ÉGLISES A DEUX NEFS
Jacobins d'Agen, — Temple, — Meylan, Sainte- Colombe.
ÉGLISE PAROISSIALE DE NOTRE-DAME DES JACOBINS d’Agen. — On cite généralement dans les grands ouvrages d’archéologie trois églises à deux nefs construites par les Frères Prêcheurs, et l’on a conclu de ces exemples que ce plan anormal était particulier à cet ordre religieux. *
La chapelle des Jacobins de Toulouse a les proportions d’une cathédrale. C’est un monument de premier ordre, trop abandonné, trop peu connu et qui
* Il est plus vrai de dire que cette structure a été employée systématiquement par les disciples de Saint-Dominique, mais qu’il en existe d’autres exemples. On a prétendu que le motif qui a déterminé ces religieux à adopter ce type, était le désir de faciliter la prédication. Dans ce cas, il faut reconnaître que le résultat n’a pas répondu aux espérances, car les conditions d’acoustique sont fort mauvaises dans les vaisseaux rectangulaires.
pourrait être l’objet d’une longue et intéressante monographie.
L’église des Jacobins de Paris n’existe plus. Nous ne connaissons cet édifice que par des plans d’ailleurs exactement relevés.
L’église d’Agen est une copie en réduction des deux autres. ( Je dis copie bien qu’elle ait été fondée avant leur achèvement. ) Elle a une date certaine. M. l’abbé Barrère^a le premier mis en lumière les documents relatifs à cette construction. Elle fut fondée en 1249. Arnaud Bélanger en fut l’architecte.
Tout l’édifice se réduit à un seul vaisseau bâti sur un plan rectangulaire. Un portique de trois piliers circulaires partage la cella en quatre parties égales dans le sens longitudinal. La voûte se subdivise en huit grandes croisées d’ogives. Les chevets sont plats, ce qui est un point de ressemblance avec l’église de Paris, en même temps qu’une dissemblance avec l’église de Toulouse dont le sanctuaire est un rondpoint recouvert par une des plus belles voûtes gothiques qui se puissent voir.
Le tiers- point des doubleaux et des formerets est très -accusé. Je comprends parmi les formerets les arcs jetés d’un pilier à l’autre. Il fallait une pratique éprouvée de la construction pour arriver à si bien équilibrer ces voûtes élevées à la même hauteur et contre - boutées les unes parles autres. Étant donnée une force de résistance suffisante dans les contreforts, toute la stabilité de l’édifice dépendait de la stabilité des piliers, dont les dimensions ne sont pas énormes. Les poussées dans tous les sens viennent se neutraliser au sommet de ces supports.
Les piliers des Jacobins sont composés d’assises de pierre, tandis que tous le reste de la construction est en brique. L’église conventuelle de Toulouse présente la même particularité.
L’emploi de la brique pour les arcs des voûtes, pour
DE L’AGENAIS
les dosserets , pour les montants des fenêtres amène cômme résultat forcé la suppression des moulures curvilignes généralement employées dans le nord à cette époque. Tous ces membres de la construction n’ont en profil que des surfaces droites et des biseaux. Cependant les dosserets sont flanqués chacun d’une demicolonne : ils s’amortissent en échine à partir de quelques mètres du sol. La sculpture est appliquée seulement aux parties construites en pierre, c’est-à-dire aux couronnements des gros piliers et des dosserets, ainsi qu’aux meneaux des fenêtres. Ces remplages en arcatures et en rosaces sont composés d’après les motifs ordinaires du style rayonnant.
Les chapiteaux des colonnes et des dosserets ne représentent qu’un mince bandeau de décoration végétale , au profil peu saillant. Nous avons remarqué des exemples de cette forme originale dans quelques églises romanes*. M. F. de Yerneilh donne à la fois la description et l’origine de ces couronnements singuliers. Saint-Front a des chapiteaux de ce genre. On trouve , dit M. de Yerneilh , « dans le Limousin en général , et « dans la cathédrale de Limoges en particulier, des « chapiteaux identiques à ceux de notre abbaye Péri- « gourdine. Nous voulons parler spécialement de ces « chapiteaux sans tailloir , sans abaque , et reconnaissa- « blés à ce seul caractère , qui soudent les colonnettes « des fenêtres au tore de l’archivolte supérieure. Au lieu « d’un vrai chapiteau c’est plutôt un gracieux anneau « de feuillages ou d’animaux fantastiques. Il s’en « trouve de tout pareils à la cathédrale de Limoges **. »
A l’angle sud-ouest de l’église des Jacobins , s’élève à demi hors œuvre un clocher fort simple , qui est orné
* Piliers des églises de Monsempron et do Saint-Pierre de Buzet , colonnettes des fenêtres du chœur de la cathédrale d’Àgen , porte de l’église de Gaujac.
** L’archit. Byz. en France , p. 197.
de fausses arcatures en tiers- point à peine indiquées, et qui se réduit à un plan octogone. Cette construction est grêle et ne répond pas aux proportions de l’édifice \
Une seule toiture à angle obtus recouvre l’édifice.
L’ancienne porte n’existe plus. On en a percé deux dans la partie qui était autrefois le chevet , et les autels sont aujourd’hui à l’occident. Deux affreuses chapelles qui visent à former des croisillons ont été ouvertes en brèche à des époques modernes.
Une restautation aujourd’hui presque complète vient d’être faite tant au-dehors qu’au dedans. Cette restauration a consolidé l’église et fait renaître à l’extérieur les éclatantes couleurs de son manteau de briques rouges et brunes serties de filets blancs. On a rétabli les justes proportions des nefs , en déblayant les couches épaisses de terre qui recouvraient l’aire ancienne. Tout cela est bien ; mais d’autre part cette retouche générale devait amener un résultat que déploreront les vrais archéologues. On a recouvert de couches nouvelles en couleurs vives les anciennes peintures aux tons mats et à teintes ocreuses. On n’a pas toujours reproduit exactement l’ordonnance générale et le détail de la décoration du xme siècle. On a fait du neuf étincelant d’étoiles d’or et d’azur foncé. C’est de quoi satisfaire peut-être le public ; mais les peintures anciennes ont en partie disparu. On doit savoir gré àM. Viollet-le-Duc d’en avoir conservé le souvenir dans son dictionnaire d’architecture * **. Le savant architecte avait jugé cette décoration assez remarquable pour consacrer cinq planches à en reproduire quelques parties.
* Le plan des églises à deux nefs , de même que celui des églises à une nef bordée de chapelles, se prête mal à l’établissement des clochers. Aussi le clocher des Jacobins de Toulouse , qui est fort remarquable , est -il construit hors œuvre. Trois petites tourelles sont accolées à la façade de l’église.
** T. vu, p. 87.