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assurément ne le cède à aucun vase d'albâtre que j'aie vu jusqu'à l'heure présente, bien que j'en aie vu beaucoup à Rome et ailleurs. Si ces objets ne m'appartenaient pas, peut-être je m'étendrais davantage à les louer, comme ils le méritent... J'ai encore beaucoup d'autres petites choses desquelles, vu qu'elles ne sont pas de l'excellence et de la dignité des autres, je ne ferai aucun mémoire. »
Sabba n'en dit pas plus long, l'amateur ne montre que la fleur de son panier; c'est assez pour faire deviner le reste. Aussi bien nous pouvons contrôler nous-mêmes la sincérité de ses éloges. Par une de ces bonnes fortunes si rares dans l'histoire de la curiosité, presque tous les objets désignés par l'amateur n'ont pas changé de place depuis trois siècles et demi : le petit saint Jean de Donatello, le tableau de Fra Damiano et l'urne funéraire d'albâtre, qui se trouvaient naguère encore au presbytère délia Commenda de Faenza, ont été placés à la Pinacoteca communale, et le saint Jérôme de Lombardo appartient à un amateur de la ville, M. l'abbé Domenico Valenti. Le saint Jean mérite sans réserve tous les éloges de son ancien possesseur : naturalisme plein de grâce, expression naïve, ouverte, prise sur le fait, chevelure souple, vivante et soyeuse, exécution d'une délicatesse achevée, l'œuvre est exquise. Le maître affectionne ce type de saint Jean-Baptiste enfant; il l'a souvent répété ; nulle part peut-être il n'a mis autant de naturel, de charme et de sincérité1. Le saint Jérôme
i. Voir la gravure, Ga\. des Beaux-Arts, 2e pér., XXX. La draperie du socle et la croix sont une addition moderne. M. Verna D. Antonio, bibliothécaire de la ville de Faenza, m'apprend que ce travail a été fait au commencement du siècle par deux modeleurs, Giovanni et Francesco Ballanti, surnommés les Graziani. Je saisis cette occasion pour
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d'Alfonso Lombardo, haut-relief en terre vernissée couleur de bronze, représente le saint en prière à l'entrée d'une grotte, avec le lion à ses côtés. Le tableau de marqueterie de Fra Damiano a malheureusement beaucoup souffert.
Quant aux autres petites choses, altre cosette, dont Sabba nous parle si discrètement, j'imagine qu'elles feraient encore le régal de plus d'un collectionneur. Le studiolo de la Magione renfermait sans doute des estampes ; du moins on en connaît une d'Albert Durer, et Sabba raconte lui-même, non sans grâce, sa première émotion en recevant d'Allemagne une œuvre de son maître favori \
« Il y a quelques années, pendant les chaleurs de juillet, vers l'heure de none, je me trouvais dans mon jardin rustique et mal cultivé de la Magione, au pied du mont Formicone toujours vert, sous les ombrages frais et touffus de ces arbres, que je puis me vanter d'avoir plantés moi-même. Dans cette retraite, ménagée pour fuir aussi bien la chaleur que le soleil de midi, je m'étais mis à regarder une estampe d'Albert Durer nouvellement arrivée d'Allemagne et vraiment divine. Je l'admirais avec une extrême délectation, et je considérais ses personnages, ses animaux, ses perspectives, ses fabriques lointaines, ses paysages et tous ses détails merveilleux à faire tomber de stupeur un Appelle et un Protogène... »
Mais l'amateur rêve d'autres embellissements pour son cabinet.
remercier le savant bibliothécaire des renseignements et des photographies qu'il a bien voulu me communiquer avec l'obligeance la plus parfaite, i. Rie. 1 18.
« Si par aventure vous me demandez quels ornements je souhaiterais davantage chez moi, je vous répondrai, sans y penser longuement, des armes et des livres ; les armes fines, à toute épreuve, de la main d'un maître excellent, italien ou allemand. Mais je les voudrais conservées, claires, fourbies, brillantes et nettes, comme doivent être les armes d'un gentil cavalier, et non rouillées comme celles d'un sergent. »
Sabba n'oublie jamais qu'il est chevalier d'un ordre militaire, l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Il consacre plusieurs Ricordi aux devoirs du capitaine, aux manœuvres, à l'armement comparés des différents peuples. Sa critique militaire est celle d'un homme du métier. Il a le goût des armes, non pour s'en servir, — depuis longtemps sa blessure l'a privé de l'usage de la main droite, — mais pour décorer son cabinet. Milanais, compatriote de Philippe Negrolo et des premiers armuriers de l'Italie, il connaît les armes et sait choisir ; il les veut « fines et d'un maître excellent » ; c'est bien entendu, l'amateur montre toujours le bout de l'oreille .
« A l'égard des livres, je voudrais qu'ils fussent d'auteurs graves, mûrs, approuvés et authentiques, mais maniés et retournés, et non poussiéreux à écrire avec le doigt sur la couverture ; parce que avoir des livres et ne pas les ouvrir est eomme ne pas les avoir »
Sabba possédait à la Magione une petite collection d'éditions choisies et de manuscrits qui survécut jusqu'en i83o; à cette époque, tout fut vendu et dispersé. La bibliothèque communale de Faenza a sauvé quelques épaves: les Prose de Bembo, première édition de i525 offerte par l'auteur lui-même à Sabba ; la Bible in-