ÉGLISES POURVUES DE CHARPENTES REMARQUABLES
Mauvesin , — Aiguillon (chapelle des Carmes) — Agen (église de Saint - Hilaire) — Hautefage , Tourliac , — Villefranche.
Il n’est pas ordinaire de trouver dans les monographies de plus en plus nombreuses des églises du moyen âge, la description des charpentes.
La plupart des archéologues négligent l’étude de ces œuvres , qui pourtant révèlent une grande science de composition et d’assemblage, et qui ne méritent pas moins d’attention que les constructions elles -mêmes.
Il est vrai qu’un certain nombre de fermes de combles se ressemblent , que beaucoup d’autres ont été refaites , ce qui excuse certaines omissions. Mais il faut dire aussi que la tendance la plus commune est d’aborder l’étude des monuments à des points de vue trop super-
* Extrait du Bulletin monumental, t. xl, année 1874, p. 110.
DE L’AGENAIS
ficiels d’artiste et d'antiquaire. Comme si le style était autre chose aux édifices que ce que le vêtement est au corps, au 'lieu d’analyser les plans, de disséquer les constructions par grandes pièces, on s’arrête avec trop de complaisance aux accessoires, sculpture et symbolisme, et l’on n’a que quelques mots pour l’œuvre capitale , celle des architectes , des maîtres maçons , des charpentiers, qui ont créé les proportions, qui ont ajusté avec tant de hardiesse les madriers et les voussoirs.
Les charpentes qu’on a le mieux décrites sont celles qui étaient destinées à rester apparentes ; elles deviennent fort rares. Moins bien garanties que les voûtes contre les agents de destruction , elles ont été généralement renouvelées ou mutilées. Il en est peu qui remplissent actuellement leur ancien rôle. Parfois on a reporté au-dessous des entraits le lambrissage, qui était jadis appliqué sur les pièces courbes.
Ces charpentes, qui reproduisent le plus souvent, dans une contexture grandiose, l’image d’une carène de navire renversée, sont d’autant plus intéressantes qu’elles resteront comme des modèles désormais sans copies. Tandis que la mode fait imiter partout les plans, les voûtes et le style des édifices du moyen âge, on ne peut songer à faire des ouvrages de charpenterie d’un aussi grand luxe. Il ne fallait pas moins des forêts d’arbres séculaires encore assez communes aux xuie et xive siècles pour qu’on pût choisir parmi des milliers de chênes ces longues pièces de bois droites transformées en entraits et en poinçons biseautés, et quelquefois aussi décorées de sculptures.
Il est évident que les assemblages de pièces de fer laminé sont appelés à remplacer les grandes charpentes. Toutefois les premiers essais font douter que les architectes contemporains sachent tirer tout le parti possible de cet élément nouveau. Le fer ayant à la fois plus de souplesse et de force de résistance que le bois , doit être
traité d’une façon différente. Mais, bien qu’il ne s’agisse pas de copier, en employant le fer, certains modèles d’anciennes charpentes, il n’est peut-être pas inutile de s’inspirer de ces compositions pour donner aux édifices religieux des couvertures un peu différentes de celles, d’ailleurs bien réussies, qui peuvent convenir à nos halles et à nos gares.
Église de Mauvesin, près Marmande. — La charpente apparente de cette église a été complètement décrite par M. Viollet-le-Duc *. Je ne puis qu’énumérer, après le savant architecte , les caractères particuliers qui rendent intéressante cette œuvre de la fin du xme siècle.
C’est un berceau brisé , avec entraits et poinçons, audessus duquel existe un véritable faîtage. Les jambettes qui forment la partie basse du berceau sont pendantes et s’assemblent dans les blochets ainsi que les chevrons. Les sablières sont posées sur les entraits.
Il est regrettable que cette belle charpente n’ait pas été maintenue dans son état primitif. Elle est aujourd’hui masquée par un lambris attaché aux entraits.
Chapelle des Carmes , ( Aiguillon. ) — La structure de cette chapelle est bien simple. C’est un vaisseau construit sur un plan rectangulaire , de 22 m 40 de longueur, sur 10 mètres de largeur **.
* Dictionnaire , t. m, p. 29. Dans la table, l’église de Mauvesin est attribuée par erreur au département du Gers.
** La longueur pouvait être autrefois plus considérable. En reprenant toute la façade , qui est construite dans le goût du dernier siècle, on aurait supprimé , dit - on , une ou deux travées ou maîtresses-fermes. Cet édifice ne sert plus au culte-, il est subdivisé en plusieurs salles, dont quelques-unes reçoivent les débarras de la mairie. J’avais passé bien des fois devant ce vieux monument , sans soupçonner qu’il pût rien offrir de remarquable , lorsque M. Cabrié ,
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Il est probable que l’église n’a jamais eu qu’un chevet plat. Elle est dépourvue de contre - forts , et ses baies anciennes ont été remaniées.
Tout l’intérêt qu’elle peut offrir est dans sa charpente, originairement destinée à rester apparente.
Des madriers en trois pièces (une jambette A, l’intrados de l’arbalétrier B, un esselier C), recourbées de façon à former un berceau brisé , ont leur point de départ au-dessous de l’amortissement intérieur des murs goutterots. Les arbalétriers plongent dans la maçonnerie de remplissage D. Je n’ai pu étudier de quelle façon ils se relient aux entraits et aux blochets noyés dans la construction.
Les jambettes reposent sur des sablières apparentes E, ornées de moulures. Ces poutres horizontales , placées en porte à faux, sont un véritable cordon de boiserie. Elles se raccordent avec les entraits et reposent sur des modillons F composés de simples pierres brutes.
Au- dessus du berceau s’étendent des entraits retroussés G. Ils sont combinés avec des entretoises H et soutiennent des jambettes droites I, rattachées aux arbalétriers.
La charpente n’a qu’un sous -faite L. La stabilité se maintient, bien que quelques poinçons se soient détachés des entraits.
Les maîtresses -fermes sont au nombre de cinq. Elles délimitent six travées.
Les pièces apparentes , entraits et poinçons sont fortement biseautées ; ainsi leur coupe est octogone. Leur
maire cl’ Aiguillon , eut l’obligeance de me faire visiter la charpente ancienne.
Depuis l’époque où j’ai pris ces notes, M. le marquis de Castelnaud’Essenault, inspecteur divisionnaire de la Société Française d’archéologie, a publié dans le Bulletin monumental (1873, t. xxxix, p, 665) un article, intitulé Souvenirs archéologiques de la ville d' Aiguillon et de ses environs , dans lequel figure une description de la charpente des Carmes, ainsi qu’un plan de la petite église romane de Saint-Côme.
épaisseur est fort réduite : le diamètre ne dépasse pas 30 centimètres. Les poinçons ont des moulures qui simulent la base et le chapiteau d’une colonne. Les entraits sont ornés , dans le milieu et à leurs extrémités , de sculptures à gros traits, creusées dans des bourrelets dont les fortes dimensions prouvent combien on a dû réduire l’épaisseur des madriers.
Les sujets représentés sont des têtes humaines, des personnages vêtus de longues robes, et surtout des têtes de monstres fantastiques , aux profils variés. Ces derniers motifs rappellent de fort près les gargouilles des cathédrales. Les gueules largement ouvertes semblent broyer les poutres entre deux rangées de dents formidables.
Les quelques dessins ci -joints donneront une idée de cette curieuse ornementation.
La structure de la charpente se reproduit à l’extérieur, sous l’apparence d’un gable élancé.
Une pièce des archives de la ville d’ Aiguillon fournit la date approximative de la construction de cette chapelle. C’est la traduction en français d’un vidimus de 1402, relatant un acte du 22 mars 1280-81, par lequel Pierre de Saint- Pastour concède au frère Laurens , provincial des carmes, un emplacement dans l’intérieur de la ville d’ Aiguillon, à la condition que les PP. carmes détruiront leur couvent et leur église, situés au-delà des murs , pour les reconstruire en deçà *
Bien que la copie de cette charte n’offre aucun des signes de validation qui peuvent donner à des vidimus l’autorité des actes originaux, j’ai tout lieu de la croire authentique , car les formules en sont régulières.
Église de Saint -Hilaire d’Agen. — J’ai déjà dit en décrivant cette église que les voûtes, composées de
* Archives départementales de Lot et-Garonne . Fonds des communes. (St. E, Aiguillon. GG. 1.)
Chapelle des Carmes (Aiguillon) Eglise de Hautefage .
loncrituêmale d 'une ferme Coupe transversale dune ferme Coupe transversale dune ferme