MONOGRAMMES DES ÉGLISES
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DE L AGEN Al S.
Le monogramme de Saint- Pierre- de - Buzet (fig. 5) est sculpté sur le claveau du cintre de l’archivolte. Les triangles sont ménagés en creux entre les six branches de la roue dont trois rayons représentent un P. Un A est accolé à l’un des rayons à droite. La pierre qui porte cette sculpture fait si bien corps avec le reste du portail, qu’on ne peut pas douter de sa date.
Dans l’église de Grayssas (fig. 6) le monogramme est encadré par deux bandes carrées disposées en sens contraire.
Je rappellerai que c’est au-dessus de la porte que, dans l’église de Gueyze , on a placé des bas - reliefs fort anciens.
On peut rapprocher de ces diverses figures le monogramme ( roue mystique , X , P * » , ) qui est actuellement encastré dans un dosseret du chœur de l’église de Saint - Cap rais , et le curieux chapiteau roman de l’église de Gueyze ( fig. 1. )
Une partie de ces sujets en rappellent de tout pareils qui sont sculptés sur les tombeaux des premiers siècles du christianisme. Il est donc intéressant de constater d’après quelques-uns des exemples précédents , que l’usage des monogrammes s’est perpétué jusqu’à l’époque romane.
Les fenêtres les plus anciennes sont placées à une assez grande hauteur, du moins celles des nefs. J’ai signalé comme un caractère d’ancienneté l’ouverture des fenêtres absidales au centre des contre- forts.
Dans la plupart des petites églises du xi* siècle ces baies sont étroites comme des meurtrières (0m20 de largeur environ , pour 1 mètre de hauteur. ) Leur cintre est le plus souvent creusé dans une seule pierre. A l’intérieur , l’ébrasement est toujours très- considérable.
Dans les églises élevées pendant la seconde moitié du xi® siècle , on perçait déjà de larges baies de
fenêtres dont les montants étalent parfois ornés de colonnettes.
Fréquemment, à partir du xir siècle on établit de ces colonnettes, tant à l’extérieur, qu’à l’intérieur, ce qui conduisit à encadrer les cintres de tores et même de bandeaux chargés de billettes. A Moirax, ( xr siècle) des dents de scie décorent les claveaux, et à Saint -Cap rais , extérieurement , ce sont des torsades.
Il n’y a pas d’exemples de fenêtres romanes en tiers- point, ni de fenêtres géminées.
J’ai cité comme datant de l’époque romane des fenêtres étroites dont l’ouverture est rectangulaire , c’est-à-dire dont le cintre est remplacé par un linteau.
Je n’ajouterai que quelques vues d’ensemble au sujet de l’ornementation , pour compléter ce que j’en ai dit dans les monographies. ,
Dans quelques églises des plus anciennes la sculpture n’est qu’un placage, les feuilles se collent aux chapiteaux, le relief manque généralement et l’on ne retrouve la forte opposition des pleins et des vides, c’est-à-dire des ombres et de la lumière que dans les cordons de billettes, déjà fort employés au commencement du xie siècle.
Les métopes de quelques absides offrent des dessins au trait, formés par des combinaisons de cercles; d’autres sont creusées de profondes ouvertures circulaires : ces deux formes paraissent imitées de l’abbatiale de Saint- Front et se rencontrent particulièrement dans les églises les plus rapprochées du Périgord .
Depuis la seconde moitié du xie siècle la sculpture prend du relief surtout dans les sujets historiés. Les personnages , les monstres , les têtes , tout se détache franchement de la pierre. Si les proportions des figures humaines ne sont pas toujours justes , en
PL XIII bis.
CHAPITEAUX DES ÉGLISES QDIE SixnOT^OTILTOOTIEIlS QDIB MM?0
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DE L’AGENAIS
revanche les animaux naturels ou hybrides sont bien traités et certaines compositions ont une originalité singulière. Quelques sujets se rapprochent des créations capricieuses du xve siècle à ce point que des archéologues ont pu s’y tromper. C’est ainsi que M. l’abbé Barrère a prétendu que les chapiteaux romans de Monsempron n’ont été sculptés qu’après coup. Il faut avoir étudié les figures analogues qu’on retrouve dans une foule d’églises du xne siècle, pour admettre que toutes ces représentations étranges pénétrées d’un symbolisme naïf, sont bien contemporaines de la construction.
Durant le xne siècle les progrès de la sculpture sont également sensibles dans l’exécution des ornements empruntés à la flore. Cinquante ans plus tôt que dans le nord les feuilles se recourbent en crochets. Des fruits se suspendent à leurs pointes. Fréquemment des têtes et des boutons apparaissent aux angles des abaques ou forment une griffe sur les bases. Les volutes des chapiteaux se détachent plus franchement et ne s’épaississent que pour se dérouler en plus longs replis.
A toutes les époques c'est l’épanelage de la corbeille corinthienne qui est le plus souvent employé pour le couronnement des colonnes. Ainsi quelque chose avait survécu de la tradition classique.
Les chapiteaux godronnés et les chapiteaux cubiques sont rares dans l’Agenais. On peut cependant faire rentrer dans cette dernière catégorie ^certains chapiteaux historiés qui débordent de beaucoup les astragales.
Les corbeilles oblongues que l’on trouve pour couronnement de quelques fûts dans la Gironde, et spécialement à Saint -Macaire , n’ont pas franchi les limites du département.
Je ne connais pas d’exemples de chapiteaux géminés, si ce n'est dans le portail de l’église de Sainte-
Colombe de Duras et dans la façade de l’église de Lagupie. L’église des Augustins d’Agen, aujourd’hui détruite , en renfermait de forts curieux dont quelques-uns ont été décrits et dessinés par Beaumesnil * et par Boudon de Saint- Amans **. Ces chapiteaux auxquels on attribuait une antiquité fabuleuse et dans lesquels on croyait voir des symboles du culte des Nitiobriges *** me paraissent dater seulement de l’époque gothique , du xiv® siècle.
Un grand nombre de motifs d’ornementation fort employés ailleurs sont très -rares dans l’Agenais. De ce nombre sont les frettes crénelées , les chevrons, les oves, les losanges, les billettes courtes, les galons perlés, les damiers. Les dents de scie, les torsades, les roses, les têtes de clou, les entrelacs ne sont pas non plus fort communs. Les ornements que l’on rencontre presque partout, dans les archivoltes
* Manuscrit sur les antiquités d’Agen, renfermant un grand nombre de jolis dessins dont la plupart sont assez fidèles. Nous avons gardé, grâce à cet auteur, le souvenir de plus d’un objet précieux qui depuis a disparu. Le texte laisse à désirer , et les opinions de Beaumesnil sont presque toujours fausses pour ce qui touche aux monuments religieux. C’est un défaut de l’époque. Beaumesnil vivait au siècle dernier. Il est l'auteur d’un manuscrit intitulé : Antiquités de Poitiers et Annales d'icelle qui existe à la bibliothèque de Poitiers, d’un volume sur les Antiquités de Périgueux , et je crois aussi d’un ouvrage semblable sur les Antiquités d'Alby.
** Essai sur les antiquités du département de Lot-et-Garonne.
*** Un certain nombre de figures ou de scènes tracées sur des chapiteaux romans ont été mal interprétées. On a cru voir des traditions de l’histoire locale dans ces représentations dont le symbolisme (si tant est qu’elles soient toujours symboliques) est purement religieux.
On peut dire en résumé que les sujets divers représentant la lutte du bien et du mal , les vertus et les vices , sont de beaucoup les plus répandus. Les scènes tirées de l’ancien testament sont plus communes que celles empruntées aux Évangiles. Les sujets rappelant des légendes ou l’Iiistoire des saints topiques sont ratées.
DE L’AGEN Aïs:
des portails , dans les cordons , sur les corniches , sur les abaques *, sont les billettes longues par trois ou quatre rangs superposés , les grosses perles , les enroulements et les palmettes.
Des volutes et des rinceaux courant entre des tiges souples et serpentant , pour ainsi dire, avec leurs libres contours constituent un motif des plus fréquents et des plus originaux.
Le crayon seul pourrait traduire les variantes infinies de ces gracieuses compositions dont quelquesunes peuvent être comparées sans désavantage aux œuvres délicates de la Renaissance*.
* Dans les grandes églises de Moirax et de Layrac ( seconde moitié du xi* siècle) les abaques n’ont pas reçu d'ornementation. C’est au xii* siècle qu’il faut attribuer la plupart des églises dont les tailloirs sont chargés de sculptures.
En limitant cette appréciation aux palmettes et aux rinceaux , on pourrait môme dire de cette sculpture romane que par son relief elle est mieux appropriée que celle du xvi° siècle à la décoration architecturale.
J’ai remarqué que dans la plupart des monuments tant vantés de la Renaissance les ornements trop ténus appliqués sur la pierre y font peu d’effet dans l’ensemble. Ce sont des tiges et des fleurons plutôt destinés aux détails de la menuiserie et de l’ameublement qu’aux grandes surfaces de pierre des châteaux et des églises.