PLAN
Échelle à 0m,0025 pour mètre
âge * qu’elle fut commune dans les constructions militaires ou les constructions privées.
Cette division fut -elle appliquée à toutes les fenêtres? Les baies inférieures avaient- elles reçu des vitraux ? L’état actuel de l’église rend difficile une réponse à ces deux questions.
Le dessus des remplages de la partie supérieure des fenêtres est ingénieux et d’un bel effet. Ces armatures de pierre se composent d’un triangle curviligne qui inscrit un trilobé et porte sur une arcade géminée.
Les chapiteaux des supports n’ont pas emprunté d’ornements à la flore. Ils se composent d’un simple bandeau entre l’astragale circulaire et le tailloir à pans coupés. Le tracé des tailloirs représente une figure octogone qui se réduit naturellement au pentagone dans les dosserets **.
Les moulures de l’arc triomphal se dégagent d’un socle carré et retraité pour glisser sans interruption jusqu’au point d’intersection des courbes.
Les demi-colonnes, formant les dosserets du chœur, reposent sur des socles quadrangulaires et sont creusées de quatre petites moulures (grains d’orge) verticales. Ces demi -colonnes ont des tailloirs.
Dans les bas-côtés, une seule colonnette mince, de pierres posées en délit , constitue chaque dosseret. Les sommiers des arcs viennent reposer sur de gros
* Cette forme fut employée quelquefois pour les balustrades des grandes églises, notamment dans la cathédrale de Chartres. Je n’en connais pas d’exemple pour la division des fenêtres.
** Cette forme des tailloirs, les moulures en méplat très-accentuées qui s’appliquent sur tous les tores sont des caractères de la seconde moitié du xin* siècle. La sculpture nous vient en aide pour confirmer cette date. Le chevalier, représenté sur une clef de voûte, est coilïé d’un heaume qui se rapproche de la forme adoptée sous Philippe- le -Bel. L’église des Templiers de Port -Sainte -Marie est peut-être une des dernières construites par cet Ordre chevaleresque.
bourrelets en pentagone qui surmontent en porte-àfaux ees fragiles colonnettes, trop fragiles, car la plupart sont détruites.
Les arcs de voûte sont légers et d’un profil délicat. On pourrait en recommander l’étude aux architectes qui , adoptant la renaissance gothique , sont si souvent embarrassés pour les détails de la composition, pour le tracé de leurs épures.
Les clefs des croisées d’ogives sont des chefs-d’œuvre de sculpture. Ce sont trois roses artistement fouillées, deux écus, deux mascarons, entre autres une tête mitrée. L 'agnus Dei , portant une banderolle, forme un de ces pendentifs. La clef la plus remarquable représente un chevalier, armé de pied en cap , l’épée au clair ; la pose du cheval est pleine de mouvement ; la figure du chevalier est précieuse pour l’étude des armures, mais il faudrait établir un échafaudage pour en relever un dessin fidèle. J’ajoute que ces belles clefs de voûte sont déshonorées par une couche de badigeon.
Le département de Lot-et-Garonne a peu d’églises plus dignes d’être classées parmi les monuments historiques que celle que je viens de décrire. Le Temple de Port -Sainte -Marie offre un grand intérêt historique et archéologique. Bien que le plan de cet édifice soit tout particulier (et c’est un intérêt de plus), il s’accommode au style de la plus belle époque de l’architecture française, époque qui malheureusement est la moins représentée dans l’Agenais. Cette chapelle n’est aujourd’hui qu’une succursale presque abandonnée. Elle réclame une restauration intelligente, sinon bientôt elle irait rejoindre au rang des souvenirs les nombreux monuments que possédait autrefois Port -Sainte -Marie, et qui furent détruits à diverses époques.
DE L’AGENAIS
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-PlERRE ET DE SAINT-
Paul de Casseneuil. — Cette église, dont le vocable paraît indiquer la haute antiquité, n’est qu’un composé de pièces disparates. Il y a des murs, des voûtes et des dosserets romans; le gothique de deux ou trois époques s’accuse, sur quelques points, dans la construction et dans le style. Par derrière le chevet plat, on voit, à l’extérieur, les sommiers des arcs qui devaient soutenir la voûte d’une abside. Il serait oiseux d’analyser cette église, dont l’importance est secondaire, pour essayer d’assigner une date à chacune de ces pièces disparates. Contentons-nous de la décrire dans son ensemble, en la prenant telle que no.us l’ont faite les ruines et les restaurations partielles.
La grande nef comprend cinq travées carrées dont les trois supérieures sont accompagnées de bas-côtés élevés à la même hauteur que la nef médiane , et les deux inférieures bordées de larges chapelles latérales.
Les murs de clôture qui forment le cadre de ces constructions offrent un plan rectangulaire.
Ainsi l’on trouve réunies dans cet édifice les deux structures les plus originales qui aient été communément employées dans l’Agenais : l’une rappelant la construction de l’église de Mézin, l’autre dans le genre de certaines églises du Haut -Languedoc.
Les deux premiers piliers sont circulaires , les deux derniers cruciformes. La seconde travée , délimitée par ces supports, est voûtée en berceau brisé et surmontée d’un clocher assez bas, dépourvu de caractère, dans lequel deux baies sont ouvertes de chaque côté. Tout le reste de l’église est voûté en croisées d’ogives. Les arcs sont ornés de moulures prismatiques du xive et du xve siècle. Dans la travée du sanctuaire les profils offrent des tores et des moulures curvilignes qui semblent accuser une œuvre du xme siècle.
Les supports ont des styles bien différents. A côté de chapiteaux du xne siècle, décorés de rinceaux, se trouvent des bandeaux et des consoles du xve siècle ornés d’animaux hybrides , de dragons ailés à têtes humaines , de personnages accroupis , de bustes en cariatides, de chiens et de taureaux : toutes les fantaisies à la mode à cette époque de décadence où le symbolisme est sacrifié et laisse le champ libre aux caprices parfois licencieux des sculpteurs. Les clefs de voûte sont composées dans le même esprit et très -variées comme exécution.
La porte, ouverte à la façade occidentale, a de grandes proportions. Des branches écotées et des feuilles sont découpées à jour dans ses pieds-droits et ses archivoltes. C’est probablement une œuvre du xvie siècle.
La partie de l’église la plus intéressante est certainement la travée supérieure touchant aux chevets plats du sanctuaire et des nefs latérales. Sur ces trois points les voûtes sont ornées d’anciennes peintures dans lesquelles cinq couleurs sont employées: le vert foncé, le rouge et le jaune ocreux, le blanc et le noir. Ce sont des tons mats qui rappellent les teintes des riches tapisseries de l’époque. L’action du temps a sans doute affaibli leur éclat, mais l’ensemble n’en est pas moins harmonique.
On y voit un certain nombre de personnages dont les noms et les rôles sont expliqués par des phylactères , larges banderolles chargées d’inscriptions en caractères gothiques.
Malgré tous mes efforts , je ne suis pas arrivé à tout déchiffrer. Il faut remarquer que la voûte a 10 mètres de hauteur, que bon nombre d’inscriptions ont souffert; des mots sont effacés. Un échafaudage serait nécessaire pour relever tous ces fragments.
Dans la travée gauche, huit anges tiennent des phylactères sur lesquels sont inscrits des versets du Te Dev/ru.
DE i/AGENAlS.
Dans la travée droite , des anges" placés sur les côtés portent des banderolles où se lisent les phrases de Y Ave Maria et des passages des écritures se rapportant à la Sainte -Vierge. Au centre de la même voûte on a représenté des personnages de l’Ancien Testament: Job, Jérémie, Jonas, Judas Machahée , etc., tenant des phylactères ou sont retracées des sentences morales ou religieuses sous forme de quatrains disposés sur quatre lignes et irrégulièrement coupés. J’indique par des barres les divisions arbitraires des inscriptions.
Voici la sentence de Job :
Tu mes au monte ta cure Pance au j mal et poreture Que les | danpnés endurerunt Quant | en anfer danpnés seront.
Un autre personnage dont je n’ai pas pu déchiffrer le nom , dit :
Prennent cestui enseignement Panse | una foys tant seulament Ung chescun | jour que tu mouras Et per ainsy I bien vivre pouras.
C’est, on le voit, une poésie bien primitive. Elle a été sans doute dictée par un clerc du xve siècle au peintre de l’église de Casseneuil. Toute vulgaire qu’elle soit, elle n’en a pas moins une saveur qui la fait apprécier. On y trouve l’application de quelques règles curieuses de notre ancienne prosodie , l’e muet à la fin d’un vers comptant pour une syllabe ; quatre rimes masculines, deux par deux, sans alternance de rimes féminines.
Ces peintures paraissent dater du règne de Louis XII, si l’on en juge par les costumes et les coiffures dont l’étude serait intéressante : ce sont des chapeaux à haute forme , des chaperons les uns à quatre cornes, les autres gauffrés ou pointus. Les saints et les philosophes sont drapés dans les chappes et
architecture religieuse
les houppelandes pareilles à celles qui devaient recouvrir les épaules des damoiseaux de Pujols ou de Montpezat. Cette pratique naïve du moyen âge et même de la renaissance qui consiste à affubler selon les modes du temps les personnages peints ou sculptés fait revivre à nos yeux ces générations disparues , et la voûte d’une église traduit les parures de fête qui brillaient dans les châteaux.
Tout au fond de la travée centrale, Notre-Seigneur est figuré assis sur un trône et tenant dans sa main le globe du monde. Il est entouré du tétramorpbe. Dans les trois autres triangles de la même voûte sont représentés huit personnages , prophètes ou philosophes. On lit entre autres les noms de Platon et de Sénèque. Ce mélange singulier du sacré et du profane est encore un des caractères de l’époque. Je n’ai pu déchiffrer que des fragments insuffisants des sentences.
Je me contente de rapprocher simplement de ce groupe l’église de Saint-Médard (Clermont- Dessous) que j’ai décrite, à cause du style de son sanctuaire, parmi les monuments de l’époque romane, et celle de Lusignan -Petit. Cette dernière est pourvue d’un transept dont les croisillons ont chacun deux travées, délimitées par des piliers, qui atteignent la même hauteur que les voûtes de la nef.
La plus grande partie de cette église date du xve ou du xvi* siècle. Il y a deux voûtes en étoile. La construction, dont l’aire figure h peu près une croix grecque, est flanquée de contre-forts sur les angles. Le chevet est pentagone. Les culs-de-lampe et les clefs offrent d’assez bons sujets de sculpture.