises atteignent presque les dimensions du grand appareil.

Les assises principalement aux absides, sont d’une parfaite régularité. L’épaisseur de la couche de mortier placée dans les joints est peu considérable.

Il y a peu d’églises dont les murs aient un revêtement en petit appareil, La plupart d’entre elles , construites avec des matériaux empruntés aux ruines d’édifices anciens, ne sont pas antérieures au xie siècle. J’ai fait une distinction entre les églises qui offrent des portions plus ou moins régulières, plus ou moins considérables de soubassements en petit appareil et celles dans lesquelles ce genre de construction n’est employé que pour les asisses supérieures. Les premières sont de date ancienne ou, pour mieux dire, ont été élevées sur les fondations d’édifices anciens. Dans les autres j’ai constaté que

la superposition du petit appareil à l’appareil moyen était généralement due à des travaux de restauration. Encore, pour se prononcer dans chaque cas particulier, faut -il étudier avec attention la qualité du ciment.

Je ne connais qu’un exemple d’opus pseudisodomum. Le sanctuaire de l’église de Sainte - Livrade est construit en assises alternées , de plusieurs dimensions.

J’ai cité: l’appareil imbriqué placé au-dessus des archivoltes de quelques fenêtres de l’église de Moirax ; deux exemples de claveaux taillés en dents de scie et emboîtés les uns dans les autres; quelques assises de spicatum opus qui se voient sur le clocher-arcades de l’église de Cuzorn. Idopus reticulatum n’est employé nulle part. * Il y a donc peu de variété dans les appareils de l’Àgenais.

Les marques de tacherons ne se rencontrent que sur quelques monuments bâtis à partir de la seconde moitié du xie siècle.

La taille des pierres , telle qu’on la pratiquait dans le pays à l’époque romane, produit de petites rainures obliques parallèles qui s’étendent d’une extrémité à l’autre de la pierre. J’ai remarqué mais rarement des bandes de rainures opposées de façon à former sur la même pierre des dessins en feuille de fougère. Quelques archéologues prétendent que c’est un caractère d’ancienneté. (Voir note B.) Les monu-

* Je ne connais pas non plus d’exemples d’interposition de chaînes de briques , à moins de citer pour tel le mode d’appareil du couronnement de l’abside de l’église de Sainte.- Radegonde , qui n’est pas ancien.

A partir de la ûn du xvi* siècle l’interposition des chaînes de briques a repris faveur pour les constructions civiles. Il existe , particulièrement dans la ville d’Agen , un grand nombre de maisons où l’on peut en remarquer. Généralement l’alternance est de trois ou quatre assises de briques pour une assise de moyen appareil .

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ments qui offrent cette particularité , m’ont paru néanmoins contemporains de ceux dans lesquels le ravalement s’est fait dans un sens continu. C’est ainsi que l’on peut voir dans le même édifice, je citerai notamment l’église d’Ambrus, des pierres taillées suivant les deux procédés. L’usage du taillant droit romain pour l’exécution des parements a persisté dans l’Agenais pendant toute l’époque romane.

Quelquefois les couches de mortier sont relevées en bandes sur les bords \

C’est encore une pratique ancienne qui n’a pas été abandonnée à l’époque romane.

Les contre -forts étaient employés dès l’époque gallo-romaine pour les constructions militaires. Les remparts d’Aiguillon et de Saint -Côme en fournissent deux exemples. Dans le premier, ce sont des dosserets d’arcades extradossées; dans le second, des appuis libres appliqués à un mur de soutènement. Ces contre - forts très - épais ont des revêtements en petit appareil.

A-t-on employé des contre -forts dans la construction des bariliques de l’Agenais** et des petites églises paroissiales si nombreuses, paraît- il, dès les premiers siècles du moyen âge?

Comme aucun de ces monuments ne subsiste,

* Intérieur du sanctuaire des églises d’Aubiac, de Sauveterre, de Moncaut etc.,

*' M. l’abbé Barrère a le mérite d’avoir le premier compulsé les textes de nos vieux auteurs pour en extraire les renseignements relatifs aux monuments de l’époque latine. Je n’ai pas voulu revenir sur ce sujet qui a été traité à fond pour tout ce qui touche à la partie descriptive ou à la complète énumération de ces monuments. La question de l’emplacement des basiliques de l’Agenais est plus controversée. L’attribution de la basilique de Pompejacum a soulevé les plus vives discussions. Voir Recueil des travaux de la Société d' Agriculture sciences et arts d’Agen , 2* série, t. 1. p.

force est bien de s’en tenir aux conjectures. On peut, en s’appuyant sur des analogies générales , présumer que ces églises , n’étant pas destinées à recevoir des voûtes, n’avaient pas besoin de contre -forts.

Les contre -forts les plus anciens, tels que ceux des églises présumées carolingiennes de Marmont- Pachas et de Monluc, sont étroits, peu saillants et s’amortissent aux deux tiers environ de la hauteur des murs.

Dans les églises du xie siècle, les contre - forts sont généralement des plates-bandes assez minces.

Ils ont pour mesures communes de 0 m 70 à 1 mètre de largeur, 0m10 à 0m20 seulement d’épaisseur. De tels appuis ne devaient pas avoir un rôle bien efficace. Il y avait plus à compter sur la force exagérée des murs pour contenir la poussée des voûtes. Les murs de clôture des sanctuaires même les plus étroits ont rarement moins et souvent plus d’un mètre d’épaisseur.

Ces contre- forts minces s’élèvent d’ordinaire aux trois quarts de la hauteur des murs. Ils sont parfois traversés par des baies de fenêtres et assez rarement unis par de petites arcatures extradossées. Dans l’abside de l’église des pénitents blancs ( Agen ) quatre arcades , dont les sommiers intermédiaires sont en porte-à-faux, s’étendent de l’un à l’autre. La même disposition se retrouve au sanctuaire de l’église de Lusignan -le- Grand. C’est une forme commune dans les églises des bords du Rhin et dans certaines contrées dur Midi , notamment dans la région pyrénéenne.

Dans les absides des églises de Fais et de Sainte- Madeleine- de- Caubey res des contre-forts sont unis au sommet par une arcade. Cette disposition se retrouve dans l’église de Layrac.

A partir du milieu du xie siècle jusqu’à la fin de l’époque romane, des contre-forts d’absides et d’ab-

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sidioles , se terminent par des colonnettes élevées jusqu’à la corniche. Cette forme n’est pas rare en France particulièrement dans les provinces du centre et du Sud-Ouest.

Quelques églises voûtées situées dans la partie septentrionale de l’arrondissement de Villeneuve n’ont pas de contre- forts.

C’est principalement à partir de la fin du xir siècle que l’on trouve, tout autour des églises, des contre -forts épais, à ressauts dans le sens de leur hauteur , élevés à peu près jusqu’à l’amortissement des murs.

Quand les nefs sont voûtées , c’est toujours en berceau plein cintre ou en berceau brisé. La seconde forme est appliquée dès le milieu du xie siècle à l’église de Moirax. Je présume néanmoins, qu’à dater de cette époque, on n’a pas préféré partout le tierspoint au plein cintre. Certaines églises aux voûtes demi-cylindriques m’ont paru dater du xue siècle.

Les berceaux sont généralement soutenus par des doubleaux plus ou moins espacés. Quand il n’y a pas de tour élevée au - dessus du sanctuaire, la travée du chœur est presque toujours en berceau. Le cul-de-four est quelquefois légèrement surbaissé par rapport à cette travée, ce qui tient à un léger avancement des murs de l’abside.

Les sanctuaires ont ordinairement la même hauteur que les nefs.

Pour recouvrir les travées carrées des tours de clochers l’on employa tous les systèmes de voûtes: coupoles sur trompes , coupoles sur pendentifs , voûtes d’arêtes , berceaux , arcs croisés à angle droit , arcs diagonaux de la croisée d’ogives. Ces voûtes diverses sont toujours appareillées. Il semble vraiment que cette partie de l’église fût livrée à tous les essais des architectes ou plutôt à toutes les imitations. Tout se bornait là d’ailleurs. On ne songeait

pas à faire aux nefs l’application des voûtes qu'on avait réussi à établir dans le chœur. Dans l’Agenais, et je puis dire dans l’Aquitaine, on ne voit nulle part, comme dans les écoles du nord , la tendance au progrès , la hardiesse continue d’une innovation à l’autre , la patience dans les recherches , la promptitude à rejeter les méthodes anciennes pour les nouvelles avant même que celles-ci soient suffisamment éprouvées.

Les architectes locaux ont des traditions ; cela leur suffit pour leurs plans d’ensemble comme pour l’exécution des détails. Ils semblent seulement faire une expérience curieuse lorsqu’ils élèvent dans un coin, entre quatre murs : ces coupoles sur pendentifs , qui ont révolutionné d’autres provinces du sud-ouest ; ces coupoles sur trompes , qui constituent l’originalité des églises de l’Auvergne ; ces croisées d’ogives enfin, la plus belle invention architectonique du , moyen âge, invention toute française, procédé merveilleux dans son application aux grandes surfaces, et que devaient si vite rendre célèbre dans le monde , à force de chefs - d’œuvres , nos maîtres de l’Ile-de-France.

Si les architectes du' pays n’ont pas su tirer tout le parti possible d’aussi riches éléments, ce n’est pas à dire pour cela que le Lot-et-Garonne n’ait pas de monuments dignes d’étude. Je me suis appliqué à faire ressortir , dans les monographies des grandes églises , le mérite de ces constructions , surtout au point de vue de la justesse des proportions et de la solidité, ainsi que de l’originalité des plans.

Ce sont des églises à trois nefs dans lesquelles les voûtes médianes sont épaulées par les bas côtés*.

* Cette contexture ingénieuse fut en faveur dans toute la région qui s’étend au sud de la Loire: Auvergne, Poitou, Guienne , etc., Dans le Lyonnais ce plan fut quelquefois employé, J’en ai cité deux exemples. L’Église de Saint - Victor et celle du bourg de Thizy. Revue du Lyonnais , ni" série, t. ix , p. 132. Il fut aussi appliqué dans le Haut - Languedoc.

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Ce sont des églises à une nef, fortifiées et dégagées en môme temps par des arcades extradossées. Ce sont des essais dans le genre de l’école byzantine. Mais ces divers monuments n’ont pas d’étages. Ainsi l’on ne s’engageait pas dans la voie féconde qui devait transformer nos églises du nord. On n’était pas amené graduellement à l’emploi de l’arcboutant.

Je juge inutile de revenir sur l’étude des plans des monuments secondaires que je crois avoir suffisamment fait connaître au moyen du classement par groupes, sous des titres servant de résumé.

Les archivoltes n’ont pas de retraites dans les églises les plus anciennes , et les quatre arcs épais qui supportent les tours correspondent à des dosserets sans moulures. Dès le milieu du xie siècle des colonnes engagées divisent et allégissent ces dosserets. Les archivoltes , dans ce cas , ont des ressauts.

Les doubleaux n’ont jamais de retraites et leur coupe est quadrangulaire.

Les arcatures extradossées sont souvent employées comme décoration dans le pourtour des sanctuaires. Elles sont toujours en plein cintre. Elles reposent sur des pilastres ou sur des colonnes. Les deux modes ont été usités concurremment pendant toute la période romane. Ces arcatures sont généralement élevées au-dessus des fenêtres dont elles forment l’encadrement. Leurs proportions en hauteur, ainsi qu’en largeur sont très - variables \ Elles produisent

* Le nombre de ces arcades n’est pas le même dans tous les cas. Il y en a fréquemment 9 ( Moirax , Layrac, Saint -Front, Doulougnac , Laurenque ) ; assez souvent 5 ( La Sauvetat • de - Sàvères, Bias, Sainte - Colombe de Duras); quelquefois 3 (Moncaut Cayssac ). Les églises de Mézin et de Mourons ont 1 1 arcades. Quelques auteurs attachent des significations symboliques à ces divers nombres impairs. Je suis plutôt disposé à admettre que l’or-

no

ARCHITECTURE religieuse

toujours un excellent effet architectural. Quelquefois ces fausses arcatures sont basses et s’étendent audessous des fenêtres. Je les ai appelées dans ce cas arcatures du rez-de-chaussée. Cette dernière disposition est appliquée aux églises deMézin, de Vianne, de Saint -Pierre- de -Buzet, de Saint- Savin. L’église de Saint- Front est la seule qui soit décorée de deux étages d’arcatures. Dans l’église de Sainte -Livrade les arcatures sont à ‘l’extérieur.

Généralement des sty lobâtes continus étaient établis dans les églises romanes sur toute leur longueur, à la base des murs. Ils portaient les socles des colonnes. C’étaient des sièges pour les fidèles. Par suite des restaurations ou de l’exhaussement du pavé des nefs , ces banquettes ont été souvent rompues ou enterrées.

Quelques églises paraissent avoir conservé leurs toitures anciennes, qui étaient presque toujours appuyées sur l’extrados des voûtes : système vicieux qui dut causer la ruine d’un grand nombre d’églises à une nef. Ces toitures sont toujours sous un angle très obtus. Dans le canton de Fumel et dans les environs, les voûtes ont parfois pour couvertures des pierres plâtes du pays qui se clivent comme des schistes. Partout ailleurs on emploie les tuiles communes. Des fragments de tuiles à rebords trouvés autour de quelques églises romanes me font conjecturer que le système romain fut employé même

dormance architecturale a imposé dans chaque cas particulier ces divisions factices. Il faut remarquer qu’on est forcé d’employer des nombres impairs lorsqu’il s’agit de renfermer sous une arcade la fenêtre ouverte dans le fond de l’abside. Dans le cas où les arcades régnent au-dessous des fenêtres ou seulement dans la travée du chœur , on a pu préférer des nombres pairs. Les nombres 4, 6, 8, 12 se trouvent dans les églises de Sainte - Raffine , de Gaujac , de Vianne, de Saint - Pierre -de - Buzet, de Saint- Savin.

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ni

dans le cours du xie siècle. J’ai décrit le dallage régulier qui recouvre les absides de l’église d’Aubiac.

Je n’ai pas à signaler de charpente de l’époque romane qui offre quelque intérêt. Il faut en excepter les parties de charpente destinées à rester apparentes des églises de Sainte - Colombe - de -Duras et de Fontarède. La dernière pourrait dater de l’époque gothique.

Les clochers de l’Agenais sont uniformes ; ils ne se distinguent les uns des autres ni par leurs plans, ni par leur position relative.

Ce sont des tours quadrangulaires élevées au-dessus du chœur ou au-dessus de la travée supérieure de la nef. Leurs parements , soigneusement appareillés , n’offrent d’ailleurs que des surfaces planes. Ces tours n’ont pas de ressauts ni d’ornementation. Les plus hautes comptent deux ou trois étages. Leurs charpentes paraissent avoir été refaites. Il est probable que quelques-uns de ces clochers étaient surmontés de flèches en bois.

Un petit nombre seulement de ces tours subsistent dans leur intégrité. Parmi celles qui n’ont été ni démolies ni retouchées il faut citer les tours de Monsempron , d’Aubiac et de Yianne.

Le système le plus usité même dans les grandes églises pour l’installation des cloches est celui des pignons surhaussés et percés d’arcades. Ces baies sont divisées souvent en deux ou trois étages et leur nombre varie. En commençant par' l'arcade la plus élevée on trouve les dispositions suivantes : 1-2-3-4-1, 2-1,3. Quelques églises romanes de la partie septentrionale de l’arrondissement de Villeneuve ont un seul étage de trois ou de quatre arcades et pas de pignons en gable ni de retraites. L’amortissement du mur est horizontal. Cette disposition est là moins ordinaire, l’amortissement de ces pignons isolés étant généralement aigu. C’est le plus souvent au-dessus

de la façade occidentale que sont élevés les clochersarcades \

Quelquefois un auvent appuyé sur la toiture ou en -porte-à-faux sur la façade, protège les cloches placées dans ces baies.

Les tours du sanctuaire qui ont été rassées furent quelquefois remplacées par des pignons de ce genre.

Le clocher-arcades le plus curieux que je connaisse est celui de Cuzorn que j’ai décrit. Il paraît dater de l’époque de la construction de l’église, soit du commencement du. xxe siècle.

L’usage des pignons -arcades remonte sans doute à l'époque carolingienne. L’église de Monluc en fournit un exemple ancien. N’est-ce pas d’ailleurs le système à la fois le plus simple et le plus économique qu’on puisse appliquer aux petites églises?

Il y a quelques exemples de pignons- arcades adossés à deux murs surélevés sur les clôtures de la nef et recouverts d’une charpente. Le côté ouvert de ces sortes de tours à trois pans est toujours à l’orient. Ce système est appliqué à des églises qui ne sont pas voûtées et dans lesquelles par conséquent on ne pourrait trouver d’appui ou plutôt de base pour édifier le quatrième mur de clôture.

Les portails ont entre eux les plus grandes ressemblances. Je ne fais donc qu’indiquer leurs caractères généraux. La plupart ont des colonnettes établies dans les angles rentrants de leurs pieds-droits. Bans quelques églises des plus anciennes ces colon-

*Le système des clochers - arcades a duré jusqu’à nos jours , presque sans variantes. Pendant la période gothique on a rarement brisé les cintres des arcades , et les pignons surhaussés des façades sont tous pareils à ceux de l’époque romane, c’est-à-dire sans aucune ornementation. Les églises gothiques de Penne et de Notre Dame du Bourg , à Agen , offrent les dispositions suivantes : 2, 2, 4, 5, 2,2, 3.

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nettes sont trapues et surhaussées au moyen d’un socle élevé. A partir du milieu du xie siècle elles reposent sur des bases moins hautes et leurs fûts sont plus élancés.

Leurs chapiteaux sont assez souvent historiés , et souvent aussi leurs abaques, ornés de palmettes et de rinceaux, correspondent à un cordon pareil qui forme le couronnement continu des pieds-droits.

Ces portails n’ont pas de tympans. Les églises de Saint -Sardos, d’Aubiac, de Sainte -Colombe de Duras, de Lagupie constituent des exceptions que j’ai signalées.

Les archivoltes sont toujours à plein cintre et se composent généralement d’une série de deux à huit tores séparés par des bandeaux ou quelquefois par des gorges et par des baguettes.

Des billettes plus ou moins grosses et plus rarement des rinceaux, des roses , des pointes de diamant, tels sont les motifs de sculpture appliqués le plus ordinairement aux surfaces courbes des tores ou aux plates-bandes.

Dans l’église de Saint-Pierre -de Buzet, les piedsdroits et les archivoltes se composent seulement de bandeaux en retraite.

J’ai donné , en tête du volume , le dessin de la porte de la petite église de Sérignac, remarquable par son appareil et par sa composition.

Je ne rappellerai que pour mention les portes des églises que je crois être antérieures au xie siècle. Ces baies sont ouvertes sans retraites et de plus dépour vues d’ornementation.

Dans un grand nombre d’églises la porte principale est ouverte au midi et correspond le plus souvent aux travées du fond de la nef. Je purs citer treize exemples * de belles portes romanes placées

* Le Mas , Saint- Pierre -de - Buzet , Sainte -Colombe - de - Duras ,

au midi , pour huit exemples * * de portes ouvertes dans la façade occidentale et pour deux* * de portes établies dans le mur de clôture septentrional.

Les grandes églises de Monsempron et de Layrac, qui ont leurs portes principales à l’occident , ont aussi des portes secondaires au midi.

Il serait difficile d’expliquer cette diversité dans les positions assignées aux portes. M. l’abbé Auber , plus compétent que nul autre dans les questions de symbolisme, prétend avec raison que la place normale des portes est dans la façade occidentale. La cause qui a fait souvent préférer le côté du midi paraît empruntée au climat. Dans le Lot-et-Garonne comme la pluie vient de l’ouest , c’est le côté sud des constructions qui est le moins atteint.

Ce n’étaient point seulement les portes qu’il fallait abriter, mais aussi l’auvent en appentis qui les précédait presque toujours. Le dimanche après les offices on se réunissait sous ces porches. Là s’apposaient les placards et se publiaient les proclamations. Dans les villages dépourvus de maisons communes , les consuls et les jurats tenaient parfois conseil sous le porche.

Ces vieux usages existent encore dans plus d’un village : les longues assemblées qui suivent la messe ; l’apposition des affiches administratives ; les annonces diverses. Dans les registres consulaires de Buzet et de Gontaud il est question de séances de jurades tenues sous le porche , au xvii® siècle. La mairie actuelle d’Ambrus est représentée par une baraque abritée sous l’auvent.

Saint - Caprais - de - Lerm , Sainte - Radegonde , Clermont - Dessous ? Vianne, Esclottes, Gueyze , Pinel, Sainte -Rafine- de -Gaujac, Mourens, Cocumont.

* Moirax , Aubiac, Cazeaux , Sérignac , Laurenque , Fontarède , Argenton , Lagupie.

* * Saint -Sardos et Sos.

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La plupart des porches sont entourés de bancs en bois ou en pierre. Aucun des auvents que j’ai étudiés, n’a de caractère monumental. On comprend qu’établis aussi économiquement, sans voûtes ni colonnes de pierre , ils aient été renouvelés fréquemment et quelquefois détruits pour ne plus être relevés. Dans ce cas on reconnaît encore dans les murs les trous de boulin qui servaient à fixer les pièces de charpente.

Les portes sont ordinairement ouvertes dans un massif de mur formant placage. Ce sont donc de vrais portails. L’épaisseur à traverser étant augmentée , le développement de l’ouverture par des retraites successives est d’un meilleur effet.

Le mur de placage s’amortit généralement à mihauteur du mur de clôture de la nef par de légers gradins étagés sous une corniche horizontale que supportent quelques modifions.

Je ne connais pas de vantaux de l’époque romane ni d’accessoires intéressants. Je me borne à signaler un singulier système de fermeture à l’intérieur , employé notamment à St-Caprais-de -Lerm. Ce sont tout simplement des coulisses ménagées dans les murs et dans lesquelles on fait glisser une barre de bois qui traverse toute la largeur de la haie. Pour que l’emploi de cet engin primitif fut possible, il fallait toujours une porte secondaire dont le recteur avait la clef.

Un grand nombre de portes romanes ont été murées et remplacées à diverses époques par des baies gothiques ou par des ouvertures sans style.

Lorsqu’on a voulu conserver dans les- églises des monogrammes anciens ou en sculpter de nouveaux, c’est ordinairement au-dessus des archivoltes des portes ou comme clefs de leur bandeau supérieur qu’on a placé ces pierres aux figures symboliques.

Je puis en citer sept exemples dont un seul a été signalé.

M. Boudon de Saint -Amans* a décrit et dessiné le curieux monogramme qu’on voit à Sainte -Radegonde , près d’Agen. C’est un entrelac des letfreg XPI ménagé en relief sur une pierre carrée. A droite et à gauche s’élèvent des animaux fantastiques. Cette petite pièce a le même style que les autres sculptures de l’église. Bien qu’elle paraisse rapportée , je l’attribue à la même époque, c’est-à-dire au commencement du xie siècle.

J’ai décrit ailleurs le monogramme de Saint -Pierre del-Pech. J’en donne ici le dessin (PL xxn. fig. 1. )

Ce monument pourrait être antérieur au sanctuaire que j’ai attribué au xie siècle.

La roue symbolique du portail de l’église de Cazeaux ( fig. 3 ) , commune de Laplume , me paraît avoir une haute antiquité. Elle est sculptée en faible relief sur une pierre en calcaire jaune provenant sans doute des carrières de Condat , tandis que les parements qui l’entourent sont en pierre du pays. Celte roue, formée de trois grands cercles concentriques, a huit rayons. Chacun des triangles intermédiaires renferme une lettre en relief. L’ensemble forme ces deux mots PAX YOBIS. Pour la lecture il faut observer une interversion. Après la lettre V, qui est à droite, on revient à gauche pour lire OBIS. Le sculpteur a voulu éviter de tourner des lettres sens dessus dessous. C’est M. le docteur Jules de Laffore qui m’a indiqué cette lecture de l’inscription dont j’avais relevé les lettres sans avoir su les interpréter.

Le monogramme de l'église de Lagupie ( fig. 2 ) , est au centre du tympan et se rattache aux basreliefs romans. On y retrouve les lettres X P a » .

Il se rapproche beaucoup du monogramme sculpté sur le claveau central du portail de l’église de Cocumont (fig. 4. )

* Essai sur les antiquités du département de Lot-et-Garonne.

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