‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 64 sur 81 · PL. XXIX · texte numérisé non relu

PL. XXIX

Détails d'un Entrait.

DE L’AGENAIS

grandes croisées d’ogives , sont relativement fort basses. L’édifice est surmonté d’une charpente en berceau brisé, très-élancée , dont la structure se rapproche beaucoup de celles des églises de Mauvesin et d’ Aiguillon. Les entraits et les poinçons sont chanfreinés sur leurs arêtes.

Cette charpente était -elle destinée à rester apparente? Je ne le crois pas. Il faudrait, pour établir une opinion contraire , prouver d’abord que les voûtes et les contreforts ont été ajoutés après coup. De plus, on ne voit pas de traces de clous sur les pièces recourbées qui auraient eu un lambrissage. Enfin , il existe au-dessus de l’amortissement des murs , des vides qui auraient été comblés si la charpente avait constitué l’unique couverture de l’église.

Il faut donc admettre que , tout en prodiguant ce luxe qui consiste dans le choix et dans l’ajustement des pièces de la charpente , les constructeurs ne tendaient qu’à donner à l’édifice un pignon aigu pour façade , en même temps que des fermes très -inclinées, produisant un grand effet à l’extérieur.

La partie haute de la charpente offre un ensemble do. pièces plus compliqué que celui des deux églises précédentes. Les esseliers courbes MM sont composés de deux madriers qu’enforcit , à leur liaison , une contre fiche N appuyée sur l’arbalétrier O. Il y a deux entraits retroussés PP, deux entre -toises QQ et un faîtage R.

La sablière S, sur laquelle reposent les jambettes T, est dans le plan des entraits * ; l’autre V , placée à l’extrémité du mur, est au-dessous des mêmes pièces. Dans les intervalles des entraits ce sont des blochets qui jouent leur rôle. Les fermes -maîtresses sont au

* Il faut remarquer que d’après cette disposition , qui existe aussi dans l’église d’Àiguillon , la sablière se soude aux entraits, tandis que les blochets s’assemblent dans la sablière.

nombre de dix. La charpente représente un triangle de 13 m 40 de base, sur 11 mètres de hauteur.

Église de Hautefage. — Si l’on pouvait conserver quelques doutes sur la destination réelle delà charpente de l’église de Saint -Hilaire d’Agen, ils seraient dissipés par l’étude des fermes de comble de l’église de Hautefage. Le rapprochement avec la coupe transversale des fermes de l’église d’ Aiguillon, démontre assez le peu de différence qui existe entre les charpentes des deux ordres.

Il faut donc admettre que les charpentiers de l’Agenais traitaient avec le même soin une œuvre dissimulée aux regards , que si elle eût été destinée à rester apparente.

A l’extérieur , l’élévation de la toiture révèle les belles proportions des fermes de comble, qui n’offrent comparées aux trois que je viens de décrire, qu’une légère simplification. Les jambettes , les parties intermédiaires des arbalétriers , les esseliers , au lieu d’être taillés suivant des lignes courbes, sont droits. L’esselier , qui n’atteint pas le poinçon , est fixé dans l’entrait retroussé. Les sablières sont posées l’une au niveau des entraits , l’autre au-dessous, comme à Saint -Hilaire.

L’ensemble offre le tracé d’un berceau à sept pans. Les bois sont tous équarris à vive arête.

L’œuvre entière ne renferme que quatre travées délimitées par trois fermes- maîtresses.

Je juge inutile de décrire longuement les assemblages de la partie élevée au-dessus de l’abside polygone. Ils dérivent des mêmes principes que les fermes ordinaires.

Ce rond-point est moins compliqué que celui de l’église de St -Hilaire , dans lequel trente arbalétriers sont élevés au-dessus du chœur. Ces pièces se soudent les unes aux autres , à une certaine hauteur et sont réduites au nombre de onze à leur point de réunion autour

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du poinçon. Quatre poutres horizontales tendent des murs goutterots au centre de l’entrait.

Église paroissiale de Saint -Jean -Baptiste de Tourliac. — Les modèles précédents de charpentes , admirables par leur exécution aussi bien que par leurs formes élancées, auraient pu tous également suffire comme couvertures des églises , c’est-à-dire remplacer les voûtes. Combinés avec des croisées d’ogives ces types ont un défaut. Naturellement les clefs des doubleaux ne peuvent dépasser le niveau des entraits. Reste comme construction inutile toute la portion des murs qui s’étend entre les sommiers des arcs et les sablières. Il est vrai qu’au centre des travées les formerets s’élèvent de toute la hauteur des murs ; mais il subsiste malgré tout de grands triangles aveugles perdus sous le comble.

En faisant subir quelques modifications hardies à leurs charpentes , les architectes de l’Agenais en vinrent à corriger ce défaut pour l’économie de la construction.

Dans l’église de Tourliac, l’entrait est reporté au tiers de la hauteur de la charpente. Plus haut s’étend un second entrait retroussé. Par la combinaison des jambettes et des esseliers consolidant le tout , on eut deux étages superposés qui forment comme deux berceaux à sept pans. Dans chaque moitié de ferme ces berceaux se décomposent ainsi : premier étage : une jambette élevée perpendiculairement du blochet à l’arbalétrier ; l’arbalétrier ; un esselier , bandé de l’arbalétrier à l’entrait retroussé ; l’entrait; second étage : une jambette ou moise élevée- perpendiculairement du premier entrait à l’arbalétrier ; l’arbalétrier ; un esselier tendant de l’arbalétrier au second entrait retroussé ; l’entrait.

On comprend que , grâce au dégagement du bas de la charpente , les voûtes puissent prendre naissance immédiatement au-dessous des blochets. Seulement , le développement des formerets étant gêné par les arbalé-

ARCHITECTURE religieuse

triers , leur courbe dut être fatalement modifiée. Elle fut réduite à la forme dite anse de panier.

La charpente de l’église de Tourliac, très-élancée , n’a qu’un sous -faîte. Les voûtes sont modernes; mais leur tracé était exactement indiqué.

Église paroissiale de Notre-Dame de Villefranche du Cayran. — Le chœur , plus étroit que la nef, comprend un chevet pentagone et une travée recouverte par une voûte en étoile et bordée de croisillons. Cette partie de l’édifice a le style de la dernière époque gothique. Des culs-de-lampe et des abaques représentent des personnages grotesques et des animaux fantastiques.

La charpente de la nef est analogue à celle de l’église de Tourliac. On l’a masquée par une voûte légère simulant des croisées d’ogives.

Toutes les charpentes que je viens de décrire produisent un grand effet , étant plus élancées que ne le sont généralement les voûtes. Mises au jour, ces magnifiques couvertures en boiserie grandiraient les proportions des églises et seraient certainement préférables aux grandes croisées d’ogives qui écrasent leurs nefs.

Reste à savoir si les influences de la température , trop sensibles dans les limites extrêmes du froid et de la chaleur, et si les gouttières, difficiles à éviter dans les grandes pluies, ne rendraient pas inhospitaliers des édifices pourvus uniquement d’un genre d’abri aussi simple.

Qu’on me permette maintenant une observation technique. Je n’oserais affirmer, au simple titre d’archéologue, la solidité remarquable de ces charpentes. Tout au plus pourrais -je tirer une conclusion de ce genre en prenant pour argument l’épreuve décisive que les siècles ont déjà fait subir à ces ouvrages. Mais il me

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sera facile d’invoquer l’autorité d’un maître pour mieux faire ressortir tout le mérite de ces ouvrages.

M. Rondelet , qui écrivait un traité de construction devenu classique à une époque où nos anciens monuments n’étaient pas encore appréciés à leur juste valeur, a décrit théoriquement une charpente semblable à celle de l’église de Hautefage. Il conclut ainsi : « Cette « combinaison qui forme partout des triangles, est la plus « propre à maintenir les assemblages r parce que toutes « les pièces sont mutuellement entretenues par d’autres « qui agissent dans le sens de leur longueur, dans « lequel elles ne sont susceptibles ni de rallongement « ni de diminution sensibles par les variations de la « température...

« Il n’est pas sans intérêt de remarquer ici que, dans « les combles d’une grande étendue, la composition de « ces fermes donnait lieu à des effets perspectifs d’un « beau caractère et dont on pourrait tirer un parti avan- « tageux pour les charpentes qui doivent demeurer « exposées à la vue *.

Il faut observer également que les pièces auxiliaires , qui forment le berceau brisé ou le berceau à sept pans , jouent en quelque sorte le rôle de sous- arbalétriers et contribuent à maintenir l’œuvre dans son plan vertical.

Toutes les charpentes que je viens de décrire ont des fermes d’assemblage ** ou des chevrons portant fermes.

Les pénétrations des pièces sont généralement à tenons et mortaises , selon la pratique la plus ordinaire du moyen âge. 11 y a cependant dans l’église de Saint- Hilaire un certain nombre de pièces reliées par des ar-

* J. Rondelet. Traité théorique et pratique de l’art de bâtir. Paris, 1829, in-4°, t. il , p. 119, 120 , et pl. cvi, tig. 1.

** On entend par là que toutes les pièces de bois dont elles sont « composées sont d’un même échantillon, et que chaque chevron « figure l’arbalétrier d'une ferme. » (Rondelet, loc. cit.)

matures en fer. Ces ajustements me paraissent appartenir à des restaurations.

Ces diverses charpentes sont en bois de chêne.

Les édifices religieux de l’Agenais ne sont pas les seuls qui soient pourvus de belles charpentes. Une aile du château de Duras (xve siècle), abritant une grand’salle de proportions gigantesques , est recouverte par une charpente qui se rapproche assez de celle de l’église de Hautefage.

Henri IV, alors qu’il n’était que simple gouverneur de la Guyenne , faisait choisir les plus beaux chênes de la forêt de Francescas, pour composer les fermes de comble élancées de son château de Nérac.

Il me reste sans doute à découvrir dans le département d’autres charpentes qui mériteraient d’être décrites.

Je n’hésite pas à attribuer aux traditions importées par les Anglais le goût des architectes du pays pour les belles charpentes. La composition et l’assemblage de ces œuvres révèle l’habileté de praticiens habitués à la construction des navires.

On remarquera d’ailleurs que quelques - unes des églises munies de ces fermes de combles datent précisément de l’occupation anglaise.

Je signalerai néanmoins une différence capitale entre les charpentes anglo- normandes et celles des églises du Lot-et-Garonne : les premières sont composées de grosses pièces , les secondes , de madriers réduits autant que possible par l’équarissage dans les parties les moins exposées à se déjeter.

ÉGLISES SUR DES PLANS DIVERS OU QUI NONT QUE DES FRAGMENTS DE L EPOQUE GOTHIQUE.

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