‹ Études sur l'architecture religieuse de l'AgenaisChapitre 77 sur 81 · ORATOIRE & BAPTISTÈRE · texte numérisé non relu

ORATOIRE & BAPTISTÈRE

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Lampe trouvée à Bapteste ; au tiers de la grandeur. Échelle à 0m,005 pour mètre.

DE L'aGENAIS.

ment supposer que des chrétiens n’aient pas fondé un oratoire auprès de leur habitation , centre d’une population relativement importante. C’est à l’origine surtout que les religions font du prosélytisme.

Si l’on m’avait annoncé simplement et sans autres détails que Ton avait découvert à Bap teste un oratoire accompagné d’un baptistère, j’aurais pu répondre, en m’appuyant sur des présomptions archéologiques : l’oratoire doit avoir un chevet ceint de trois absides ; car tel est le plan des petites basiliques primitives de la campagne romaine , et d’un grand nombre de nos plus anciens oratoires * ; le baptistère est sans doute octogone , car tel est le plan de plus de la moitié des baptistères que nous connaissons.

Or des constructions pareilles existent comme dépendances de la villa de Bapteste , et ces constructions sont précisément de la dernière époque. En voici les preuves : les aires sont par exception dépourvues de mosaïques, les murs de ces édicules ont un mètre d’épaisseur tandis que tous les murs du reste de la villa ont une épaisseur généralement de 0 m 60 allant quelquefois à 0m90 mais pas au-delà; les mortiers qui cimentent les fondations sont grossiers , sans mélange de brique pilée ; l’appareil des soubassements inférieurs le seul qu’on puisse étudier, est négligé.

J’ajouterai que l’abside médiane de l’édicule dans lequel je crois reconnaître un oratoire est exactement orientée **.

Je suis disposé à donner l’attribution suivante aux trois salles que représente le plan ci-joint, que je dois à la complaisance de M. Teulières : A , serait Yoratorium ;

w Voir p. 139 de ce livre.

** Pour tout avouer , ce n’est pas là une des preuves les plus décisives. Sans doute , dans nos pays , on a presque toujours orienté les églises depuis l’époque romane, mais en était-t-il de même à l’époque latine ?

M. de Laurière , qui a particulièrement étudié toutes les basiliques

B , une sacristie ; C , le baptisterkmi. En D , parallèlement au mur du cloître , s’étendent les constructions de la première époque.

Ces conjectures ont été généralement admises comme vraisemblables par les savants auxquels j’en ai fait part. Je dois toutefois tenir compte de toutes les objections.

Je commencerai par dire , à l’intention de ceux qui ne connaissent pas le plan d’ensemble de la villa, qu’il est impossible de prendre ces pièces pour des salles de bains. L’établissement de bain , avec son réservoir d’eau chaude et sa piscine à revêtements de marbre, a été parfaitement reconnu sur un autre point.

L’objection la plus sérieuse contre l’attribution de la salle octogone , c’est que tous les anciens baptistères sont isolés des églises. M. de Laurière a, non sans raison , particulièrement insisté sur ce point. Il n’y a rien à opposer à une question de fait , à une statistique archéologique. Je puis seulement faire remarquer que la salle octogone ne se rattache que médiatement à l’oratoire, c’est-à-dire qu’en réalité elle est à peu ’ près isolée. Qui sait même s’il existait des portes de communication entre ces deux édifices ? Il peut d’ailleurs bien se faire que les dépendances des oratoires fussent mieux groupées que celles des basiliques. On ne reproduit pas toujours dans une réduction ce qui se fait pour les grands édifices.

Je regrette que rien dans l’étude du sol ne vienne à l’appui de mes conjectures. Malheureusement ces trois salles , dépendances de la villa , ont plus souffert que tout le reste. Le sol est en pente sur ce point. J’ai dit

primitives de l'Italie , et qui a eu la complaisance de me faire part de ses notes , a reconnu que ces basiliques avaient les orientations les plus variables. Un grand nombre ont leur chevet à l’Ouest , ce qui s’explique fort bien. Dans le rite primitif, le prêtre officiait derrière l’autel en faisant face aux fidèles et par conséquent à l’Est , si le sanctuaire était à l'Ouest. Les orientations au nord et au sud ne sont pas rares.

DE L’A GENAI S.

qu’il ne subsiste plus que les assises inférieures des fondations. Ainsi aucun bassin n’a été reconnu dans la salle C. A l’extrémité de la salle A , on a ouvert depuis fort longtemps une tranchée pour l’exploitation de la terre , ce qui m’oblige à faire une restitution de la nef.

J’ai donné les principales raisons pour et contre mes conjectures. Qu’il me soit permis de faire valoir un dernier argument.

M. Reinhold Dézeimeris a soutenu avec son érudition ordinaire , l’identification de Bapteste avec l’ Elromagus de Saint-Paulin*. La situation de Bapteste répond exactement aux quelques indications que Paulin donne sur sa villa. Le nom d ' Ebromagus se retrouverait dans Moncrabeau et ce nom étrange de Bapteste appliqué au champ qui a si longtemps caché les ruines de la villa peut fort bien dériver de l’établissement d’un baptistère.

Je m’arrête seulement à cette dernière étymologie, pour faire remarquer qu’elle n’a rien d’invraisemblable. Il est vrai que les apocopes qui font disparaître les finales accentuées des noms de lieu sont rares. Elles doivent, ce me semble, être justifiées surtout dans le cas où le mot se compose de trois syllabes longues comme baptisterium. Le baptistère de Poitiers porte encore, m’a- 1- on dit , le nom vulgaire de Batesse , qui est l’équivalent de celui de notre villa.

Il peut donc se faire que nous soyons en présence des ruines de l’un des plus anciens sanctuaires de la Gaule. Je n’insiste pas sur l’importance de ce fait. J’admets fort bien que ces conclusions soient livrées à la critique. Mais précisément parce qu’il peut

* Article publié dans la Gironde , le 23 octobre 1872. Note sur l'emplacement de' l ’Ebromagus de Saint-Paulin. Bordeaux, 1874. 16. p. Extrait des Actes de V Académie des Sciences , Belles -Lettres et Arts de Bordeaux.

rester 'des doutes sur ce sujet , on comprendra la nécessité de faire des recherches dans les villas qui ont été ou qui seront désormais découvertes, afin que , si des constructions analogues se présentent , la destination en soit vérifiée aussi exactement que possible.

Toutefois , si l’on peut reconnaître des oratoires chrétiens dans quelques villas , il sera bien rare d’y rencontrer des baptistères. Dans les premiers siècles, certains diocèses n’en possédaient qu’un seul.

Si l’on admet que les substructions que je viens de décrire appartiennent à un baptistère , on sera bien près de conclure , comme M. Reinhold Dézeimeris , que Bapteste est YEbromagus de Saint-Paulin.

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